Président du Conseil européen et catholique pratiquant
Publié : ven. 20 nov. 2009, 18:55
Pour une fois qu'une bonne nouvelle vient de Belgique, il faut se réjouir !
«Sa foi le classait à part»
Voilà pour la légende, à la fois polie et un peu grise. Reste le fameux mystère, affiché à la première personne dans l'un des six ouvrages que l'intéressé a consacrés depuis trente ans à l'économie, à la politique et à la religion. Derrière de fines lunettes, un regard pétillant réveille la curiosité. Sourire en coin, un art cultivé de l'autodérision confirme le soupçon. Quel autre politicien serait assez poète pour évoquer sa calvitie dans les trois lignes d'un haïku japonais ? «Cheveux dans le vent, le vent rattrape les années, partis les cheveux…» (en flamand dans le texte).
Tout commence à Louvain et dans sa fameuse université catholique. Son père y enseignait, déjà, l'économie. Le parcours du jeune homme, né en 1947, est classique : humanités gréco-latines, bac de philosophie, puis licence d'économie. Mais à l'heure où les étudiants flamands s'enflamment pour la division linguistique de l'UCL - les Wallons dehors ! - le jeune Herman Van Rompuy choisit d'en découdre sur l'autre front de l'année 1968 : «Son combat, c'était celui d'un catholique pratiquant face à une extrême gauche qu'il exècre, se souvient l'un de ses condisciples. Sa foi le classait à part.»
Plus de quarante après, l'ancrage demeure. Bruxelles murmure que son austère premier ministre fréquente un discret monastère, au moins un jour par mois. Dans la presse belge, ce besoin d'isolement et de recueillement noircit beaucoup moins de papier que ses dernières vacances en Australie. Le modeste père de quatre enfants les a passées en famille, en camping-car «et, comme tout le monde, sans garde du corps».
Naturellement, le jeune diplômé entrera dans la banque et dans les rangs d'un parti social-chrétien dont l'unité ne survivra ni à l'épisode de Louvain ni à la querelle linguistique. À 27 ans, Herman Van Rompuy est conseiller au cabinet de Leo Tindemans. À 30 ans, il s'impose dans l'état-major des chrétiens-démocrates flamands - l'incontournable parti des premiers ministres fédéraux. À 40 ans, il en prend les commandes. Rigide au départ, il fait son apprentissage de la realpolitik, celle des intrigues en coulisses et des complots feutrés. Les apparences le montrent comme un sage, au-dessus de la mêlée politicienne. Les initiés le décrivent comme un cynique lancé à l'assaut du pouvoir et «sans pitié pour l'adversaire» . S'il ne se déclare jamais, c'est moins par modestie que par fierté.
Le microcosme bruxellois voit sa main dans deux exécutions retentissantes dans le camp chrétien-démocrate flamand. La première en 1996, celle de Johan Van Hecke, chef de file jugé trop progressiste. La seconde douze ans plus tard : cette fois, c'est le premier ministre Yves Leterme, son prédécesseur immédiat, qui passe à la trappe en plein scandale du Fortisgate.
Face à ses mentors successifs, Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene, Herman Van Rompuy campe à droite. Le monde agricole et celui des PME sont le cœur d'audience. Il a de bons rapports avec les milieux d'affaires. Ses liens avec l'univers syndical, point de passage obligé du consensus belge, sont plus distants. Vice-premier ministre en charge du Budget de 1993 à 1999, il laisse dans le royaume le souvenir d'un impitoyable père la rigueur. La purge aura permis à son pays d'entrer de plain-pied dans l'euro.
En Belgique, un portrait n'est pas complet sans aborder la question linguistique. Propulsé très tôt à l'étage fédéral, Herman Van Rompuy se nourrit là aussi de compromis, ou d'ambiguïtés. Il a sa résidence sur les terres contestées de la banlieue sud de Bruxelles. Bien que flamand jusqu'au bout des ongles, il n'a jamais pardonné à Yves Leterme de s'être allié avec les nationalistes de la NVA (Nieuw-Vlaamse Alliantie), dynamiteurs du fédéralisme.
