Elisseievna,
je suis assez d'accord avec Wanderer. Vous vous répétez sans tenir compte des arguments qui vous sont opposés : vous ne débattez pas, mais tentez de faire passer votre message par répétition. Soit vous tenez compte des textes qu'on écrit pour vous répondre, soit vous en restez là. Mais si vos interventions tendent à rabaisser le débat et à présenter un ensemble monolithique de propositions que vous refusez d'examiner avec les autres intervenants, cela n'a aucun intérêt.
elisseievna a écrit :- Un foetus dans les premières semaines a beau être "identifiable" individuellement, il n'est pas complet dans le sens de pas complètement formé, et même très loin de l'être,
pour la mère il est encore imperceptible sauf a travers l'absence de règles,
il est donc incapable ou extrêmement peu capable de souffrir,
alors que le foetus plus âgé qu'il deviendra, devient peu a peu, de plus en plus proche de l'être humain sensible et conscient
Je vous ai déjà répondu là-dessus : la question de la perception de l'homme qui doit être mis à mort a déjà été évoquée... le baillon, le bandeau sur les yeux, son inhumaine monstruosité... rendent son humanité imperceptible ou moins perceptible. Les pilotes de bombardiers refuseraient de tuer un à un, en leur présence, les centaines et milliers de victimes - hommes, femmes et enfants - qu'ils peuvent faire en pressant un simple bouton, victimes imperceptibles pour eux à tant de milliers de mètres d'altitude. Ces victimes invisibles et imperceptibles sont pourtant bien réelles.
elisseievna a écrit :- un foetus se développe avec sa mère, par sa mère, dans son corps, et perçoit les choses par elle : sa nicotine, ses chocs, ses émotions sans doute (?), ses angoisses sans doute,
- ce qui est bon pour la mère est des lors bon pour le foetus et inversement, ce qui la fait souffrir, lui fait peur, est mauvais (?) pour lui
- évidemment la science ne prouve pas encore tout cela : mais demandez vous :
si vous êtes pour (la thèse de) l'hypersensibilité du foetus dès l'embryon, comment pouvez vous pensez que par rapport a la mère, il y a si peu de sensibilité du foetus que peu importerait ce qui arrive à la mère ?
Vous tendez à ce même sophisme : que le vécu émotionnel d'un individu justifierait tous ses actes sans tenir compte du tout des l'existence des autres. Si Untel vous mettait en colère, votre colère justifierait-elle que vous le mettiez à mort ? Non. C'est pourtant le même raisonnement que vous faites.
elisseievna a écrit :- à cause du développement progressif de la sensibilité, sensibilité en soi et par rapport à la femme qui le porte, il apparaît absurde et barbare de laisser se développer un embryon qui se trouvera très vite dans une situation douloureuse, avec une femme qui a peur ou qui le rejette très profondément, alors qu'il serait encore temps, d'interrompre un développement de cellule qui n'est encore qu'ensemble inconscient, et non souffrant
La conscience et la souffrance ne peuvent être des critères de mise à mort d'un individu. Tout le monde souffre psychiquement, il n'y a personne qui soit à l'abri de blessures de la vie. Vous vous basez sur un idéal de ce que devrait être la vie humaine, un idéal de bien-être psychique qui ne se trouve nulle part. Si être conscient et souffrant suffisent à mériter la mort, dans ce cas fondez une nouvelle religion appelant au suicide de masse de l'humanité.
Si l'on allait au bout de votre logique, la société devrait dépister les foetus qui risquent d'avoir les existences que vous estimez invivables et les avorter. Mais quel critère serait nécessaire et que vous n'évoquez pas ? La faiblesse et la force : dans des circonstances difficiles identitiques, l'un souffrira jusqu'à se suicider, mais l'autre, fort, traversera l'épreuve et en sortira plus fort... Derrière votre apparente philanthropie, se dissimule un eugénisme fondé sur la force morale et éliminant les plus faibles moralement.
elisseievna a écrit :- il y a des raisons économiques, je dirai plus "physique", car la nécessite économique se traduit par des efforts physiques allant jusqu'a l'insupportable, au besoin d'avorter, mais il y a aussi des nécessites psychologiques :
le fait de savoir qu'on n'aimera pas, qu'on haïra peut être même l'enfant qui naîtrait, et dont on sait qu'il ne le mérite pas,
cela peut être souvent parce qu'on n'aime pas, plus, le "géniteur", parce qu'il s'est mal conduit, parce que lui même rejette l'enfant éventuel, parce qu'il est violeur, violent ou méprisant ou ...
cela peut être aussi pour des raisons psychologiques personnelles
Les émotions et sentiments que vous décrivez ne peuvent rien justifier. Ils sont tels un jour et autres le lendemain. La vie et la mort d'un individu ne peuvent être justifiées par l'émotivité de tel ou tel autre individu.
