L'affaire Mortara
Publié : sam. 19 mars 2011, 16:40
J'ai déjà eu l'occasion de discuter de l'affaire Mortara avec M. Dumouch, entre autres, qui demandait, sur le forum Docteur Angélique:
"Une histoire vraie et célèbre à l'époque :
En 1858, un nourrisson Juif, Edgardo Mortara, est mourant. Sa nourrice italienne catholique décide de la baptiser secrètement pour le cas où il meure, il aille directement au paradis. Or l'enfant guérit.
La nourrice garde secret ce baptême durant 3 ans. Quelques années plus tard, elle quitte le service de la famille juive et parle de ce baptême secret (que les parents Juifs d'Edgardo ignorent) à une amie qui en parle à l'inquisiteur de Bologne (alors ville des Etats pontificaux).
Ce baptême arrive à la connaissance du pape Pie IX qui décide que l'enfant est catholique. Il envoie la Police du Vatican qui fait placer Edgardo dans une institution catholique fermée, coupé de sa famille. Le père d'Egardo supplie qu'on lui rende son fils qui ne lui sera jamais rendu. Pie IX reste intraitable.
En 1961, Bologne est prise et sort des Etats pontificaux. L'inquisiteur de Bologne est arrêté mais refuse de donner le dossier et l'adresse d'Edgardo Moratara. Malgré les pressions politiques internationales, Pie IX reste intransigeant et ne rendra jamais l'enfant à ses parents.
En 1870, à la fin des Etats pontificaux, le père juif pourra enfin revoir son fils Edgardo devenu jeune adulte. Il refusera de suivre son père. Devenu adulte, il demandera à entrer au séminaire et deviendra prêtre sous le nom de Pio Maria. Il passera ses dernières années comme moine dans une abbaye de Belgique.
deux questions : Selon vous, la servante a-t-elle bien fait de baptiser secrètement l'enfant lorsqu'il était mourant ?
Pie IX s'est-il rendu coupable en faisant enlever cet enfant à sa famille lorsqu'il a appris qu'il avait été baptisé en secret ?"
Avant que d'embrayer tout de suite la vitesse supérieure et de déclarer que Pie IX a manqué de charité dans cette histoire, il faut d'abord voir ce qu'en dit l'Eglise.
Il est interdit de baptiser un enfant contre la volonté de ses parents, car le baptème oblige à pourvoir à l'éducation catholique de l'enfant baptisé. C'est une loi divine de l'Eglise. SAUF en cas de danger de mort:
Maintenant, le Magistère:
1. La nourrice a bien fait de baptiser cet enfant. Elle a respecté la condition qui permet de le faire contre la volonté des parents, à savoir le danger de mort.
2. Pie IX ne s'est rendu coupable de rien du tout: il a fait ce qu'il fallait, à savoir pourvoir à l'éducation catholique de cet enfant catholique.
"Une histoire vraie et célèbre à l'époque :
En 1858, un nourrisson Juif, Edgardo Mortara, est mourant. Sa nourrice italienne catholique décide de la baptiser secrètement pour le cas où il meure, il aille directement au paradis. Or l'enfant guérit.
La nourrice garde secret ce baptême durant 3 ans. Quelques années plus tard, elle quitte le service de la famille juive et parle de ce baptême secret (que les parents Juifs d'Edgardo ignorent) à une amie qui en parle à l'inquisiteur de Bologne (alors ville des Etats pontificaux).
Ce baptême arrive à la connaissance du pape Pie IX qui décide que l'enfant est catholique. Il envoie la Police du Vatican qui fait placer Edgardo dans une institution catholique fermée, coupé de sa famille. Le père d'Egardo supplie qu'on lui rende son fils qui ne lui sera jamais rendu. Pie IX reste intraitable.
En 1961, Bologne est prise et sort des Etats pontificaux. L'inquisiteur de Bologne est arrêté mais refuse de donner le dossier et l'adresse d'Edgardo Moratara. Malgré les pressions politiques internationales, Pie IX reste intransigeant et ne rendra jamais l'enfant à ses parents.
En 1870, à la fin des Etats pontificaux, le père juif pourra enfin revoir son fils Edgardo devenu jeune adulte. Il refusera de suivre son père. Devenu adulte, il demandera à entrer au séminaire et deviendra prêtre sous le nom de Pio Maria. Il passera ses dernières années comme moine dans une abbaye de Belgique.
deux questions : Selon vous, la servante a-t-elle bien fait de baptiser secrètement l'enfant lorsqu'il était mourant ?
Pie IX s'est-il rendu coupable en faisant enlever cet enfant à sa famille lorsqu'il a appris qu'il avait été baptisé en secret ?"
