Quelques propos du défunt Albert Jacquard
Publié : ven. 13 sept. 2013, 11:21
L’éducation, enjeu majeur
Il n’aura de cesse de démonter les arguments prétendument scientifiques des théories racistes et sera même témoin en 1987 au procès du nazi Klaus Barbie pour crimes contre l’humanité.
Ces dernières années, il développait sa philosophie de la vie et de l’action dans ses livres de vulgarisation scientifique et dans ses essais. Il proposait une pensée humaniste et laïque moderne pour faire évoluer la conscience collective.
On l’a qualifié parfois "d’abbé Pierre laïque" mais il nous répondait : "Je suis laïque, c’est vrai; mais je ne me compare pas à l’abbé Pierre qui est par ailleurs un ami." Dans les années 1990, il va mettre sa verve médiatique au service d’une autre cause : les mal-logés et les sans-papiers.
Pour lui, l’enjeu majeur était l’éducation plus que l’économie. Il dénonçait les méfaits du capitalisme : la compétition acharnée, l’individualisme forcené, la pollution, le gaspillage, l’aveuglement. Albert Jacquard rejetait les religions quand elles sont sources de sommeil intellectuel et prônait plutôt un humanisme, la lucidité (un mot qu’il répète souvent) et le combat pour un monde plus solidaire qui retrouve le chemin du collectif.
Voici quelques morceaux choisis de son verbe haut et clair, tirés des interviews à "La Libre Belgique" :
- Croissance : "C’est le goût de la croissance qu’il faut dénoncer. En un siècle, 3 % de croissance annuelle revient à multiplier par cent nos dépenses. C’est intenable. La croissance est une drogue et, comme elle, elle fait du bien dans les premiers instants, mais tue à terme. […] Mon constat est que pour la première fois, l’homme est face à un changement si radical qu’il ne le voit pas. Nous nous sommes enfoncés à fond dans une impasse. Il faut faire marche arrière. Le règne du capitalisme est une impasse à lui seul, à cause de la finitude des moyens de la planète. Il faut changer de conception, mais les gens sont si déboussolés qu’il faut les aider."
- Internet : "Je dénonce l’isolement qu’il provoque. Quand des gamins surfent, ils découvrent une science surgelée et préfèrent la machine au professeur, alors que ce dernier peut leur parler de choses plus profondes et les faire réfléchir. Internet est à la recherche scientifique ce que la masturbation est à l’amour."
- L’éducation : "L’instituteur est à la pointe de la création humaine. J’aime répéter la phrase d’Erasme : ‘On ne naît pas homme, on le devient.’ Grâce à la rencontre, seul l’humain peut faire de l’humain. L’homme est l’objet d’une métamorphose. Il y a la nature qui lui donne ses organes, mais il y a, ensuite, l’aventure qui le fait homme grâce à la rencontre. Les instituteurs restent des hommes de passions, ils gardent la flamme mais ils en veulent au ministère d’être enfermés dans des évaluations multiples. Tant qu’on gardera les idées de classements et de notes, cela n’ira pas. Les parents ont tort de les réclamer. Les enfants n’ont à être ni premiers ni derniers. Ils ont à progresser selon leur rythme. Etre premier, c’est stupide, car on ne peut l’être que dans une seule dimension. La note, c’est l’unidimensionnalité. Le goût de la compétition est scandaleux, car c’est vouloir battre les autres. Cela fabrique un gagnant, mais aussi beaucoup de perdants. C’est différent de l’émulation qui est la comparaison avec l’autre pour s’améliorer, alors que la compétition c’est le croc-en-jambe, c’est la destruction de l’autre. […] La compétition n’engendre que des battus. Il faut lui préférer la coopération. A Luxembourg, il y a un lycée sans compétition, ni cotation ni examens et cela marche très bien."
- Un gouvernement planétaire : "A six milliards sur une petite planète, nous devrons bien nous rendre compte qu’on est solidaires. La petitesse même de notre planète nous oblige à prendre des mesures planétaires. L’OMS peut devenir l’embryon d’un ministère mondial de la Santé qui soignera les malades et pas seulement ceux qui peuvent payer pour être soignés."
