cmoi a écrit : ↑mar. 13 oct. 2020, 5:43Dans le verset 33, rien n'indique qu'il leur apprend ou confirme être bien celui que Jean-Baptiste annonçait. Ils n'étaient pas forcément là le jour où Jésus s'est fait baptiser... Vous pensez que l'info a pu à ce point se divulguer et être généralisée?
Oui, je pense que c'est tout à fait possible. Nous sommes dans une société de l'oral, où tout se raconte. Rien d'impossible à ce que des pharisiens soient au courant de ce qui se soit dit entre Jean et Jésus, surtout si cela implique leur reconnaissance mutuelle.
Il y avait déjà une religion et des prêtres. Apparemment, la vision juive n'était pas qu'il y aurait un seul Messie unique attendu, cela c'est le christianisme qui l'a ensuite prôné à partir de la Divinité de Jésus, mais des messies, oui. Je me demande quand même pourquoi et ce que cherchaient ces foules, alors qu'il y avait une pratique religieuse instituée avec des "lieux de miracles", à quitter leurs habitudes et leurs devoirs quotidiens, pour aller écouter de tels prédicateurs. Car Jean-Baptiste par exemple ne faisait pas de miracles, et Jésus s'est plaint d'être suivi à cause d'eux... Quelle était la part de "religiosité vraie" dans tout cela, la part d'un orgueil de race, la part d'un désespoir collectif, etc.? Et de là à quitter sa vie de famille, son travail, ses enfants, pour aller dans le désert écouter ces "prophètes" si assidûment !
La religion telle qu'elle était menée à l'époque était loin de satisfaire tout le monde. Les mouvements juifs étaient nombreux, le judaïsme n'était pas uniforme, la légitimité du clergé actuel était largement remise en cause, les élites étaient perpétuellement en conflit ... Donc, un nouveau maître qui apporte un peu de fraîcheur, on peut comprendre son succès.
Je ne sais pas d'où vous tenez que la "vision juive" attendait plusieurs messies. On en attendait éventuellement deux, l'un royal, l'autre sacerdotal, selon ce qu'on peut conclure de certains documents, mais je ne vois pas trop la justification de plusieurs messies. Ce qui est certain, c'est que plusieurs personnalités ont pu être reconnues en leur temps comme des messies potentiels, mais l'Histoire les a tous renvoyés à leur échec.
Le peuple ne recherchait pas tant que ça les miracles, même si c'est toujours impressionnant. L'attente religieuse d'Israël était plus large, on attendait un avènement généralisé de la paix, de la prospérité et de la gloire du pays sur toutes les Nations, ce qui n'était pas incompatible avec une soif spirituelle et mystique. Les structures familiales et professionnelles n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, et suivre pendant quelques temps un prophète ne m'apparaît pas si compliqué pour cette époque.
Versets 41 et 53 et 61 A votre avis, que pouvaient-ils comprendre au mieux ?
C'est un discours qui s'articule sur le "Pain de vie". Je pense que les Juifs sont largement conscients de la fonction symbolique que prend la manne, ce pain donné par Dieu. Il a nourri les hébreux, et c'est aussi le pain venu du ciel que Dieu donne à Son peuple pour le nourrir spirituellement.
Or, non seulement Jésus proclame l'obsolescence programmée de la manne de Moïse, mais en plus, il prétend être lui-même le nouveau pain "descendu du ciel" ! Il parle en plus de manger sa chair et boire son sang! Même si on peut prendre cette formule en un sens symbolique, c'est révolutionnaire. Car Jésus se place comme canal de la Grâce divine, comme référence absolue de l'oeuvre de Dieu, bien au-delà de ses seuls enseignements.
Ses auditeurs peuvent donc comprendre que Jésus prétend être de nature divine, selon un mode qui reste mystérieux, mais qui oblige à repenser les fondements de la religion de Moïse. Et à cela, les Juifs sont très réticents.