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Le concept de Peuple ne mord pas ?

Publié : ven. 11 nov. 2005, 22:03
par Christophe
Au coeur de la problématique sur le Bien commun ou sur la Démocratie et ses modalité, se trouve la question de la compréhension de ce qu'est "le Peuple", évoqué à tous propos sans que l'on sache bien précisément ce à quoi il se réfère.

Qu'en pense le peuple de ce forum ? Qu'est-il entendu par "le Peuple" ? Comment peut-on le "consulter" ?


Merci de vos réponses...
Christophe

Publié : lun. 28 nov. 2005, 23:39
par Christophe
Bonjour

Les démocrates voient dans la consultation éléctorale l'expression suprême de la consultation populaire. Comme si "le Peuple" n'était que la somme de citoyens. Une telle conception me semble mener directement à la tyrannie de la majorité. (Ajouter à cela le refus de délimiter le champ de l'action politique, et vous avez la recette du totalitarisme démocratique...)

"Le Peuple" est effectivement - à mon sens - l'ensemble des citoyens. Mais non pas vue sous l'angle individualiste qui prévaut chez les tenants de la démocratie libérale : le Peuple est l'ensemble des citoyens en tant qu'il forme un tout. Dés lors qu'il ne s'exprime pas de lui-même, difficile de savoir comment le consulter.

Si le souverain doit être à l'écoute du Peuple, il ne doit pas tomber dans la démagogie - qui est le premier écueil de la démocratie. Ainsi, la consultation populaire peut emprunter d'autres voies que la voie éléctorale qui n'est jamais qu'une grande manipulation. (Cessons de croire que l'opinion publique fait le pouvoir, alors qu'au contraire c'est le pouvoir qui forme l'opinion publique...)

Sans oublier les recours à différentes formes de liberté d'expression politique (presse, pétitions, manifestations, referenda locaux), l'organisation de "débats publics" associant la société civile me semble infiniment plus constructive et à même de faire participer utilement le Peuple à l'exercice du pouvoir, que le système éléctoraliste.
Dans le même esprit, l'Ancien Régime possédait l'institution des Etats Généraux et ses cahiers de doléances qui étaient pour les trois corps qui composaient la société une façon d'exprimer très précisément leurs revendications. Une convocation plus précoce des Etats Généraux aurait sans doute sauvé la royauté...
Ajoutons à cela la création d'un bureau chargé d'examiner et de répondre publiquement aux courriers reçus des administrés et nous aurons esquissé ce que pourrait être une véritable consultation populaire sans l'entremise de "partis" et sans l'idéologisation du régime qui découle mécaniquement de leur néfaste influence.

Voilà une piste à explorer pour renouveller la démocratie, sous la figure d'un grand roi de droit divin ! :)


Christophe

Publié : sam. 03 déc. 2005, 13:12
par Eremos
Peut-être que l'idée des cahiers de doléance est dépassée aujourd'hui. Elle était parfaitement adapté au contexte de l'époque, mais celui-ci n'est plus le nôtre. Ces cahiers n'ont par exemple pas la discrétion que peut avoir une élection et on pourrait craindre des pressions de la part des personnes entre les mains desquelles se trouve la rédaction du dit cahier.

Cela dit l'idée de courrier envoyés à l'administration qui les synthétiserait pour les faire remonter plus haut me semble intéressante. On pourrait craindre du coup un alourdissement d'une administration déjà pesante.

L'idée d'une participation directe des citoyens à la vie de leur commune (peut-être région) me paraît la plus efficace.

Mais cela s'appelle-t-il encore strictement de la démocratie ?

Dans le Christ,

Eremos

Publié : sam. 03 déc. 2005, 22:33
par oak
Il y a deux ou trois choses que je comprends pas dans ce débat,

Pourquoi imaginer un système ultra-centralisé par une administration pesante alors qu'il me semble que
St Thomas d'Aquin et l'encyclique Rerum Novarum parlent du principe de subsidiarité ?


Le concept politique qui consiste à faire gérer le maximum de choses au niveau le plus proche des citoyens me
semble très positif et même recommandable.

Entendons nous bien, les dépenses seront les mêmes qu'avec un système centralisé mais les controles seront faits.

Le concept de "peuple" est une donnée difficile à définir, les textes légaux disent "le fondement de la souveraineté réside dans le peuple " ce qui est réel c'est le concept de "citoyen" , membres de la cité, exerçant les droits civiques.


