Catholique ou non, en matière de domination sociale masculine (c'est à dire en dehors du foyer) le salaire plus élevé des hommes à fonction égale, ce n'est pas du ressenti, mais bien la réalité. Le refus d'employer une femme sous prétexte qu'elle peut être mère (en supposant donc que la mère va plus s'occuper de ses enfants que le père), ce n'est pas du ressenti, mais la réalité. La préférence donnée, dans l'Eglise, aux théologiens plutôt qu'aux théologiennes, ce n'est pas du ressenti, mais la réalité. Le fait que de nombreuses femmes catholiques (ou pas) n'osent pas avouer qu'elles n'aiment pas être mère au foyer ou qu'elles n'apprécient pas plus que leurs époux de s'occuper des enfants, ce n'est pas du ressenti mais la réalité.
Vous avez la sensation d'être jugé en tant qu'homme, mais j'ai un époux qui formule les mêmes jugements à l'égard de ses pairs... Il est surpris de l'importance que les hommes accordent, dans son travail (le BTP : un boulot d'homme essentiellement), au sexe, aux "potes" au détriment de leurs femmes, et donnant si peu de place au partage des taches au sein du couple. Il entend souvent dire : "ah, mais le bébé, c'est à ma femme de s'en occuper, pas à moi". Souvent, mon mari propose aux hommes (il est cadre) de prendre un congé pour être auprès de leur épouse lorsqu'un enfant est malade, ou pour remplacer leur épouse si celle-ci travaille pour s'occuper de l'enfant, et les hommes refusent car "ce n'est pas leur truc". Alors, même si avec mon mari, nous nous demandons comment des femmes normalement constituées ont pu prendre pour époux de tels machos, il n'en résulte pas moins que la domination masculine est bien réelle. Ce n'est pas du ressenti... Chez les catholiques pratiquants, il ne s'agit pas de la même forme de domination mais elle est quand même visible... notamment quand cela concerne la maternité.
Evidemment, si je me basais sur mon mari pour comprendre les hommes, je ferai de tous les hommes des saints : intelligents, doux, amoureux, s'occupant parfaitement des enfants, n'infantilisant pas, n'ayant pas une idée complètement idéalisée de la maternité et du rôle de la mère, posant des jours de congés pour être au chevet des enfants quand besoin est, comprenant qu'une femme ne s'épanouisse pas forcément dans son métier de mère (bon, il faut dire aussi qu'il a du composer avec une femme qui n'aime pas s'occuper de ses enfants : mais nous sommes nombreuses et la plupart n'ose pas le dire)... Evidemment, mais je peux vous dire que mon mari est un OVNI... et que la plupart de mes amies m'envient, et pas seulement en secret.
Le problème n'est pas tant de se faire ou non des idées sur l'autre sexe mais de constater la réalité. Le fait que ce soit souvent la femme qui se mette en retrait dans le couple n'est pas une question de ressenti mais une réalité sociale. Et je connais dans mon entourage et au-delà, peu de couples catholiques pratiquants où l'homme n'a pas une idée très précise du rôle de la femme. Et quand on pose la question du rôle de l'homme sur ce forum, on entend des choses comme : "il est la tête du foyer comme le Christ la tête de l'Eglise", "Il lui appartient de décider au sein du couple", "il doit subvenir aux besoins de sa famille", "il doit représenter l'autorité morale"... Bienvenue dans les années 50 ! Mon propre grand-père pensait ça et ma grand-mère a servi de larbin toute sa vie même si par ailleurs mon grand-père lui offrait une vie matérielle plus que satisfaisante, la couvrait de bijoux, qu'elle bénéficiait d'une femme de ménage, mais elle ne pouvait ni conduire ni avoir un travail (malgré sa licence de philo et sa licence de droit obtenues à la fin de la guerre)... Le pire, c'est qu'il pensait faire le bonheur de sa femme puisqu'il la traitait comme une reine et qu'il lui proposait le plus beau rôle : être épouse et mère... alors que ma grand-mère n'aimait pas ce rôle.
Chaque fois que l'on parle des femmes, on nous remet une couche sur la maternité, et sur la supposée douceur naturelle des femmes (douceur confondue avec mièvrerie et effacement la plupart du temps). Bon sang, des femmes comme Thérèse d'Avila, religieuse et donc sans enfants, était très virile dans sa manière de procéder et même dans sa spiritualité (sainte femme
Il est étonnant au 21ème siècle qu'une femme soit souvent considérée comme "la femme de untel et la mère de untel" quand elle n'a pas de position sociale. Ce n'est pas du ressenti, c'est une réalité.
Mais la femme catholique, dans sa vie quotidienne (sujet initial), bénéficie de la reconnaissance et de l'amour inconditionnel de Dieu, ça compense le reste (mais il ne faut pas qu'elle en oublie de se battre pour une plus grande reconnaissance).
Fraternellement.
Cécile
Cécile




