Cher Jean_Droit,
Je ne sais pas combien il y a de jeunes parents sur ce forum, ou de parents moins jeunes dont les enfants sont un peu plus grands... Ceci est un témoignage.
Mes enfants ont été baptisés. Mais, en dehors de leur vie intra-utérine et de leurs premiers mois (jusqu'à ce qu'ils ne dorment plus contre moi à la Messe), ils ne m'accompagnent jamais à la Messe. Ils ne m'accompagnent jamais car ils ne souhaitent pas venir et que leur père n'est pas pratiquant (il est croyant, car il croit en un Dieu unique mais pour lui, la Trinité, le Fils de Dieu, la Résurrection, ce sont des concepts bien lointain). Je ne saurai vivre sans l'Eucharistie, et c'est déjà difficile pour moi de ne pouvoir y participer qu'une fois par semaine.
Que signifie évangéliser ses propres enfants aujourd'hui, quand de nombreux couples n'ont pas reçu la même éducation, certains sont issus de familles athées mais ont été convertis sur le tard, d'autres sont en marche mais n'ont pas fait LA rencontre avec le Seigneur...
J'avoue ne pas les initier à l'Eglise ni au magistère. Par contre, mes enfants sont initiés à la prière. Jamais par force ("Tout par amour, rien par force" disait Saint François de Sales). Bébés, ils me voyaient prendre mes temps d'oraison : ils venaient près de moi, me regardaient, me faisaient des calins, repartaient à leur guise. Je leur disais juste : "Chut, Maman écoute Jésus, après, on pourra jouer et sortir". Nosu passions régulièrement à l'Eglise allumer une bougie et rester en silence un moment (nous y passons toujours souvent le matin avant d'aller à l'école : mon fils aîné Cyprien aime confier sa journée). La prière du soir n'a jamais été imposée mais elle a été réclamée par mon aîné qui a donné l'habitude aux autres. Donc, le soir, mes trois fils sont dans leur lit, on est dans le noir, et nous faisons le signe de croix. Ensuite, nous chantons l'hymne "Avant la fin de la lumière" ; puis, nous nous demandons pardon pour les paroles blessantes, les colères diverses, les manques d'amour. Nous parlons aussi de nos petits soucis de la journée et nous les confions à Jésus, à Marie et aux Anges gardiens. On dit doucement un Notre Père et un Réjouis-toi (que l'on chante) et nous terminons par une prière aux anges gardiens et à nos saints Patrons. Lorsque je suis absente, mon mari prend la relève et malgré le fait qu'il ne soit pas forcément à l'aise, prend ce petit temps de prière du soir avec les enfants.
Dans la pratique, en tant que parents, nous essayons de ne jamais dire du mal de qui que ce soit, ni devant les enfants, ni entre nous. Nous posons sur les autres un regard toujours plein d'espérance, ce qui donne aussi ce regard chez nos enfants. Mais, ils sont souvent la risée des autres à cause de leur grande candeur (ce qui ne signifie pas qu'ils soient mieux élevés que la moyenne : mes fils sont assez insupportables, je trouve, et surtout très remuants, mais ce sont des doux). Nous aidons toujours quand on le peut, ceux qui sont seuls, ou ceux qui ont besoin de quelque chose. Nous sommes stricts sur les choses essentielles. Et surtout, nous savons dire aux enfants que nous nous sommes trompés ou que nous avons eu tort. Quand nos fils nous disent "Et nous, on sera mariés quand on sera grands ?". On leur répond qu'ils peuvent aussi être célibataires, ou prêtres, ou moines, mais que la voie qu'ils choisiront sera forcément ce qui leur conviendra le mieux et qui les rendra pleinement heureux. Les prêtres viennent souvent à la maison donc ils voient à quoi ça peut ressembler

. Mon fils aîné a commencé le catéchisme cette année, et j'ai accepté cette semaine d'assurer l'éveil à la foi, dans un canton où aucune personne de mon âge ne va à la messe (même pas à Noël ou à Pâques) et où il a fallu que je "ratisse" à la sortie de l'école (je déteste faire ça...).
L'évangélisation famliliale n'est pas une mince affaire dans notre société. En même temps : temps de crise = temps d'opportunité

. A nous d'être inventifs et témoins de cette joie d'être chrétien. Mon fils m'a dit la plus belle chose qu'il pouvait me dire hier : "Tu sais Maman, je crois que si tu n'avais pas Jésus, tu ne serais pas une bonne maman". Oui, parce que si je n'avais pas Jésus, et mon fils l'a très bien perçu, je serai dans l'incapacité d'être mère tant les enfants m'insupportent de manière générale. Je les trouve bruyants, casse-pieds, énergivores, contraignants... Comment être un bon témoin familial si je peux passer des heures à l'Eglise mais suis incapable de répandre la joie dans mon foyer ? Comment parler de Résurrection et de Don de Dieu, si je ne m'améliore pas humainement ? Bref ça quoi bon les discours si aucun de mes enfants n'a envie de me ressembler. En tant que salésienne, j'ai à coeur l'idée de Saint François de Sales selon laquelle, le vrai dévot sait rendre aimable la dévotion à son entourage. Car Dieu étant infiniment bon et infiniment aimable, la dévotion vraie ne peut que bonifier et attirer.
Ne jamais faire obstacle à Jésus en ayant des idées préconçues sur ce qu'Il désire...
Quoi qu'il en soit. On peut semer mais la foi est un don de Dieu. La Rencontre avec nos enfants ne nous appartient pas mais lui appartient à Lui. LA foi "culturelle", apprise mais non vécue n'est pas la foi, elle n'est que "pratique religieuse".
Fraternellement.
Cécile