La consititution de la 5ème république précise :

Article 3 de la constitution


La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum.
Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice.
Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.
Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.
La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives.
Au Moyen Age les villes libres rachetaient les droits fiscaux aux seigneurs et organisaient leur propre protection (Villes Hanséatiques), et aujourd'hui dans les anciennes villes Hanséatiques on tire fierté d'être des villes qui ont toujours été administrées par elles-mêmes.

La complexité des états modernes n'empêche pas les "Borough" anglais, les Landers et les Villes Importantes d'Allemagne d'avoir une grande autonomie.

Et cela n'empêche pas la Grande Bretagne d'être une monarchie qui garantit les droits des citoyens depuis la Magna Carta (13eme siècle), l'histoire de l'Allemagne est plus complexe mais le système est stable, comme le système Italien (basés sur des régions) ou Espagnol (Système très décentralisé avec un roi).


Aujourd'hui d'ailleurs toutes les principales régions françaises ont des représentations à Bruxelles, parce que les programmes européens les concernent directement, leur développement économique dépend de la qualité des projets qu'elles sont capables de promouvoir pour obtenir des financements.

(C'est toujours intéressant de récupérer quelques millions d'euros venant de l'Union Européenne, c'est autant de moins qui sera demandé à l'Etat et aux contribuables des ville de la région ..)

Publié : dim. 04 déc. 2005, 2:34
par DeLesdiguieres
Je me permet de faire une simple remarque, si le peuple vote pour ce qu'il veut comment dans ce cas éviter qu'il vote pour une absurdité.
Je m'explique, je parle d'une autorité extérieure à la notion de peuple, qui aurait un droit de veto (comme au moyen age ou le peuple, la seignerie et le clergé étaient représentés).
Le peuple a son libre arbitre aujourd'hui ce qui est très bien, mais lorsqu'il veut l'avortement ou l'euthanasie (ou autres choses), les voies par exemple de l'Eglise ou de la rationnalité (Conseil d'Ethique, ...), comment lui faire entendre raison.

Imaginez qu'un jour le parti communiste passe aux élections présidentielles puisque le peuple le veut (un collectiviste extrémiste facon Marx), aucune voie peut faire barrage !!!

Vox populi vox dei

J'espère que mes idées sont à peu près claires..... après une rude soirée de travail c'est dur ....

démocratie, conséquence, manque de lucidité

Publié : dim. 04 déc. 2005, 3:47
par Renaud
Bonjour,
Oui, c'est bien vu. Je crois avoir compris que le vote dit démocratique peut déboucher sur des absurdités, voire des monstruosités. Car les phénomènes ne sont pas formés par une dualité mais une quaternité.
J'essaie d'être clair.
Les phénomènes sont perçus comme des dualités, jour-nuit, haut-bas, sec-humide, masculin-féminin, chaud-froid, bien-mal, bon-mauvais, vérité-mensonge, etc, etc, à l'infini. Mais, par définition, si les phénomènes sont constitués d'une polarité, chaque pole de la polarité est, lui-même constitué par une polarité également, une polarité intrinsèque.
Ce qui donne à la base une quaternité et non une dualité. La quaternité suffit à aborder les phénomènes. Si l'on voulait polariser davantage, l'on tomberait dans une multiplicité complexe également à l'infini.
Alors ceci donne, au sujet du vote "démocratique", que la majrité peut avoir" raison" contre la "minorité" qui a tort, de même la majorité peut avoir "tort" contre la minorité qui a "raison", etc. La polarité vérité-mensonge polarise tous les "partis" politiques qui sont tous "coupés" par cette polarité vérité-mensonge et le résultat des votes ne donne ainsi jamais rien de "vraiment vrai".
J'ajoute que les meilleures stratégies politiques, s'il en est, sont complètement dénaturées par les échéances électorales qui ramènent chaque fois cette "dualité" tout à fait "infirme" et "unijambiste" par rapport auxquelles tous les acteurs politiques se déterminent sans cesse, ce qui ruine au départ toute vraie tentatives de créé quelque chose.
La pensée chinoise, en particulier le Y-King, est un tremplin tout à fait important de la pensée universelle. La logique chinoise titille énormément les logiciens. Cette logique, à mon sens a le gros avantage d'ouvrir des horizons très fécond sans tomber dans les pièges morifères de Hegel et de Marx qui ont terrassé la civilisation occidentale de l'intérieur et qui semble tomber en morceaux sous nos yeux, pour la plus grande confusion de nos "maîtres à penser" qui nous ont ainsi fourvoyés.
Il est grand temps de s'en détacher et de fuir cette dialectique qui nous éloigne des vraies questions. La pauvreté dans le monde, par exemple, n'est nullement quelque chose de "dialectique". La doctrine sociale de l'Eglise, au moins, s'y attaque en toute clarté, loin des philosophies fumeuses qui nous ont abruti .
Cordialement
Renaud

