Jean-Jacques Rousseau et les penseurs du XVIII° siècle
Publié : dim. 05 janv. 2014, 14:10
Puisqu'on parle ici de Rousseau et de ses "Confessions " je me permets d'ajouter à défaut des miennes, les souvenirs d'une charmante professeur d'Université du Québec.
Lors d'un séjour dans une ’Université du Québec j’ai fait la connaissance d’une jeune et jolie fille un peu plus âgée que moi certes qui venait d’être chargée d’enseignement. (Moi je devais encore poursuivre mes études dans une université parisienne ).
Sa rapide et (déjà) belle carrière de professeur d'université mais surtout d’auteur, ainsi que le temps écoulé depuis, m’autorise à dire son nom. Il s’agit de Caroline Mineau. J'avais pour elle une grande admiration tant pour sa jolie personne que pour son érudition.
Vous avez sa photo ci-dessous (regardez puis cliquez sur la flèche "retour arrière" de de votre navigateur) pour revenir ici.
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... photo.html
Je rappelle d’abord les premières lignes des Confessions de Rousseau , page que l’on connait depuis le lycée :
" Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu. Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : " Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon; et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là."
Commentaire de Caroline Mineau :
"À n’en point douter, écrit Caroline Mineau, c’est bien aux hommes que Rousseau veut se révéler, mais cette adresse à Dieu lui donne l’avantage de pouvoir traiter d’injuste quiconque le condamnera : on ne se présente pas devant l’Être éternel, qui connaît l’intérieur de chacun, en tenant à la main un livre rempli de mensonges. Autrement dit, pour persuader le public incrédule de sa véracité, Rousseau soutient qu’il serait prêt à y jouer son salut et va jusqu’à nous mettre au défi de faire de même.
Il tient à souligner d'abord l'énormité de la faute dans des termes qui parfois ne manqueront pas de paraître excessifs ! comme le mensonge sur le ruban (ou ridicule comme la fessée que lui inflige la fille Lambercier).
Ensuite, il prétendra expliquer les circonstances de cette faute pour aboutir à la même protestation : "il ne faut point juger les hommes par leurs actions" . Rousseau affirme son désir de sincérité : il pourrait dire le bien comme il pourrait dire le mal, il se place sous le regard de Dieu, notamment par l'usage d'un titre en référence à celui utilisé par Saint Augustin. Il invoque la nature humaine, et revendique le droit de ne pas se souvenir, où le dernier argument est illustré par "quelques ornements indifférents". Seulement, "quelques" est un mot extrêmement vague, "indifférent" n'a pas de prise réelle sur les choses et le mot "ornement" signifie qu'il va placer ses souvenirs sur le plan esthétique. Ainsi Rousseau va faire œuvre littéraire et non pas œuvre de confession : ses dites "confessions" ne le sont d'ailleurs pas, dans le sens où une confession est privée entre un membre de l'Eglise et un pécheur. Il n'éprouve ni remords, ni repentirs. Il est constamment dans la justification permanente.
Dans une confession on attend un jugement de Dieu, alors qu'ici Rousseau se juge lui-même. Il n'y a pas de relations de subordinations : "je viendrais, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge". Rousseau fait donc preuve d'une attitude extraordinaire d'orgueil. Tous les garants de la vérité qu'ils invoquent dans le texte s'écroulent d'eux même. Rousseau ne peut s'empêcher de transformer la réalité : dans la formulation "méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été" nous avons l'impression d'un parallélisme parfait. Mais il y a, sans doute sans le vouloir, un trucage de la vérité : méprisable et vil sont deux adjectifs négatifs - où vile a un sens quasiment sociable : les vilains étaient les gens du peuple. Peut-on reprocher à Rousseau d'être du peuple ? - s'opposent aux trois adjectifs "bon, généreux, sublime" écrits en gradation. Le mot "sublime" étant très important à la fin du XVII°siècle (il doit être pris dans son sens premier :" qui va en s'élevant " C'est celui qui est prêt à passer le seuil de l'au-delà, celui qui est en proie à une élévation extraordinaire.
C'est donc dans cette simple formulation que l'on peut voir que Rousseau ne va pas être sincère.
