Raistlin a écrit :
Dans l'article que j'ai lu, la question demeurait plus ouverte et les philosophes se contentaient de raisonner en termes probabilistes : les philosophes athées tentaient de montrer que l'existence du Mal rendait l'inexistence de Dieu plus probable que son existence. Le problème de Platinga est, je crois, qu'il trouve une justification rationnelle au mal moral. Ok, mais que dire du mal physique ? Que dire de celui qui est innocent et qui souffre horriblement d'une maladie incurable ? Ou de la mère de famille qui voit son enfant mourir sous ses yeux ? Ou des catastrophes naturelles ? Beaucoup se révoltent devant la souffrance d’enfants innocents… ont-ils tort ? A moins d’être une machine sans sensibilité, je ne pense pas que leur indignation soit injustifiée.
Personne ne dit que cette indignation/détresse/colère est injustifiée ou déplacée. Richard Swinburne, philosophe orthodoxe (Oxford), l'écrit mieux que moi lorsqu'il examine le problème du mal : "Certes, en aucun cas, je ne recommanderais à un pasteur de donner à lire ce chapitre aux victimes d'une détresse imprévue, pour les consoler dans les moments les plus durs. Non pas parce que ces arguments seraient faux, mais parce que la plupart des gens, plongés dans la détresse, ont besoin de compassion, pas de discussion."
Je pense que c'est vrai parce que lorsque on vient de perdre un proche, s'entendre dire : "la mort n'est pas un mal en soi, c'est seulement la fin d'un bien qui est la vie" n'est pas d'une grande finesse psychologique même si je pense que c'est tout à fait valable philosophiquement.
Bien entendu, il existe une réponse chrétienne tout à fait valide à cela mais elle fait appel à des notions théologiques et c’est pourquoi je dis que la raison humaine seule semble buter sur la question.
Je ne pense pas. Je pense que la raison seule permet de découvrir pourquoi il existe de la souffrance et du mal sur terre, et que cet usage de la raison valide la révélation chrétienne.
Swinburne pense que ce qu'il appelle "le mal naturel" (souffrance physique et psychologique) doit être considéré sur un plan différent du "mal moral" pour deux grandes raisons : le fonctionnement des lois naturelles procure aux êtres humains des connaissances, c'est-à-dire une liberté supplémentaire, et le mal naturel accroît le domaine des décisions significatives (accepter la souffrance ou se lamenter sur son sort, donner la possibilité à un ami de montrer de la compassion, etc.)
Mais de toute façon, je pense que l’argument du Mal utilisé par les athées se retourne en fait contre eux. Car à cette question, à ce problème auquel est confrontée l’Humanité, ils pensent obtenir la preuve que le théisme ne donne pas de réponse satisfaisante et qu’au contraire, il crée une contradiction (un Dieu bon et omnipotent permettant le Mal). Cependant, quelle est alors la réponse qu’offre l’athéisme ? Est-elle plus satisfaisante ? Hé bien, je crois que non. En effet, l’athée vous expliquera qu’il n’y a aucune raison à chercher en dehors des causes naturelles. Mais alors, comment se fait-il que le Mal nous choque autant s’il est parfaitement naturel ? Voit-on des animaux se révolter contre leur condition ? Il me semble parfaitement irrationnel de prétendre qu’une conscience issue des causes naturelles (la conscience humaine) en vienne à s’insurger contre l’ordre dont elle est issue. Si le Mal est naturel (comme le prétendent les athées), alors il n’y a pas à se révolter autant face à lui comme vous ne vous révoltez pas contre le Soleil ou le fait que le ciel soit bleu. Sauf que PERSONNE n’agit ainsi. Personne n’est indifférent au Mal et c’est là que se situe la meilleure preuve que l’explication athée est insuffisante : l’expérience humaine montre que le Mal pose problème et qu’on ne peut trouver d’explication satisfaisante dans l’ordre naturel. Bref, l’athéisme se sert du problème du Mal pour, selon lui, réfuter le théisme. Sauf qu’il ne répond pas à la question…
Tout à fait d'accord. Il me semble que c'est même plus grave que de ne pas répondre à la question et de ne fournir aucun argument permettant d'aller à l'encontre de cette intuition que nous avons tous, à savoir que le mal ultime (par exemple tuer sans y être obligé) existe.
La condamnation du mal de la part d'un athée est logiquement invalide. Pour condamner le "mal", il suppose obligatoirement son existence. Or dans la vision athéiste, ce qu'un être humain considère comme mal est uniquement le fruit de l'évolution de la société et de l'état d'avancement de son cerveau dans une lutte pour la reproduction. Si une personne fait le "mal", en ce qui la concerne elle ne fait pas le "mal" mais elle tente seulement de créer des sensations positives dans son cerveau en s'adaptant à sa perception des conditions extérieures. Dès lors le "mal" n'est pas universel (toujours, partout, pour tous les êtres humains, dans le passé, le présent et le futur). Il est uniquement un code de la société, qui n'est donc pas ultime, susceptible d'évolution. Et celui qui fait le mal ne fait pas un mal ultime, il agit seulement de façon démodée ou contraire au comportement que met en avant la société. Il agit en vue d'accroître son bonheur. Dès lors, il n'y a aucune raison pour un athée de condamner un quelconque mal, puisque la notion de mal est relative, elle est la conséquence d'un comportement individuel qu'on ne peut juger qu'à l'aune de critères locaux, de nature passagère et non admis par tous.