Je suis assez surpris: avez vous des exemples précis de théories invalidée mais conservée?
La théorie de la gravitation de Newton fut "falsifiée", ou du moins fut inapte à rendre compte des calculs portant sur la trajectoire de Mercure.
Maxwell a conservé sa théorie cinétique des gaz alors qu'il savait qu'elle avait été falsifiée. Il a même rendu compte de cela devant la British Association en 1859.
D'après Imre Lakatos la théorie de l'atome de Borh avait été falsifié mais là je n'en sais pas plus.
Non, je ne pense pas, et au passage je suis en désaccord sur énormément de choses avec Kuhn. Mais de toute façon, même au sens de Kuhn, ces dogmes ont une différence importante avec les dogmes religieux: il sont remis en cause lors des phases de révolution scientifique, les dogmes religieux étant sensé être des vérités absolues et définitives.
Bien entendu que ce ne sont pas des dogmes religieux, je ne l'ai jamais prétendu. J'ai bien dit que la science se "surmontait".
Quelles vérités plus hautes?
Celles dont j'ai déjà parlé plus haut, mais puisque de votre point de vue c'est à la science de tracer la limiter entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas, et partant de déterminer le champ du connaissable, il est inutile de développer plus.
Que la réalité existe est une évidence, ce n'est pas postulat, ou un présupposé, et c'est certainement pas spécifiquement métaphysique. Quant aux docteurs du bouddhisme, je ne connaît pas leurs arguments.
Une évidence non, qu'est ce qu'une évidence, et en quoi est-ce une évidence. Il n'y a que la philosophie qui peut transformer cette évidence en principe.
En occident, une fois que le témoignage des sens a mis en cause, Descartes en est venu lui même à douter de l''existence d'une réalité extérieur, d'où son "cogito" pour s'assurer au moins de la réalité du sujet humain, réalité elle-même garantie par la bonté de Dieu. Eddington plus récemment, prenant conscience de la place de la subjectivité en physique, se demandait si la table qui était devant lui existait.
Qu'est-ce qui fait que votre assurance dans l'existence d'une réalité extérieure a plus de valeur que le doute d'un Descartes ou d'un Eddington ? Cette évidence il faut la justifier.
En orient, pour le philosophe Shankara par exemple, ce qui est évident c'est l'existence de Brahma, du Soi, pas du monde qui est une réalité inconstante, comme une sorte de reflet sur l'eau, mais cependant il croit au moins à l'existence relative de ce reflet qu'il va chercher à établit non sans grande difficulté contre les penseurs bouddhistes. Pour l'école de Nagarjuna ce qui est évident ce que "nous" vivons une sorte de rêve fuyant, et que ce "je", le "sujet" humain n'est lui-même qu'un phénomène sans consistance pareil à de la vapeur d'eau. Que dans la conscience philosophique orientale l'existence de la réalité puisse être à ce point mise et même niée suffit à remettre en cause ce type "d'évidence".
On ne demande pas au scientifique de douter, sa foi en la science étant pour lui un puissant moteur qu'il n'est pas question de remettre en cause.
Et d'ailleurs, la vision newtonienne de l'espace-temps n'a pas triomphé, et Einstein va porter le coup décisif contre cette vision du monde.
Il me semble que sa théorie sur l'espace absolu a bien vécu et qu'elle a "triomphé" pendant un moment.
Mais de toute façon, les idées de Descartes sur l'espace n'ont jamais eu un grand succès (c'est même le moins que l'on puisse dire), quand «à faire de la réalité une machine», honnêtement, je ne voit même pas trop ce que cela veut dire précisément. De toute façon, Descartes était plus philosophe que scientifique, alors ce n'est pas étonnant.
Pauvre Descartes, ni véritablement philosophe ni véritablement scientifique. Il n'empêche que son influence a été énorme. Et c'est là qu'on voit à quel point la philosophie influence le destin d'une civilisation.
Toujours est-il que ses théories ont eu valeur heuristique. Il y a eu des médecins cartésiens par exemple, vous me direz que la médecine de cette époque n'est pas de la science. Mais, d'une façon générale il ne fait aucun doute que sa vision du monde comme un grand mécanisme que l'on peut monter et remonter, et dont on peut isoler des parties pour les étudier en elles-mêmes fut un modèle fécond. Aussi est-il beaucoup plus difficile de développer une médecine efficace et vraiment "scientifique" selon nos critères occidentaux sur une vision holiste du corps comme celle qui prévaut ou qui a prévalu en Orient. Les scientifiques sont tributaires de schémas a priori qui conditionnent la possibilité de l'émergence d'un savoir. C'est là où on peut dire comme Popper et Bachelard que la science commence par le mythe, soit par un modèle explicatif global, fournissant une carte plus ou moins grossière du réel.
Machine c'est-à-dire par réduction de la causalité à la causalité mécanique. Encore plus simple : un monde qui fonctionne ou qui tend à fonctionner tout seul. Descartes a contribué à séparer le monde de Dieu et à fait de la connaissance expérimentale la fin du savoir. C'est lui qui dresse un modèle de rationalité scientifique, c'est lui qui dresse le projet scientifique moderne et occidental (car il n'existe nul part ailleurs faute de pareils schémas de pensées) en faisant de la domination et de la transformation de la nature une quasi fin en soi et en tout cas un bien en soi. Un scientifique n'a pas le droit de faire preuve d'ingratitude à son égard. Ce serait faire preuve d'ignorance.
