Le sionisme, me semble être une doctrine galvaudée par les divers et multiples définitions qu'en font les médias et personaités de nos jours (tel que "dieudonné").
En cela, en tant que fervent serviteur du christ et de la sainte église catholique, je sais avec certitude que le judaisme est un précepte du christiannisme et je sais aussi que le Sionisme servirait d'après sa plus naturelle des définitions, le judaisme.
Que me conseillez-vous afin que j'oriente au mieux ma perception envers cette doctrine ? Car de nos jours, on peut facilement se perdre et considérer ce sionisme comme le mal le plus profond de la terre alors que parrallèlement, l'on peut être chrétien et très croyant.
J'ai besoin de vos conseils, comme d'autres après en auront surement aussi besoin...
Merci infiniment par avance et sachez que vos déclarations définiront à jamais (je l'espère) mon point de vue sur le sionisme.
Le mieux que je pourrais faire, en ce cas, ce serait sans doute de vous transmettre le petit topo qui se trouve dans le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, un ouvrage qui est dirigé par diverses personnalités juives impliquées dans le monde universitaire. Vous allez vous rendre compte que le concept n'est pas univoque.
«... le désir des juifs en exil de retourner sur la terre d'Israël (Sion, synonyme de Jérusalem, qui s'applique à tout le pays, d'où le terme moderne de sionisme). Dieu s'était déjà adressé à Abraham et Sarah : «Tu sauras que ceux de la race seront des hôtes dans un pays qui n'est pas à eux [...] ceux de la 4e génération reviendront ici» (Gn 15, 13-16). Dieu menace les Israélites qui n'observent pas ses commandements de les exiler et de les disperser parmi les nations, mais cette menace est accompagnée de la promesse selon laquelle «L'Éternel ton Dieu ramènera tes captifs [...] il se remettra à te rassembler de chez tous les peuples [...] te fera rentrer au pays qu'ont possédé tes pères et tu le posséderas» (Dt 30,1-5). Ce thème fut repris par les prophètes qui exhortaient le peuple à s'amender , le menaçant d'exil, menace accompagnée de la promesse du retour final (cf. Ez 11,17-20; Os 8,10-13; Am 9.14-15; Mi 4,6)
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Le sentiment collectif juif du retour à Sion est le point de convergence d'une mémoire nostalgique, d'une vision utopique et d'une obligation religieuse.
Au fil des siècles, le retour à Sion des juifs, parmi lesquels un nombre important de rabbins célèbres, s'explique par des motivations religieuses. A la fin du XVe siècle, après l'expulsion des juifs d'Espagne et du Portugal, quelques groupes de réfugiés se dirigèrent vers Sion où ils fondèrent le grand centre mystique de Safed. A partir de la fin du XVIIIe siècle, des hassidims et des disciples de Éliyah ben Salomon, le gaon de Vilna, s'installèrent eux aussi dans les «villes saintes» de Jérusalem, Hebron, Tibériad et Safed. Ils se consacraient surtout à l'étude religieuse et nombre d'entre eux avaient fait le voyage pour pouvoir être enterrés dans cette terre sacrée.
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Au XIXe siècle, le concept de retour à Sion subit deux transformations radicales : l'une opérée par le judaïsme réformé, l'autre par le sionisme politique. Le premier qui réinterpréta le judaïsme à la lumière du modernisme et en tenant compte des modifications apportées par l'Émancipation, déclara, à la plateforme de Pittsburgh, en 1885 : «Nous ne nous considérons plus comme une nation, mais comme une communauté religieuse; en conséquence nous n'attendons ni un retour en Palestine [...] ni la restauration des lois propre à un État juif». Ce point de vue implique que la dispersion du peuple juif n'est pas interprétée comme un châtiment divin, mais comme une occasion véritable de diffuser dans le monde les valeurs de la morale prophétique. La contribution des juifs au développement d'une culture universelle et transnationale permettrait d'instaurer «la vérité, la justice et la paix parmi les hommes», contribuant ainsi à la réalisation des espoirs messianiques d'Israël. Depuis, les événements historiques ont modifié l'idéologie réformée. La plateforme de Colombus, en 1937, énonce l'obligation pour tous les juifs d'aider à la création d'un foyer national juif en Palestine, qui serait un refuge pour les opprimés et un centre culturel et spirituel de la vie juive. Au cours des dernières années, le mouvement réformé s'est associé à l'Organisation sioniste et soutient activement l'immigration en Israël.
L'idéologie du sionisme moderne, dont le but est le retour du peuple juif en Israël, fait appel à un certain nombre de concepts qui transforment de fond en comble le retour à Sion. Le projet philanthropique devient politique, le messianisme devient utopie et le religieux se transforme en séculier. La poussée du nationalisme dans toute l'Europe incita les juifs qui avaient conscience d'une identité ethnique et historique à revendiquer une patrie en Israël. Pour certains comme Moïse Hess, en créant sa propre société, le nationalisme juif contribuait à concrétiser la révolution sociale universelle. Pour d'autres, comme Léo Pinker et Théodor Herzl, un État juif permettait de régler le problème juif dans les pays comme la Russie et l'Allemagne, où la montée de l'antisémitisme était grave et préoccupante. D'autres encore, comme Ahad ha-Am, se montraient critiques envers le judaïsme pâle des juifs assimilés d'Occident et appelaient à une renaissance de la culture juive nationale : renaissance d'une langue, d'une littérature, d'une histoire et d'une philosophie juive, uniquement possible dans un foyer national.
Sous l'impact de la modernité, l'idée messianique traditionnelle du retour à Sion a été reformulée en termes rationnels et réalistes par Yehoudah Alkalaï (1798-1878) et Zwi Hirsch Kalischer (1795-1874) qui ont ainsi crée les fondements du sionisme religieux. Mais jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le judaïsme orthodoxe, dans son ensemble, a rejetté et combattu le sionisme politique qui devançait l'intervention divine de retour à Sion et se posait en pouvoir séculier. La plupart de ces juifs ont disparu pendant la Shoah et les survivants (à quelques exceptions près) coopèrent avec l'État d'Israël. Les groupes ultra-orthodoxes n'ont pas tant remis en question la croyance du retour à Sion que les moyens adoptés pour le réaliser.
Source : Dictionnaire Encyclopédique du judaïsme, Geoffrey Wigoder (Dir.) éditeur de l'Encyclopaedia Judaica, adaptation française sous la direction de Sylvia Anne Goldberg, Éditions du Cerf/Robert Laffont, coll. «Bouquins», 1996, 1635 p. (cit. «Sionisme», pp.955-958)
Note : les [...] en rouge sont de moi, autrement les parenthèses seront bien présentes dans le corps même du texte de l'article original.