elisseievna a écrit :- l'amour ne se commande pas
"Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés".(Jn 15, 12)
C'est toute une culture et une civilisation qui ont été fondées sur un commandement d'amour...
elisseievna a écrit :on peut savoir qu'un enfant mériterait comme tout enfant d'être aimé de sa mère : on ne peut pas se forcer pour autant à l'aimer
Peut-être, mais dans ce cas, on peut aussi laisser se répandre la haine, l'indifférence, la violence... il n'était pas possible de forcer les nazis à aimer les Juifs, n'est-ce pas ?
elisseievna a écrit :- qu'il y ait des femmes qui ont des cauchemars ou des remords après avoir avorté, c'est possible,
que ceci soit provoqué par la culpabilité inculquée après coup par des chrétiens c'est possible, ( cela ne signifie rien en soi sur la justification de cette culpabilité, mais juste que cette culpabilisation va faire souffrir ...)
Inculquée après coup ? Vous avez peut-être le sentiment de vous en sortir avec vos sophismes mais il y a une chose que vous ne percevez sans doute pas et c'est votre ignorance de l'amour. Ce qui souffre dans une femme qui perd son enfant, qu'il soit avorté ou perdu par une maladie ou un accident, et qui souffre bien évidemment dans les parents qui perdent un enfant : c'est l'espérance et l'amour, c'est leur capacité d'amour et de tendresse, leur capacité à la vie et à l'avenir. L'amour n'a rien d'extraordinaire, il est disponible immédiatement en nous, nous sommes faits pour lui, ordinairement. Non seulement votre discours est une idéologie du bien-être et de la souffrance qui se fonde sur un bien-être idéal et dont personne ne fait jamais l'expérience, mais il ignore tout à fait la simplicité et l'ordinaire de l'amour. Vous ignorez ce qui est donné ordinairement et vous vous fondez sur un bien-être extraordinaire et absent.
elisseievna a écrit :- un enfant ne demande pas a vivre, il peut dire à ses parents, s'il vit trop mal : "mais pourquoi m'avez vous mis au monde, sachant ce qui allait m'arriver ? je n'ai pas demandé à naître !"
autrement dit, un enfant a le droit d'avoir ce minimum de chance, de bonheur, qui est de naître en étant désiré !
Vous rêvez encore... Selon vos critères l'humanité aurait dû s'éteindre il y a longtemps. Et hors de l'Occident et du niveau de vie qu'on trouve dans l'UE, en Suisse ou aux EU, la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue ? Encore un fois, vous décidez à la place des autres et qu'ils ne choisiraient de vivre que dans vos conditions idéales qui n'existent pas. Que pensez-vous des enfants nés pendant la guerre ? Voudriez-vous condamner leurs parents ?
Et d'autre part, beaucoup d'enfants naissent parce que la nature les désire et s'exprime dans l'attirance et l'union sexuelle de leurs parents. Et sans que cette conception ait été "voulue" comme un projet mais ça n'empêche pas l'enfant d'être un premier-né et que des frères et des soeurs lui viennent après. Ce qui compte c'est qu'un homme ou une femme soit conçu, car c'est déjà une victoire de l'humanité, et une victoire du père et de la mère. Car la vie, en eux et par eux, se transmet.
Mais vous exposez vos arguments sophistiques comme si la vie et l'humanité étaient nécessaires et garanties... alors que ce sont toujours des victoires, à chaque génération.
Enfin, Shaka, a très bien répondu à votre fantasme du contrôle total sur sa propre existence.
elisseievna a écrit :si un foetus doit devenir un être qui n'est pas désiré, pour lequel on éprouve du rejet, alors que l'on prenne ses responsabilité, que l'on arrête sa vie AVANT qu'il ne connaisse la souffrance
C'est sans doute ici un sommet de perversion et si vous vous complaisez à ce point dans l'irrationalité, vous ne pouvez rien apporter à un débat sérieux.
Car :
1. Dans ce cas, vous devrez en arriver à un dépistage des foetus non-désirés et à l'incitation à ou l'obligation des les avorter. Ce qui est délirant.
2. La responsabilité humaine ne peut être que dans la protection et l'accompagnement de la vie humaine, l'atteinte à et l'abandon de la vie humaine ne peuvent être que de l'irresponsabilité ou une faute (non-assistance à personne en danger, etc.) Le contraire que vous défendez : l'obligation morale de détruire et d'abandonner une vie, est aussi délirant.
