Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Trinité »

Jean-Mic a écrit : ven. 16 janv. 2026, 17:13 Il me semble qu'il y a une certaine déconnexion du réel de la part de l'Eglise, doublée d'une part d'hypocrisie, que de demander à la fois aux fiancés de suivre une préparation au mariage sur plusieurs mois, voire un an, et de vouloir promouvoir la continence dans les relations sexuelles avant le mariage.
Difficilement tenable du point de vue pastoral, et très dommageable quant au sacrement de mariage qui risque d'être ainsi rabaissé à un "permis de baiser[/i], sur le modèle du permis de conduire.

Je crois fermement à la beauté de cet engagement, mais il est d'une exigence qui n'est pas tenable par tous.
Aussi, pour parler de mon expérience personnelle, le fait d'avoir voulu nous en tenir, ma fiancée et moi, à cette règle n'est pas étranger au fait que nous nous sommes mariés trois mois seulement après nous être rencontrés. Mais, comme la chanson (de l'époque en question) le disait : "je vous parle là d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître".
Cher jean-mic,

Comme je suis de votre avis! :)
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Anna2003 »

Mais si les relations sexuelles sont autorisées avant le mariage, nous annulons l'essence même du mariage chrétien...
patatedouce
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par patatedouce »

Bonjour à tous,

Je me permets de rejoindre votre échange car je trouve la position d'Anna2003 particulièrement juste et courageuse dans le contexte actuel.

Il me semble que le vrai problème de notre société moderne est d'avoir transformé le plaisir sexuel en une "réussite sociale" ou un trophée de l'ego. On aborde trop souvent la relation avec une mentalité de consommateur : on cherche un "objet" qui doit fonctionner parfaitement (le fameux "ça matche" mentionné par Nad et Trinité) plutôt qu'une personne à laquelle on se donne.

C'est là le point crucial : dans cette quête de performance, l'autre finit par devenir un simple objet. On ne cherche plus à rencontrer un être dans sa globalité, mais on l'instrumentalise pour valider notre propre image ou satisfaire nos besoins immédiats. Si l'autre ne "remplit plus sa fonction" ou ne procure plus la sensation attendue, on le rejette comme un produit défectueux. C’est la dérive de la sexualité avant le mariage quand elle n'est vécue que comme un "essai" : on teste l'autre pour voir s'il nous convient, ce qui empêche toute véritable rencontre de personne à personne.

À mon sens, le don de soi est la seule véritable troisième voie, et c'est là que la proposition chrétienne reprend tout son sens. Si l'on part du principe que l'amour véritable est premier, alors la sexualité cesse d'être une performance ou un "test" pour devenir un langage qui s'apprend et se construit une fois que l'engagement est scellé. En attendant le mariage, on protège justement l'autre de cette "objectification" : on s'assure qu'on l'aime pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il nous apporte physiquement.

Dire que "l'amour peut tout résoudre" n'est pas une utopie, c'est un choix de vie : c'est décider que la personne de l'autre est plus importante que la sensation qu'elle me procure. C'est là que l'on passe de la consommation à la communion. La difficulté physique (dont parle Trinité) ne devient alors plus un motif de rupture, mais un chemin de croissance que l'on parcourt à deux, dans la sécurité de l'engagement, sans la pression de devoir "réussir" socialement son couple.

Merci pour ce débat passionnant.

P.S. : On réduit souvent la morale chrétienne à la seule question de la contraception. Pourtant, à la lecture de Humanae Vitae, on comprend qu'une relation, même sans contraception, n'est pas "bonne" si elle est ordonnée à la satisfaction d'un désir personnel plutôt qu'au don de soi. Or, ce don de soi total ne peut véritablement se réaliser que dans le cadre du mariage : car on ne peut pas donner "tout" si l'on ne donne pas "toujours". Sans l'engagement définitif du sacrement, le don reste un "prêt" révocable, ce qui prive la sexualité de sa vérité la plus profonde : celle d'être une alliance indissoluble à l'image de l'amour de Dieu.

J’ajoute une précision importante : dans un monde qui n'est plus chrétien, et dont les mariages (même entre baptisés) sont souvent vécus en disparité de culte, cette vision du mariage est très difficile à mettre en œuvre. C'est une réalité que nous devons regarder en face. Dans ces situations, il est normal de privilégier l'aspect missionnaire de l'union.
Cependant, cette complexité sociologique n'occulte pas notre responsabilité personnelle : à titre individuel, nous nous devons de toujours demeurer dans cette dynamique du don de soi. La difficulté de l'idéal n'est pas une dispense pour y renoncer, car c'est précisément dans cet effort de cohérence entre nos actes et notre foi que réside notre témoignage le plus vrai.
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Anna2003 »

patatedouce a écrit : sam. 17 janv. 2026, 0:40 Bonjour à tous,

Je me permets de rejoindre votre échange car je trouve la position d'Anna2003 particulièrement juste et courageuse dans le contexte actuel.

