Merci VexillumRegis.
Merci, car voilà un texte fort intéressant, qui nous sort du ronron de la pensée unique social-démocrate. Et une nouvelle illustration de la convergence entre les extrêmes, l’ultra-gauche et la tradition, dans une même exécration de la société libérale. Du Cabinet des Antiques de Balzac, haïssant les boutiquiers autant que les haïssaient les gueules noires, de Maurras à la IIème Internationale, et aujourd’hui, des ‘pastèques’ vert-rouge à Falk Van Gaver, on retrouve la même langue de bois, ou plutôt, langue de buis.
"Le principal agent du mépris de la Création et de l'exploitation égoïste des ressources naturelles est une société déchristianisée, ayant perdu le respect des oeuvres de Dieu et l'espérance d'un salut cosmique englobant toutes les créatures."
Les communistes aussi vivaient dans cette espérance d’un ‘salut cosmique’. La touche verte ‘englobant toutes les créatures’ est une concession à l’esprit du temps. Je viens de faire un commentaire dans ma paroisse du très curieux évangile du ‘gérant malhonnête' (Lc, 16), qui ne m’a pas valu que des enthousiasmes, mais qui je crois réfute cette affirmation de Falk Van Gaver.
"Une société contraceptive et abortive est, fondamentalement et radicalement, antiécologique."
Bien vu !
"Le monde moderne est né de ce divorce lorsque la nature a cessé, pour les hommes, d'avoir une âme. Elle est alors devenue philosophiquement nulle, morte, vide."
C’est le Créateur lui-même qui a projeté hors de Lui Sa Création. Il l’a réifiée. Il ne s’est jamais confondu avec elle (seuls le croient les panthéistes). Il l’habite parfois, mais alors dans des demeures construites par les hommes, c’est-à-dire, justement pas dans des ‘bosquets sacrés’.
« [La Nature] n'a plus eu d'autre valeur qu'utilitaire. L'humanité l'a réifiée totalement, la transformant en une accumulation d'objets manipulables à l'infini. Le silence des espaces infinis a remplacé 'les cieux chantant la gloire de Dieu'."
Mais personne ne s’émerveille plus des cieux que nos présentateurs télévisés, qui nous montrent à l’envi les superbes images de Hubble et nous font écouter les musiques étranges des espaces interstellaires. Les rayons débordent de National Geographic et autres revues nous découvrant les plus beaux paysages, terrestres, marins, sous-marins, de la planète qu’aucun ancêtre ne pouvait même soupçonner. Nous admirons dans nos campagnes une nature totalement utilitaire, et ce depuis le néolithique — heureusement d’ailleurs, sinon nous mourions de faim. Le bouseux, comme le moine, ne voyaient dans la forêt que de l’espace à défricher, et dans l’espace défriché, que du possible labour. La découverte de la ‘nature’, comme belle en elle-même, date du 18ème siècle, c’est-à-dire, précisément, de la révolution agricole et industrielle.
"Certains peuples chasseurs demandent pardon aux animaux qu'ils tuent de devoir prélever sur eux leur part de nourriture. Voilà une leçon de civilisation pour nous qui, loin de nous excuser, dépossédons les autres créatures de leur existence et jusqu'à notre propre descendance."
Et voilà une leçon que nous pratiquons plusieurs fois par jour. Nous savons que rien n’est gratuit. Tout prélèvement sur la nature et sur l’effort des hommes a un coût, et nous l’exprimons dans le paiement que nous effectuons pour chaque consommation.
"Le monde n'est pas en notre possession, il s'agit d'un don "(...)
Contradiction dans les termes : donner et retenir ne vaut.
« L'ascèse, la chasteté, la maîtrise de soi signifient que nous devons volontairement limiter notre production et notre consommation en faisant une distinction cruciale entre ce que nous désirons et ce dont nous avons besoin. Le sacrifice est la dimension qui manque à l'éthique moderne de l'environnement et à toute action écologique".
Le Créateur nous a donné Sa création, elle est abondante (Dieu n’est pas radin), elle est la source de nos joies (qu’est-ce que ce don, qui demanderait un constant sacrifice ?). La distinction entre ‘besoin’ et ‘désir’ n’a aucun sens pour les êtres culturels que nous sommes. Ai-je besoin de Wagner ? Baudelaire disait : un homme peut se passer de pain trois jours, de poésie, jamais. Le pire monde envisageable est celui où seuls nos ‘besoins’ physiologiques seraient satisfaits, 1800 calories/jour, un toit, des vêtements, un partenaire sexuel…
"La seule universalité possible est cette catholicité, hors de laquelle tous les mondialismes ne sont qu'impérialismes".
