Cgs a écrit :Je souhaiterais avoir quelques informations sur les relations Etat-religion au Québec.
Je veux bien répondre...
Si j'ai bien compris, il n'y a pas de laïcité "à la française" au Québec, mais la révolution se fait insidieusement dans les consciences. Est-ce cela ?
Oui. Depuis disons environ Vatican II. On a lentement mais sûrement jeté le Bon Dieu hors des écoles, des hôpitaux, des institutions et maintenant, on tente de le réduire au total silence. C'est une opération délicate d'amnésie et d'anasthésie collective. Ce qu'on appelle communément "la Révolution tranquille" (qui n'a pas versé de sang contrairement à la Révolution Française), je la nomme plutôt "Apostasie tranquille"... c'est aussi l'oeuvre des Lumières qui a fait "briller" ses rayons jusqu'à nous. Le Québec qui était considéré encore il y a 30-40 ans comme le "dernier bastion" de la foi est devenu un leader dans l'opération "mort d'une culture" par haine de soi (le Québec est fortement pour l'avortement, a un taux de suicide effarant, avance allègrement dans le dossier pour l'euthanasie, fait la promotion des droits des homosexuels au mariage et à l'adoption et le taux de natalité est catastrophique... nous assistons ni plus ni moins à une morte lente de nous-mêmes).
Comment seraient traités les cas suivants au Québec, du strict point de vue de la loi ?

le port ostensile de symboles religieux à l'école est-il autorisé (grosses croix, chapelet au poignet, etc) ?
Vos exemples me font rire car aucun québécois ne porterait une grosse croix (à part les gangs de rue) ni un chapelet (à part de trouver Madonna cool). Mais pour répondre à votre question : ils sont acceptés... surtout lorsque ça n'a aucun sens ! Par exemple, un jeune sikh a gagné sa cause devant la Cour Suprême du Canada pour porter le kirpan à l'école (le kirpan est rien de moins qu'une arme blanche... un poignard). Évidemment, on les porte mais non sans se faire ridiculiser. J'attends le jour où on me dira d'enlever la croix que je porte au cou...

les diocèses peuvent-ils recevoir des fonds publics pour construire des bâtiments, fianncer leurs oeuvres ?
Je ne crois pas à moins de faire partie du patrimoine (pour ce qui concerne la réfection de bâtiments). Les paroisses ou communautés sont considérées comme des organismes de charité. Elles ont donc les mêmes droits et privilèges que tout organisme à but non lucratif (ex: ne paient pas de taxes/retour de TPS/TVQ). Il faut savoir que les églises ont les mêmes privilèges que les raëliens ou autres sectes de tous poils.

les prêtres sont-ils fonctionnaires comme en Alsace en France ?
Je ne suis pas sûre de comprendre la question. Ils sont payés à même les revenus de la Fabrique (instance administrée par un conseil de marguilliers laïcs avec le curé ou l'administrateur paroissial qui s'occuper de gérer les ressources matérielles d'une paroisse), donc ce sont les revenus paroissiaux qui paient leur (mince) salaire. Ils ont aussi des avantages sociaux et sont nourris et logés. Ce sont principalement les quêtes, la dîme et les différents revenues et levées de fonds qui paient les employés de la Fabrique (curé, et il peut y avoir une secrétaire et un sacristain rémunérés).

y a-t-il des croix dans les tribunaux, les hôpitaux, les salles de mairie, bref, dans les institutions d'état ?
Dans certains endroits oui. Mais c'est à la discrétion des différents lieux. Aucune loi n'a encore interdit les signes religieux mais il y a beaucoup de pression de la part des mouvements laïcards pour faire enlever les signes catholiques dans les lieux gouvernementaux et publiques, particulièrement à la Chambre des Communes au Parlement de Québec. En général, on essaye de faire interdire et enlever les derniers signes du christianisme. Même les sapins de Noël ! La Croix du Mont Royal et le drapeau du Québec (parce qu'il y a la croix blanche). Les croix de chemin disparaissent et on a changé les noms des écoles qui portaient des noms de saints pour leur donner des noms insignifiants new âge (dans le genre : la rose des vents, ou l'arc-en-ciel, etc). En fusionnant les municipalités il y a quelques années, on a gardé les noms des municipalités qui n'avaient pas de connotation religieuse en faisant sournoisement disparaître les municipalités qui portaient le nom glorieux d'un(e) saint(e)... subtile non ?

l'Eglise est-elle indépendante, ou bien le monde politique influence-t-il le fonctionnement écclésial (nomination des évêques par exemple).
La séparation de l'Église et de l'état s'est fait lors des années de la Révolution Tranquille mais c'est évidemment la religion d'état qui a pris la relève. Ex : le cours obligatoire d'éthique et de culture religieuse et son relativisme qui nie le passé catholique ainsi que la volonté et la pression de faire entrer le yoga (allo la religion hors de l'école !) comme une pratique "saine" pour les enfants à l'école (j'ai du me battre pour que notre fils ne participe pas).
En France, dans chacun de ces cas, on hurlerait au viol de la laïcité (pas toujours à raison d'ailleurs...).
Nous également mais selon le feeling du moment... on accepte tous les accommodements pour les autres religions/cultures mais on se rejette soi-même... car en général, ce ne sont pas les immigrants qui demandent à ce que nous enlevions nos signes religieux et nos traditions (ils nous trouvent au contraire bien débiles) mais ce sont des ex-catholiques apostasiés qui sont hostiles à leur histoire et leur culture. Et je ne vous raconte pas la virulence...
Merci à nos chers mais québécois d'éclairer nos habitudes laïcardes françaises !

Avec plaisir...même si le portrait n'est pas très reluisant...

Priez pour vos pauvres cousins...
Si les Québécois s'inquiétaient autant pour leur âme qu'ils s'inquiètent d'attraper la grippe A... alors que le danger est beaucoup plus imminent et grave dans le cas de leur salut.
Fraternellement,
Hélène