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Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 16:26
par etienne lorant
Sur le thème « Une crise chrétienne de l’Europe ? L’urgence européenne ». Andrea Riccardi, ministre de la coopération du gouvernement italien, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, et actuel titulaire de la Chaire des Bernardins, y a prononcé une conférence importante intitulée « L’Europe du christianisme, jardin ou désert ? »

Le chrétien "non-conformiste" dans le monde d'aujourd'hui

- Il y a certes des courants différents dans l’Eglise. Mais l’ekklesia est un corps avant tout, c’est-à-dire, dans le langage de la science politique post moderne, une communauté où lorsque le plus petit, le plus minoritaire, souffre, tout le corps est atteint. Mais Riccardi invite les chrétiens à faire un pas de plus dans l’intelligence de soi. Il s’agit pour eux aujourd’hui de retrouver (...) le lien structurel qui existe entre l’être de l’Eglise et son désir de témoigner. Le sens de la mission au XXIe siècle n’est pas celui du souci de conversion prosélyte. La mission dit Riccardi c’est « un échange vital » entre l’Eglise et la société qui signifie autant « communication de la foi » que « réception du vécu d’autrui ».

- L’attitude non conformiste est une attitude réaliste. Andrea Riccardi insiste sur la nécessité pour les chrétiens d’ouvrir les yeux sur la déchristianisation de l’Europe. Il appuie son constat sur une intervention récente du cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque catholique d’Utrecht, annonçant un programme de fermeture de 1000 églises aux Pays Bas entre 2008 et 2018 , soit une fermeture de 2 à 3 églises par semaine ! Ce réalisme invite en réaction le chrétien à une certaine audace. Le chrétien non conformiste sait qu’en régime séculier son témoignage, même le plus innocent, peut éventuellement le conduire au martyr. (...) Témoigner de l’ortho-doxie, c’est-à-dire de la verticalisation authentique, dans un monde qui cherche au contraire à aplatir toute pensée sur la doxa dominante des médias et des instituts de sondage... provoque la gêne, les railleries, la mise à l’écart, et finalement l’exécution silencieuse.

- l’Eglise a peu d’avenir dans le monde si elle devait quitter l’Europe. Peut-être pourrait-on ajouter parce que l’Europe est celle qui connaît le mieux la religion globale contemporaine dominante, encore inconsciente d’elle-même, de la modernité. Mais l’Eglise ne parviendra à reconquérir l’Europe poursuit Andrea Riccardi que si elle se comprend comme « experte en humanité », que si elle se débarrasse de son ecclésiocentrisme et de son cléricalisme. L’Eglise catholique qui a fait acte de repentance par rapport à se du passé en 2000 doit aujourd’hui faire confiance aux laïcs, au peuple croyant. Elle évitera de la sorte l’attitude de repli propre aux minorités et de nostalgie des anciennes identités nationales.

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Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 16:58
par Teano
etienne lorant a écrit :Mais l’Eglise ne parviendra à reconquérir l’Europe poursuit Andrea Riccardi que si elle se comprend comme « experte en humanité », que si elle se débarrasse de son ecclésiocentrisme et de son cléricalisme. L’Eglise catholique qui a fait acte de repentance par rapport à se du passé en 2000 doit aujourd’hui faire confiance aux laïcs, au peuple croyant. Elle évitera de la sorte l’attitude de repli propre aux minorités et de nostalgie des anciennes identités nationales.
Bonjour Etienne,

Merci de ce texte très intéressant. Je comprends et partage l'analyse dans son ensemble sauf le point ci-dessus. J'aimerais mieux comprendre ce qu'a voulu dire Andrea Riccardi.

Il me semble qu'"experte en humanité", l'Eglise l'est depuis qu'elle conduit, Caïn caha :D , le peuple chrétien vers la sainteté, avec des hauts et des bas et qu'elle en est pleinement consciente. Peut-être ne puise-t-elle pas assez dans ce trésor de sagesse et d'expérience ?

2000 d'expériences feront toujours la différence, Ecclesiaaaaaaaaaaaaaa ! (sur l'air d'une pub bien connue pour une pâte à tartiner encore plus connue).

En revanche, si l'Eglise se débarasse de "l'ecclésiocentrisme et du cléricalisme", est-ce que cela ne revient pas à une forme de négation de soi, de suicide ?

Les laïcs, sans leur Eglise et leurs prêtres, risquent de se sentir bien seuls et je ne vois pas comment ils pourraient annoncer l'Evangile si eux-mêmes n'en sont pas nourris par les sacrements et leur vie ecclésiale. J'appartiens à une génération qui a toujours vu les laïcs avoir une place dans la vie paroissiale et liturgique, de là à prendre toute la place, il y a un monde.