Il avoue avoir oublié le nombre de bébés que lui a donné sa compagne alors que c’est lui-même qui les portait dès leur naissance aux « enfants trouvés ». De nuit, et dans ce tourniquet qui garantit l’anonymat, il plaçait le nouveau-né qui était recueilli par une « bonne sœur » dès sa fermeture ! De l'autre côté. Il suffisait de le faire tourner sans bruit. Le dispositif permettait de ne plus entendre les éventuels vagissements de l’enfant ! Combien en a-t-il déposé ? Il avoue l’avoir oublié. En fait il pense nous toucher par son ignorance. Et puis "n’avons-nous pas disait-il, la faculté naturelle d’oubli ! "
Beaumarchais écrira de lui : " Il avait la tête froide d'un homme et le cœur brûlant d'une femme. J’ai remarqué que cet ensemble, cet hermaphrodisme moral, est moins rare qu'on ne le croit. " (Beaumarchais, dans La Mère coupable).
Ce que j'ajoute :
Voltaire, lui, avait au moins, un peu de courage et même de la compassion (!) pour les victimes de fanatismes. (exemple: l'affaire Calas)
Rousseau, lui, avait cru un temps faire carrière dans la comédie musicale (certaines figurent dans des leçons de musique) puis dans l'écriture même de la musique !. On peut trouver chez lui un certain talent littéraire (et encore!) mais par ailleurs il ne laisse que l'expression de sa veulerie et sa lâcheté.
Ces leçons de pédagogie paraissent bien fades. Il rejette les "Fables de La Fontaine sous le prétexte qu'elles évoquent la mythologie qu'il faut cacher au enfants ! On approuvera tout au plus son éloge de "l'apprentissage" des métier que l'on doit introduire dans l'éducation de tous y compris les enfants d'aristocrate. (l'Emile)
Des photos du Québec :
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... ine_L.html (ses livres)
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... texte.html
http://www.cegep-ste-foy.qc.ca/freesite ... hp?id=6781 (les membres du département Philo)
http://www.universitesquebecoises.ca/sh ... ntenuID=86
Mais le lien ci-dessous a peu de choses à voir avec ce qui précède. (J'y donne quelques articles) :
http://lafautearousseau.hautetfort.com
Lors d'un séjour dans une ’Université du Québec j’ai fait la connaissance d’une jeune et jolie fille un peu plus âgée que moi certes qui venait d’être chargée d’enseignement. (Moi je devais encore poursuivre mes études dans une université parisienne ).
Sa rapide et (déjà) belle carrière de professeur d'université mais surtout d’auteur, ainsi que le temps écoulé depuis, m’autorise à dire son nom. Il s’agit de Caroline Mineau. J'avais pour elle une grande admiration tant pour sa jolie personne que pour son érudition.
Vous avez sa photo ci-dessous (regardez puis cliquez sur la flèche "retour arrière" de de votre navigateur) pour revenir ici.
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... photo.html
Je rappelle d’abord les premières lignes des Confessions de Rousseau , page que l’on connait depuis le lycée :
" Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu. Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : " Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon; et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là."
Commentaire de Caroline Mineau :
"À n’en point douter, écrit Caroline Mineau, c’est bien aux hommes que Rousseau veut se révéler, mais cette adresse à Dieu lui donne l’avantage de pouvoir traiter d’injuste quiconque le condamnera : on ne se présente pas devant l’Être éternel, qui connaît l’intérieur de chacun, en tenant à la main un livre rempli de mensonges. Autrement dit, pour persuader le public incrédule de sa véracité, Rousseau soutient qu’il serait prêt à y jouer son salut et va jusqu’à nous mettre au défi de faire de même.
Il tient à souligner d'abord l'énormité de la faute dans des termes qui parfois ne manqueront pas de paraître excessifs ! comme le mensonge sur le ruban (ou ridicule comme la fessée que lui inflige la fille Lambercier).