3. Il transpire de votre discours que c'est toujours l'enfant et le faible qui est le gêneur et l'adulte qui se permet tout ce qu'il souhaite. C'est encore une dérive inadmissible, tendant à l'arbitraire, au despostisme, à la violence privilégiée contre le droit...
elisseievna a écrit :- la mère est la seule qui sait...
elle sait ce qu'elle ressent, ce qu'elle éprouve, pas pour les décennie à venir certes, mais pour maintenant, là dans les semaines et les mois où elle portera l'enfant, dans au moins les premières années de sa vie, elle sait ce qu'elle peut faire avec ou pour lui et ce qu'elle se sent incapable de faire, elle sait l'angoisse ou le rejet qu'elle ressent compte tenu de cela, elle le sait avec certitude, elle sait si elle veut ou peut faire le pari que tout ira bien ou si elle ne peut pas...
- bien sur il y a de la subjectivité à plusieurs niveaux dans ces appréciations :
subjectivité du "ressenti" par rapport à l'enfant à venir éventuel,
subjectivité de la sensation de ses propres capacités,
subjectivité de la sensibilité ou non que l'on suppose à l'embryon de quelques semaines,
(peut-être que la science un jour vous donnera raison mais pour l'instant la plupart des gens ressentent qu'un être humain de quelques semaines n'est pas encore conscient , qu'on peut encore lui éviter de l'éveiller a la souffrance,
on le sent par rapport a tout ce qui manque a un être guère plus lourd qu'un colibri, par rapport a ce qu'est un bébé capable de vivre hors du corps de sa mère et qui est a peu près deux cent plus lourd),
- mais dans cette subjectivité il y a d'abord une concordance objective entre les perceptions de la majorité des gens et des médecins qui estiment qu'un embryon est trop peu développé pour ressentir,
- et surtout cette subjectivité de la mère, c'est elle qui est essentielle, c'est par elle que l'enfant peut se développer, il n'y a qu'elle qui peut dire, si l'enfant va se développer comme un être humain, aimé, attendu, ou comme un être repoussé d'avance, entièrement ou malgré soi,
si la mère ne peut pas l'aimer, l'enfant est d'une certaine façon impossible, impossible en tant qu'être humain mis au monde humainement,
par contre si la femme enceinte, malgré les difficultés insurmontables qui paraissent se dresser dans le futur, sent qu'elle a le souhait d'avoir cet enfant, qu'elle a une force qui lui donne espoir de pouvoir s'en sortir avec lui en étant heureux ensemble, même avec certains malheurs, alors l'enfant a sa chance, malgré toutes les difficultés, alors il aura au moins un début de vie comme une vraie promesse
- il n'y a que la mère qui sait, si elle peut aimer et donner la vie a un être humain désiré, c'est a dire une vraie vie humaine, ou si elle aura un jour un enfant qui lui dira ( ou la regardera en pensant) : mais enfin pourquoi m'a tu fais naître sans me vouloir, je n'ai pas demande a naître moi !
1. "Mais enfin pourquoi m'a tu fais naître sans me vouloir,
je n'ai pas demande a naître moi" :
personne n'a demandé à naître, vous devriez en prendre conscience. Personne n'a demandé à naître, nous avons tous été conçus et sommes tous nés sans que nous l'ayons voulu. Votre discours se fonde sur des fantasmes de contrôle absolu de sa propre existence, sur un raidissement de soi. La vie n'est pas un ordre déterminé à ce point...
2. Les paragraphes que je cite tendent à une seule chose : établir l'adulte et l'enfant à part de la société humaine, à part de la morale, du droit et de la justice... pour que l'arbitraire et la violence de l'adulte s'expriment en toute licence. Vous parlez de subjectivité comme si c'était une justification suffisante, mais je vous renvoie à Kant, un peu plus haut dans ce sujet. Ce n'est pas de subjectivité dont vous parlez ici mais d'arbitraire et de despotisme.
elisseievna a écrit :- une mère n'est pas une couveuse, on ne peut pas élever des bébés dans des batteries de femelles humaines pour assurer nos retraites ...
enfin on peut bien sur, on peut tout, il suffit d'envisager tranquillement qu'un jour un enfant vienne vous dire :
" ma mère m'a donc mis au monde parce qu'on l'a forcé à ne pas avorter, c'est comme cela que je suis né ? on a forcé ma mère ? on l'a traitée de salope, on l'a méprisée, on a méprisé sa volonté, elle m'a haï peut-être, elle a été désespérée peut-être, elle ne voulait pas de moi dans son corps, son corps, et vous m'avez rendu comme un parasite grossissant dans son corps alors qu'elle ne voulait pas, vous avez fait de moi quelque chose qui forçait ma mère a ce qu'elle ne voulait pas, c'est comme cela, c'est de cela que je suis né ?"
Encore une fois, vous vous fondez sur des fantasmes. Vous rêvez d'une vie idéale qui n'existe nulle part. Et c'est pourquoi vous défendez une conception eugéniste de l'avortement : parce que vous le rapportez à une société idéalement heureuse avec seulement du bien-être et aucune imperfection ni inconfort.