...C'est un peu ce que j'allais répondre : nous avons tous joué aux "gendarmes et aux voleurs", à être des chevaliers qui se battent, etc... avons-nous péché ?
Donc, deux choses peuvent mener à ce que ces jeux qui, en soi, ne sont pas péché, à être occasion de pécher :
(finalement, je ne vais que renchérir sur CœurdeRoy :-)
. soit le jeu devient envahissant, de loisir et de détente il devient drogue, occupation habituelle, prend le pas sur le reste, abîme les liens familiaux, la prière, etc..
(et cela est très facile, étant donné le côté addictif, attrayant, prenant)
. soit le thème du jeu en lui-même est malsain (par exemple je ne jouerai jamais à "Grand Theft Auto", jeu vidéo dans lequel il faut voler des voitures, tabasser des prostituées et tuer des policiers, ni au jeu de rôle "In Nomine Satanis", rien qu'à cause du nom - et pourtant, j'aime jouer à Civilization, Age of Empire, Diablo, Warcraft, aux jeux de rôle, aux loups-garous... :-)
Citons (longuement) Saint François de Sales (et oui) :
- [+] Texte masqué
- "Il est force de relâcher quelquefois notre esprit et notre corps encore, à quelque sorte de récréation. Saint Jean l’Evangéliste, comme dit Cassian, fut un jour trouvé par un chasseur tenant une perdrix sur son poing, laquelle il caressait par récréation; le chasseur lui demanda pourquoi, étant homme de telle qualité, il passait le temps en chose si basse et vile; et saint jean lui dit: « Pourquoi ne portes-tu ton arc toujours tendu ? » — « De peur, répondit le chasseur, que demeurant toujours courbé, il ne perde la force de s’étendre quand il en sera métier. » — « Ne t’étonne pas donc, répliqua l’apôtre, si je me démets quelque peu de la rigueur et attention de mon esprit pour prendre un peu de récréation, afin de m’employer par après plus vivement à la contemplation. » C’est un vice, sans doute, que d’être si rigoureux, agreste et sauvage, qu’on ne veuille prendre pour soi ni permettre aux autres aucune sorte de récréation.
Mais surtout prenez garde, Philothée, de ne point attacher votre affection à tout cela; car pour honnête que soit une récréation, c’est vice d’y mettre son coeur et son affection. Je ne dis pas qu’il ne faille prendre plaisir â jouer pendant que l’on joue, car autrement on ne se récréerait pas; mais je dis qu’il ne faut pas y mettre son affection pour le désirer, pour s’y amuser et s’en empresser.
- [+] Texte masqué
- Les jeux des dés, des cartes et semblables, ès-quels le gain dépend principalement du hasard, ne sont pas seulement des récréations dangereuses, comme les danses, mais elles sont simplement et naturellement mauvaises et blâmables; c’est pourquoi elles sont défendues par les lois tant civiles qu’ecclésiastiques. Mais quel grand mal y a-t-il, me direz-vous? — Le gain ne se fait pas en ces jeux selon la raison, mais selon le sort, qui tombe bien souvent à celui qui par habilité et industrie ne méritait rien: la raison est donc offensée en cela. — Mais nous avons ainsi convenu, me direz-vous, — Cela est bon pour montrer que celui qui gagne ne fait pas tort aux autres, mais il ne s’ensuit pas que la convention ne soit déraisonnable, et le jeu aussi; car le gain qui doit être le prix de l’industrie, est rendu le prix du sort, qui ne mérite nul prix, puisqu’il ne dépend nullement de nous. Outre cela, ces jeux portent le nom de récréation
et sont faits pour cela; et néanmoins ils ne le sont nullement, mais des violentes occupations. Car, n’est-ce pas occupation de tenir l’esprit bandé et tendu par une attention continuelle, et agité de perpétuelles inquiétudes, appréhensions et empressements ? Y a-t-il attention plus triste, plus sombre et mélancolique que celle des joueurs ? c’est pourquoi il ne faut pas parler sur le jeu, il ne faut pas rire, il ne faut pas tousser, autrement les voilà à dépiter.
Enfin, il n’y a point de joie au jeu qu’en gagnant, et cette joie n’est-elle pas inique, puisqu’elle ne se peut avoir que par la perte et le déplaisir du compagnon ? cette réjouissance est certes infâme.
Pour jouer et danser loisiblement, il faut que ce soit par récréation et non par affection; pour peu de temps et non jusques à se lasser ou étourdira et que ce soit rarement; car, qui en fait ordinaire, il convertira la récréation en occupation. Mais en quelle occasion peut-on jouer ou danser? Les justes occasions de la danse et du j en indifférent, sont plus fréquentes ; celles des jeux défendus sont plus rares, comme aussi tels jeux sont plus blâmables et périlleux. Mais, en un mot, dansez et jouez selon les conditions que je vous ai marquées, quand pour condescendre et complaire à l’honnête conversation en laquelle vous serez, la prudence et discrétion vous le conseilleront; car la condescendance, comme surgeon de la charité, rend les choses indifférentes bonnes, et les dangereuses, permises. Elle ôte même la malice à celles qui sont aucunement mauvaises : c’est pourquoi les jeux de hasard qui autrement seraient blâmables ne le sont pas, si quelquefois la juste condescendance nous y porte.
J’ai été consolé d’avoir lu en la vie de saint Charles Borromée, qu’il condescendait avec les suisses, en certaines choses èsquelles d’ailleurs il était fort sévère, et que le bienheureux Ignace de Loyola, étant invité à jouer, l’accepta. Quant à sainte Elisabeth d’Hongrie, elle jouait et dansait parfois, se trouvant ès assemblées de passe-temps, sans intérêt de sa dévotion, laquelle était si bien enracinée dedans son âme que, comme les rochers qui sont autour du lac de Riette croissent, étant battus par des, vagues, ainsi sa dévotion croissait emmi les pompes et vanités, auxquelles sa condition l’exposait; ce sont les grands feux qui s’enflamment au vent, mais les petits s’éteignent si on ne les y porte à couvert.
(Ce dernier point est particulièrement marquant : il condamne fermement certains jeux... mais considère qu'il peut être bon d'y jouer, si cela est nécessaire pour lier amitié et vivre en société dans la compagnie dans laquelle on vit...)
Finalement, comme quoi, déjà à cette époque, tout est dit. :-)