L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

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Petit Matthieu
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par Petit Matthieu »

ti'hamo a écrit :> Petit Matthieu
"Ce que vous dîtes est vrai, mais à votre tour d'être parfaitement honnête
heu, c'est absurde, non, comme remarque ?
Si Steph vient de faire remarque juste, vous ne pouvez pas lui demander "à votre tour de..." comme si vous veniez vous de sortir une analyse juste et valable. Soyons logiques.
Je me suis mal exprimé, je voulais simplement dire ce qu'elle pensait des points positifs d'une liturgie en langue vernaculaire car Steph ne s'était exprimé qu'à charge sur celle-ci.

La beauté d'une langue est toute subjective et vos remarques sur l'utilité de l'art n'ont rien à faire ici.

De plus les prières fondamentales comme le credo ou le pater noster sont simples, elles ne partent pas dans des spéculations mystiques : donc les traductions en langue vernaculaire ne font pas de contre sens ou d'erreurs de traduction.

Troisièmement, vous prenez l'ensemble des chrétiens à votre niveau. Mais je doute que la majorité d'entre eux aient envie d'apprendre le latin pour certaines prières, pour quelles raisons diront-ils ? Et là peu de réponses.

On favorisera la compréhension de l'évangile par l'enseignement. Si on met du latin, c'est ralentir cet enseignement pour la plupart des fidèles. Le latin n'est envisageable que pour un auditoire formé. Or les centaines de millions de catholiques sont ils formés et aptes à se mettre au latin ? N'y a-t-il pas plus mieux à faire ?

De plus je suis étudiant en master recherche du Moyen Age. Sans aucune prétention ( cette histoire ne m'appartient certainement pas) je pense la connaître suffisament pour affirmer que l'écrasante majorité des chrétiens connaissaient très mal le message de l'évangile. Ils en connaissaient les rites, les fondamentaux, mais c'était sommaire. On ne leur demandait que l'obéissance, et la confiance en des "professionnels" de la foi : les clercs. Combien d'évêques se sont plaint du "paganisme" de leur ouailles encore en plein XIIIe siècle ! Bref, question cliché et préjugé historique, je pense ne pas être à côté de mes chaussures.

Il y a donc mieux à faire que rétablir le rite en latin. Que certaines paroisses conservent le rite en latin : oui. Cela satisfera la minorité qui réclame le latin, mais de grâce qu'on laisse en paix ceux qui ne veulent pas d'un intermédiaire entre la parole de Dieu et la compréhension de celle-ci : une langue différente.
"Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes."
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coeurderoy
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par coeurderoy »

Petit Matthieu a écrit : De plus je suis étudiant en master recherche du Moyen Age. Sans aucune prétention ( cette histoire ne m'appartient certainement pas) je pense la connaître suffisament pour affirmer que l'écrasante majorité des chrétiens connaissaient très mal le message de l'évangile. Ils en connaissaient les rites, les fondamentaux, mais c'était sommaire. de Dieu et la compréhension de celle-ci : une langue différente.
Bonsoir Petit Matthieu,
Je n'ai qu'une Licence d'Histoire de l'Art mais fréquente le Moyen-Age depuis trente-sept ans par les textes, l'iconographie, les voyages, la rencontre d'éminents médiévistes aussi...
Attention à vos sources et aux historiens marxisants...
L'essentiel du message évangélique (diffusé en Gaule rurale dès le IVème s. via Saint Martin et ses disciples) était parfaitement compris à l'époque médiévale, charité (et charité surtout !) comprise : le partage du fameux manteau eut lieu à Amiens tout-de-même...
Saint Eloi fustige au VIIème s; bien des pratiques superstitieuses chères à nos contemporains. Au lieu d'idoles affichées sur les écrans ou abribus que trouve-t-on : par la sculpture, le vitrail, la fresque, des scènes bibliques ou évangéliques cardinales : Nativité, Résurrection de Lazare, Cycle de la Passion, Résurrection, Ascension, Pentecôte, Histoire de l'Eglise et de ses saints...
Ce message ne touche pas qu'une élite : ces images, issues des textes liturgiques, des sermons, des méditations de générations de saints, sont diffusées dans les plus humbles églises de campagne.

Lorsque les juges interrogent Jeanne à Rouen, que trouvent-ils ? A côté de la survie de rites saisonniers (j'ai vu fêter moi même le "mai" dans les années 80 encore) une parfaite orthodoxie chez une jeune fille sachant juste signer son prénom....
Je pourrais être prolixe sur ce sujet : lisez plutôt Mâle ou Grabar (naissance de l'iconographie chrétienne) pour vous convaincre que, sans connaître le sens du latin, le peuple médiéval vivait, par le biais de la liturgie et de l'Art Sacré, une foi incarnée, profonde (je retrouve même chez l'anticlérical Leroy-Ladurie, la mention de controverses théologiques auxquelles prend part le petit peuple de Montaillou au début du XIVème.s. !)

Et n'oubliez pas que les prédications dispensées au peuple par les Carmes, Dominicains, Franciscains, se faisaient en langue vulgaire.

Bonnes études !
Cordialement dans le Christ ! :ciao:
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

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Petit Matthieu
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par Petit Matthieu »

Vous avez tout à fait raison !
Les historiens marxisants sont balayés par la nouvelle génération historique des années 90 environ. La discipline historique connait ces temps ci un âge d'or ou les idéologies personnelles tombent. Le goff, Dubis sont sévèrement critiqués et nombres d'ouvrages nous sont déconseillés.
Un cours nous est donné : "historiographie" afin de comprendre l'évolution de l'écriture de l'histoire : la période "marxisante " comme vous dites justement est durement dénoncée, faites moi confiance.
Véritablement, je suis heureux de l'évolution de la recherche historique en France, bien plus honnête qu'auparavant.
Ce courant marxisant est quand à lui toujours très très présent chez les professeurs d'Histoire du secondaire. Mais dans la recherche, vraiment pas et c'est une joie.