- Message d’optimisme quand même pour les jeunes : "Ils sont libres de forger leur avenir, sans diktats et, comme le monde est dans un très mauvais état, ils peuvent l’améliorer plus facilement, c’est leur chance."
http://www.lalibre.be/actu/sciences-san ... cdb6e5827e
Il n’aura de cesse de démonter les arguments prétendument scientifiques des théories racistes et sera même témoin en 1987 au procès du nazi Klaus Barbie pour crimes contre l’humanité.
Ces dernières années, il développait sa philosophie de la vie et de l’action dans ses livres de vulgarisation scientifique et dans ses essais. Il proposait une pensée humaniste et laïque moderne pour faire évoluer la conscience collective.
On l’a qualifié parfois "d’abbé Pierre laïque" mais il nous répondait : "Je suis laïque, c’est vrai; mais je ne me compare pas à l’abbé Pierre qui est par ailleurs un ami." Dans les années 1990, il va mettre sa verve médiatique au service d’une autre cause : les mal-logés et les sans-papiers.
Pour lui, l’enjeu majeur était l’éducation plus que l’économie. Il dénonçait les méfaits du capitalisme : la compétition acharnée, l’individualisme forcené, la pollution, le gaspillage, l’aveuglement. Albert Jacquard rejetait les religions quand elles sont sources de sommeil intellectuel et prônait plutôt un humanisme, la lucidité (un mot qu’il répète souvent) et le combat pour un monde plus solidaire qui retrouve le chemin du collectif.
Voici quelques morceaux choisis de son verbe haut et clair, tirés des interviews à "La Libre Belgique" :
- Croissance : "C’est le goût de la croissance qu’il faut dénoncer. En un siècle, 3 % de croissance annuelle revient à multiplier par cent nos dépenses. C’est intenable. La croissance est une drogue et, comme elle, elle fait du bien dans les premiers instants, mais tue à terme. […] Mon constat est que pour la première fois, l’homme est face à un changement si radical qu’il ne le voit pas. Nous nous sommes enfoncés à fond dans une impasse. Il faut faire marche arrière. Le règne du capitalisme est une impasse à lui seul, à cause de la finitude des moyens de la planète. Il faut changer de conception, mais les gens sont si déboussolés qu’il faut les aider."
- Internet : "Je dénonce l’isolement qu’il provoque. Quand des gamins surfent, ils découvrent une science surgelée et préfèrent la machine au professeur, alors que ce dernier peut leur parler de choses plus profondes et les faire réfléchir. Internet est à la recherche scientifique ce que la masturbation est à l’amour."
- L’éducation : "L’instituteur est à la pointe de la création humaine. J’aime répéter la phrase d’Erasme : ‘On ne naît pas homme, on le devient.’ Grâce à la rencontre, seul l’humain peut faire de l’humain. L’homme est l’objet d’une métamorphose. Il y a la nature qui lui donne ses organes, mais il y a, ensuite, l’aventure qui le fait homme grâce à la rencontre. Les instituteurs restent des hommes de passions, ils gardent la flamme mais ils en veulent au ministère d’être enfermés dans des évaluations multiples. Tant qu’on gardera les idées de classements et de notes, cela n’ira pas. Les parents ont tort de les réclamer. Les enfants n’ont à être ni premiers ni derniers. Ils ont à progresser selon leur rythme. Etre premier, c’est stupide, car on ne peut l’être que dans une seule dimension. La note, c’est l’unidimensionnalité. Le goût de la compétition est scandaleux, car c’est vouloir battre les autres. Cela fabrique un gagnant, mais aussi beaucoup de perdants. C’est différent de l’émulation qui est la comparaison avec l’autre pour s’améliorer, alors que la compétition c’est le croc-en-jambe, c’est la destruction de l’autre. […] La compétition n’engendre que des battus. Il faut lui préférer la coopération. A Luxembourg, il y a un lycée sans compétition, ni cotation ni examens et cela marche très bien."
- Un gouvernement planétaire : "A six milliards sur une petite planète, nous devrons bien nous rendre compte qu’on est solidaires. La petitesse même de notre planète nous oblige à prendre des mesures planétaires. L’OMS peut devenir l’embryon d’un ministère mondial de la Santé qui soignera les malades et pas seulement ceux qui peuvent payer pour être soignés."
- Message d’optimisme quand même pour les jeunes : "Ils sont libres de forger leur avenir, sans diktats et, comme le monde est dans un très mauvais état, ils peuvent l’améliorer plus facilement, c’est leur chance."
http://www.lalibre.be/actu/sciences-san ... cdb6e5827e