Avant que d'embrayer tout de suite la vitesse supérieure et de déclarer que Pie IX a manqué de charité dans cette histoire, il faut d'abord voir ce qu'en dit l'Eglise.
Il est interdit de baptiser un enfant contre la volonté de ses parents, car le baptème oblige à pourvoir à l'éducation catholique de l'enfant baptisé. C'est une loi divine de l'Eglise. SAUF en cas de danger de mort:
Voilà en ce qui concerne le Droit Canon.Traité de Droit Canonique, Chanoine Raoul, Naz Tome II, liv III. page 31 a écrit :26. — 2° Parents non baptisés. — Au Moyen Age, on discuta la question de savoir si les enfants d'infidèles pouvaient être baptisés contre le gré de leurs parents. Plus tard le S. Office et la S. Congr. de la Propagande promulguèrent de nombreuses instructions ou réponses particulières sur la question. Benoît XIV s'occupa spécialement du baptême de tels enfants de Juifs dans ses Constitutions des 28 février 1747 (3) et 15 décembre 1751 (4). Le Code se borne à reproduire les principes tout à fait généraux qui sont à la base de ces divers documents; il trace des règles de licéité plutôt que d'obligation stricte de baptiser.
Can. 750, § 1. L'enfant des infidèles est baptisé licitement, même contre le gré des parents, lorsque son état de santé est tel qu'on peut prévoir raisonnablement qu'il mourra avant d'atteindre l'âge de raison.
Cette notion de péril de mort s'est élargie au cours des siècles (5); le can. 750, § 1 s'inspire directement de la réponse particulière du S. Office du 18 juillet 1894 (6). Il s'agit non seulement du danger de mort proprement dit, mais aussi d'un état de santé tellement défaillant qu'au dire d'un médecin sérieux ou, à son défaut, d'une autre personne expérimentée, l'enfant n'atteindra pas sept ans. Dans tous ces cas, il faut veiller d'abord au salut éternel de l'enfant et ne pas risquer qu'il meure avant de pouvoir prendre lui-même une décision concernant sa religion. Toutefois il faudrait s'abstenir de baptiser, s'il pouvait en résulter des sévices pour l'enfant, pour le ministre, pour la religion, par ex. dans les cas où le baptême irait à rencontre de lois ou règlements civils. Le danger doit provenir d'un état personnel du sujet et non d'un risque général d'épidémie, ainsi que l'avait déjà précisé l'instruction de la S. Congr. de la Propagande du 17 avril 1777 (7). Après avoir été baptisé, l'enfant qui survit devrait en théorie recevoir une éducation catholique. C'est ainsi que Pie IX, en 1857, fit enlever à Bologne l'enfant Edgard Mortara, né de parents juifs, pour le confier à une institution catholique. L'affaire fit couler beaucoup d'encre (8 ).
(3) Fontes, n. 377; Denz., n. 1480-1490.
(4) Fontes, n. 418.
(5) La réponse particulière du S. Office du 28 janvier 1637 parlait de l'article de la mort; celle du 24 août 1703 d'un péril imminent de mort (Fontes, n. 724 et 767).
(6) Fontes, n. 1170.
(7) Fontes, n. 4575.
(8 ) Cf. .1. Souben, art. Mortara (Affaire), dans Dictionnaire apologétique, de la Foi catholique, t. III, col. 940 sq.
Maintenant, le Magistère:
Conclusion:Pie XI , Divini illius Magistri (31 Décembre 1929) a écrit :Et, en effet, bien que l'Église consciente, comme elle l'est, de sa mission divine universelle et de l'obligation qu'ont tous les hommes de pratiquer l'unique vraie religion ne se lasse pas de revendiquer pour elle le droit et de rappeler aux parents leur devoir de faire baptiser et d'élever chrétiennement les enfants de parents catholiques, elle reste, cependant, si jalouse de l'inviolabilité du droit naturel de la famille en matière d'éducation, qu'elle ne consent pas, sinon sous des conditions et garanties déterminées, à baptiser les enfants infidèles ou à disposer de leur éducation de quelque manière que ce soit contre la volonté de leurs parents, aussi longtemps que les enfants ne peuvent se déterminer d'eux-mêmes à embrasser librement la foi
1. La nourrice a bien fait de baptiser cet enfant. Elle a respecté la condition qui permet de le faire contre la volonté des parents, à savoir le danger de mort.
2. Pie IX ne s'est rendu coupable de rien du tout: il a fait ce qu'il fallait, à savoir pourvoir à l'éducation catholique de cet enfant catholique.