"La civilisation de l'amour, civitas caritatis, est la seule véritable alternative au monde que les mondialistes veulent nous imposer".
Je ne sais pas quelle définition Falk Van Gaver donne des ‘mondialismes’ (le pluriel est inattendu). Peut-être veut-il dire inconsciemment que nous sommes tous les ‘mondialistes impérialistes’ de quelqu'un. Par exemple, les Russes, les Arabes, les Chinois considèrent que l’évangélisation est un intolérable impérialisme. Ils ont tort, car les conversions à ma connaissance sont volontaires. Mais Falk Van Gaver alors doit reconnaître que l’adhésion à la société de consommation est tout aussi volontaire et n’est pas plus un impérialisme que l’heureuse diffusion du catholicisme.
"Ce qui caractérise la tyrannie, c'est justement l'absence de cette liberté publique, politique, et la réduction de chacun à la sphère privée, économique. La liberté des libéraux, liberté non politique mais économique et individuelle, liberté privée hors de l'espace politique, est la liberté de la tyrannie".
Alors, là on rentre dans la novlangue. ‘La tyrannie, c’est la liberté’.
"L'administration de la gigantesque et toujours croissante sphère de la vie économique et sociale a éclipsé le domaine politique. C'est en fin de compte la doctrine libérale qui aura réalisé le funeste fantasme : 'Remplacer le gouvernement des hommes par l'administration des choses'."
Que les hommes se gouvernent eux-mêmes, voilà l’abomination ! Comme les enfants et les débiles, ils ont besoin de tuteurs. Dont Falk Van Gaver, évidemment.
"La théorie économique moderne, prétendument scientifique et neutre, est aussi, comme la théologie politique moderne, en réalité une théologie masquée, qui fait du marché moderne un marché sauveur, en lieu et place de l'Eglise que l'on n'entend plus et que l'on ne veut plus entendre".
Heureusement, l’Eglise parle haut et fort. Et on l’entend 5 sur 5 (du moins, dans les pays libéraux ; ailleurs, elle est bâillonnée). Même si on ne la comprend pas toujours.
"Libéralisme et dévouement à la liberté ne sont certainement pas synonymes. Le premier implique la philosophie triste de l'absolue autonomie métaphysique de la raison et de la volonté. Il rend ce qu'on appelle les libertés modernes à ce point absolues et illimitées dans leur principe que les obligations de l'homme à l'égard de la vérité et du bien commun disparaissent - en même temps que l'homme est enchaîné à la machinerie sociale qui annihile ces libertés. La liberté chrétienne, liberté d'exultation, liberté de dépassement, liberté d'accomplissement, d'épanouissement, tend à affranchir socialement la personne des contraintes matérielles, et coïncide, à son point d'achèvement, avec la plénitude et la perfection de l'amour. Cette liberté est synonyme de plénitude et de surabondance de l'être".
Beau discours, mais cette liberté chrétienne ne peut, et ne doit, s’exercer que dans un espace libéral, où chacun dans son ‘autonomie métaphysique’ est libre d’accepter ou de refuser l’exultation, le dépassement, l’accomplissement, l’épanouissement, auquel le Christ et Son Eglise l’invitent.
L'auteur cite Jacques Maritain : "Au lieu d'être tenu pour un simple aliment servant à l'équipement et au ravitaillement matériels d'un organisme vivant qui est l'entreprise de production, c'est l'argent qui est tenu pour l'organisme vivant, et l'entreprise avec ses activités humaines pour l'aliment et l'instrument de celui-ci ; en telle sorte que les bénéfices ne sont plus le fruit normal de l'entreprise alimentée par l'argent, mais le fruit normal de l'argent alimenté par l'entreprise. Renversement des valeurs dont la première conséquence est de faire passer les droits du dividende avant ceux du salaire, et de placer toute l'économie sous la régulation suprême des lois et de la fluidité du signe argent, primant la chose biens utiles à l'homme (?)".
Le point d’interrogation dans l’original lui-même souligne assez le peu de cohérence de ce texte.
"La modernité est une vaste hérésie (anti-) chrétienne".
Si le christianisme est un panthéisme, oui. Si le christianisme a vocation de restaurer l’Empire de Constantin, oui. Mais si le christianisme est un appel à tout laisser là et suivre le Christ, alors il n’y a rien dans la modernité qui soit incompatible avec lui.