Quand au Moyen Age, il dure tout de même 10 siècles et il a fallu attendre (pour exemple) environ 500 ans pour que ma ville (Clermont) ait une cathédrale !
Alors imaginez les campagnes...au temps carolingiens, les campagnes sont toujours en cours d'évangélisation, et le travail ne manque pas. L'approfondissement démarre dans la 'Francie occidentale" au Xe siècle, grand minimum. Mais hélas, il est bien difficile de faire une histoire précise du haut-moyen âge, pourtant si riche et passionnant.

Je serai vraiment heureux de parler "Moyen Age" avec vous Coeurderoy !
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steph
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par steph »

Vous ne m'avez pas laissé le temps de répondre à votre question^^...
En réponse à votre message, donc :
les traductions en langue vernaculaire ne font pas de contre sens ou d'erreurs de traduction.
Il y a pourtant des problèmes de traduction : le "Pardonne-nous" pour le "Remets-nous" (que l'on trouve pourtant dans le texte de la Bible de la liturgie); le "ne nous soumets pas à la tentation" français qui est assez ambigu; le "de même nature que le Père" au lieu de "consubstantiel au Père" on dira que celle-ci est une expression plus compliquée que celle-là... Premièrement: le mystère de la Trinité est compliqué ; ensuite : la familiarisation avec cette expression compliquée m'a conduit d'elle même (je suis un autodidacte) à son propre sens et cela avant la fin du bac... donc avec un peu de bonne volonté, on peu dire des choses précises et les comprendre...
vous prenez l'ensemble des chrétiens à votre niveau.
Malheureusement oui...
Je suis bien conscient que tout le monde n'a ni le temps, ni (peut-être) les moyens d'apprendre le latin de manière suffisamment rigoureuse que pour en faire un outil de meilleure compréhension... La plupart du temps, on regardera la traduction, dans l'autre colonne du missel...
Pour moi, il me semble que "ralentir l'enseignement" est une manière de mieux l'ancrer...

En matière de musique, la langue latine permet des choses que ne permet pas le français: ces longs mélismes... Il y a donc de ce côté-là quelque chose que ne rendra pas la traduction.

Pour les prières courantes: Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Pater, Agnus, il ne me semble pas nécessaire de les traduire (enfin si, mais pas pour leur exécution), dans le carnet "antiennes et messes" de l'Emmanuel, la plupart des messes reprennent les textes latins de l"ordinaire" et les jeunes s'en accommodent... Là, c'est vraiment l'avantage d'avoir une prière unie à celle de l'Eglise de rite romain qui prévaut...

Je peux ici utiliser mon expérience personnelle: je suis un habitué du monastère de Chevetogne (bi-rituel: latin/byzantin) et là (dans le choeur byzantin), la plupart du propre des offices est chantée en slavon (le "latin" du russe), une langue que je ne comprends pas, que je n'ai pas le loisir d'étudier... bref, je ne comprends rien, ce qui me permet de sub-poser ma prière personnelle à celle du choeur elle même "sub-posée" à celle du prêtre...
Mais je connais au moins trois choses en slavon pour n'avoir fait qu'écouter: Gospodi pomiluij (kyrie eleison), slava Otsou i Sinou i Sviatomou Doukou, i ninje i prisno i vo viek i viekov Amin (Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, Mnt et tjs et ds les siècles des siècles. Amen.) Et le trisagion... Et sans savoir rigoureusement le sens de tout cela en slavon, sans cerner les nuances de cette langue, je peux les comprendre et les utiliser même dans ma prière, tel quel...

En bref :
- la traduction en vernaculaire n’est pas encore suffisamment correcte (pour le Pater et le Credo comme pour le reste)
- Je consens à affirmer que tous ne sont pas égaux face au latin mais que cette langue, pour les prières les plus fréquentes, ne saurait constituer un obstacle…
Cependant, le second Concile du Vatican a rappelé que le latin est la norme...

P-s. Steph est l’abréviation de Stephanus> qui est donc un masculin (« ce qu'elle pensait »)
Stat Crux dum volvitur orbis!
Dic animae meae: “ Salus tua ego sum ” Ps XXXIV 3
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ti'hamo
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par ti'hamo »

Je vais rejoindre Steph sur à peu près tous les points :D :

1) "Les remarques sur l'utilité de l'art n'ont rien à faire ici" ?

Franchement ?
Concrètement, la mise à l'écart du latin a été le fait d'un courant qui a produit, pour le remplacer, un "art" liturgique" et des "chants liturgiques" sans aucun sens ni beauté.
De l'avis même de personnes absolument pas catholiques, d'ailleurs.

Actuellement, on voit un retour
- d'une part, à des cérémonies belles et priantes, plus soucieuses du sens, de la signification... et qui, même lorsqu'elles sont en langue vernaculaire, font une par au latin ou au grec (Credo, Kyrie, Gloria...).

- à côté de ça, des liturgies en langue latine, au cours desquelles la liturgie de la parole (lectures et homélie) est en langue vernaculaire.

Donc, historiquement et concrètement, la mise à l'écart et le rejet du latin viennent surtout d'un courant qui refuse de chercher la beauté et le sens dans la liturgie.
En ce sens, donc, la question de l'utilité du Beau-en-soi n'est pas hors-sujet.


2) D'autre part, comme on l'a rappelé et comme je viens de le redire et comme je le reredis :
dans une liturgie en latin, qu'elle soit de rite extraordinaire ou ordinaire,
toute la partie enseignement (lectures + homélie) est EN LANGUE VERNACULAIRE. Donc, quel est le sens de votre objection :
"on favorisera la compréhension de l'évangile par l'enseignement. Si on met du latin, c'est ralentir cet enseignement pour la plupart des fidèles." ?

