Epsilon a écrit : La bonne traduction de Gn (5,2) est la suivante : « Mâle et femelle il les créa, il les bénit et les appela du nom d’Homme, au jour où ils furent créés ».
Il y a donc bien DEUX êtres sexués (mâle, femelle) créés et tout le verset est au pluriel … le nom « Homme » (issu de 2,7) sans article est devenu un nom propre (4,25) … le fait de ne nommer qu’Adam/Homme peut être rapproché soit à une règle grammaticale (le masculin l’emporte sur le féminin) … soit à une préséance d’Adam sur Eve (ce qui d’ailleurs est le cas de part sa création en préalable à Eve et par le verset 3,16).
Il me semble que l’attribution du nom d’Adam au premier homme masculin peut se rapprocher des effets du péché originel. Dieu dit à la femme : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn 2, 16).
L’homme masculin, qui domine sous l’effet du péché la femme affaiblie par les souffrances de ses enfantements, exprime la domination du terrestre (l’adamah) après la chute. Il reçoit donc le nom de Adam (Terrestre).
Epsilon a écrit : L’interdit est spécifié dans l’ordre … de Dieu à Adam, puis de Adam à Eve et pour finir d’Eve au serpent.
La condamnation de Dieu fait un chemin inverse … elle est spécifiée d’abord au serpent … puis à Eve et enfin à Adam … on remarquera que, contrairement à Adam, Dieu ne reproche pas à Eve d’avoir mangé des fruits de l’arbre sujet de l’interdit … et donc de lui avoir désobéi.
Il ne me semble pas justifié d’affirmer que « Dieu ne reproche pas à Eve d’avoir mangé des fruits de l’arbre sujet de l’interdit … et donc de lui avoir désobéi ».
Au contraire, le récit de la Genèse relate que Dieu interpelle la femme « Pourquoi as-tu fait cela ? » (Gn 2, 13) puis lui indique qu’elle va en souffrir (Gn 2,16).
Epsilon a écrit : Concernant Apo (2,7) que j’avais oublié … nous changeons là de dimension et de signification des termes … le Paradis est ici au ciel lieu de résidence des âmes sauvées … d’ailleurs Paul fait le « lien » entre Paradis (II Cor 12,4) et « troisième ciel » en II Cor (12,2).
On peut faire d’autres rapprochements, mais l’Eden, c’est le paradis et l’arbre de vie auquel nous retrouverons accès est bien celui du jardin d’Eden.
N’oublions pas qu’à la fin du récit de la Genèse, le jardin d’Eden n’est pas détruit, mais le récit nous indique seulement que les humains en sont chassés.
Epsilon a écrit : Vous le savez depuis bien longtemps que je ne vous suis pas dans cette « aventure » de faire coïncider la Bible avec l’Histoire/Science et autre Evolution … je ne pose pas trop de question concernant « l’existence de pré-humain » au niveau biblique !!!
Cher Epsilon, vous pouvez ainsi écarter la Genèse de la réalité concrète de l’histoire que la science essaie sans cesse de mieux connaître, mais vous ne pourrez écarter la question simple et claire qui se pose aujourd’hui : un couple d’hominidés (des êtres issus biologiquement d’une espèce d’hominidés) sont-ils devenus, par une intervention divine (une création) à un moment et à un endroit de l’histoire concrète que la science étudie, des êtres capables de partager éternellement la vie de Dieu ?
Quelle est votre réponse ?
La réponse d’un athée sera simple : c’est non. Pas de Dieu. Pas de vie éternelle. Pas d’intervention extérieure dans l’histoire du monde
La réponse de beaucoup de croyants (surtout parmi les intellectuels) est de penser que tout est mystère en ce qui concerne la présence et l’action de Dieu dans la réalité concrète. Dieu est présent. Il agit dans le monde. Il y a des miracles. Mais, il serait vain et sans intérêt de chercher des explications concrètes ou de déterminer des faits concrets. Beaucoup estiment que les récits bibliques nous donnent des enseignements imagés qui nous aident à comprendre notre vie présente et l’action de Dieu, mais qu’il serait vain d’y chercher la relation de faits historiques. Pour le passé historique, y compris les faits relatés par le Nouveau Testament, la réponse est souvent : je ne sais pas. Que chacun pense ce qu’il veut. Cela n’aurait pas de réel intérêt.
Ce type d’approche amène certains croyants à se détacher de l’historicité de tous les faits bibliques, y compris de ceux du Nouveau Testament. La résurrection, les miracles, la conception virginale deviennent des références davantage imagées que réelles. La connaissance historique de Jésus lui-même s’amenuise. L’historicité est considérée comme sans intérêt.
Dans cette conception, il me semble que l’homme ne se distingue guère de tout le reste de la création appelée à un devenir qui nous échappe totalement. Il serait vain de chercher un « premier » humain dans l’histoire concrète ou de croire à une création d’un premier être ayant une âme immortelle à un moment et à un endroit de l’historie concrète. Il serait vain de chercher à savoir si nos ancêtres biologiques qui vivaient il y a un million d’années avaient une âme immortelle et partageront avec nous le banquet du Royaume.
Cette conception renvoie radicalement dans l’abstrait tout ce qui concerne Dieu dans l’histoire, ce qui modifie aussi notre perception de son action dans le présent, dans notre réalité concrète.
Croire que Dieu s’est fait homme à Nazareth, il y a deux mille ans, c’est tout autre chose.
Je crois que Dieu est venu dans la réalité historique concrète et que ceux qui partagent cette conviction peuvent aborder les questions les plus concrètes que pose cette réalité.
Admettre que Dieu lui-même a pu venir vivre dans notre humanité, aussi concrètement et corporellement que chacun de nous, me semble nous révéler toute l’importance de notre réalité concrète, l’importance de notre corps, de notre chair, de notre âme, de toute la nature créée, autant que l’importance du Royaume de Dieu qui est au milieu de nous.
Cher Epsilon, que croyez-vous ? La situation de l’humain, lorsqu’il meurt, est-elle autre que la situation de toute autre créature vivante animale ou végétale lorsqu’elle meurt ?
Si vous répondez non, la recherche historique de la création de premiers humains n’aurait effectivement aucun sens.
Si vous répondez oui, alors il y a eu nécessairement un événement dans l’histoire, un début historique de l’humanité, car les humains n’ont pas toujours existé. Avec ou sans création de Dieu. Avec ou sans péché originel.
Et, selon les réponses, les réflexions sur les arbres du jardin d’Eden prennent des significations très différentes.