De l'autre côté de la frontière linguistique, il jouit d'une popularité inhabituelle. Les Wallons francophones lui savent gré d'avoir calmé le jeu depuis un an. Mais il n'a rien fait non plus pour régler le dossier le plus explosif : celui du district bilingue de Bruxelles-Halle-Vilvorde. Son parti et lui-même en réclament ouvertement la scission, au risque d'isoler des dizaines de milliers de francophones. Si l'Europe l'enrôle, c'est à un autre qu'il reviendra de trancher le dilemme
(un article parmi d'autres aujourd'hui)
«Sa foi le classait à part»
Voilà pour la légende, à la fois polie et un peu grise. Reste le fameux mystère, affiché à la première personne dans l'un des six ouvrages que l'intéressé a consacrés depuis trente ans à l'économie, à la politique et à la religion. Derrière de fines lunettes, un regard pétillant réveille la curiosité. Sourire en coin, un art cultivé de l'autodérision confirme le soupçon. Quel autre politicien serait assez poète pour évoquer sa calvitie dans les trois lignes d'un haïku japonais ? «Cheveux dans le vent, le vent rattrape les années, partis les cheveux…» (en flamand dans le texte).
Tout commence à Louvain et dans sa fameuse université catholique. Son père y enseignait, déjà, l'économie. Le parcours du jeune homme, né en 1947, est classique : humanités gréco-latines, bac de philosophie, puis licence d'économie. Mais à l'heure où les étudiants flamands s'enflamment pour la division linguistique de l'UCL - les Wallons dehors ! - le jeune Herman Van Rompuy choisit d'en découdre sur l'autre front de l'année 1968 : «Son combat, c'était celui d'un catholique pratiquant face à une extrême gauche qu'il exècre, se souvient l'un de ses condisciples. Sa foi le classait à part.»
Plus de quarante après, l'ancrage demeure. Bruxelles murmure que son austère premier ministre fréquente un discret monastère, au moins un jour par mois. Dans la presse belge, ce besoin d'isolement et de recueillement noircit beaucoup moins de papier que ses dernières vacances en Australie. Le modeste père de quatre enfants les a passées en famille, en camping-car «et, comme tout le monde, sans garde du corps».
Naturellement, le jeune diplômé entrera dans la banque et dans les rangs d'un parti social-chrétien dont l'unité ne survivra ni à l'épisode de Louvain ni à la querelle linguistique. À 27 ans, Herman Van Rompuy est conseiller au cabinet de Leo Tindemans. À 30 ans, il s'impose dans l'état-major des chrétiens-démocrates flamands - l'incontournable parti des premiers ministres fédéraux. À 40 ans, il en prend les commandes. Rigide au départ, il fait son apprentissage de la realpolitik, celle des intrigues en coulisses et des complots feutrés. Les apparences le montrent comme un sage, au-dessus de la mêlée politicienne. Les initiés le décrivent comme un cynique lancé à l'assaut du pouvoir et «sans pitié pour l'adversaire» . S'il ne se déclare jamais, c'est moins par modestie que par fierté.
Le microcosme bruxellois voit sa main dans deux exécutions retentissantes dans le camp chrétien-démocrate flamand. La première en 1996, celle de Johan Van Hecke, chef de file jugé trop progressiste. La seconde douze ans plus tard : cette fois, c'est le premier ministre Yves Leterme, son prédécesseur immédiat, qui passe à la trappe en plein scandale du Fortisgate.
Face à ses mentors successifs, Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene, Herman Van Rompuy campe à droite. Le monde agricole et celui des PME sont le cœur d'audience. Il a de bons rapports avec les milieux d'affaires. Ses liens avec l'univers syndical, point de passage obligé du consensus belge, sont plus distants. Vice-premier ministre en charge du Budget de 1993 à 1999, il laisse dans le royaume le souvenir d'un impitoyable père la rigueur. La purge aura permis à son pays d'entrer de plain-pied dans l'euro.
En Belgique, un portrait n'est pas complet sans aborder la question linguistique. Propulsé très tôt à l'étage fédéral, Herman Van Rompuy se nourrit là aussi de compromis, ou d'ambiguïtés. Il a sa résidence sur les terres contestées de la banlieue sud de Bruxelles. Bien que flamand jusqu'au bout des ongles, il n'a jamais pardonné à Yves Leterme de s'être allié avec les nationalistes de la NVA (Nieuw-Vlaamse Alliantie), dynamiteurs du fédéralisme.
De l'autre côté de la frontière linguistique, il jouit d'une popularité inhabituelle. Les Wallons francophones lui savent gré d'avoir calmé le jeu depuis un an. Mais il n'a rien fait non plus pour régler le dossier le plus explosif : celui du district bilingue de Bruxelles-Halle-Vilvorde. Son parti et lui-même en réclament ouvertement la scission, au risque d'isoler des dizaines de milliers de francophones. Si l'Europe l'enrôle, c'est à un autre qu'il reviendra de trancher le dilemme
(un article parmi d'autres aujourd'hui)