L'enseignement est fait de toute façon en langue vernaculaire ; cela n'a donc rien à voir, il me semble, avec la question de la liturgie en langue latine ou en langue vernaculaire ; puisque la langue d'enseignement est la même dans les 2 cas, alors la question de la langue d'enseignement ne se pose pas...


3) Concernant la traduction, je soulèverai les mêmes points que Steph :

La traduction en langue vernaculaire n'abolit pas les problèmes de compréhension, et parfois en ajoute :
"De plus les prières fondamentales comme le credo ou le pater noster sont simples, elles ne partent pas dans des spéculations mystiques : donc les traductions en langue vernaculaire ne font pas de contre sens ou d'erreurs de traduction."


-> et "consubstantiel au Père" traduit par "de même nature que le Père", alors ? Si ce n'est pas une notion théologique ardue et une erreur de traduction, je veux bien être changé en pingouin.
Le Credo, d'ailleurs, expose les questions de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption ; m'est avis qu'en matière de thèmes ardus, on fait difficilement mieux.

On connaît aussi la question, dans le Notre Père, du "ne nous induis pas en tentation", qui pose problème grave en comparaison du "ne nous laisse pas succomber à la tentation".... mais là, j'admets, la traduction latine elle-même est ambiguë et il faut apparemment aller jusqu'à l'original hébreux pour s'assurer d'un sens correct... :-)


La valeur du latin et la reconnaissance de sa valeur n'a rien à voir avec la maîtrise de la langue, donc avec le "niveau" (intellectuel ? culturel ? littéraire ?)
"Troisièmement, vous prenez l'ensemble des chrétiens à votre niveau. Mais je doute que la majorité d'entre eux aient envie d'apprendre le latin pour certaines prières"
Je suis moi-même plutôt scientifique de formation et de métier.
Alors certes j'aime aussi l'Histoire, la Littérature, les Arts ou que sais-je, et certes j'ai fait du latin jusqu'en terminale, mais je n'en ai (malheureusement et je ne m'en vante pas :oops: ) gardé que peu de restes, je n'ai absolument pas un niveau valable en latin,
et de toute façon le latin d'Église n'a rien à voir avec le latin classique.
Le latin que je peux suivre et comprendre à la Messe, n'est rien d'autre que celui que j'ai assimilé...en allant à la Messe ! Pas du tout celui que j'aurais pu apprendre (et oublier) ailleurs.

D'autre part, on se montre bien capables de retenir et de comprendre des chansons en anglais, alors pourquoi pas des prières en latin ??


La mauvaise compréhension vient-elle de ce qui est dit, ou de la langue dans laquelle c'est dit ?
"
je pense connaître [la période du Moyen-Age] suffisament pour affirmer que l'écrasante majorité des chrétiens connaissaient très mal le message de l'évangile."
Et actuellement, c'est censé avoir changé ? :-)

"Ils en connaissaient les rites, les fondamentaux, mais c'était sommaire. Combien d'évêques se sont plaint du "paganisme" de leur ouailles encore en plein XIIIe siècle !"
Et actuellement, combien de clercs ou de laïcs se plaignent du paganisme de leurs semblables ?
La langue vernaculaire pour la liturgie ne résoud donc visiblement pas le problème.

Le problème soulevé ici me semble plus relever de ce qui est dit, que de la langue dans laquelle c'est dit. Or, le passage par le latin ou le grec apporte beaucoup ; j'ai suivi, plus jeune, du catéchisme par un vieux monsieur très érudit, et bien sans même que nous en soyions à faire du latin ni du grec à nos âges, ses explications de l'étymologie de "sym-bole" (pour symbole des Apôtres), de "dia-bolos", de "épiscopus", de "martyr", de "consubstantiel",...
...nous apportaient beaucoup en terme de compréhension.

ça me semble même incontournable. Et il me semble en aller de même pour les prières : se demander ce que signifie au juste "et debita nobis debita nostra, sicut et nos, etc..." : "remets nous nous dettes, comme nous les remettons à nos débiteurs",
me semble très profitable pour prendre pleinement le sens de "pardonner" (et en plus renvoie à la parabole du serviteur mauvais).
"consubstantialem Patri" permet de savoir qu'il vaut mieux dire "consubstantiel" que "de même nature"...


La question me semble donc bien plus d'avoir le souci de ce qui est dit, et du sens : or, pour retrouver le sens, s'assurer qu'il est le mieux rendu et restitué, il faut bien en repasser par le latin.
Et, de plus, il ne me semble pas que l'usage de la langue vernaculaire suffise magiquement à éliminer tout problème de fond...




Quelle que soit la langue choisie, il s'agit d'un intermédiaire : on ne peut pas parler de connaissance directe et de compréhension directe de la parole de Dieu :
"qu'on laisse en paix ceux qui ne veulent pas d'un intermédiaire entre la parole de Dieu et la compréhension de celle-ci : une langue différente."
Dans ce cas, il va falloir des messes en hébreux.
Vu que le passage au latin, puis au français, est forcément un intermédiaire entre la parole de Dieu et la compréhension, et qu'il faut un effort de compréhension et de réflexion pour voir et comprendre ce que la traduction peut atténuer ou diluer du sens premier.
(il suffira de citer, là, le fameux : "je suis celui qui est" - ceci pour illustrer le souci posé par la traduction, qui permet de rappeler à nouveau les erreurs ou approximations de traduction des prières en langues vernaculaires... ...mais dépasse largement la seule question de la langue liturgique.)
“Il serait présomptueux de penser que ce que l'on sait soi-même n'est pas accessible à la majorité des autres hommes.”
[Konrad Lorenz]