Démocratie corporative

Publié : dim. 05 mars 2006, 11:16
par Christophe
Bon dimanche de Carême à tous ! :)
Eremos a écrit :Peut-être que l'idée des cahiers de doléance est dépassée aujourd'hui. Elle était parfaitement adapté au contexte de l'époque, mais celui-ci n'est plus le nôtre. Ces cahiers n'ont par exemple pas la discrétion que peut avoir une élection et on pourrait craindre des pressions de la part des personnes entre les mains desquelles se trouve la rédaction du dit cahier.
Les cahiers de doléance me semblent au contraire une excellente façon d'exprimer des "doléances" corporatives, qui n'ont aucun besoin de discrétion puisqu'elles sont supposer représenter des intérêts collectifs. Néanmoins, c'est à chaque groupe qui rédigera ces cahiers de doléances d'organiser librement leur rédaction.
oak a écrit :Il y a deux ou trois choses que je comprends pas dans ce débat,

Pourquoi imaginer un système ultra-centralisé par une administration pesante alors qu'il me semble que
St Thomas d'Aquin et l'encyclique Rerum Novarum parlent du principe de subsidiarité ?
Qui, dans ce débat, a imaginé un tel système ?
DeLesdiguieres a écrit :Je me permet de faire une simple remarque, si le peuple vote pour ce qu'il veut comment dans ce cas éviter qu'il vote pour une absurdité.
Je m'explique, je parle d'une autorité extérieure à la notion de peuple, qui aurait un droit de veto (comme au moyen age ou le peuple, la seignerie et le clergé étaient représentés).
Je crois qu'une royauté chrétienne de droit divin, où le roi arbitre entre les intérêts particuliers et se porte garant du bien commun, est la seule réponse institutionnelle crédible à cette problématique.
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Plus je réfléchis à cette problématique, et plus je suis convaincu qu'une rénovation de la vie démocratique passe par l'abandon de la démocratie libérale parlementaire qui met face à face le citoyen et l'Etat, sans intermédiaire. Dans la démocratie libérale parlementaire, les citoyens ne participent à la vie politique qu'une fois tous les cinq ans. Le reste du temps, c'est une nomenklatura qui gère en son nom et de façon tout-à-fait partisane les affaires du pays.

Pour renouer du lien social, il faut retisser tout le tissu social aujourd'hui complétement désagrégé. Cela ne peut se faire que par l'épanouissement de ce que le Magistère appelle la "personnalité" de la société civile, c'est-à-dire le développement des corps sociaux intermédiaires (familles, entreprises, municipalités, paroisses, associations...). Toute autre solution inspirée par l' "état providence" - qu'elle soit sous forme de prestation pécuniaire ( "dividende universel", etc. ) ou de prestations sociales ( "médiateurs sociaux", etc. ) - me semble purement idéologique et démagogique car, loin de recréer du lien social, elle participe à sa désagrégation en affaiblissant et en marginalisant un peu plus les corps sociaux, qui sont les seuls lieux de la sociabilité humaine. Les corps sociaux intermédiaires sont incontournables car ils sont les véritables forces vives de la société.

Il faut promouvoir le développement des corps sociaux pour revitaliser la société : en leur accordant la liberté d'association, un statut juridique adapté à la nature de chacun, des droits et des devoirs, en leur permettant d'avoir une autonomie financière, en les valorisants socialement par la collaboration avec les pouvoirs publics et une large participation à la chose publique.
La démocratie sociale-chrétienne me semble devoir se distinguer de la démocratie libérale par le rôle accordé à ces corps sociaux : elle doit être une démocratie "organique", "corporative" (dans le sens de corps social, non de corporation uniquement professionnel), "associationniste". Tout citoyen pourra alors réellement participer à la res publica par l'intermédiaire de tous les corps sociaux où il sera impliqué.

Que Dieu vous bénisse.
Christophe