Il me semble que le vrai problème de notre société moderne est d'avoir transformé le plaisir sexuel en une "réussite sociale" ou un trophée de l'ego. On aborde trop souvent la relation avec une mentalité de consommateur : on cherche un "objet" qui doit fonctionner parfaitement (le fameux "ça matche" mentionné par Nad et Trinité) plutôt qu'une personne à laquelle on se donne.

C'est là le point crucial : dans cette quête de performance, l'autre finit par devenir un simple objet. On ne cherche plus à rencontrer un être dans sa globalité, mais on l'instrumentalise pour valider notre propre image ou satisfaire nos besoins immédiats. Si l'autre ne "remplit plus sa fonction" ou ne procure plus la sensation attendue, on le rejette comme un produit défectueux. C’est la dérive de la sexualité avant le mariage quand elle n'est vécue que comme un "essai" : on teste l'autre pour voir s'il nous convient, ce qui empêche toute véritable rencontre de personne à personne.

À mon sens, le don de soi est la seule véritable troisième voie, et c'est là que la proposition chrétienne reprend tout son sens. Si l'on part du principe que l'amour véritable est premier, alors la sexualité cesse d'être une performance ou un "test" pour devenir un langage qui s'apprend et se construit une fois que l'engagement est scellé. En attendant le mariage, on protège justement l'autre de cette "objectification" : on s'assure qu'on l'aime pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il nous apporte physiquement.
Je n'ai pas les connaissances théoriques des autres personnes qui écrivent ici. C'est juste que ces derniers mois, j'ai souffert de problèmes d'ordre sexuel dans mon mariage, ce qui m'a poussée à réfléchir beaucoup à ce problème.

Je suis vraiment surprise de voir à quel point les gens parlent de sexe dans la vie quotidienne.
Il est remarquable qu'il y ait une contradiction : les personnes sexuellement libérées disent défendre la position des femmes , mais en même temps, ce sont surtout les personnes sexuellement « libres » qui objectivent les filles et utilisent des termes dégradants pour les désigner.
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Olivier JC
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Olivier JC »

Anna2003 a écrit : sam. 17 janv. 2026, 0:14Mais si les relations sexuelles sont autorisées avant le mariage, nous annulons l'essence même du mariage chrétien...
Tout dépend ce que vous mettez sous l'expression "essence même du mariage chrétien" et comment vous le comprenez... De mon point de vue (un peu provocateur, je l'admets...), rien n'est plus périlleux pour l'essence du mariage chrétien que la notion d'indissolubilité...

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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Incertain »

Bonjour Olivier JC,
En quel sens voulez-vous dire que l'indissolubilité du mariage chrétien est périlleuse ?
Par ailleurs dans les messages postés, j'ai l'impression de lire des personnes qui se sont davantage débattues avec la question de la sexualité après le mariage. Or le problème que j'essaie de soulever est celui de la sexualité avant le mariage et de sa condamnation par l'Eglise. Cette condamnation me paraît tout simplement incompréhensible.
Ici j'entends un message disant "qu'essayer" la sexualité serait une forme de consommation et non de communion... Cela me semble vrai dans certains cas, mais pas du tout dans le cas de couples non mariés qui éprouvent un réel attachement et vivent une vraie relation.
Donc j'en reviens à ce point : pourquoi un tel rejet de l'Eglise? N'est-ce pas une position obsolète, qui reflète une époque dépassée voire les complexes psychologiques de certains fondateurs de l'Eglise - je ne parle pas du Christ mais de fondateurs humains de l'Eglise -, qui sont aujourd'hui clairs pour la psychanalyse et la psychologie contemporaine (remarque provocatrice mais banale hors de l'Eglise) ?
Plus globalement, il me semble que l'Eglise est malheureusement en situation d'échec sur la question de la sexualité. Je suis désolé mais les affaires récurrentes en son sein pèsent lourd et témoignent contre elle sur ce sujet. A mon sens, l'Eglise n'a pas trouvé un discours adapté, suffisant, sacralisant, sur la sexualité. C'est dans le sens d'une sexualité sacrée et d'un amour élevé, mais charnel, qu'elle pourrait répondre aux défis contemporains. Enfin c'est mon impression, et il me semble qu'on en est loin... pour l'instant.
Dernière modification par Incertain le dim. 01 févr. 2026, 18:42, modifié 1 fois.
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

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Je pense que c'est une distorsion du monde moderne. Nous avons placé le plaisir sexuel (et pas seulement le plaisir sexuel, mais aussi la richesse, les biens matériels et les plaisirs éphémères en général) au centre de nos vies.