Oui, mais ces philosophes que vous citez n'ont fait qu'une analyse du ressenti du temps, pas ce qu'est réellement le temps.
Et pourquoi est-ce que le temps ressenti ou vécu, la durée de la conscience chez Bergson, ne serait précisément pas le temps dans sa dimension la plus profonde ?
En excluant la connaissance vécue et ressentie hors du champ de la connaissance que vous réduisez à la connaissance physique vous faites de la philosophie sans vous en rendre compte.
Et conséquence de la réduction du champ de la connaissance, il faudra nécessairement redéfinir le statut d'autres types de connaissance qui sont pourtant essentielles dans notre vie. Il faudra dire ce qu'est la pensée pour la séparer de la non-pensée. Ainsi faudra-t-il dire qu'est ce que la philosophie, l'art, l'éthique et à quel type de "connaissance" ou de non-connaissance ces prétendus savoirs donnent-ils accès. On sera par là même amener à questionner ce que l'éthique dit sur la vie humaine pour savoir si cela relève de la connaissance ou de l'opinion. Pourra-t-on justifier tout cela par des considérations d'ordre scientifique ?
Il faudra enfin nécessairement dire comment l'homme peut réaliser son existence sur terre, et si c'est par l'accès à la connaissance scientifique comme disait Descartes. Mais alors, que deviennent ceux qui n'ont jamais fait de science dans leur vie ? Tout ceci implique des définitions très précise du savoir et de la vie humaine qui nous entraîne dans de vastes considérations philosophiques sur la vie humaine.
C'est simplement que je pense que la philosophie n'a jamais su apporter la moindre connaissance nouvelle. Ce n'est pas forcément une critique contre la philosophie, ce que je critique c'est ceux qui pensent que de la philosophie peut être une source de connaissance.
Je comprends désormais votre point de vue, c'est une prise de position philosophique. Vous faites donc bien de dire : "je pense".
Qu'il n'y ait qu'un seul type de connaissance, que nous n'ayons accès à la vérité que par la science seul, il faut le justifier car oui, précisément, c'est un problème de conviction. Il faut le justifier en donnant une définition de la notion de connaissance et de réalité, mais je doute que vous puissiez avancer des arguments proprement scientifiques.
C'est justement parce que l'on recherche la vérité que l'on cherche à être efficace.
C'est ennuyeux toutes ces prises de positions philosophiques. La moindre des choses, pour ne pas passer pour quelqu'un qui est tributaire de tous ces
a priori de l'époque qui structurent les consciences, c'est de le reconnaître.
Quand vous parlez d'efficacité et que vous orientez l'activité humaine vers l'efficacité, soit vers la pratique de quelque chose, vous faites sans le vouloir de la philosophie.
Il n'y a pas de grand fossé entre la nature d'une chose et sa structure et ses caractéristiques. Saint Augustin ne savait pas qu'il existe un lien la flèche du temps et la configuration de l'Univers primordial. Il aurait pourtant été très intéressé de le savoir, et il n'aurait pas dit (parce que je pense que c'est une erreur): «Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais»
Vous pensez que c'est une erreur parce que vous ne savez pas de quoi parle St Augustin comme Hawkins ne sait pas de quoi il parle quand il s'essaie à la philosophie.
Il y a un moment où il faut faire preuve de modestie et arrêter de dire des bêtises, car si une prise de position philosophique et pareil à une discussion sur le football (j'aime le football et le sport donc cette petite comparaison pleine de mépris ne me vexe pas), il faut au moins s'assurer de ces règles, de son objet avant de prétendre donner un avis. Il ne vous viendrait jamais à l'idée de parler de rugby en faisant comme si c'était du football pendant une discussion portant sur le dernier match de ligue des champions, à moins de passer pour un idiot.
Question: Qu'est ce que l'on connaît du monde et qui ne vient pas de la science?
Question : qu'est ce que le monde pour vous. Il faut partir du plus simple : tout dépend de notre vision du monde. Il est totalement inutile de commencer à parler du beau, du bien, de la morale, du sens de l'existence, de l'angoisse, de l'amour si pour vous la réalité n'est que matière. Si vous vivez dans un monde nihiliste, au sens propre du terme, dépourvu de sens, de moral, de toute texture trans-physique insaisissable par les sciences positives, alors je crois que cette conversion ne mènera plus à rien car car nous vivons tout simplement dans deux mondes différents.
J'ai bien compris que vous cherchiez à faire valoir l'idée (extra scientifique puisqu'elle implique une définition pré-scientifique du réel) que la science porte sur la totalité du réel et qu'elle soit le seul instrument propre à l'explorer pour dire des choses vraies. Mais vous ne cherchez visiblement jamais à comprendre de quoi l'autre parle. Ainsi, puisque je n'aime pas ces dialogues de sourd qui donnent l'impression de parler dans le vide la conversation s'arrête là pour moi.