Celui qui connaît vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme.
[Konrad Lorenz]
Extrait de L'Agression
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Invité
Barbarus
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par Invité »

Voici un exemple du passage d'une langue à l'autre
ORAISON VEILLEE PASCALE

Aprés la deuxième lecture: Le passage de la mer rouge Ex 14,24-31 et 15,1
Cette lecture est obligatoire et donc l'oraison qui la suit. Le missel romain en donne deux au choix.
Elles ne traduisent pas l'oraison latine. Elles lui empruntent des éléments qui sont arrangés de telle sorte qu'elles ne donnent plus le sens de l'oraison latine. Et même la deuxième au choix dit le sens contraire

ORAISON LATINE

Voici la structure de l'oraison latine

Deus Dieu Dieu
cujus dont
antiqua miracula que les miracles (prodiges) d'avant dont nous comprenons bien
etiam nostris saeculis encore (même) pour notre époque que les miracles d'avant
coruscare brillent brillent
sentimus: nous comprenons bien encore ( même)
pour notre époque

dum explicatif amène praesta comme ainsi
quod ce que ce que tu as donné,
uni populo, à un seul peuple à un seul peuple
a persecutione Aegyptiaca de la persécution d'Aegypte le libérant
liberando, en le libérant, de la persécution d'Egypte
dexterae tuae potentia par la puissance de ta main droite par la puissance
contulisti tu as donné (fourni, appliqué) de ta main droite

id cela Cela
in salutem gentium pour la salut des nations tu le produis (tu l'opères)
per aquam regenerationis par l'eau de la régénération pour le salut des nations
operaris: tu le produis par l'eau de la régénération
( du baptême )

praesta; Fais que (en sorte que) Fait que ( Veille à ce que)
ut Veille à ce que la plénitude
in Abrahae filios, Dans les fils d'Abraham du monde entier
et in Israêliticam dignitatem, et dans l'estime d'Israël passe
totius mundi le monde entier dans les fils d'Abraham
transeat passeet dans l'estime(dignité) d'Israël.
plenitudo la plénitude
(accomplissement, intégralité, perfection)
Tertullien
Transeo + in
Aller dans, passer chez, se transformer en
Per Dominum nostrum. Par notre Seigneur Jesus Christ








TRADUCTION DE FEDER 1958
édition aprouvé par Martimort


Seigneur Dieu,
nous voyons encore briller de nos jours
vos miracles d'autrefois.
Comme jadis
vous avez manifesté votre puissance
en délivrant un seul peuple
de la poursuite des Egyptiens,
vous assurez aujourd'hui
le salut de toutes les nations
dans l'eau de la nouvelle naissance
Faites que les nations du monde entier
deviennent des fils d'Abraham
et participent aux privilèges des enfants d'Israël.


MISSEL ROMAIN
deux oraisons au choix.

Maintenant encore, Seigneur,
nous voyons resplendir tes merveilles d'autrefois:
Alors que jadis tu manifestais ta puissance
en délivrant un seul peuple de la poursuite des Egyptiens,
tu assures désormais le salut de toutes les nations
en les faisant renaître à travers les eaux du baptême
Fais que les hommes du monde entier
deviennent des fils d'Abraham
et accèdent à la dignité de tes enfants.
Par Jésus le Christ notre Seigneur.


Seigneur notre Dieu
dans la lumière de l'Evangile
tu as donné leur sens
aux miracles accomplis sous l'Ancien Testament
on reconnaît dans la mer rouge
l'image de la fontaine baptismale
et le peuple juif
délivré de la servitude d'Egypte
est la figure du peuple chrétien
Fais que tous les hommes, grâce à la foi
participent aux privilèges d'Israël
et soient régénérés en recevant ton Esprit.
Par Jésus le Christ notre Seigneur.



QUELQUES REMARQUES

L'ORAISON LATINE
Elle commence par dire la continuité de l'économie du salut
Les miracles d'autrefois brillent pour notre époque

Elle distingue
le seul peuple: les juifs
et l'action de salut de Dieu envers ce peuple dans la délivrance de la persécution des Egyptiens.
Le passage de la mer rouge est l'évènement fondateur de ce peuple: peuple de Dieu.

d'avec les nations
dont le salut est assuré par les eaux de la régénération

Il faut souligner la notion de monde entier. La plénitude du monde entier passe par les fils d'Abraham et la dignité d'Israël Cela veut dire que la plénitude du monde entier dépend de l'acceptation de ce qui fait que le peuple juif est unique dans l'économie du salut et des relations des nations à ce peuple instaurées par Jésus mort et ressuscité.


Aujourd'hui les miracles d'autrefois brillent
et pour l'unique peuple, la salut de Dieu continue pour eux afin qu'ils soient le mieux possible fils d'Abraham et fassent vivre la dignité d'Isarël.
et pour les nations qui par le baptême sont appelés à vivre en fils d'Abraham et la dignité d'Israël pour que le monde entier passe à sa plénitude.

Celui qui fait entrer les nations dans la lignée d'Abraham et la dignité d'Israël, c'es Jésus, le juif, fils de Dieu, mort et ressuscité.
Et qui par là, fais que le monde entier passe à la plénitude.

En corollaire, les juifs doivent réaliser pleinement et d'être les fils d'Abraham et la dignité d'Israel pour qu'ils puissent être témoins et acteurs des miracles de la puissance de salut de la main droite de Dieu.
Chacun et le peuple unique et les nations a le don qu'il reçoit, et le chemin à parcourir pour passer à la plénitude.




LA TRADUCTION DE FEDER
serait la plus juste s'il ne manquait pas
Pour passer dans la plénitude.