Je pense que s'il y a un amour véritable dans un couple marié, tous les autres problèmes peuvent être résolus.

Je suis totalement du même avis que toi, le plaisir sexuel, l'argent... prennent une place qui ne lui ai normalement destiné dans nos vies
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Olivier JC
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Olivier JC »

Incertain a écrit : dim. 01 févr. 2026, 2:21En quel sens voulez-vous dire que l'indissolubilité du mariage chrétien est périlleuse ?
Le danger tient à un déplacement silencieux : ce n’est plus la fidélité vivante des époux qui porte la durée du lien, mais la forme juridique et religieuse elle-même. La permanence du mariage peut alors subsister même lorsque le don s’est retiré, pour des raisons qui relèvent de la peur, de la dépendance, de la pression sociale ou religieuse, ou simplement de l’inertie.

Dans ce cas, la forme protège le lien mais non plus la relation vivante. Elle peut même empêcher de reconnaître que le don a disparu. L’indissolubilité cesse alors d’être la reconnaissance d’un amour qui a effectivement traversé le temps pour devenir une obligation extérieure maintenant ensemble deux existences qui ne se donnent plus réellement.

Le péril est la confusion entre fidélité vivante et maintien institutionnel du lien. Un couple peut demeurer uni sans que le don continue de circuler ; or, dans une perspective phénoménologique, un amour ne peut être tenu pour vrai que tant qu’il est effectivement rejoué dans l’histoire.

Ce qui n'est qu'une variation sur le thème paulinien de la loi et de l'esprit.

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Xavi
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Xavi »

Incertain a écrit : lun. 05 janv. 2026, 4:52 J'ai découvert récemment que l'Eglise considérait encore les relations sexuelles avant le mariage comme un péché (assez grave). Cela m'a semblé étonnant. Que l'adultère, voire le divorce, soient des péchés, cela a une logique - qu'on y adhère ou non. Mais quelque chose d'aussi commun ou même "anodin" aujourd'hui que des relations sexuelles avant le mariage ça me semble invraisemblable et, surtout, peu compréhensible.
De telles relations nuisent-elles à quelqu'un ? Non.
C'est un pur interdit irrationnel, même pas prononcé dans les Evangiles.
Contrairement à ce qui est ainsi affirmé, de telles relations hors mariage nuisent à chacun des partenaires d’une union sexuelle hors mariage et même aux fondements de toute l’humanité.

Le péché grave d’une telle union sexuelle hors mariage, ce n’est pas la violation d’un interdit irrationnel, mais une blessure grave de l’humain par une dissociation qui sépare en lui le corps et la personne, en considérant le corps comme un objet de consommation dont chaque personne aurait le libre usage sous réserve du consentement nécessaire de tout partenaire sexuel.

Mais, c’est faux. Il est impossible de donner entièrement son corps sans donner entièrement sa personne. Affirmer le contraire est un mensonge.

Et, pourtant, l’humain a la capacité de briser ce lien. Il peut donner entièrement son corps, sa personne, puis reprendre aussitôt ce don à la fin d’une union sexuelle.

Et c’est catastrophique car, sauf s’il s’en repent, il va vivre désormais dans cette perspective que le corps peut être utilisé sans engager la personne, comme n’importe quel objet de consommation.

Dans cette perspective, l’union totale des corps a cessé d’être ce ciment d’unité des personnes qui réalise dans l’humanité un amour à l’image de l’amour trinitaire de Dieu.

Il est juste de parler ici non seulement d’un péché grave, mais même d’un péché mortel car l’amour c’est la vie, c’est la participation à la communion éternelle d’amour de Dieu.

Certes, comme après le péché originel, Adam et Ève ont continué à vivre sur la terre mais avec une blessure mortelle en eux.

En fait, il y a une union indissoluble du corps et de la personne qui vit dans et par ce corps, et c’est souvent nié à notre époque. Mais, hélas, le nier, c’est nier la réalité humaine et entrer dans un mensonge qui prétend distinguer le corps et la personne.

Le corps c’est la personne indivisiblement. Dans l’Eucharistie, le corps du Christ, c’est le Christ. Nous sommes des âmes créées indivisiblement d’une union d’un corps et d’un esprit. Et, lorsque ce corps meurt, l’âme reste dans l’attente de la résurrection de son corps pour vivre pleinement dans l’éternité. Ce monde terrestre actuel va vers sa dissolution, mais il sera remplacé par une terre nouvelle et des cieux nouveaux dans lesquels chaque âme retrouvera un nouveau corps qui sera le sien et pas celui d’un autre, même si sa nature sera renouvelée et autre que celle que nous connaissons aujourd’hui.

