Reprenons le chapitre XII et les canons du Concile de Trente sur la justification :
C H A P I T R E X I I
Qu'il ne faut point avoir de présomption téméraire de sa Prédestination.
PERSONNE aussi, tandis qu'il est dans cette vie mortelle, ne doit présumer de sorte du mystère secret de la Prédestination de Dieu, qu'il s'assure, pour tout certain, d'être du nombre des Prédestinés ; comme s'il était vrai qu'étant justifié, il ne put plus pécher ; ou que s'il péchait, il dut se promettre assurément de se relever : car sans une révélation particulière de Dieu, on ne peut savoir ceux qu'il s'est choisi.
C A N O N X V
SI QUELQU'UN dit, qu'un homme né de nouveau par le Baptême, & justifié, est obligé, selon la Foi, de croire qu'il est assurément du nombre des Prédestinés : Qu'il soit Anathème.
C A N O N X V I I.
S I QUELQU'UN dit, que la grâce de la Justification, n'est que pour ceux qui sont prédestinés à la vie ; & que tous les autres qui sont appelés, sont à la vérité appelés, mais qu'ils ne reçoivent point la grâce, comme étant prédestiné au mal par la puissance de Dieu : Qu'il soit Anathème.
Rappelons aussi la bulle «Cum occasione » d’Innocent X :
(...)C'est une erreur des semi-pélagiens de dire que Jésus-Christ est mort ou qu'il a répandu son sang pour tous les humains sans exception. La bulle déclare cette proposition fausse, téméraire, scandaleuse; et, si on l'entend en ce sens que Jésus-Christ soit mort pour le salut seulement des prédestinés, elle la condamne comme impie, blasphématoire, injurieuse, dérogeant à, la bonté divine, et hérétique(...)
Et l’on pourrait aussi citer le Concile de Mayence et celui de Valence condamnant la double prédestination.
Donc il ressort de tout cela que la prédestination est bien une vérité de foi catholique, mais qu’il est anathème de prétendre qu’elle s’applique aussi aux réprouvés, tout comme il est anathème de prétendre que, sauf révélation particulière de Dieu, nous pouvons déjà savoir si nous sommes prédestinés ou non, ce que les protestants pourtant affirment, ravalant les oeuvres au rang de simple témoignage et niant le mérite.
La difficulté dans ce Mystère, c’est que l’on aurait tendance à dire : « Nous voulons bien admettre que Dieu ne prédestine pas les réprouvés à l’enfer, que donc ils se damnent eux-mêmes, par leur refus de l’amour divin et leur persévérance dans le péché, mais nous ne comprenons pas que Dieu ne les ait pas prédestinés au Ciel comme pour les autres, car enfin s’il ne les a pas prédestinés au Ciel, c’est qu’immanquablement ils vont aller en enfer, que donc Dieu en ne les prédestinant pas au Ciel les a indirectement condamnés et qu’il le savait... »
Dans la même veine : « Pourquoi Saint Paul et pas Judas ? »
Alors il faut se rappeler que Dieu est déjà en lui-même tout Amour, que donc la création est un acte d’amour surabondant, et que l’on ne peut par conséquent pas dire que Dieu n’en fait pas assez puisque si j’ose dire il en fait déjà plus que tout l’amour qu’il a en lui !
Cela me fait songer au dialogue entre Arthur et son fils incestueux Mordred :
«
- Je viens réclamer ce qui est à moi, père
- Montre-toi...je ne puis te donner la terre, seulement mon amour
- Je n'en veux pour rien au monde ! la Quête des chevaliers a échoué, ils sont tous morts, tu es mort aussi, je reviendrai et prendrai ton royaume par la force ! »
D’autre part il faut bien voir que dans ce Mystère notre logique binaire fondée sur l’axiome aristotélicien du tiers exclu : « A ou non A » est clairement dépassée, puisque affirmer qu’untel n’a pas été prédestiné n’équivaut pas à dire qu’il a été réprouvé (ce que l’on serait tenté de conclure en employant l’axiome du tiers exclu) et n’équivaut donc pas à dire qu’il ne peut pas ne pas pêcher. Ce serait plutôt « ni, ni » : « ni pélagien, ni protestant ».