Bonjour Cinci et à tous,
Cinci a écrit : ↑lun. 01 juin 2020, 2:02
Si l'enseignement de l'église est vrai il ne peut pas polluer la vie civile. Cela ne ferait aucun sens. La vérité vous rendra libre. Il se peut toujours qu'une vérité désagréable à entendre pour celui-là qui aimerait mieux ne pas la voir serait tenu aussi pour un polluant dans son environnement. Oui, mais ça ... le problème alors n'est pas dans la vérité elle-même, comme il se trouve plutôt dans les représentations que l'autre se fait.
C’est tout à fait exact et je suis entièrement d’accord avec vous ; je serais sinon un traître ! D’ailleurs j’ai pris pour exemple une autre religion. Pour prendre en exemple une religion chrétienne, il faudrait que celle-ci se soit alors détournée de son idéal par le péché, ce qui est hélas trop souvent arrivé (abus de pouvoir, usage indu de la violence, corruption, favoritisme, attachement exagéré aux biens de ce monde, etc.) et qui conduit à se méfier de certains idéaux qui une fois atteints favorisent un certain relâchement des moeurs et aboutissent au contraire du but espéré, à cause de la faiblesse de notre nature, et du coup cela discrédite ceux qui le portent : nous.
Il y a pour le résumer, deux grandes conceptions chrétiennes sur le sujet. L’une a été fortement théorisée et par des théologiens « officiels », l’autre a cru pouvoir s’en passer tant elle s’abouchait directement aux évangiles. Elle a commencé à le faire comme officiellement par certains mouvements chrétiens anarchistes, comme Tolstoï en est un fier précurseur (en France Romain Rolland). Gandhi n’a jamais caché que son mouvement pacifiste était inspiré de Tolstoï et notamment de sa lecture du petit livre « le royaume des cieux est en vous ». Martin Luther King en a repris le flambeau en Amérique. Ce courant a donc dépassé les frontières du christianisme (il rejoint aussi le bouddhisme), mais y trouve bien sa source.
Ce qui n’est pas le cas de l’autre. Quand je lis Suliko écrire :
Suliko a écrit : ↑dim. 31 mai 2020, 23:12
Cet enseignement se retrouve à vrai dire déjà dans la Bible, puisque le peuple élu n'a pas le droit d'apostasier, ce péché étant puni de la peine de mort. De plus, l'empire romain était adepte de la tolérance religieuse : chacun pouvait adopter le culte qui lui plaisait, la seule contrainte étant de rendre à César les honneurs qu'il croyait lui être dû. On ne peut pas pourtant dire que les chrétiens de ces temps de persécutions étaient très attirés par ce type de gouvernance... Si cela avait été le cas, ils auraient décidé d'accorder aux païens une pleine liberté de religion lorsque l'empire est devenu officiellement chrétien. Or, ce n'est pas ce qui s'est passé : le paganisme a été plus ou moins fortement réprimé dès que le christianisme s'est révélé assez fort pour s'imposer.
Je ne peux m’empêcher de me dire que les chrétiens, au lieu de continuer à vivre des évangiles, ont donc imité un ancien potentat païen, et précisément sur le seul point qui le leur avait rendu odieux er persécuteur (ce qui psychologiquement et humainement (mais non surnaturellement, spirituellement, par la morale du pardon) s’explique fort bien). Car s’il n’y avait pas eu cette exigence de culte rendu à César, il n’y aurait pas eu de persécution ce qui donne à celle-ci un petit côté fort caricatural qu’on retrouve dans bien d’autres épisodes de persécution. Ainsi au Japon. Un grand film l’a illustré il y a peu, mais on peut lire aussi l’histoire des martyrs de Tsuwano par Takashi Nagai (le Gandhi japonais, un chrétien qui devrait être canonisé) et qui correspond à la dernière vague des persécutions. Si on caricature à peine, les bourreaux eux-mêmes suppliaient les chrétiens ne serait-ce que de « faire semblant » pour ne plus avoir à leur faire du mal !
Le christianisme a fait peur à certains puissants qui y virent un risque pour leur pouvoir (avec ou sans exigence de culte), cela n’est plus vrai aujourd’hui que si le puissant a des choses à se reprocher, chacun le sait, chrétien ou non, et les médias aussi. Voir Solidarnosc. Donc le risque de persécution a perdu ce qui nous donnait le droit de vouloir maintenir une « pression » par la force ou la détention d’un pouvoir politique à connotation ouvertement religieuse (si tout un peuple est chrétien, il n’y a pas besoin de cette connotation, elle est implicite et il est inutile de la théoriser, elle va de soi, participe de l’élan social et on ne le fait que s‘il y a des lacunes, donc eu péché).
Le rôle politique du chrétien est de renverser les systèmes abusifs, dictatures ou pas. De défendre les opprimés. Cela peut se faire en s‘emparant du pouvoir, mais quant à le conserver, cela devrait être ensuite confié à des forces séculières impartiales et indépendantes ne répondant pas aux serviteurs du culte (leurs actes relèvent de leur foi et de leur conscience droite, en ce sens de l’église, mais non de sa hiérarchie ni de ses clercs, ce qui arrive quasiment toujours dans l’autre courant ! en dépit de ses belles promesses théoriques…) et n’ayant aucun compte à leur rendre - ils ne sont pas Dieu ni infaillibles sur ce sujet. Autrement dit Etat et Eglise doivent être séparés, et ne se réunir qu’en Dieu : cette entente est soumise à délibération et suppose examen pour avoir lieu, elle ne va pas de soi sinon en Lui, ce serait sinon priver les chefs civils de leur responsabilité et donner un pouvoir non religieux aux potentats religieux – le droit de se servir de l’excommunication comme chantage politique.
