Les gardes du Tombeau de Jésus
Publié : mar. 06 juil. 2010, 11:09
Bonjour,
Dans le livre (catholique) de Piero Ottaviano, intitulé Les Fondements du christianisme, il y a tout un chapitre sur les gardes du sépulcre.
En effet, l'auteur se demande pourquoi Matthieu est le seul évangéliste à les mentionner : certains apocryphes, comme l'Evangile de Pierre, en parlent, mais parce qu'ils s'inspirent justement de l'évangile de Matthieu, voulant réunir les différentes traditions en une seule, afin de gommer les divergences.
Pourquoi Matthieu est-il le seul à les mentionner ?
Voici le raisonnement qu'il fait :
Matthieu est convaincu que la résurrection de Jésus a eu lieu : les apparitions de Jésus ressuscité qu'il raconte le prouve.
Cependant, il sait que dans les milieux juifs de son époque, on tente de démolir cette croyance, notamment en accusant les disciples d'avoir volé le cadavre de Jésus puis d'avoir prêché sa résurrection.
La rumeur de l'enlèvement du cadavre a dû commencer à circuler seulement après la rédaction des évangiles de Marc et de Luc ainsi que des Actes, càd après la destruction de Jérusalem (70 ap. J-C) lorsque
les témoins oculaires avaient tous disparus et que n'importe quelle rumeur pouvait désormais être colportée de manière incontrôlable.
Il suffit de regarder le tableau suivant : • Tous ceux qui écrivent après la première destruction de Jérusalem (70 ap. J-C) parlent d'un enlèvement/de vol et certains également de la présence de gardes aux abords du tombeau. En revanche, tous ceux qui écrivent auparavant (et dont les écrits nous sont parvenus) ne mentionnent aucun des deux éléments.
Simple oubli des lecteurs ? Sûrement pas ! Si ce fait (le vol du cadavre) s'avérait, il détruirait le christianisme. Or tout chrétien au courant de cette rumeur aurait tenté de la bloquer. C'est pourquoi il est plus facilement imaginable que celle-ci n'avait pas encore circulé.
• NB : le livre des Actes relate les procès intentés aux premiers chrétiens sans faire allusion à l'accusation du vol du cadavre, qui, selon la loi romaine, était suffisant pour les faire exécuter, si les faits étaient prouvés. Le Talmud ne mentionne même pas le procès subis par les chrétiens.
• Si, depuis le début, une semblable accusation avait été adressée aux chrétiens, on ne voit pas pourquoi les grands prêtres ne s'en seraient pas servis dans le procès contre les Apôtres, en se contentant d'accusations beaucoup plus vagues comme : "Ils tiennent des propos blasphématoires contre le Temple ou la loi de Moïse" qui n'étaient certes pas suffisants pour condamner à mort les chrétiens (cf Ac 6, 11-14 ; 18, 13-15 ; 22, 22-30 ; 23, 29-30 ; 24, 6 ; 25, 7-8.15-18.26-27).
Puisque l'accusation d'enlèvement du cadavre allait détruire, à la racine, le christianisme, qui se fonde sur la résurrection de Jésus, l'auteur de l'évangile doit la bloquer. Comment ?
Essayons de reconstruire son raisonnement :
"Vous, les Juifs, vous nous accusez, les chrétiens, d'avoir volé le cadavre. Mais en vertu de quelles preuves ?"
Un Juif a dû essayer d'apporter une preuve : "Il y avait des gardes au tombeau."
Alors l'évangéliste recueille cette information et se comporte comme tout bon avocat : il accepte le témoignage de ses adversaires, mais il leur fait voir que si ce dernier prouve quelque chose, c'est la résurrection de Jésus et non le vol du cadavre. Comment ?
1) Il commence à insinuer le doute que les gardes ne s'y trouvaient pas, en faisant remarquer :
• qu'il n'apparaît pas clairement que les gardes étaient romains ou juifs :
-si, en effet, les gardes étaient romains, on ne comprend pas pourquoi ils seraient allés faire un rapport sur l'événement aux grands prêtres (depuis que le monde est monde, les militaires ne répondent qu'à l'autorité dont ils dépendent).
-si, en revanche, ils étaient juifs, on ne comprend pas pour quel motif les grands prêtres auraient dû assumer la responsabilité de les protéger des "colères" de Pilate. En quoi le fait que les gardes avaient été inefficaces pouvait-il lui importer ?