Nous sommes corps, esprit et âme inséparablement. Tout mépris du corps méprise la personne elle-même.

L’union sexuelle hors mariage touche là à ce qu’il y a de plus fondamental pour l’humain. C’est avant même le péché originel, que l’union sexuelle de l’homme et de la femme est présentée dans le livre de la Genèse comme fondement de la vie humaine créée. Ils ne sont plus deux mais ne forment plus qu’un.

Et Jésus relèvera ce fait fondamental pour indiquer que, puisque Dieu a uni lui-même l’homme et la femme par l’union sexuelle pour qu’ils ne fassent plus qu’un, il est essentiel que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni.

Ne pensez pas trop vite que cela ne concerne que les catholiques unis par un sacrement de mariage. Cela concerne toute union sexuelle non seulement celle de mariés, mais aussi toutes les autres quels que soit les liens des personnes en cause.

Saint Paul le résume ainsi « Ne le savez-vous pas ? Celui qui s’unit à une prostituée ne fait avec elle qu’un seul corps. Car il est dit : Tous deux ne feront plus qu’un. » (1 Cor 6, 16). Il ne s’agit pas ici de mariage mais de prostitution et, même dans ce cas, il ne faut pas perdre de vue que l’union sexuelle unit entièrement les personnes en cause.

Et c’est ici qu’il y a une profonde blessure de l’humain lui-même en cas d’union sexuelle hors mariage. Contrairement à son identité créée,

Certes, la situation « avant le mariage » suppose déjà un projet certain de mariage, des fiançailles, des promesses de mariage échangées entre les fiancés, mais à un moment où il n’y a pas encore d’engagement concret dans une vie conjugale et des vies concrètes encore séparées.

Souvent, l’expression « avant le mariage » s’étend même à des personnes qui déjà cohabitent pendant un temps avant un mariage civil ou sacramentel projeté plus tard et qui, parfois, sont déjà engagées entres elles.

Mais, l’essentiel, ce ne sont pas les circonstances concrètes variées de chaque union sexuelle particulière, mais le respect du don total indivisible du corps et de la personne de chaque partenaire en cause.

Patatedouce écrit avec justesse que : « on ne peut pas donner "tout" si l'on ne donne pas "toujours". Sans l'engagement définitif du sacrement, le don reste un "prêt" révocable, ce qui prive la sexualité de sa vérité la plus profonde : celle d'être une alliance indissoluble à l'image de l'amour de Dieu. »

Le mariage sacramentel, formel, n’a certes pas toujours existé. Aujourd’hui, nous dissocions clairement un avant et un après un rite précis d’engagement explicite.

Il est clair qu’Adam et Ève n’ont pas vécu un tel rite.

L’Église a toujours reconnu la réalité d’un mariage naturel, mais ce qui est fort oublié ou nié aujourd’hui c’est que le don de soi physique par une union sexuelle engage naturellement toute la personne. Le don est total sur le plan physique autant que psychique. Tout l’être humain est engagé dans une union sexuelle complète.

Mais, à notre époque et hors mariage, la différence par rapport à une union entre époux, est l’absence d’engagement et de don de la personne au-delà de l’acte lui-même.

Dans l’union conjugale, l’union sexuelle établit un lien exclusif et fidèle qui engage entièrement chaque personne. Dans l’Évangile, Jésus confirme ce lien entre « Tous deux ne feront plus qu’un » et « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » : « Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mt 19, 6).

Et le Christ ne se réfère pas ici à un sacrement de l’Église qui n’existe pas encore, ni à un rite quelconque, ni même à la notion même de mariage, mais à la création de l’homme et de la femme : « Dès le commencement, le Créateur les fit homme et femme, et dit : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. » (Mt 19, 4-5).

C’est dans la réalité naturelle créée que Dieu situe l’indissolubilité de l’union sexuelle qui engage ainsi au-delà de l’acte lui-même.

Dans l’ordre naturel, le désir d’une union sexuelle s’accompagne d’un désir d’union illimitée avec la personne désirée.

Le monde moderne s’en est écarté et enseigne, au contraire, une sexualité de consommation temporaire sans engagement au-delà de l’acte.

C’est un mensonge par rapport à la réalité et, hélas, de nombreux jeunes refoulent leur désir naturel d’une véritable union avec l’engagement qu’elle suppose et toute la réflexion et la préparation qu’un tel engagement rend souhaitable.

Dans le monde moderne, l’union sexuelle est perçue détachée du don de soi, autant que détachée du désir de toute la personne de l’autre avec lequel cette union est vécue.

