cracboum a écrit :
Et moi je pose ou repose la question à Amfortas : s'il y avait une matière primordiale (ou un état) absolument indéterminée au moment du big bang, comment l'univers organisé en est-il résulté ?
Précisons un point : la vision newtonienne qui persiste encore chez beaucoup de personnes est celle de lois et de formes préexistant ou coexistant au contenu : un temps et un espace absolu, une force de gravité gouvernant le mouvement des planètes etc...
Soulignons qu’une loi est une forme, c’est un certain type de forme puisque la loi est aussi un « déterminant à être ».
Or chez Newton il n’y a pas de genèse des formes, mais genèse de l’organisation matérielle à partir de ces formes.
Cela correspond à l’idée naïve que pour faire un gâteau il faut un moule, et pour faire le moule il faut encore un moule et ainsi de suite à l’infini...Notez qu’un sculpteur de pierre ne démoule pas la statue il dégage la forme par ses coups de burin. On pourrait dire que Dieu a été le sculpteur au burin de cette materia prima ou pure indéterminée de l’ère de Planck.
Nous savons que toutes les lois physiques de notre cosmos, (donc y compris les lois biologiques) peuvent se ramener à 4 forces fondamentales : interaction nucléaire forte, interaction nucléaire faible, gravitation et force électromagnétique. Tout le contenu physique de notre cosmos est régi par ces 4 lois. Et là Monsieur Cracboum de s’écrier : « Mais je l’avais bien dit, il faut bien se donner a priori ces 4 formes, ces 4 « déterminants à être » pour expliquer l’organisation cosmologique ! »
Et là je réponds « Non Monsieur Cracboum, pas la peine de se les donner à priori », car depuis l’avènement de la théorie quantique des champs, non seulement on tend vers l’unification de ces forces (même s’il y a encore des difficultés mais en tout cas 3 forces ont déjà été unifiées, reste la gravité), ce qui veut dire que ces 4 lois ont émergé d’une loi plus fondamentale et qu’elles se sont différenciées, mais en plus la notion de force n’est plus extrinsèque à l’énergie, c’est à dire qu’elle n’est plus cette loi formatant l’énergie-matière, mais elle s’explique par l’énergie, en l’occurrence par un échange de quanta d’énergie (appelés particules messagères, mais qui ne sont pas de « vrais » particules, c’est simplement une appellation commode). Donc là c’est un renversement de perspective parce qu’on n’explique plus la structuration de l’énergie-matière par l’application d’une loi donnée à priori, mais on explique la loi par l’énergie ! c’est à dire que la loi émerge de l’énergie de même que la forme de la statue émerge du grès ou de l’airain.
Pour résumer la physique moderne ne cherche plus à découvrir les lois de l’univers, elle les a trouvées, mais elle étudie leur genèse à partir du chaos primordial, elle a donc parfaitement entériné le fait que la forme ou la loi émerge de l’indéterminé et lui est donc consécutive et non antérieure. Le monde de l’informe est logiquement premier sur le monde des formes, dont acte.
Le physicien ne va pas plus loin, mais que va dire le métaphysicien sur ces données. Il va dire soit ! nous avons la primalité logique de l’informe sur le monde des formes, mais comment de l’informe les formes de temps, d’espace, de matière, d’énergie etc... ont-elles pu être tirées ? Et là le métaphysicien va se souvenir d’un théorème d’Aristote : dans l’ordre des causes l’acte précède la puissance. Théorème que nous vérifions tous les jours : ce n’est pas tout d’avoir un potentiel encore faut-il l’exploiter pour le réaliser. Donc le métaphysicien va inférer de ce théorème un être, par conséquent un être hors du monde des formes et notamment du temps, qui va informer l’informe pour produire le monde des formes (temps, espace, énergie, lois, etc...) Et là il pourra dire, ayant restauré la logique métaphysique dans ses droits : certes d’un point de vue physique l’informe a la primalité logique sur la forme, mais d’un point de vue métaphysique Dieu a la primalité logique sur l’informe.