Mais suivre le Christ, aujourd’hui comme hier, n’a jamais été facile.
"Si la honte est inséparable de la nudité, c'est qu'on a peur de n'être plus regardé au visage, signe de la personne, mais au sexe, signe de l'espèce. Peur d'être ravalé au rang d'objet, finalement aliéné".
Je ne m’attendais pas à celle-là : Falk Van Gaver nudiste ! Quand je disais qu’il retrouvait tous les thèmes de l’extrême gauche écolo ! Les nationaux-socialistes, si chastes dans la fornication, adorait aussi le nudisme. L’aryen y dévoilait sa pureté génétique (par contraste, les communistes aimaient l’homme habillé, dont le vêtement manifestait la classe sociale). Mais peut-être ai-je mal interprété cette citation hors de son contexte. Car il me semble que la nudité aujourd’hui n’est guère honteuse, elle s’exhibe partout, et ne fait plus peur.
"La vraie nature des choses, c'est le miracle. Les miracles sont la restauration de la nature paradisiaque, première, originelle"
A commencer par Cana, le premier des miracles, qui transforme l’eau en vin, et du bon ! Restauration du vrai ordre de la nature, faite pour nos joies, pour que nous goûtions le meilleur. Et c’est dans ce sens que nous parlons — mais seulement depuis l’âge libéral — de ‘miracle de la médecine’, qui restaure la santé ; de ‘miracle économique’, qui restaure l’abondance et permet aux ¾ de l’humanité de vivre dans la prospérité et y convie les autres — 4 milliards d’êtres humains mangent plus qu’à leur faim, alors que 300 millions il y a 3 siècles priaient Dieu chaque année de leur épargner la disette. Et ils n’étaient pas toujours exaucés.
"On voit donc que l'urgence, aujourd'hui, n'est pas de ménager un moyen pour influencer le pouvoir laïc par le biais de la société civile, mais plutôt de restaurer une pratique litugique capable de redonner aux chrétiens la conscience de la dimension politique de la foi, et par là de produire des hommes de pouvoir dont le langage sera un langage de paix et de vérité"
La passion du pouvoir, l’alliance du glaive et de l’autel, la tentation du fondamentalisme, taraudent le clergé depuis 17 siècles. C’est qu’il est facile de sortir un décret rendant le mariage obligatoire, interdisant la contraception, bannissant tels livres ou telle pratique, ça demande moins d’effort que d’aller dans les bureaux, sur les places publiques, dans les foyers, et d’expliquer pourquoi il est bien plus beau, plus exaltant, de vivre l’exigence du Christ. Mais qu’est-ce qui compte ? que les gens pratiquent 'comme il faut', comme les Pharisiens, ou qu’ils soient convertis ?
Alors oui, il faut restaurer une pratique liturgique. Il faut renoncer à « influencer le pouvoir laïc par le biais de la société civile ». Pourquoi ? parce qu’il faut carrément tourner le dos au pouvoir, laïc ou religieux, il faut dire ‘nous n’en voulons pas’, ‘nous n’avons pas besoin de ces gens-là’. Et il faut conquérir la société civile. La travailler. Evangéliser. Convertir. Circoncire les cœurs. Et surtout, surtout pas, ‘produire des hommes de pouvoir’.
L’Eglise est gardienne de l’enseignement du Christ ; mais il est une leçon qui ne lui rentre pas dans la tête. ‘Mon Royaume n’est pas de ce monde’. Satan offrait à Jésus la couronne des royaumes du monde. Il en a préféré une autre. Les Juifs suppliaient Jésus de prendre la royauté d’Israël. Il est mort de n’avoir pas renversé Hérode. Quand l’Eglise comprendra-t-elle que la politique, quelle qu’elle soit, quelque étiquette qu’elle porte, est le domaine du Mal ?
"Le laïcisme, contrairement à une idée reçue, ne sépare pas l'Etat et l'Eglise, mais permet à l'Etat de prédominer sur l'Eglise et de soumettre la loi morale à la loi civile".
Cela est vrai. Et lorsque l’Eglise prédomine sur l’Etat, nous obtenons le fondamentalisme. En Europe, nous avons déjà donné. Au Moyen Orient, ils payent encore. La bonne réponse est un Etat ultra minimal, voire inexistant, qui se retire, pour laisser à chacun la liberté, guidée par le seul Esprit Saint et par notre exemple, de rejoindre l’Eglise.
Christian