Il y a là une rupture entre le don du corps, qui est total, et le don de la personne qui en est détaché, comme dans la prostitution.

Cette rupture est réelle même lorsqu’une affection très intense, un plein consentement et même une relation profonde durable unit les partenaires d’une union sexuelle, car cela ne fait pas exister un engagement des personnes dans un don mutuel total.

Ce don total s’apprécie dans chaque situation concrète. Pour un catholique, le don total de la personne ne se réalise pleinement que par le sacrement du mariage. Pour un non croyant, il se réalise pleinement par un mariage civil.

En toute situation, il s’agit de veiller à ce que l’engagement total du corps dans une union sexuelle ne se fasse qu’avec un engagement aussi total de la personne dans les circonstances concrètes, ce qui concerne non seulement sa vie privée, mais aussi sa vie dans la société et, le cas échéant, dans l’Église.

La catastrophe morale, mortelle pour l’amour juste de la personne par lequel elle entre dans l’amour même de Dieu, c’est la dissociation volontaire du don physique total du corps dans l’union sexuelle et du don de la personne pour toute la vie, dans une fidélité exclusive.

Car, oui, il est possible de pratiquer l’union sexuelle avec un rejet ou une négation d’un engagement de toute la personne. Il est possible d’avoir une relation sexuelle en la considérant comme sans engagement de vie commune, sans exclusive d’autres relations éventuelles.

C’est même ouvertement enseigné par ceux qui considèrent que la relation sexuelle suppose seulement le consentement des partenaires, mais non un quelconque engagement au-delà de l’acte lui-même.

Concrètement, le plus beau cadeau que chaque fiancé peut faire à son futur conjoint c’est de lui permettre, malgré les vents contraires de notre époque, de vivre l’union sexuelle dans une cohérence parfaite du don total des corps avec le don total des personnes qui, pour des catholiques, n’est réalisé pleinement que par le mariage sacramentel.

Le plus beau des cadeaux entre époux, c’est une union sexuelle qui réalise et scelle comme un ciment l’ « alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie » (CEC 1601).

Sans un don aussi total des personnes dans un mariage, une union sexuelle hors mariage n’est pas ce ciment de l’alliance des personnes et chacun des partenaires en cause prive l’autre de ce signe concret puissant qu’il peut offrir dans le mariage : celui d’une union totale des corps qui signifie une union totale des personnes.

Pratiquée hors mariage, l’union sexuelle cesse d’avoir cette spécificité qui va nourrir la fidélité et la confiance durant toute la vie conjugale. Dans le mariage, chacun donne son corps à l’autre comme un signe du don total de sa personne.

Voilà ce qu’en dit le Catéchisme de l’Église :

« Le couple conjugal forme " une intime communauté de vie et d’amour fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. Elle est établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel et irrévocable " (GS 48, § 1). Tous deux se donnent définitivement et totalement l’un à l’autre. Ils ne sont plus deux, mais forment désormais une seule chair. L’alliance contractée librement par les époux leur impose l’obligation de la maintenir une et indissoluble (cf. CIC, can. 1056). " Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer " (Mc 10, 9 ; cf. Mt 19, 1-12 ; 1 Co 7, 10-11). » (CEC, n° 2364)

« Les fiancés sont appelés à vivre la chasteté dans la continence. Ils verront dans cette mise à l’épreuve une découverte du respect mutuel, un apprentissage de la fidélité et de l’espérance de se recevoir l’un et l’autre de Dieu. Ils réserveront au temps du mariage les manifestations de tendresse spécifiques de l’amour conjugal. Ils s’aideront mutuellement à grandir dans la chasteté. » (CEC, n° 2350)
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par patatedouce »

Cher Xavi,

Je vous remercie profondément pour cette méditation d'une grande hauteur de vue. Vos mots sont non seulement d'une justesse théologique certaine, mais ils touchent à une vérité anthropologique essentielle que notre époque tente désespérément d'étouffer.
Incertain
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Incertain »

Bonjour à tous,
J'aimerais ici vous remercier pour vos réponses et particulièrement Xavi qui hausse la question à un niveau philosophique et théologique.
Xavi a écrit à propos des rapports sexuels avant le mariage :
"Il est juste de parler ici non seulement d’un péché grave, mais même d’un péché mortel car l’amour c’est la vie, c’est la participation à la communion éternelle d’amour de Dieu."
J'ai demandé à chatGPT des éléments plus ou moins précis sur l'opinion des jeunes catholiques sur la sexualité avant le mariage, et voilà les données qui sont ressorties :
"Une étude internationale (2004) a montré que chez les catholiques en France, environ 83 % estimaient que les relations sexuelles avant le mariage étaient “pas du tout mal” ou “mal seulement parfois” — c’est-à-dire qu’une large majorité ne jugeait pas cette pratique très sévèrement. (SOURCE : Wikipédia "Fornication")
Une enquête Ifop/Institut Montaigne (2020) montre que seulement 23 % des catholiques pratiquants interrogés estimeraient qu’une femme doit rester vierge jusqu’au mariage, contre 67 % chez certains groupes religieux – ce chiffre réduit montre des vues moins conservatrices sur la virginité. (SOURCE : Wikipédia "Test de virginité").

