cracboum a écrit :
Quand je dis presque, je fais allusion au big bang, je savais qu'il était à l'origine de l'espace-temps, mais son indétermination absolue donnant réalité à la materia prima des scholastiques... je n'ai pas les moyens de vérifier.
Vous non, mais toutes les expériences de mécanique quantique menées en laboratoire, et notamment celle d’Aspect (violation des inégalités de Bell), vérifient le principe d’un indéterminisme irréductible à l’échelle microscopique, or à ses débuts l’univers était un microcosme, donc totalement indéterminé, ce qui est en tout point conforme à la materia prima des scolastiques. A l’époque ils n’avaient pas encore les moyens expérimentaux et tout l’arsenal conceptuel pour formaliser la chose, mais en revanche ils avaient toute leur raison et ils savaient s’en servir...
cracboum a écrit :
Mais pourtant il y avait quelque chose, lumière, chaleur, énergie, espace et temps...que sais-je et ces éléments primordiaux ne sont-ils pas déjà déterminés en tant que tels ?
Lorsque vous approchez le mur de Planck vous perdez la notion d’énergie, de matière, d’espace et de temps, la raison en est que le couplage des principes relativistes (déformation de l’espace-temps par l’énergie-matière) et des principes quantiques (relation de Planck-Einstein entre l’énergie et la fréquence), couplage rendu nécessaire pour décrire un microcosme hyperdense, celui de l’univers primordial, aboutit à ce que l’on appelle un processus catastrophique, situation où plus aucune grandeur n’est identifiable et mesurable.
C’est pour cela que tous les astrophysiciens mettent en garde les béotiens lorsqu’ils s’interrogent sur « avant le mur de planck », et qu’ils leur disent « vous ne pouvez plus parler en terme d’avant et après puisque le temps perd sa signification, tout comme l’espace, la matière, et l’énergie ».
Donc pour répondre très clairement à votre question : non il n’y avait aucun élément déterminé à l’origine, et il n’existe aucune physique pour décrire le point 0 (ce qui d’ailleurs est peu surprenant, comment voulez-vous décrire quelque chose d’absolument indéterminé ?) par contre vous pouvez dire qu’il y avait quelque chose...
cracboum a écrit :
Mieux ce bigbang n'est-il pas porteur d'un projet, d'une loi d'expansion, d'évolution, de complexification inscrit dans cette matière qui nous paraît indéterminée ?
Déjà répondu précédemment : non.
cracboum a écrit :
En outre, nous n'arrivons pas à saisir la matière noire actuelle, ni à unifier les quatre forces, ni la Relativité avec la physique quantique...pour ce que j'en sais, alors adhérer aveuglément aux discours sur le big bang ?
Il n’y a pas d’aveuglement en science, d’autre part il y aura toujours des difficultés et des problèmes à résoudre, mais cela ne remet pas en cause la méthode elle-même qui consiste toujours à choisir la théorie dont la puissance de prédiction est la plus forte, en attendant mieux. Je vous donne un exemple pour essayer de vous montrer en quoi un tel questionnement est vaseux : vous pourriez me dire « Pourquoi au lieu du Big-Bang n’y aurait-il pas eu un éléphant rose qui aurait bruyamment éternué ? » , moi je vous réponds, « je suis prêt à retenir votre théorie (ouverture d’esprit scientifique) à condition que vous formalisiez votre théorie (raisonnement scientifique) et que votre théorie prédise des phénomènes (donc possibilité de réfutation) susceptible d’être expérimentés (expérience scientifique), et en l’absence de réponses étayées de votre part sur tous ces points, voyant que le protocole scientifique n’est pas respecté je déclare votre théorie nulle et non avenue avec la meilleure conscience du monde, et jusqu'à nouvel ordre je reprends la théorie du Big-bang. Tout simplement cela s’appelle être raisonnable et ne pas chercher midi à quatorze heures.
