Excellente question, Didyme !
La lune est-elle créée neutre ? Un lapin est-il bon à la base ?
A l’origine, dans la nature, la créature terrestre humaine est un corps soumis aux mêmes règles naturelles que celles des autres créatures. Tout est bon, mais il n’y a pas encore de personne capable de partager la vie de Dieu. Les êtres, naissent, se reproduisent et se transforment par des combinaisons de cellules qui se succèdent dans le temps et forment parfois des ensembles vivants qui subsistent quelque temps puis disparaissent.
Lorsque l’humain, mâle et femelle, est plongé, baptisé, dans le monde de Dieu (l’Eden), dans un « jardin » où Dieu le fait vivre en harmonie avec son monde spirituel, il est créé à l’image de Dieu avec la possibilité, la liberté, de vivre en communion avec Dieu… ou sans lien d’amour avec Dieu.
Il me semble très probable que cette création spirituelle a dû avoir un effet psycho-somatique énorme sur le corps même de nos premiers parents issu d’une évolution de milliards d’années, y compris sur leur psychisme, dont les effets se sont transmis dans toute leur descendance. Les miracles et la résurrection du Christ nous montrent ce qu’est la vraie vie humaine sans le péché, dans toute sa force spirituelle et physique.
Nos premiers parents ont blessé profondément leur relation avec Dieu. Cela aussi a dû avoir un profond effet psycho-somatique dont les effets se sont aussi transmis dans toute leur descendance.
Ils ont transmis à leurs descendants la vie nouvelle créée en eux, mais aussi sa blessure spirituelle. Ils n’ont pu transmettre qu’une vie blessée.
Aldous a écrit :nous ne sommes pas rendus mauvais et violents (après la désobéissance d'Adam et Eve). Si nous étions rendu mauvais et violents nous serions obligés de commettre des péchés... Nous sommes rendu avec une tendance au péché. Si nous étions rendu mauvais et violents nous serions obligé de pécher, et ce ne serait plus un péché car un péché implique toujours la liberté...
Ce qu'il faut comprendre, je crois, c'est que l'homme a été créé à l'image de Dieu. Il a donc été créé bon (le "cela était très bon" de la Genèse vient après la création de l'homme)... et libre. C'est parce qu'il est libre qu'il bascule dans le mal, séduit par Satan, selon la Genèse. Il n'est donc, l'homme, même pas responsable du mal, il y succombe de par sa liberté, sa faiblesse et sa limite (il n'est pas parfait comme Dieu, même si il est à son image).
Il faudrait ajouter que cette création est valable pour le commencement de chacun d'entre nous.
Pas vraiment ! Notre création ne vient pas directement de Dieu, comme celle d’Adam et Eve. Elle vient par l’intermédiaire de nos parents. Même la nature humaine du Christ n’a pas été créée directement par Dieu mais par l’intermédiaire de la libre coopération de la Vierge Marie.
Et, hélas, sauf lors de cette transmission sans péché par la Vierge Marie qui a donné une âme humaine à Dieu lui-même, la transmission de la vie humaine ne nous donne qu’une vie blessée.
Cette faiblesse ne nous permet pas d’éviter le mal, ni de faire le bien comme nous pourrions le vouloir. Notre harmonie avec Dieu et avec la nature est profondément blessée.
Aldous a raison d’écrire que nous ne sommes pas rendus mauvais et violents. L’humain reste bon et peut encore préférer la communion avec Dieu, le vrai bien.
Il ne me semble même pas juste de dire qu’il aurait une tendance au péché. En cela, il serait déjà fondamentalement mauvais.
Contrairement à ce que propose Aldous, il me semble que nous avons bien été créés « parfaits ». Sinon, nous ne serions pas vraiment « à l’image de Dieu ». Sinon, Dieu n’aurait pas dit que c’était « très bon ». Sinon, surtout, Dieu n’aurait pas pu s’incarner Lui-même en vrai homme.
Ce qui blesse tout homme depuis Adam et Eve (à la seule exception du Christ et de sa mère divinement préparée pour lui donner une vie sans péché), c’est seulement de ne pas être dans la communion avec Dieu. Cet éloignement spirituel en fait un être sans boussole, faisant tantôt le bien, tantôt le mal, mais incapable par lui-même de pouvoir éviter le mal ou choisir le bien en toute perfection. Tous ses actes, mêmes les meilleurs, sont un peu ou beaucoup comme du linge gris. Le mal se glisse en lui et en ses actes, même les plus beaux, par la blessure de son éloignement de Dieu.
Il peut tendre au bien, s’en approcher, mais il ne peut l’atteindre parfaitement sans une communion parfaite avec Dieu.
Sans cette communion, même « vierge de toute expérience », l’homme est coupé de ce qui est essentiel pour pouvoir vivre « bien ».
Cinci a écrit :Didyme naît lui-même dans une condition de pécheur = Dieu est ''comme'' absent pour Didyme. Pécheur équivaut à être tel que coupé de Dieu. Pécheur équivaut à ressentir ''comme'' l'absence de Dieu. Les hommes naissent désormais dans une condition anormale depuis le premier péché. L'être est bon, la condition est mauvaise.
Cela me semble très juste. C’est vrai bien sûr pour chacun de nous et pas seulement pour Didyme.
Didyme a écrit :Je me posais surtout la question pour savoir si l'homme était neutre à la base, comme une matière vierge pouvant avancer de manière égale vers le bien comme le mal sans attache particulière au bien.
Ou bien s'il était bon à la base et donc avait une racine de bien et avait pour fin le bien.
Il me semble que l’homme n’est pas « neutre » à la base. Il est créé « à l’image de Dieu ». Il est « absolument » fait d’une vie adaptée à la vie même de Dieu.
Il est exact de dire que le bien est la « fin » (la finalité) de l’homme, puisqu’il est créé à l’image de Dieu, adapté à une vie en communion avec Dieu.
Il a la liberté de s’en écarter, mais il est alors en dehors et privé de ce qui lui convient parfaitement.
L’homme n’a pas une « attache » au bien. Il est libre de s’en détacher.
Il est alors dans une réalité inadaptée, avec inévitablement diverses souffrances qui résultent de cette inadaptation. Ce qui n’est pas adapté ne fonctionne pas « bien », mais fait « mal ».
Mais, il me semble bien exact de dire que l’homme a une « racine » de bien. C’est, en effet, dans la vie même de Dieu, dans le bien parfait de la vie divine, qu’il a reçu son existence. Sa racine s’est, en effet, nourrie de Dieu. Mais, il est aujourd’hui déraciné. Le Christ lui offre de pouvoir être greffé en Lui.