Ensuite, il prétendra expliquer les circonstances de cette faute pour aboutir à la même protestation : "il ne faut point juger les hommes par leurs actions" . Rousseau affirme son désir de sincérité : il pourrait dire le bien comme il pourrait dire le mal, il se place sous le regard de Dieu, notamment par l'usage d'un titre en référence à celui utilisé par Saint Augustin. Il invoque la nature humaine, et revendique le droit de ne pas se souvenir, où le dernier argument est illustré par "quelques ornements indifférents". Seulement, "quelques" est un mot extrêmement vague, "indifférent" n'a pas de prise réelle sur les choses et le mot "ornement" signifie qu'il va placer ses souvenirs sur le plan esthétique. Ainsi Rousseau va faire œuvre littéraire et non pas œuvre de confession : ses dites "confessions" ne le sont d'ailleurs pas, dans le sens où une confession est privée entre un membre de l'Eglise et un pécheur. Il n'éprouve ni remords, ni repentirs. Il est constamment dans la justification permanente.
Dans une confession on attend un jugement de Dieu, alors qu'ici Rousseau se juge lui-même. Il n'y a pas de relations de subordinations : "je viendrais, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge". Rousseau fait donc preuve d'une attitude extraordinaire d'orgueil. Tous les garants de la vérité qu'ils invoquent dans le texte s'écroulent d'eux même. Rousseau ne peut s'empêcher de transformer la réalité : dans la formulation "méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été" nous avons l'impression d'un parallélisme parfait. Mais il y a, sans doute sans le vouloir, un trucage de la vérité : méprisable et vil sont deux adjectifs négatifs - où vile a un sens quasiment sociable : les vilains étaient les gens du peuple. Peut-on reprocher à Rousseau d'être du peuple ? - s'opposent aux trois adjectifs "bon, généreux, sublime" écrits en gradation. Le mot "sublime" étant très important à la fin du XVII°siècle (il doit être pris dans son sens premier :" qui va en s'élevant " C'est celui qui est prêt à passer le seuil de l'au-delà, celui qui est en proie à une élévation extraordinaire.
C'est donc dans cette simple formulation que l'on peut voir que Rousseau ne va pas être sincère.
Il avoue avoir oublié le nombre de bébés que lui a donné sa compagne alors que c’est lui-même qui les portait dès leur naissance aux « enfants trouvés ». De nuit, et dans ce tourniquet qui garantit l’anonymat, il plaçait le nouveau-né qui était recueilli par une « bonne sœur » dès sa fermeture ! De l'autre côté. Il suffisait de le faire tourner sans bruit. Le dispositif permettait de ne plus entendre les éventuels vagissements de l’enfant ! Combien en a-t-il déposé ? Il avoue l’avoir oublié. En fait il pense nous toucher par son ignorance. Et puis "n’avons-nous pas disait-il, la faculté naturelle d’oubli ! "
Beaumarchais écrira de lui : " Il avait la tête froide d'un homme et le cœur brûlant d'une femme. J’ai remarqué que cet ensemble, cet hermaphrodisme moral, est moins rare qu'on ne le croit. " (Beaumarchais, dans La Mère coupable).
Ce que j'ajoute :
Voltaire, lui, avait au moins, un peu de courage et même de la compassion (!) pour les victimes de fanatismes. (exemple: l'affaire Calas)
Rousseau, lui, avait cru un temps faire carrière dans la comédie musicale (certaines figurent dans des leçons de musique) puis dans l'écriture même de la musique !. On peut trouver chez lui un certain talent littéraire (et encore!) mais par ailleurs il ne laisse que l'expression de sa veulerie et sa lâcheté.
Ces leçons de pédagogie paraissent bien fades. Il rejette les "Fables de La Fontaine sous le prétexte qu'elles évoquent la mythologie qu'il faut cacher au enfants ! On approuvera tout au plus son éloge de "l'apprentissage" des métier que l'on doit introduire dans l'éducation de tous y compris les enfants d'aristocrate. (l'Emile)
Des photos du Québec :
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... ine_L.html (ses livres)
http://classiques.uqac.ca/contemporains ... texte.html
http://www.cegep-ste-foy.qc.ca/freesite ... hp?id=6781 (les membres du département Philo)
http://www.universitesquebecoises.ca/sh ... ntenuID=86
Mais le lien ci-dessous a peu de choses à voir avec ce qui précède. (J'y donne quelques articles) :
http://lafautearousseau.hautetfort.com