Alors c'est bizarre sur ce fil et ce site, on dirait qu'il y a une unanimité complète pour considérer comme gravissime les relations avant le mariage, alors qu'il semble qu'une majorité de chrétien n'en ait plus grand chose à faire.
C'est ce décalage qu'il faudrait traiter. À quoi bon sert une morale qui n'a pas de prise sur le réel ? Ne doit-elle pas être laissée de côté car ce n'est plus qu'un discours creux, qui réconforte ceux qui le tiennent mais ne correspond pas à l'état des humains tels qu'ils sont réellement, hic et nunc ?

Xavi, si j'ai bien compris, identifie le corps comme partie essentielle, composante non dissociable, de la personne indivisible. C'est là à mon avis le point problématique (philosophiquement). Cette sacralisation du corps, censé être la personne, laisse perplexe. Si on coupe la jambe de quelqu'un, est-il moins une personne? Le corps est un avoir, pas un être. On a un corps, notre essence n'est pas le corps. Cette obsession du corps est souvent attribuée à St Paul plutôt qu'au Christ.
Toto2
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Toto2 »

Incertain a écrit : sam. 14 févr. 2026, 4:04

Alors c'est bizarre sur ce fil et ce site, on dirait qu'il y a une unanimité complète pour considérer comme gravissime les relations avant le mariage, alors qu'il semble qu'une majorité de chrétien n'en ait plus grand chose à faire.
C'est ce décalage qu'il faudrait traiter. A quoi bon sert une morale qui n'a pas de prise sur le réel ? Ne doit-elle pas être laissée de côté car ce n'est plus qu'un discours creux, qui réconforte ceux qui le tiennent mais ne correspond pas à l'état des humains tels qu'ils sont réellement, hic et ninc ?
Je partage le constat : quasiment plus personne n'en a quelque chose à faire

En revanche, je suis sidéré de la proposition.
Le relativisme habituel est de considérer qu'il n'y a aucune morale transcendante, que les Hommes sont capables de fixer librement toutes les règles, et on arrive à la légalisation du divorce, de l'euthanasie, de l'avortement
Mais votre proposition est encore pire sur deux plans :
-d'une part, elle ne se base même plus sur la volonté du "législateur", mais elle revient à vouloir se baser sur le comportement de la partie de la société qui ne respecte pas la norme
-d'autre part, elle n'aborde pas la question de la loi, mais la question de la morale catholique.

Donc finalement, à suivre votre logique, si dans une société il y a beaucoup de polygames, d'antisémites ou de voleurs, par magie, la polygamie, l'antisémitisme et le vol ne sont plus vraiment des péchés parce que l'on doit laisser la morale de côté puisqu'à peu près tout le monde s'en moque.

En gros, ce que vous considérez, c'est que finalement D.ieu doit obéir aux hommes en validant finalement le comportement qui est adopté.
C'est quand même dommage que vous ne vous rendiez pas compte manifestement du caractère ahurissant de ce que vous écrivez. Parce qu'en fait, cela revient à éradiquer toute loi divine, mais toute loi aussi ecclésiale puisque finalement c'est à l'Eglise (en plus de D.ieu) d'avaliser, de cautionner toutes les déviances à partir du moment où elles sont suffisamment répandues (je ne vais même pas épiloguer sur le choix du taux pour déterminer comment c'est "suffisamment répandu", au niveau où on en est, c'est de l'ordre du détail).

Hé bien non, D.ieu ne change pas. Les lois ecclésiales peuvent changer par concours de circonstance (e.g. le jeûne des Quatre-temps), les lois divines sont intangibles et immuables. Le "Tu ne tueras pas" s'applique quand bien même on vivrait dans une ville mexicaine à la frontière des Etats-Unis où les gangs passent leur temps à s'entretuer. Pascal disait déjà "Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà".