Et d’ailleurs c’est d’une importance capitale pour la compréhension de l’histoire biblique. Souvent les bons chrétiens en lisant l’Ancien Testament sont surpris, ils se disent « Mais la loi de l’Ancienne alliance est horrible, ce n’est que sacrifices sanglants, guerres...et tout ça voulu et commandé par Dieu ? » Et ils sont encore plus surpris lorsqu’ils lisent cette parole du Christ, cette fois dans le Nouveau Testament : « Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir » (Mt, 5, 17). Alors là ça les rend perplexes : « Comment se peut-il que le Verbe fait chair, prônant l’amour de ses ennemis et se refusant à employer la force et à faire couler le sang, comment se peut-il donc qu’il n’abolisse pas l’ancienne loi ? »
Eh bien c’est simple à comprendre pourvu qu’on ait compris ce qu’était une matière et une forme (et nous avons dit que la loi était un certain type de forme puisque « déterminant à être ») : le peuple juif fut la matière dont Dieu tira d’abord une forme intermédiaire: l’Ancienne Loi, puis parachevant son œuvre il forma la Loi Nouvelle, forme parfaite, imperfectible. C’est comme pour un sculpteur, croyez-vous qu’il imprime en un seul coup de burin la forme de la statue ?, non il va passer par des formes intermédiaires jusqu'à obtenir la forme parfaite. Donc le Christ dit qu’il n’abolit pas la loi parce que cela voudrait dire nier une forme intermédiaire, et si l’on n’a pas la forme intermédiaire on ne peut avoir la forme finale, et par ailleurs il dit vouloir l’accomplir, c’est à dire la dépasser pour parvenir à la forme finale.
Et cela permet d’avoir la compréhension rationnelle de ce que sont le Judaïsme et l’Islam aujourd’hui. Le Judaïsme est une persistance dans une forme intermédiaire dépassée, et l’Islam est la déformation de la forme parfaite. Imaginez un sculpteur paresseux qui n’aille pas jusqu’au bout de son œuvre : on pourra peut-être deviner la forme de la statue, mais cela ne sera pas terrible. Et imaginez un sculpteur enragé qui parte d’une statue déjà réalisée, une statue à la forme parfaite et qui cherche à la transformer, ne voyant pas dans sa rage que la statue était déjà parfaite et que tout ce qu’il va faire c’est la déformer, la défigurer.
Donc vous voyez pour avoir la compréhension rationnelle du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam, nul besoin de se noyer dans les détails exégétiques, il suffit de bien comprendre le rapport de la forme à la matière : le premier est une forme intermédiaire, le second la forme parfaite, et le troisième une déformation.
cracboum a écrit :
Deuxième question du même tonneau : si l'âme humaine est capable d'opérations qui dépassent la capacité du cerveau individuel, comment allez-vous prouver qu'elles dépassent la capacité de l'univers à les produire ?
Alors là c’est extrêmement un simple : de par les observations astronomiques et les expériences dans les accélérateurs de particules on a pu déduire un tas de choses sur le commencement de l’univers, on a réussi à capter le fond diffus cosmologique, sorte de rayonnement fossile, vestige du big-bang, on a pu reproduire des création-annihilations de particules, cette année le CERN a conduit une expérience de « Mini Big Bang » qui a fait grand bruit... par contre on n’a jamais réussi à reproduire ou isoler une âme.
Par conséquent puisqu’aucun modèle cosmologique ou donnée expérimentale n’a réussi à établir la production d’une âme ou même ne prédit une telle production, votre allégation n’est qu’une hypothèse gratuite bonne à jeter.
Et si vous parvenez à prouver scientifiquement votre hypothèse, faites le nous savoir et nous réviserons notre position.
En attendant, conformément à la théologie, on peut dire que l’homme est une deuxième création car sa forme, son âme, n’a pu émerger des formes cosmologiques primordiales, mais a certainement été tirée d’une substance ultérieure par Dieu lui-même.