Cette discussion est totalement surréaliste. Arnaud fait bien de répéter ce qu'il dit depuis le début, mais l'écoute-t-on ?
Tout ce qu'il dit c'est ceci : ce qu'il y a de bon et de vrai dans l'Islam (et cela vaut pour le bouddhisme, l'athéisme ...) ne suffit pas pour sauver, mais dipose au salut, c'est-à-dire, dit grossièrement, que cela peut nous aider à nous rendre sur la vraie voie qui est le Christ.
Et tout ce que l'on cherche ici à lui faire dire serait ceci : l'Islam sauve via ses "semances de vérité". Ce qu'Arnaud n'a jamais dit.
Cette idée est pourtant tout ce qu'il y a de plus traditionnel : tout ce qui est bon vient de Dieu. Si tu pries ton dieu (Allah, Shiva ou Bouddha) pour demander la paix dans ta maison, que cette prière est sincère, cela est bon, donc cela vient de Dieu, du vrai Dieu. C'est tout.
L'idée des semances de vérité, c'est la même chose : ce qui est bon et vrai dans les autres religions vient du vrai Dieu, et cela peut porter des fruits par ce que le bien porte des fruits. Il reste qu'il y a dans ces religions tout ce qui est mauvais, qui ne vient pas de Dieu, et qui peut faire perdre les bienfaits de ce qui est bon. Il reste qu'il y a aussi des choses bonnes.
En revanche, ce qu'Arnaud a, semble-t-il, dit et qui porte sans doute à confusion, c'est cette question de la rencontre avec le Christ au moment du passage de la vie à la mort.
Cette idée a été avancée par Benoit XVI. Mieux que cela : elle est en germe dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique, et ceci en deux endroits.
Alors permettez-moi de m'étonner quand on fait à Arnaud un procès en hétérodoxie et que l'on avance au même moment comme références ... Ratzinger et Balthasar.
Le CEC :
Premier point, qu'une vie bonne mais ignorante du Christ peut sauver.
1261 Tout homme qui, ignorant l’Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu’il la connaît, peut être sauvé. On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le Baptême si elles en avaient connu la nécessité.
Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'une personne vivant dans un monde musulman, par exemple, qui ne connait du Christ que ce qu'en dit le Coran et qui n'a pas les moyens (techniques, intellectuels etc.) de Le connaître dans sa Vérité, peut peut-être être sauvé à supposer que sa vie ait été bonne par ailleurs. Car oui, ne connaître qu'une image déformée du Christ c'est ne pas le connaître.
Deuxième point, qui relativise profondément la théorie des limbes (sans la supprimer) :
1261 Quant aux enfants morts sans Baptême, l’Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles pour eux. En effet, la grande miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés (cf. 1 Tm 2, 4), et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui lui a fait dire : " Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas " (Mc 10, 14), nous permettent d’espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême. D’autant plus pressant est aussi l’appel de l’Église à ne pas empêcher les petits enfants de venir au Christ par le don du saint Baptême.
Pourquoi ce passage est-il si important ?
Parce qu'il explique comment on doit entendre ce passage du CEC :
1257 Le Seigneur lui-même affirme que le Baptême est nécessaire pour le salut (cf. Jn 3, 5). Aussi a-t-il commandé à ses disciples d’annoncer l’Évangile et de baptiser toutes les nations (cf. Mt 28, 20) (cf. DS 1618 ; LG 14 ; AG 5). Le Baptême est nécessaire au salut pour ceux auxquels l’Évangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement (cf. Mc 16, 16). L’Église ne connaît pas d’autre moyen que le baptême pour assurer l’entrée dans la béatitude éternelle ; c’est pourquoi elle se garde de négliger la mission qu’elle a reçu du Seigneur de faire " renaître de l’eau et de l’Esprit " tous ceux qui peuvent être baptisés. Dieu a lié le salut au sacrement du Baptême, mais il n’est pas lui-même lié à ses sacrements.
C'est absolument clair : l'Eglise dipose de moyens précis (les sacrements) et d'une mission précise (l'évangélisation), mais Dieu est au-dessus de tout-cela et sa miséricorde est infinie.
Parce que Sa miséricorde est infinie nous ne pouvons pas affirmer que tel non-baptisé sera sauvé, mais nous pouvons l'espérer. En revanche il sera d'une grande gravité de croire que Dieu est limité par les moyens dont nous disposons !
Dieu est au-delà de la théologie même de l'Eglise. S'Il lui plait de sauver un homme qui selon toutes les théologies orthodoxes du Magisère vivant serait considéré comme damné, Il le peut ! Et c'est pour cela que nous devons prier pour les morts. C'est pour cela que nous pouvons même espérer, comme Balthasar, un enfer vide. Ca n'est pas ce que nous enseigne l'Eglise, très certainement, mais c'est en revanche ce que nous pouvons demander à Dieu :
pitié, Seigneur, faite que sur cette terre, même l'homme le plus vil ait, au plus profond de lui-même, suffisamment de bonté pour être sauvé de la damnation éternelle.
Oui, cette espérance EST "traditionelle", est chrétienne, car
Dieu n'est pas lié à ses sacrements ! C'est l'Eglise elle-même, dans son humilité, qui nous le dit.
Pourquoi serait-ce une porte ouverte à la théorie de la rencontre avec le Christ dans le passage entre la vie et la mort ?
Parce-qu'un Benoit XVI, dans sa finesse théologique (et spirituelle), mais aussi dans son amour profond pour l'Eglise, ne peut pas imaginer que Dieu ait laissé l'Eglise poser des théories qui n'ont pas de fondements réels.
A quoi bon les limbes, les péchés mortels, la confession même, l'Eglise même ! Si au fond, Dieu "fait ce qu'Il veut" en dernière instance ?
Cette intuition de la Rencontre entre la vie et la mort permet à la fois de comprendre que la miséricorde de Dieu transcende une vision trop "shématique" du salut, et au fond parfois injuste (si tu ne t'es pas confessé juste avant ta mort, tu vas enfer parce que 5 minutes avant tu as fait un truc pas bien sur toute une vie presque impeccable), tout en préservant la vérité et l'efficacité des sacrements (baptême, eucharistie, confession ...).
Ce serait au fond un "moyen" pour Dieu d'exercer sa profonde miséricorde dans le respect de la mission de l'Eglise.
Dès lors, tout le blabla qui consiste à dire que de tel propos anéantiraient l'évangélisation n'a pas de sens. L'Eglise est toujours missionnaire, et elle en a le devoir, mais elle espère dans la miséricorde de Dieu et elle sait qu'elle est un outil dans les mains du Dieu Sauveur, elle sait qu'elle n'est pas elle-même le Sauveur.
Soyons humble, espérons en Dieu, et sachons qu'il nous faut faire ce que Dieu nous demande de faire pour le salut des hommes, mais que si notre action est minime et qu'au final, Dieu dans son infinie miséricorde, réduit "notre" action (qui est la Sienne), à pas grand chose, alors réjouissons-nous de sa miséricorde.
Car soyons franc, si le Salut des hommes était principalement dans les mains des chrétiens dans Son Eglise, et bien l'humanité serait en bien mauvaise posture quand à son Salut.
Car franchement, nous chrétiens, sommes-nous à la hauteur ?