LE MISSEL ROMAIN
a pris des éléments et a contruit deux oraisons

Dans la premiere il est oublié la réalisation de la plénitude : le but de l'action de Dieu
la transformation de la dignité d'Israël en dignité de tes enfants

Le moyen, être fils d'Abraham, est devenu une fin


La deuxième oraison

Elle donne d'emblée la clé d'interprétation
l'évangile donne sens à L'Ancien Testament
Elle fait marcher la typologie
mer rouge l'image de la fontaine baptismale
peuple juif figure du peuple chrétien

On oublie le but la plénitude
qui est remplacée par les privilèges d'Israël
et l'Esprit Saint.

Sur la théologie :
La 1ère oraison montre bien le but de l'économie du salut la plénitude du monde entier
et les moyens mis en oeuvre par Dieu pour y parvenir du côté du peuple unique et du côté des nations par le baptême à la suite de Jésus.
Le passage obligé d'être fils d'Abraham et de vivre de la dignité d'Israël.
C'est l'anti théologie de la substitution qui substitue les chrétiens aux juifs.
Que les juifs manifestent pleinement l'action de Dieu envers eux, peuple unique,
et que les chrétiens, étant le corps de Jésus,juif, ressuscité sont avec lui fils d'Abraham et participant de la dignité d'Israël.
Ce qui a été désastreux, c'est que les chrétiens ont voulu être le peupel de Dieu à la place des juifs, et qu'ils n'ont pas accepté d'être les nations.
Le Peuple unique et les nations marchent l'un pour les autres vers leur plénitude.


La deuxième ne donnant pas le but fait que les moyens deviennent une fin
Il n'y a plus de distinction entre un seul peuple et les nations
en ajoutant « toutes » les nations à la place de salut des nations
Avec cet ajout on laisse penser que l'unique peuple doit suivre le chemin du baptême pour que toutes les nations, lui compris, connaisse la plénitude. Le rôle unique du peuple juif n'est plus respecté
Ici commence la théologie de la substitution

La troisième oraison
Nous sommes en pleine dépendance de l'Ancien Testament à l'évangile. L'Ancien Testament n'a pas de sens propre. Il le tiend de l'évangile
Tout devient image ou figure.
Avec la contradiction que n'ayant plus de sens propre, où sont ses privilèges d'Israël?
Nous sommes en pleine théologie de la subtitution

Sur la catéchèse

Dans le chapitre 2 du Texte national pour l'orientation de la catéchèse en France intitulé
Le mystère de Pâques au coeur de l'initiation
Si « La veillé pascale, centre de la liturgie chrétienne, et sa spiritualité baptismales sont une source pour toute la catéchèse » Comment tenir compte de cette oraison?
« L'identité chrétienne solide » passe par être fils d'Abraham et recevoir la dignité d'Israël dans la reconnaissance de Jésus mort et resssuscité. P.36
« Toute la liturgie, en particulier la célébration de la veillée pascale, appelle à devenir membre du corps du Christ par participation au jaillissement de la vie nouvelle qui vient de sa mort et de sa resurrection. »
Pour être fidèle à l'oraison, il faudrait ajouter à cette proposition
Toute la liturgie appelle à devenir membre du corps juif du Christ et de voir comment cela réagit
sur le corps ecclésial, sur le corps mystique, sur le corps eucharistique.
L'accomplissement définitif passe par la fidélité au corps juif de Jésus Christ mort et ressuscité.

Si « On pénètre surtout dans l'expérience de la Révélation en fréquentant les Evangiles, les lettres des Apôtres jusqu'au livre de l'Apocalypse » comment percevoir que Jésus ressuscité fait de nous des fils d'Abraham et comment percevoir la dignité d'Israël.
La présentation qui consiste à dire que tout ce qui est avant Jésus est une simple préparation à sa venue ne correspond pas à la réalité.
Plus nous aprofondirons pour elle même, ce qu'est le peuple unique dans le dessein de Dieu,plus nous approfondirons le mystère d'alliance vécu par ce peuple et par Jésus mort et ressuscité
et nous pourrons entrevoir tout ce que notre foi doit à la vie de foi de ce peuple.

Cela fait partie de l'initiation.

Voilà quelques réflexions en signe de communion dans ces fêtes de Pâques.
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Petit Matthieu
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par Petit Matthieu »

Ce que je voulais vous dire ti'hamo, c'est que la beauté d'une langue est subjective. Si moi je trouvais le latin super moche, que pourriez vous me répondre ? (que j'ai tort et vous auriez raison ;) Mais cet argument n'est pas le plus important.

De plus je retombe dans la même critique : ces prières en latin, donc dans la langue de l'Eglise, proche des traductions originelles, n'intéressent que des gens comme vous (j'oserai même dire nous à mon petit niveau) ! Et il y en a trop peu ! C'est ça le vrai problème.

Si tout le monde avait la volonté de comprendre les textes, les prières par la traduction latine, de faire de l'analyse ethymologique, de saisir les nuances entre langue vernaculaire et latin voire même hébreux ou grec : le meilleur des mondes !!!

Or nous n'en sommes pas à ce niveau, et la plupart des gens s'en fichent ( pour le moment du moins) , alors rétablir ces prières en latin les couperait du sens et ils réciteraient cela comme des païens, j'en suis sur. Le rite mécanique prendrait plus d'importance que la compréhension des prières pour une bonne partie de chrétiens.