On pourrait développer sur le doute hyperbolique et sur ce qu’il a de malsain, car poussant à la déraison. Mais il suffit juste de signaler qu’il se contredit et se détruit lui-même comme le serpent Ouroboros, car puisqu’il doute de tout, immanquablement il va finir par douter de lui-même, or qu’est-ce que douter du doute si ce n’est entrevoir la possibilité d’une vérité sans aucun doute possible...
cracboum a écrit :
Ainsi vous êtes bien d'accord avec moi que le boeuf est changé en saucisse autant que transformé
Absolument pas, vous avez compris de travers : au contraire par souci de précision scientifique, cette précision qu’avait d’ailleurs les scolastiques, j’établis une distinction radicale entre d’une part la transformation, c’est à dire étymologiquement passage d’une forme substantielle à une autre, par conséquent destruction d’un être qui va servir de matière à la production d’un autre, et d’autre part le changement qui suppose la conservation de la substance et la modification des ses accidents. (je vous renvoie aux exemples plus haut).
Le bœuf qui engraisse est un bœuf qui change, le bœuf transformé en saucisse ne change plus, il est mort.
cracboum a écrit :
En outre, je crois que les bouddhistes ont bien vu, tout comme les premiers philosophes grecs, que tout change et tout demeure, aprés c'est le vocabulaire pour le dire qui peut différer.
Non ils ont sombré dans les mêmes délires que les héraclitéens dont le summum de l’idiotie pour certains consistait à s’abstenir de parler, parce que prononcer un mot c’était soi-disant immobiliser ce qui ne pouvait l’être, avec la brillantissime conclusion que du flux perpétuel on ne pouvait rien dire et qu’il ne fallait rien dire, une vaste blague démontée par Parménide, les éléates, Platon et Aristote, ce dernier ayant le mieux pointé leur erreur, c’est à dire qu’ils ne distinguaient pas entre la substance et ses accidents, et lorsqu’on est confus on en devient inintelligible.
cracboum a écrit :
Le petit développement sur les compositions entitative et hylémorphique : hmmmm! miam! miam! ça ne sert à rien, ça enfonce des portes ouvertes, mais le plaisir esthétique : un dessert pour gourmets. Ah ces scolastiques, quel art de vivre !
L’esthétique est secondaire, mais il est vrai qu’un raisonnement impeccable, tranchant comme le glaive d’une épée cela a de la gueule, Descartes parlait d’ailleurs des « pures joies de l’esprit » d’une qualité bien supérieure à celle des sens, il s’agit certainement d’une participation à la joie du Logos ordonnateur. Vous savez que le Christ, le Verbe fait chair a dit qu’il n’était pas venu « apporter la paix , mais le glaive » (St Matthieu 10,34). Il faut comprendre par là que le Verbe est venu en ce monde pour faire la part des choses, et ce n’est donc pas une coïncidence si l’Eglise a choisi le glaive acéré de la scolastique pour faire la part des choses en matière de philosophie et métaphysique.
En cela oui c’est beaucoup plus esthétique que l’affreux gloubi-boulga bouddhico-évolutionniste, galimatias inintelligible. Forcément ils ne distinguent rien et ils confondent tout.
Mais il faut réaffirmer que l’esthétique est secondaire, la compréhension est beaucoup plus importante. Lorsque vous avez l’esprit en ordre, lorsque vous vivez dans une société ordonnée où l’on sait faire la part des choses (donc tout le contraire de nos sociétés actuelles) eh bien vous vivez mieux. Dans une société confuse, inapte à distinguer le bien du mal, l’intelligence de la bêtise, la beauté de la laideur, la forme de la matière, vous ne pouvez que vivre mal, et il faut prendre son mal en patience, en attendant que le glaive du Logos, celui du Bien, de l’Intelligence et du Beau s’abatte pour trancher dans le vif et faire la part des choses.
LIGO a écrit :
de votre longue réponse, dont je vous remercie au nom de tous les lecteurs, je ne répondrai ce soir que trois choses :
1) Gödel, je vous cite, "part du principe que l'homme peut résoudre tous les problèmes qui lui sont posés (ou qu'il se pose)"
OK : c'est un point de départ admis, à partir duquel on peut échaffauder toutes les théories que l'on veut, avec toute la logique mathématique que l'on veut.
Il suffit que ce point de départ soit faux et toute la théorie se trouve bancale.