D'ailleurs cette théorie contraire ne s’est mise en place que lorsque l’emprise sur les chefs civils était suffisamment forte pour que ce chantage agisse… Ils s’en seraient bien gardés sans quoi, ce ne sont pas des « martyrs » dans l’âme à ce sujet, plutôt le contraire : prêts à faire des concessions pour être protégés quand ils ont besoin pour cela de la force.
S’il m’arrive de défendre ma positon par des propos « limite » qui ne seraient sinon pas les miens, c’est en raison de l’excès opposé et bien masqué de ces théories qui prennent faussement les habits et l’autorité de l’agneau.
Si l’orthodoxe Nebularis n’a cessé de se servir ici de cet abus temporel des papes pour critiquer la mission surnaturelle de celui-ci, comme d’une décrédibilisation, c’est bien parce qu’il y a eu abus.
Pendant 500 ans 48 papes se sont succédé, qui ont beaucoup connu de persécutions, mais tous les illustres pères et nombreux docteurs de l’église sur cette période (dans sa « cité de Dieu », titre prédestiné à en traiter le sujet, Augustin lui-même n’en souffle mot…) ont préféré combattre les hérésies et schismes, plutôt que de s’inspirer du livre d’Esther, du gérant astucieux, et d’imiter la démarche de Mardochée pour écarter ces persécutions.
Je préfère une église dont le pape est obligé de vivre en semi-clandestinité pour sauver sa tête, qu’une où il ne se déplace que sur un trône avec de nombreux porteurs, et ne se lève devant personne pour faire sentir son « pouvoir ». Quelle piètre application de la morale évangélique ! -se faire le dernier, etc. Aucune « cérémonie » de lavement des pieds n’y portera symboliquement remède…
S’il y a bien un sujet (délicat pour les catéchistes de tous poils) sur lequel l’accomplissement par le nouveau de la morale de l’ancien testament, a abouti à préconiser une attitude diamétralement opposée, c’est bien celui-là. L’usage de la force (donc du meurtre, soyons clair) pour des raisons religieuses excluant la légitime défense, car c’est bien cela que prônent les exemples donnés par Suliko, est une abomination ! On voit à regret qu’elle n’a pas vécu les horreurs d’une guerre (j’ose lui pardonner ainsi, car sans quoi… « ils ne savent pas ce qu’ils font » ne s’y appliquerait même pas…) ! Il ne s’agit ni plus ni moins que de fatwas chrétiennes (le qualificatif étant abusif comme pour un effet de style)…
La façon dont en général le catéchiste s’en sort, c’est en expliquant que c’était nécessaire pour donner au peuple élu une viabilité qui lui permette de remplir sa mission.
Si le Dieu de l’AT a aussi déclaré qu’il n’avait que faire de nos holocaustes (et comme on le comprend en se mettant à sa place !) ce n’est pas pour ensuite donner aux conquêtes par les armes le but d’abolir les faux cultes, et de prôner le vrai !
Les armes de la police et des tribunaux ne sont rien d‘autre alors que le prolongement de celles utilisées dans une guerre… Et elles portent atteinte à la liberté de conscience. Elles ne « convertissent » rien. Elles exhaussent l’hypocrisie que le Christ a tant conspué.
Si Léon XVIII a si bien glosé sur le sujet, c’est que son pontificat vivait la question Romaine comme un aiguillon, il n’était pas même le chef temporel sur son sol, or il le fit de façon très théorique. Tout comme dans sa façon d’aborder la question sociale dans « rerum novarum ». Quelques conclaves et encycliques plus tard sur cette question, et le pape reconnaitra en 1945 que l’Eglise avait « perdu » le monde ouvrier - qui pourtant était en quelque sorte le cœur de sa cible d’apostolat !
On ne pouvait le gagner en se rangeant du côté du pouvoir et des riches, en tenant des propos hautement intellectuels auxquels il ne comprenait rien et le traitant en se bouchant le nez ! Mais lui portait tout le poids du labeur du jour…
Dieu sachant tout utiliser, ces encycliques sont de vrais trésors et utiles aujourd’hui, de même que les théories sur la politique décrivent bien un idéal, celui que connaîtra par exemple l’Eglise après la fin des temps, mais qui suppose en attendant que nous ayons su donner la priorité dans notre attitude à la paix, une paix qui ne doit rien à la fureur des armes, des inquisitions, des autodafés, etc. Ni donc à la mainmise sur un pouvoir séculier.
Une autre façon de la préserver, c’est de tenter de réunir les chrétiens séparés, car en chef d’états ils finissent par se guerroyer pour des questions qui ne sont plus que religieuses : un comble !
Altior, au vu du restant à traiter, je répondrai succinctement à votre question : ne connaissez-vous pas déjà par prétérition la réponse ?
Bien des mystiques furent "inquiétés" par l'inquisition, dont la vie était pour la plupart exemplaire en tous points et fort vertueuse, parce qu'on leur cherchait des noises sur une doctrine qui utilisait un style ou des mots qui pour être inhabituels ne représentaient aucun danger à l'égard des dogmes.