In Christo

Teano

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 17:20
par etienne lorant
Teano a écrit :En revanche, si l'Eglise se débarasse de "l'ecclésiocentrisme et du cléricalisme", est-ce que cela ne revient pas à une forme de négation de soi, de suicide ?
C'est juste. A la relecture, je trouve des contradictions. S'il est juste de dire qu'il faut en revenir à un christianisme où le témoignage est "à risques"... je me demande comment un tel témoignage - d'autant qu'il comprendra des risques réels - pourrait se passer de la nourriture des sacrements, et donc de l'église instituée. Je crois que l'auteur a chercher des effets de mots et s'est laissé emporter par son sujet.

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 17:50
par Isabelle47
Bonjour,

Merci, Etienne, d'avoir mis ce texte à la lecture.

Je partage l'incompréhension de Teano quant à la phrase citée.
Que serait le catholicisme sans prêtre?
Le risque serait d'un éclatement en une multitude de sectes, comme c'est le cas chez les réformés, chacun faisant sa petite cuisine dans son coin. Ou alors d'une dérive vers une "spiritualité" purement humaniste, sans transcendance, comme beaucoup les apprécie de nos jours. :( mais ce ne serait plus le christianisme.

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 18:37
par Fée Violine
Se débarrasser du cléricalisme, ce n'est pas se débarrasser du prêtre ! C'est, tout au plus, se débarrasser d'une certaine image du prêtre.

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 19:20
par etienne lorant
Fée Violine a écrit : C'est, tout au plus, se débarrasser d'une certaine image du prêtre.
Bon argument ! En effet, il existe un catholicisme que je dirais "crispé" sur des formes traditionnelles de pratique de la foi, mais quiconque possède une foi brûlante et attirée vers les sommets... se rend apte à vivre un temps de persécution - un temps sans prêtre, aux églises fermées - comme il y en a eu en Union soviétique. L'Eglise y a survécu. Le bienheureux Jean-Paul II, qui a fait passer l'Eglise le cap du millénaire, en est issu.

(Le fait est que je me demande à présent comment se situe le conférencier. :sonne: .... )

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 19:31
par Teano
etienne lorant a écrit :
Fée Violine a écrit : C'est, tout au plus, se débarrasser d'un certaine image du prêtre.
Bon argument ! En effet, il existe un catholicisme que je dirais "crispé" sur des formes traditionnelles de pratique de la foi, mais
quiconque possède une foi brûlante et attirée vers les sommets... se rend apte à vivre un temps de persécution - un temps sans prêtre, aux églises fermées - comme il y en a eu en Union soviétique. L'Eglise y a survécu. Le bienheureux Jean-Paul II, qui a fait passer l'Eglise le cap du millénaire, en est issu.

(Le fait est que je me demande à présent comment se situe le conférencier. :sonne: .... )
Oui, en effet, je n'arrive pas bien non plus à saisir ce qu'il a voulu dire.

In Christo

Teano

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 21:57
par jeanbaptiste
La phrase est effectivement peu claire, ce qui fait que, nécessairement, on finit par y mettre ce que l'on veut.

Le "cléricalisme" est un mal puisque par définition il s'agit d'un ensemble de choses qui font que l'on accorde au clerc une place trop importante par rapport au laïc. Mais il s'agit d'une définition, elle ne décrit en rien ce que c'est que d'accorder un trop grand pouvoir au clerc.

En tant que telle cette phrase ne veut rien dire, il faudrait donc la rapporter à d'autres propos de ce même auteur permettant de l'expliciter.
L’Eglise catholique qui a fait acte de repentance par rapport à se du passé en 2000 doit aujourd’hui faire confiance aux laïcs, au peuple croyant.
Cette phrase me laisse perplexe. Elle donne l'impression qu'au fond l'Église d'avant la repentance était fondamentalement mauvaise et qu'elle ne faisait pas confiance aux laïcs ("peuple croyant" ! parce que les clercs ne font pas partie de ce peuple croyant ?). C'est simplement faux, ne serait-ce parce que ... les clercs étaient d'anciens laïcs ;)

Quand à aujourd'hui les laïcs sont omniprésents dans "l'organisation" de la vie paroissiale. La confiance est là me semble-t-il. Le problème à redouter est bien plutôt le contraire : le risque d'un "laïcardisme", parfois bien réel, d'un trop grand pouvoir accordé à certains laïcs.

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 22:03
par Teano
J'ajoute qu'une autre phrase me laisse dubitative :

La mission dit Riccardi c’est « un échange vital » entre l’Eglise et la société qui signifie autant « communication de la foi » que « réception du vécu d’autrui »

In Christo

Teano

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 22:44
par Isabelle47
Mais qu'entend-on au juste par "cléricalisme"? Un excès de pouvoir? de présence? une auto-suffisance?