Revenons au constat (que je ne conteste pas). Que se passe-t-il quand plus grand monde ne respecte la norme ?
1. On la rappelle, pour que les contrevenants ne puissent se servir de l'ignorance comme excuse
2. On en explique le sens, la justification
3. On rappelle l'importance de la norme
4. On inflige une sanction
5. On rappelle la conséquence

Qu'ont fait beaucoup de gens dans l'Eglise ?
1. Ils n'osent plus en parler, de peur de passer pour des rigides sans coeur
2. Comme ils ne rappellent pas la norme, ils n'en évoquent ni le sens ni la justification
3. Ou, au mieux, ils minimisent la gravité du péché
3. Les pénitences infligées en confession sont probablement légères
4. Ils s'abstiennent de parler de purgatoire, de peine, de jugement, d'Enfer, ils considèrent que l'Enfer peut être vide, ou à la rigueur qu'il n'y a qu'une poignée de pédophiles et de néo-nazis

Et après on considère que la règle ne soit pas beaucoup suivie... Bah tu m'étonnes ! "D.ieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes".

je prends ce forum. Il y a un fil (je ne mets pas le lien, cela n'a aucune importance, mon but n'est absolument pas de stigmatiser / dénoncer l'auteur du fil, simplement d'analyser les réponses des commentateurs) où une catholique en couple avec un protestant se demande si elle peut se marier à l'Eglise. Personne, absolument personne, ne va lui dire que c'est peccamineux pour un catholique de vivre en concubinage avec un autre (qu'il soit catholique, protestant ou athée, d'ailleurs). Si sur un forum catholique, on n'ose pas rappeler la morale catholique à une catholique qui vient demander conseil, alors de grâce que l'on n'ait pas l'hypocrisie de déplorer ensuite que la morale catholique ne soit pas suivie.

Ez 3, 18-21
18 Si je dis au méchant : “Tu vas mourir”, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise afin qu’il vive, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.

19 Au contraire, si tu avertis le méchant, et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa conduite mauvaise, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie.

20 Si le juste se détourne de sa justice et fait le mal, je le ferai trébucher : il mourra. Parce que tu ne l’auras pas averti, il mourra de son péché, et l’on ne se souviendra plus de la justice qu’il avait pratiquée ; mais à toi je demanderai compte de son sang.

21 Au contraire, si tu avertis le juste de ne pas pécher, et qu’en effet il ne pèche pas, c’est certain, il vivra parce qu’il aura été averti, et toi, tu auras sauvé ta vie. »
Si quelqu'un vient à vous sans cette doctrine, ne le saluez pas

que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d'y parler; [...] il est malséant à une femme de parler dans l'Église.

Nous réclamons la constance de votre zèle contre les ennemis du célibat ecclésiastique ....défendre de toutes vos forces une loi de si haute importance et de repousser les traits dirigés contre elle par des hommes que tourmentent les plus infâmes passions.

Omnes dii gentium daemonia
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Xavi
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Xavi »

Bonjour Incertain,

Merci pour votre partage qui va au cœur de la question en cause.
Incertain a écrit : sam. 14 févr. 2026, 4:04 Alors c'est bizarre sur ce fil et ce site, on dirait qu'il y a une unanimité complète pour considérer comme gravissime les relations avant le mariage, alors qu'il semble qu'une majorité de chrétien n'en ait plus grand chose à faire.
C'est ce décalage qu'il faudrait traiter. A quoi bon sert une morale qui n'a pas de prise sur le réel ? Ne doit-elle pas être laissée de côté car ce n'est plus qu'un discours creux, qui réconforte ceux qui le tiennent mais ne correspond pas à l'état des humains tels qu'ils sont réellement, hic et nunc ?
Il me semble que vous mélangez la pratique d’une majorité et votre conclusion selon laquelle cela suffirait à affirmer que la morale de l’Église n’aurait pas de prise sur le réel.

Lorsque Jésus évoque l’importance de l’union sexuelle de l’homme et de la femme c’est exactement dans une situation semblable où il contredit la pratique de la répudiation approuvée par une majorité.

L’abstention éclairée et choisie de l’union sexuelle avant le mariage a, au contraire de votre affirmation, une prise importante sur le réel des fiancés en cause et façonne leur union dans la cohérence avec ce qu’ils sont : c’est la personne qui se donne totalement lorsque le corps se donne totalement et le don total du corps sans le don total de la personne brise cette cohérence.

Incertain a écrit : sam. 14 févr. 2026, 4:04 Xavi, si j'ai bien compris, identifie le corps comme partie essentielle, composante non dissociable, de la personne indivisible. C'est là à mon avis le point problématique (philosophiquement). Cette sacralisation du corps, censé être la personne, laisse perplexe. Si on coupe la jambe de quelqu'un, est-il moins une personne?
Non, bien sûr, et même, plus encore, si on détruit tout le corps, ce qui se produit au moment de la mort, la personne subsiste spirituellement dans l’attente d’un nouveau corps lors de la résurrection.