De plus vous accusez la langue vernaculaire de ne pas instruire efficacement les fidèles ! Or cela n'a rien à voir avec la langue vernaculaire mais plutot par le temps et les moyens disponibles pour instruire les chrétiens !
Soyons donc ordonnés : la première étape est la bonne compréhension de la Bonne Nouvelle par tous les chrétiens. Au niveau actuel, mettre du latin, c'est se tirer une balle dans le pied, il y a mieux à faire.
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par Virgile »

Cher Petit Matthieu,
Petit Matthieu a écrit : Ce que je voulais vous dire ti'hamo, c'est que la beauté d'une langue est subjective. Si moi je trouvais le latin super moche, que pourriez vous me répondre ? (que j'ai tort et vous auriez raison ;) Mais cet argument n'est pas le plus important.
on pourrait vous répondre qu'une langue est une belle langue pour des motifs qui ne sont pas entièrement subjectifs. Par exemple, si vous prenez la langue française, il faudrait tout de même expliquer par autre chose que du "subjectif" le fait que des dizaines de milliers de personnes cherchent aujourd'hui encore à apprendre cette langue. Il doit bien y avoir des raisons "objectives" à cet engouement. Il en va de même pour le latin.
Petit Matthieu a écrit : De plus je retombe dans la même critique : ces prières en latin, donc dans la langue de l'Eglise, proche des traductions originelles, n'intéressent que des gens comme vous (j'oserai même dire nous à mon petit niveau) ! Et il y en a trop peu ! C'est ça le vrai problème.
Oui, mais ces gens existent.
Il y a trop peu de personnes employées actuellement dans les paroisses à promouvoir et à enseigner le latin.
Si l'on ne fait jamais appel aux compétences... où si on refuse d'y faire appel...
Petit Matthieu a écrit : Si tout le monde avait la volonté de comprendre les textes, les prières par la traduction latine, de faire de l'analyse ethymologique, de saisir les nuances entre langue vernaculaire et latin voire même hébreux ou grec : le meilleur des mondes !!!
Oui, enfin, un monde meilleur en tous cas...
Petit Matthieu a écrit : Or nous n'en sommes pas à ce niveau, et la plupart des gens s'en fichent ( pour le moment du moins) , alors rétablir ces prières en latin les couperait du sens et ils réciteraient cela comme des païens, j'en suis sur. Le rite mécanique prendrait plus d'importance que la compréhension des prières pour une bonne partie de chrétiens.
Les gens rigolent ou haussent les épaules quand on leur parle du latin, c'est vrai.
C'est la raison pour laquelle il faut d'abord, lentement, leur expliquer un certain nombre de choses.
C'est la raison pour laquelle la formation des prêtres est d'une importance cruciale.
C'est la raison pour laquelle la formation des laïcs est si importante.
Dans un message posté il y a quelques jours, j'ai expliqué que le problème était un problème de culture. En France, mais on peut prendre des exemples dans d'autres pays, l'Etat a procédé à une véritable extermination des cultures et des traditions pour affermir son pouvoir et mieux manipuler les populations.
D'où l'enjeu linguistique, particulièrement manifeste en France avec l'imposition d'une seule langue nationale, le français. Et si pour certains français d'aujourd'hui, la reconquête de leur identité culturelle passe d'abord par la lutte pour une reconnaissance officielle de leur langue ou de leur patois, c'est qu'il y a une raison.
Petit Matthieu a écrit : De plus vous accusez la langue vernaculaire de ne pas instruire efficacement les fidèles ! Or cela n'a rien à voir avec la langue vernaculaire mais plutot par le temps et les moyens disponibles pour instruire les chrétiens !
Soyons donc ordonnés : la première étape est la bonne compréhension de la Bonne Nouvelle par tous les chrétiens. Au niveau actuel, mettre du latin, c'est se tirer une balle dans le pied, il y a mieux à faire.
La première étape, c'est de comprendre qu'il n'y a pas de communauté possible sans une culture commune. Ce que propose la société française actuellement ne peut même pas réaliser la vocation proprement humaine de l'existence. N'importe quel homme de bonne volonté est en effet capable de comprendre ce qu'est le "souci de l'âme", et que la destinée humaine ce n'est pas d'être riche, d'asservir les autres, de dominer le monde et de pouvoir consommer plus qu'hier et moins que demain.
C'est à un tel point vrai, que l'on voit maintenant des gens hostiles à la religion s'inquiéter de cette dimension du problème: ils vous expliquent qu'il faudrait tout faire pour rendre la culture française accessible aux "jeunes" par exemple, parce que sinon, ce seront les religions qui récupéreront le besoin de culture à leurs fins. Et d'ajouter, en tremblant un peu et en guise de preuve, que le Pape Benoît XVI a rappelé que l'homme ne vit pas que de pain, et que les musulmans attaquent le "matérialisme" de l'Occident.
L'avenir de l'Eglise, et pas seulement en France, est lié à la reconquête d'un territoire perdu par ceux qui ne croient en rien et qui s'essayent à fabriquer un monde sans Dieu : celui de la culture, et d'une culture fondée sur les valeurs évangéliques. Sans communautés paroissiales vivantes et centrées sur la personne du prêtre, sans communautés dispensatrices de culture, sans communautés éducatrices, il n'y a pas d'avenir possible. Et l'enjeu est linguistique aussi: il y a le latin. Parce que la latin est la langue liturgique de l'Eglise et que la liturgie est productrice de culture.

Il me semblerait vraiment extraordinaire que des catholiques ne soient pas capables de comprendre cela.
Et cela concerne jusqu'à la plus minuscule paroisse de la campagne la plus éloignée.

Amicalement.
Virgile.
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coeurderoy
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par coeurderoy »

Vous savez Petit Mathieu, on peut avoir, à priori, des préjugés (d'ordre intellectuel) contre l'usage de la langue latine...c'était mon cas vers 20-21 ans quoique ayant connu la liturgie traditionnelle jusqu'à ma confirmation (juin...68). Un beau dimanche de Pâques 1980 j'ai mis les pieds dans la petite église rurale de la Motte-Tilly (vallée de la Seine, amont de Paris). Le curé, rebelle, avait été relégué là et restait fidèle à la liturgie traditionnelle. Emerveillement de ma part loRsque j'entendis chanter le "Victimae Pascali laudes", j'avais envie de me retourner mais avais le sentiment (puéril je sais), d'avoir un ange chantant derrière moi.