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 23:03
par salésienne05
Andréa Riccardi n'est pas à proprement parler "progressiste". Je pense qu'il se situe dans cette mouvance d'audace et de refus d'une certaine peur qui gagne les Catholiques dans leur ensemble ainsi que d'un "repli" identitaire, culturel.

A lire ce qu'a partagé Etienne, je vois surtout une incitation à ne pas avoir peur du monde. Etre dans le monde, mais ne pas être du monde. Recevoir comme une opportunité le temps qui se présente à nous plutôt que de gloser sur ce qui ne va pas. Il ne s'agit nullement d'éliminer les prêtres : mais actuellement, ils manquent, alors à nous les laïcs de retrousser nos manches, de même manière que les clercs doivent se les retrousser aussi à leur mesure. Non pas pour redorer notre blason (on s'en fiche un peu) mais réellement pour annoncer à contre-temps il est vrai, la Bonne Nouvelle. La Bonne Nouvelle qui panserait tant de plaies béantes de notre monde...

Or, annoncer la Bonne Nouvelle au monde, dans notre vieille Europe sécularisée et repue, c'est forcément le faire au milieu du monde, en comprenant le monde, et en aimant le monde (sans en être). Cela nécessite certes un grand courage car annoncer la sobriété dans un monde d'oppulence, annoncer le don total de soi dans un monde individualiste, annoncer le pardon dans un monde qui réclame des coupables, annoncer la vie dans une culture de mort, c'est aller à contre courant. Mais si on aime pas le monde, comment pourrions-nous faire passer l'Evangile ? Si nous voulons des sacrements sans en vivre et qu'ils produisent du fruit en nous pour tous les autres, quelle est notre foi ?

Voilà comment je comprends ce message. Si on relit nos deux millénaires d'histoire, l'Eglise n'a jamais dit autre chose et les dernières encycliques sont très claires également. Car si les catholiques européens font une fixation sur le mariage "gay", l'avortement et l'euthanasie, ils sont guère nombreux à reprendre à leur compte la doctrine sociale et économique de l'Eglise. Or, l'un ne peut guère aller sans l'autre.

Etre au milieu du monde des signes de l'Amour de Dieu, c'est désirer le règne de Jésus sur les coeurs, avant de désirer une hégémonie culturelle fantasmée (et pour ceux qui ont un peu voyagé, on sait bien pourquoi l'Eglise est "universelle" : une seul Christ, les mêmes sacrements pour tous les catholiques et pourtant les diversités culturelles de chaque pays préservées). Cela ne nie en rien l'exigence car l'Amour est exigeant.

Fraternellement.

Cécile

Fraternellement.

Cécile

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : lun. 07 janv. 2013, 23:47
par Toto
etienne lorant a écrit : Le sens de la mission au XXIe siècle n’est pas celui du souci de conversion prosélyte. La mission dit Riccardi c’est « un échange vital » entre l’Eglise et la société qui signifie autant « communication de la foi » que « réception du vécu d’autrui ».
Mais c'est consternant! Le Christ lui-même nous a demandé d'annoncer la Bonne nouvelle et de baptiser les autres! Si on considère que notre Foi est un trésor, pourquoi ne pas la partager? La communauté San Egidio est une communauté oecuménique spécialiste en dialogue interreligieux, donc évidemment ils s'opposent à toute conversion. Quant à la phrase sur la "réception du vécu d'autrui", que met-il derrière ce jargon? La Vérité est détenue pleine et entière par l'Eglise catholique. L'Eglise catholique détient la plénitude de la Révélation. Demander à l'Eglise de recevoir le vécu d'autrui, c'est mettre sur le même plan la foi catholique et les erreurs des autres religions. Une fois plus, c'est du relativisme.

Re: Vers un christianisme "non-conformiste" ?

Publié : mar. 08 janv. 2013, 12:25
par etienne lorant
Toto a écrit :Mais c'est consternant! Le Christ lui-même nous a demandé d'annoncer la Bonne nouvelle et de baptiser les autres! Si on considère que notre Foi est un trésor, pourquoi ne pas la partager? La communauté San Egidio est une communauté oecuménique spécialiste en dialogue interreligieux, donc évidemment ils s'opposent à toute conversion. Quant à la phrase sur la "réception du vécu d'autrui", que met-il derrière ce jargon? La Vérité est détenue pleine et entière par l'Eglise catholique. L'Eglise catholique détient la plénitude de la Révélation. Demander à l'Eglise de recevoir le vécu d'autrui, c'est mettre sur le même plan la foi catholique et les erreurs des autres religions. Une fois plus, c'est du relativisme.
Un peu vite dit... le terme de prosélytisme a pris une connotation négative dans son utilisation au sein du débat sur les sectes, ou lorsqu'il réfère à certains mouvements politiques...