• qu'il n'apparaît pas clairement à quel moment les gardes ont été postés :
-pas le vendredi soir, parce que les femmes (chrétiennes) qui étaient présentes au tombeau ne le virent pas. En effet, le dimanche matin, les mêmes femmes qui s'y rendent se demandent qui va pouvoir déplacer la pierre, mais elles ne se préoccupent pas le moins du monde du fait que l'accès au tombeau leur est interdit par les gardes.
-pas le dimanche matin, parce que les femmes qui arrivent au sépulcre ne trouvent aucun élément qui fassent penser à sa surveillance par des gardes.
-ils furent donc placés le samedi ! Mais cela s'oppose nettement aux lois juives. Le sabbat est sacré et il est consacré au repos absolu. Matthieu, en revanche, envoie les grands prêtres le samedi (!), peut-être de Pâques (!!), chez un païen (Pilate !), et les fait sortir de la ville (!) et sceller la pierre (!).
2) Il prend ensuite en considération l'hypothèse selon laquelle les gardes se trouvaient au tombeau et montre que le fait n'est pas crédible
•Les gardes avaient pour tâche de protéger le tombeau. Si, par conséquent, quelqu'un était venu de nuit dérober le cadavre de Jésus, ils auraient dû s'opposer. Il aurait dû en résulter un corps-à-corps entre les chrétiens et les gardes, au cours duquel les chrétiens auraient eu le dessus, parce que le cadavre a disparu. Mais la chose se serait sue à Jérusalem et les chrétiens auraient été jugés pour violation de tombe. Nous n'avons aucune trace de ce procès. Avec quel courage les chrétiens auraient dû prêcher à Jérusalem avec des gardes blessés ou morts ! Ils auraient été démentis trop facilement !
• Cependant, si les gardes se trouvaient là mais que le corps a disparu, deux solutions restent :
-ou bien les gardes ne s'aperçurent de rien (ils dormaient). Dans ce cas, leur témoignage ne prouve rien : comme saint Augustin l'affirmait : "s'ils dormaient, que virent-ils ? Et s'ils ne virent pas, de quoi témoignèrent-ils ?"
-ou bien Jésus est ressuscité.
Par conséquent, pour Matthieu, les gardes auraient été les seuls témoins véritables de la résurrection !
Les incohérences remarquées poussent à dire que les gardes n'étaient pas présent au tombeau. Certains Juifs, adversaires des chrétiens après la destruction de Jérusalem, lorsque toute rumeur pouvait ne plus être démentie, peuvent les avoir inventés pour fournir une preuve contre la résurrection de Jésus. Matthieu répond en montrant que cette histoire des gardes ne tient pas debout. Il peut s'agir d'une amplification d'un fait réel : des gardes stationnaient aux portes de la ville, et, comme le tombeau de Jésus n'était pas très loin d'une porte (voir une carte de Jérusalem), il se peut que quelqu'un ait désigné comme témoins du vol du cadavre de Jésus les gardes qui se trouvaient à la porte. La rumeur, en se diffusant, aurait fini par "transporter" les gardes de la porte au tombeau.
Qu'en pensez-vous ? Pour vous, y avait-il des gardes devant le tombeau de Jésus ?
Pour moi, non. je trouve cette thèse convaincante.
Merci d'avance (et merci d'avoir lu ce post jusqu'au bout),
Enyo32
Dans le livre (catholique) de Piero Ottaviano, intitulé Les Fondements du christianisme, il y a tout un chapitre sur les gardes du sépulcre.
En effet, l'auteur se demande pourquoi Matthieu est le seul évangéliste à les mentionner : certains apocryphes, comme l'Evangile de Pierre, en parlent, mais parce qu'ils s'inspirent justement de l'évangile de Matthieu, voulant réunir les différentes traditions en une seule, afin de gommer les divergences.
Pourquoi Matthieu est-il le seul à les mentionner ?
Voici le raisonnement qu'il fait :
les témoins oculaires avaient tous disparus et que n'importe quelle rumeur pouvait désormais être colportée de manière incontrôlable.
Il suffit de regarder le tableau suivant : • Tous ceux qui écrivent après la première destruction de Jérusalem (70 ap. J-C) parlent d'un enlèvement/de vol et certains également de la présence de gardes aux abords du tombeau. En revanche, tous ceux qui écrivent auparavant (et dont les écrits nous sont parvenus) ne mentionnent aucun des deux éléments.
Simple oubli des lecteurs ? Sûrement pas ! Si ce fait (le vol du cadavre) s'avérait, il détruirait le christianisme. Or tout chrétien au courant de cette rumeur aurait tenté de la bloquer. C'est pourquoi il est plus facilement imaginable que celle-ci n'avait pas encore circulé.