Je ne comprenais rien aux paroles, ni à celles du "Vidi aquam" qui avait ouvert la Messe mais j'ai eu alors la confirmation (et consolation) que le "bain de beauté", de paix, d'oraison, dans lequel l'Eglise plonge les plus rustres de ses fils avait une vertu sanctifiante.
La prière s'élève facilement quand elle est nourrie par le recueillement des mélodies, la mysticité des textes, la spiritualité profonde qui imprègne toutes choses : objets du culte, gestes du célébrant, attitude des fidèles.

Habitué à des forums de bavardages droits-de-l'hommiste, j'étais littéralement sur le c... (pardon !) de constater tout ce qu'on avait largué au nom du sacro-saint Concile et de la participation active des fidèles.
Quelques jours plus tard, discutant, à Provins, avec un artisan, j'appris qu'il avait eu l'aubaine de récupérer des missels grégoriens du XVIIIème s. dans les poubelles de sa paroisse (son échoppe donnant sur le parvis d'une église) ; un de mes collègues me confima qu'au cours de ses recherches à Romilly-sur-Seine on lui avait appris que tous les ornements liturgiques anciens avaient été bazardés par un curé style "prêtre-ouvrier" que ces prétendues richesses scandalisaient.
Et là je hurle ! ma grand-mère était de ces saintes femmes entretenant le linge d'autel, fleurissant les églises, exprimant sa foi avec simplicité par la bonne volonté et le don de soi à autrui. Elle appréciait la beauté liturgique, allait à la Messe matinale avec son "paroissien" Latin-Français, donnait ce qu'elle pouvait à l'Eglise et participait activement, par le chant et la prière aux offices auxquels elle assistait...

Ces découvertes, à l'âge de 23 ans me firent déserter totalement les messes protestantisées pour..un quart de siècle tout-de-même.

S'attaquer au latin, le disqualifier, promouvoir la cérébralité des "penseurs", la compréhension des savants c'est mépriser, bien souvent, ceux à qui la vie n'a pas permis d'entreprendre de hautes études bibliques, de se mettre à l'hébreu, de faire des voyages réguliers à Jérusalem. La suffisance, l'orgueil intellectuel, le mépris pour le latin je l'ai vu, par exemple, chez un prêtre passionniste, membre d'une communauté nouvelle très "bon chic", se marrant pas mal de ces pauvres attardés amoureux de la langue qui reste celle de l'Eglise par excellence.

Songeant à la piété "populaire" (disent les imbéciles) de ma grand-mère, je sais qu'elle rejoint pourtant celle de mystiques et de poètes tels que Marie Noël, Francis Jammes, Claudel, Max Jacob et tant d'autres âmes que la platitude et la niaiserie de liturgies terre-à-terre auraient écartées de l'Eglise.

On attend toujours le mea culpa de ceux qui ont décrété qu'une bonne catégorie de fidèles seraient privés du droit de prier "sur de la Beauté"...

En 2004, lors des obsèques de mon père, j'ai dû batailler plus d'une demi-heure avec un curé qui refusait une Messe (en Français), au lieu d'une simple bénédiction. Baptisé et marié dans le la religion catholique, pratiquant, pour quelle raison n'aurait-il pas eu droit à la Messe des Funérailles ? (1 h dans une église, au mois de janvier, est-ce beaucoup demander à la famille soudain contrainte de songer un peu aux fins dernières ?...) Pourtant le curé n'était pas débordé, était richement logé dans une commune du vignoble champenois et n'aurait sans doute pas refusé la Messe pour le Directeur d'une grande Maison de Champagne...J'imagine sa réaction si j'avais demandé, de surcroît, la liturgie latine...

Cette injustice, cet embourgeoisement intellectuel, spirituel et moral de tant de prêtres libéraux m'a poussé, pour pas mal d'années, à grossir les rangs des mécontents et à opter pour un traditionnalisme assez agressif : aurions-nous eu ce retour en grâce de la liturgie traditionnelle sans ce type de réaction ?
Cordialement !
Dernière modification par coeurderoy le lun. 09 mars 2009, 17:04, modifié 4 fois.
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par ti'hamo »

> Petit Matthieu
Le latin "n'intéressent que des gens comme vous "
Mais ça veut dire quoi, ça ? C'est quoi, "des gens comme nous" ?
Vu que vous ne nous connaissez pas, ni moi ni les autres, je ne vois pas bien exactement ce que cette remarque peut avoir comme sens... à moins de renvoyer à ce que vous vous imaginez de nous, ou à un fantasme ?
Auquel cas ça ne me semble pas très recevable.... :zut:
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par ti'hamo »

> Petite Matthieu
Mais vous répétez encore et vous vous arc-boutez à ce seul argument (ou enfin c'est ce qu'il me semble en tout cas) : que l'enseignement doit être fait en langue vernaculaire.
Mais, encore une fois : C'EST LE CAS, quel que soit le rite !

Donc je ne vois pas ce que cette remarque vient faire ici.


D'autre part :
"Si tout le monde avait la volonté de comprendre les textes, les prières par la traduction latine, de faire de l'analyse ethymologique, de saisir les nuances entre langue vernaculaire et latin voire même hébreux ou grec : le meilleur des mondes !!!
Or nous n'en sommes pas à ce niveau, et la plupart des gens s'en fichent."
Et bien, raison de plus pour que ceux qui ont conscience de l'enjeu ne lâchent rien, et sachent, eux, profiter et faire profiter chacun de ce qu'ils savent et comprennent !
Donc, il faut garder le latin, approfondir les traductions... et donner et expliquer les dites traductions à ceux que cela ne semblait pas intéresser.