Une fois créée, par, avec et dans un corps, la personne humaine est une âme immortelle qui porte la marque indélébile de son propre corps, de son adn. Mais, lorsque la personne vit par, avec et dans son corps, ce corps exprime la personne et est la personne.

C’est ainsi que le Christ lui-même se révèle et est pleinement Dieu. En Jésus de Nazareth vivant dans un corps terrestre, Dieu est. C’est Dieu lui-même qui se montre et se révèle par, dans et avec un corps d’homme. C’est encore cette même réalité qui est manifestée dans chaque Eucharistie lorsque nous contemplons le Christ lui-même (et pas seulement son corps) et que nous voyons ainsi Dieu le Père lui-même par Lui, avec Lui et en Lui sous les apparences d’un corps qui n’a que la forme d’une humble hostie. Ce corps eucharistique est le Christ, est Dieu.

Incertain a écrit : sam. 14 févr. 2026, 4:04 Le corps est un avoir, pas un être. On a un corps, notre essence n'est pas le corps. Cette obsession du corps est souvent attribuée à St Paul plutôt qu'au Christ.
Il ne s’agit ici ni d’une obsession, ni d’une réalité qui viendrait de St Paul plutôt que du Christ, mais d’une question essentielle pour la foi.

Non, le corps n’est pas un avoir mais le corps qui exprime l’être est l’être lui-même. Le Christ venu dans un corps qui montre Dieu est Dieu Lui-même. Dans l’Eucharistie, le Christ, qui se donne par son corps, se donne Lui-même.

Selon le Catéchisme, « La personne humaine, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel » (CEC, 362) et « L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la " forme " du corps (cf. Cc. Vienne en 1312 : DS 902) ; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant ; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature. » (CEC, 365)

Selon Saint Jean-Paul II, « le corps révèle l’homme » et « détermine l’homme en tant que personne, c’est-à-dire en tant qu’être « semblable » à Dieu, également dans toute sa « corporéité » » (Aud. du 14 novembre 1979, n° 4). Il ajoute que l’homme « avec le caractère unique et absolument singulier de sa personne, est constitué « lui » ou « elle » par son corps » (Aud. du 21 novembre 1979, n° 1) et « le corps, et seulement lui, est capable de rendre visible ce qui est invisible : le spirituel et le divin. Il a été créé pour transférer dans la réalité visible du monde le mystère caché en Dieu depuis l’éternité et en être ainsi le signe » (Aud. du 20 février 1980, n° 4).

Il enseigne ailleurs que « C'est le propre du rationalisme d'opposer chez l'homme, de manière radicale, l'esprit au corps, et le corps à l'esprit. Au contraire, l'homme est une personne dans l'unité de son corps et de son esprit. Le corps ne peut jamais être réduit à une pure matière : c'est un corps « spiritualisé », de même que l'esprit est si profondément uni au corps qu'il peut être qualifié d'esprit « incarné ». » (Lettre aux familles du 2 février 1994, n° 19)

Il ne s’agit en rien d’une obsession, mais d’une compréhension essentielle de notre être humain créé par, dans et avec un corps. En le réduisant à un « avoir » ou un « objet », vous avez d’ailleurs bien perçu que c’est essentiel pour comprendre ou non la morale chrétienne de la sexualité.
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Trinité »

Il est certain que la position de l'Eglise est claire sur ce point...
Cependant...combien de drame pourrait être évités , avec une connaissance sexuelle de chacun avant mariage...
Les incompatibilités sexuelles , sont dramatiques à terme, et conduisent à de nombreux divorces...
J'ai vécu cela...pas que , mais pour une grande part responsable dans mon échec de couple...
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Xavi
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Re: Sexualité avant le mariage : la morale chrétienne doit-elle changer ?

Message non lu par Xavi »

Non, cher Trinité ! Vous évoquez souvent votre cas personnel pour en déduire à tort qu’une connaissance sexuelle aurait réglé une incompatibilité apparue seulement dans le mariage.

En effet, avant le mariage, une tentative d’union sexuelle à titre d’essai ne peut être vécue que dans un rapport faussé par une incohérence entre l’union totale des corps et une absence de l’union totale des personnes encore réservée.

Il se peut certes qu’une entrave à l’union sexuelle apparaisse après un mariage, mais cela me semble relever, dans ce cas, soit d’une difficulté qui nécessite parfois l’aide d’un tiers thérapeute, soit d’une possible cause de nullité.

Mais, la solution n’est en aucun cas à chercher dans une fausse union à l’essai qui ne peut que causer de profonds dommages, malgré sa banalité à notre époque.
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