D’abord ce n’est pas de moi, mais tiré d’un site de vulgarisation, ensuite Gödel ne part pas d’une prémisse qu’il admet mais d’une prémisse que d’abord il suppose pour la réfuter ensuite, et je vous ai expliqué en quoi consistait un raisonnement par l’absurde, mais je vais vous en donner un exemple :
Supposons que le suspect se soit trouvé sur les lieux du crime à ce moment-là (prémisse supposée) alors il n’a pas pu regagner son domicile avant 22 heures (première déduction), or nous savons qu’il a passé un coup de fil de son domicile avant 22 heures donc il était présent à son domicile avant 22 heures (deuxième déduction), la première déduction contredit la seconde déduction donc c’est absurde, et si c’est absurde c’est parce que la prémisse supposée est fausse. Donc conclusion : la prémisse est fausse.
C’est pour ça que je dis que vous avez commis un contre sens parce que vous avez cru que la démonstration partait d’une prémisse admise alors qu’elle partait d’une prémisse supposée et son objet était justement de réfuter cette prémisse !
Et c’est pour ça aussi que dans un esprit de clarté, constatant par ailleurs que l’exposé du site de vulgarisation était confus, je vous ai reformulé le schéma d’une démonstration directe qui est le suivant et que je vais préciser :
1) Le cerveau est isomorphe à une machine de Türing (ce n’est jamais rien de plus qu’une machine programmable organisée en réseaux et processus neuronaux)
2) L’esprit logico-mathématique peut établir la vérité de certaines propositions qui pour une machine de Türing sont indécidables
3) Donc l’esprit logico-mathématique n’est pas isomorphe à une machine de Türing et par conséquent n’est pas
isomorphe au cerveau
4) L’esprit logico-mathématique est une partie de l’esprit humain (toutes les activités de l’esprit ne se réduisent pas seulement à la logique-mathématique)
5) Si donc une partie de l’esprit n’est pas isomorphe au cerveau, alors a fortiori la totalité de l’esprit n’est pas
isomorphe au cerveau
6) Or qu’est-ce dire que deux êtres ne sont pas isomorphes, c’est dire qu’ils n’ont pas la même forme, donc que ce sont deux entités distincts.
7) D’où l’existence de l’esprit indépendamment du cerveau
Dans toute démonstration il y a des prémisses. Comme vous avez pu le constater précédemment dans le cadre de la démonstration par l’absurde, la prémisse peut-être fausse et dans ce cas on peut en déduire n’importe quoi, des choses vraies comme fausses, par contre ce qui est sûr c’est que si l’on déduit une chose et son contraire on peut carrément rejeter la prémisse.
Dans le schéma démonstratif que je vous ai proposé le point 1) toutes les prémisses sont de l’ordre du constat, par conséquent la conclusion est assurée.
Un intervenant dans la discussion sur « l’esprit et le cerveau » a mis en doute la première prémisse pensant faire vaciller la démonstration. Mais son doute n’avait rien de légitime puisqu’il alléguait l’existence de mystérieuses propriétés du cerveau qu’aucune expérience ou étude scientifique n’a jamais mises en évidence. C’est assez cocasse parce que généralement l’inversion de la charge de preuve est reprochée aux croyants, alors que là c’est moi qui lui reprochait l’inversion de la charge de preuve, car en effet si le cerveau a de mystérieuses propriétés qui le font différer par nature d’une machine de Türing c’est à lui de les trouver ces propriétés ce n’est pas à moi d’établir qu’elles n’existent pas, alors que tout prouve le contraire notamment l’intelligence artificielle et ses modélisations.
Entre parenthèses on trouve fréquemment ce type de pirouettes chez les matérialistes : acculés qu’ils sont dans leurs derniers retranchements pour expliquer l’esprit et toutes ses manifestations, ils en viennent à dire : « Ah ! mais vous savez la matière est pleine de propriétés mystérieuses - Et alors vous pouvez les mettre en évidence ces propriétés mystérieuses qu’on ait un petit soupçon du mystère ? - Ah ben non ! - Ah zut alors c’est bête hein ? ...»
LIGO a écrit :
si mon chien est capable de faire le rapprochement entre une rangers et une babouche, vous reconnaissez que votre remarque sur la forme de l'objet (à propos de la balle) était nulle et non avenue.