• NB : le livre des Actes relate les procès intentés aux premiers chrétiens sans faire allusion à l'accusation du vol du cadavre, qui, selon la loi romaine, était suffisant pour les faire exécuter, si les faits étaient prouvés. Le Talmud ne mentionne même pas le procès subis par les chrétiens.
• Si, depuis le début, une semblable accusation avait été adressée aux chrétiens, on ne voit pas pourquoi les grands prêtres ne s'en seraient pas servis dans le procès contre les Apôtres, en se contentant d'accusations beaucoup plus vagues comme : "Ils tiennent des propos blasphématoires contre le Temple ou la loi de Moïse" qui n'étaient certes pas suffisants pour condamner à mort les chrétiens (cf Ac 6, 11-14 ; 18, 13-15 ; 22, 22-30 ; 23, 29-30 ; 24, 6 ; 25, 7-8.15-18.26-27).
Essayons de reconstruire son raisonnement :
"Vous, les Juifs, vous nous accusez, les chrétiens, d'avoir volé le cadavre. Mais en vertu de quelles preuves ?"
Un Juif a dû essayer d'apporter une preuve : "Il y avait des gardes au tombeau."
Alors l'évangéliste recueille cette information et se comporte comme tout bon avocat : il accepte le témoignage de ses adversaires, mais il leur fait voir que si ce dernier prouve quelque chose, c'est la résurrection de Jésus et non le vol du cadavre. Comment ?
1) Il commence à insinuer le doute que les gardes ne s'y trouvaient pas, en faisant remarquer :
• qu'il n'apparaît pas clairement que les gardes étaient romains ou juifs :
-si, en effet, les gardes étaient romains, on ne comprend pas pourquoi ils seraient allés faire un rapport sur l'événement aux grands prêtres (depuis que le monde est monde, les militaires ne répondent qu'à l'autorité dont ils dépendent).
-si, en revanche, ils étaient juifs, on ne comprend pas pour quel motif les grands prêtres auraient dû assumer la responsabilité de les protéger des "colères" de Pilate. En quoi le fait que les gardes avaient été inefficaces pouvait-il lui importer ?
• qu'il n'apparaît pas clairement à quel moment les gardes ont été postés :
-pas le vendredi soir, parce que les femmes (chrétiennes) qui étaient présentes au tombeau ne le virent pas. En effet, le dimanche matin, les mêmes femmes qui s'y rendent se demandent qui va pouvoir déplacer la pierre, mais elles ne se préoccupent pas le moins du monde du fait que l'accès au tombeau leur est interdit par les gardes.
-pas le dimanche matin, parce que les femmes qui arrivent au sépulcre ne trouvent aucun élément qui fassent penser à sa surveillance par des gardes.
-ils furent donc placés le samedi ! Mais cela s'oppose nettement aux lois juives. Le sabbat est sacré et il est consacré au repos absolu. Matthieu, en revanche, envoie les grands prêtres le samedi (!), peut-être de Pâques (!!), chez un païen (Pilate !), et les fait sortir de la ville (!) et sceller la pierre (!).
2) Il prend ensuite en considération l'hypothèse selon laquelle les gardes se trouvaient au tombeau et montre que le fait n'est pas crédible
•Les gardes avaient pour tâche de protéger le tombeau. Si, par conséquent, quelqu'un était venu de nuit dérober le cadavre de Jésus, ils auraient dû s'opposer. Il aurait dû en résulter un corps-à-corps entre les chrétiens et les gardes, au cours duquel les chrétiens auraient eu le dessus, parce que le cadavre a disparu. Mais la chose se serait sue à Jérusalem et les chrétiens auraient été jugés pour violation de tombe. Nous n'avons aucune trace de ce procès. Avec quel courage les chrétiens auraient dû prêcher à Jérusalem avec des gardes blessés ou morts ! Ils auraient été démentis trop facilement !
• Cependant, si les gardes se trouvaient là mais que le corps a disparu, deux solutions restent :
-ou bien les gardes ne s'aperçurent de rien (ils dormaient). Dans ce cas, leur témoignage ne prouve rien : comme saint Augustin l'affirmait : "s'ils dormaient, que virent-ils ? Et s'ils ne virent pas, de quoi témoignèrent-ils ?"
-ou bien Jésus est ressuscité.
Par conséquent, pour Matthieu, les gardes auraient été les seuls témoins véritables de la résurrection !
Qu'en pensez-vous ? Pour vous, y avait-il des gardes devant le tombeau de Jésus ?
Pour moi, non. je trouve cette thèse convaincante.
Merci d'avance (et merci d'avoir lu ce post jusqu'au bout),
Enyo32