Et, encore une fois :
"rétablir ces prières en latin les couperait du sens et ils réciteraient cela comme des païens, j'en suis sur.
mais n'est-ce pas déjà le cas lorsqu'une assemblée chante "prends ta barque avec Jésus" ou "je crois en l'Homme", ou veut entendre parler de "Jésus qui vient nous visiter dans nos difficultés et nos misères" mais certainement pas de responsabilité personnelle dans sa Passion,
et refuse toute autre prière car le fond ne leur sied pas ?

Donc, voyez, ce que vous redoutez EST DÉJÀ présent, c'est DÉJÀ le cas,...et ça n'a pas franchement l'air d'être le fait du latin.
Je me demande donc bien ce que vous pouvez apporter comme faits concrets à l'appui de vos théories à propos de l'usage du latin ? Une théorie doit se confronter aux faits, non ?
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par coeurderoy »

"Des gens comme vous" ? personnellement, à 22 ans, objecteur de conscience, récemment converti mais encore gaucho tendance "anar" - 2 ans d'Ecole normale d 'instits vers 75-77, ça marque ! - progressiste soucieux que l'Eglise (évidemment rétrograde) valide mes choix personnels (issus d'un libre examen des Ecritures), ignorant tout (ou presque) de l'Histoire de l'Eglise, et répliquant à un collègue me disant que l'abbé Mazué disait encore la Messe traditionnelle : "mais il n'a pas le droit !..."
Voilà le jeune homme que j'étais en 79 en arrivant dans ce village du Nogentais.

Même s'il y a des caricatures de tradis, très soucieux d'afficher un bon ton ostentatoire , une supériorité "de classe", et des fringues "Cyrillus", il n'y a (Dieu merci !) pas que ces ouailles-là dans les rangs des fidèles attachés à la tradition liturgique latine (mais je conçois que certains clubs "entre-soi" aient de quoi faire fuir les gens...fauchés par exemple !)
Fraternellement
Dernière modification par coeurderoy le lun. 09 mars 2009, 16:55, modifié 1 fois.
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par Fée Violine »

Ahhhhhh ! Le Victimae pascali laudes, que c'est beau !!!
Mais ça n'empêche pas de défendre les droits de l'homme ! D'ailleurs la beauté est un droit de l'homme aussi !
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par coeurderoy »

Bien sûr, Fée Violine ! et respecter l'homme c'est respecter l'empreinte de Dieu dont chaque être humain est marqué. Une homélie ne devrait pourtant (à mon goût) jamais ressembler à un appel à la lutte des classes ou à un programme électoral. C'est cette banalisation d'un langage "prêt-à-porter" qui a éloigné pas mal de monde de cérémonies où le bavardage incessant exclue tout moment de prière personnelle ou de recueillement... :fleur:
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Re: L'usage de la langue latine dans la liturgie romaine

Message non lu par Petit Matthieu »

Cher ti'hamo, c'est vous qui vous entêtez à me prendre pour un sourd ! Je sais très bien que l'enseignement se fait en langue vernaculaire, c'est ainsi de puis des siècles. Je ne parlais que des prières.

De plus je pense que vous êtes le seul à ne m'avoir pas compris (intentionnellement) quand je disais "des gens comme vous", vous avez d'ailleurs coupé (à nouveau intentionnellement :> ?) la fin de ma phrase. Je voulais bien sur dire que sur ce forum, nous nous intéressons tous à mieux comprendre la Parole de Dieu et à partager nos connaissances, nos questions afin de nous enrichir mutuellement.... Ce qui n'est pas le cas de 100% des chrétiens. Voilà le sens de "des gens comme vous".

De plus vous me répondez qu'il faut garder le latin, approfondir les traductions. Mais je suis entièrement d'accord ! Je l'ai déjà dit auparavant. Etes vous sur que c'est moi qui fantasme ? :rire: Je plaisante mais vous m'avez mal compris.

Je crois aussi qu'il y a un décalage de génération, j'ai seulement 22 ans et je n'ai jamais connu que ces prêtres "68 ards", plus de loin que de près d'ailleurs.

Ma vision est sans doute différente puisque je n'ai jamais connu l'esprit communautaire de paroisse (n'y voyez pas une expression négative). Je n'allais que rarement à la messe et c'est par la lecture seule et des discussions avec quelques prêtres et surtout les capucins de ma ville que j'ai commencé mon petit bout de chemin dans la foi. Donc pour moi, la liturgie n'a jamais été dans ma relation à Dieu, c'est pour cela sans doute que je suis très sensible à la compréhension des évangiles bien plus qu'à sa célébration. Je ne dis pas que c'est bien, mais c'est mon parcours.

Et puis ce serait un comble pour un passionné d'Histoire d'être un ennemi du latin ! Je suis donc pour sa promotion, dans la ligne du message de Virgile. Mais ma seule nuance ici s'adresse à ceux (y en a-il ici ?) qui souhaiteraient rétablir le latin (dans la liturgie ti'hamo, juré :hypocrite: ) à toutes les églises et maintenant. Le faire maintenant serait fou, l'Eglise de France est au plus mal et ce n'est pas le moment, selon moi, de se consacrer à la Reconquista linguistique autoritaire. A long terme oui, mais ne grillez pas les étapes : d'abord l'enseignement, l'instruction, briser aussi les préjugés et les erreurs de jugement sur le christianisme.
"Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes."
Phrase finale de saint Vincent de Paul dans le film "Monsieur Vincent".
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