Mais un automate n’est pas capable de reconnaître qu’une classe de forme, vous n’avez pas compris : votre chien en reconnaissant la forme d’une chaussure avec toutes les variétés qu’elle peut présenter ou en reconnaissant la forme d’une boule avec toutes les variétés qu’elle peut présenter ne fait pas plus qu’un automate programmé pour faire de la reconnaissance de forme.
LIGO a écrit :
Votre remarque sur la forme du pied est une subtile tentative de rattrapage (aux branches), mais entre temps j'ai fait le test avec le même chien et un chausson de bébé (alors que mes chaussures sont du 45 fillette !) noyé au milieu d'autres objets dont il n'avait aucune connaissance :
Et alors la topologie est la même, petit ou grand, chaussure ou chaussette cela épouse toujours la forme d’un pied.
Et en plus un simple mécanisme d’association, comme je l’ai évoqué précédemment, peut expliquer le comportement du chien. C’est absolument pas probant vos histoires.
LIGO a écrit :
Et vous pensez encore qu'il n'a toujours pas compris le concept de chaussure. !
Le jour où votre chien aura compris le concept de chaussure, il sera capable d’abstraction et ce jour-là il sera capable de faire du reverse-engineering et il se fabriquera des chaussures qu’il se mettra au pieds...
Parce qu’il n’y a aucune raison qu’une espèce intelligente, c’est à dire capable d’abstraction, n’arrive pas au même niveau technologique qu’une autre après l’avoir fréquenté longuement. Vous savez lorsque les explorateurs du XVIIIème, XIXème ont découvert des tribus au fin fond de l’Afrique, certaines en étaient à l’âge pierre, maintenant leurs descendants sont technologiquement au même niveau que nous. Oui mais voilà c’étaient des hommes comme nous, ils faisaient partie de la même espèce intelligente.
Or je n’ai pas l’impression qu’en terme de civilisation les chiens nous aient rejoints, non ?
LIGO a écrit :
Pour votre info, il comprend aussi le concept : "l'autre", ce qui est très abstrait n'est-ce pas.
Il ne s'agit pas d'un objet en particulier.
Donne la patte ... donne l'autre (nota : pas "l'autre patte", juste "l'autre")
Donne la balle ... donne l'autre (nota : pas "l'autre balle", juste "l'autre")
Ca marche à tous les coups.
Risible, une simple remémoration de la patte déjà présentée, un mécanisme d’association avec le mot autre, qui provoque la présentation de la patte qui n’a pas encore été présentée, un simple arc-réflexe... Si votre chien avait le concept d’altérité vous pourriez faire de la philosophie avec lui...
LIGO a écrit :
vous en concluez quoi ?
Qu’il y a des numéros de cirque bien plus impressionnants que les vôtres, mais que cela reste toujours de l’automatisme.
LIGO a écrit :
Que son cerveau fonctionne sans aucune abstraction ?
D’une un cerveau n’abstrait pas (je vous renvoie aux messages précédents), de deux si une espèce animale disposait du pouvoir d’abstraction elle nous rejoindrait très rapidement sur le plan technologique, de trois la réalisation de vos expériences ou d’un numéro de cirque ne réclame pas autre chose que des mécanismes d’association et de reconnaissance de forme, chose qu’un automate peut très bien faire.
LIGO a écrit :
avez-vous déjà vu la vidéo d'un poulpe qui arrive à dévisser un couvercle de bocal pour aller y chercher sa nourriture, sans aucun apprentissage ...?
Comment expliquez-vous cela ?
A-t-il une âme morcelée, présente dans chaque tentacule, comme l'est son "cerveau" ?
Encore risible, nulle besoin de conceptualiser pour ouvrir un bocal, le tâtonnement suffit, lorsque vous cherchez à ouvrir ou démonter quelque chose et que vous n’êtes pas franchement bricoleur, que faites-vous ? eh bien vous tirez un peu dans tous les sens, avec un peu de chance vous pouvez y arriver du premier coup, mais tôt ou tard ça finit par venir, justement c’est le contraire de l’application d’un concept : celui qui use du concept lit la notice, il cherche à comprendre pour démonter, le paresseux y va franco et commence à donner des coups de tournevis dans tous les sens, jusqu'à ce que ça vienne...