Bonsoir Charles,
Vous écrivez
Il n'est pas si évident qu'un tel système puisse fonctionner avec d'un côté, un corrélatif qui cherche à vendre le produit le plus cher et un autre corrélatif qui cherche à acquérir le produit le moins cher.
Ben justement, il fonctionne. C’est peut-être ce que vous lui reprochez. Et ceux qui en étaient exclus veulent y entrer, de Varsovie à Shanghai. Cela ne prouve pas qu’il soit le meilleur régime économique possible, mais le meilleur connu.
tout est fondé sur le désir [d]'acquérir le produit le plus cher
Il n’y aurait rien de moralement répréhensible à ce désir. Mais, à la volée, je pense que votre hypothèse ne se vérifie que dans deux cas :
1. les cadeaux.
Un parfum,
Joy de Patou, a fondé toute sa stratégie commerciale dans les années 60 en se proclamant ‘le parfum le plus cher’. La femme qui le recevait savait que l’homme qui le lui offrait n’était pas mesquin.
Une variante du cadeau dans une autre dimension, mais qui a compté économiquement, est évidemment la construction d’édifices religieux et leur ameublement, fondée sur le principe que rien ne doit être économisé ‘pour la plus grande gloire de Dieu’.
2. les consommations ostentatoires
Thorstein Veblen a bien analysé le phénomène. Mais contrairement à Dieu, les voisins et les invités ne sondent pas les reins et les cœurs. La tricherie est admise. Il ne s’agit pas d’acquérir et d’exhiber le produit le plus cher, mais celui qui
apparaît le plus cher. Si je peux acheter un yacht pour 3 millions, alors qu’il figure pour 4 au catalogue, vais-je m’en priver ? Le but est donc bien d’acheter la meilleure qualité (celle qui ‘en jette’) au meilleur prix. CQFD.
La concurrence joue dans ce domaine de l'ostentation aussi, et comme ailleurs, elle tasse les prix. Elle ne peut cependant multiplier des objets uniques. On a cessé de fabriquer du terrain au fond d’une calanque provençale il y a qqs millions d’années, et des tableaux de Caravage depuis 4 siècles. La concurrence dans ce domaine ne peut donc porter sur une augmentation de l’offre; elle se concentre sur des produits de substitution (la Floride, c’est mieux que la Méditerranée ; la mode n’est plus au Caravage, mais aux Impressionnistes – ces exemples sont bidons, mais ils illustrent une réalité sur laquelle je n’ai pas le temps de me documenter).
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Voilà, je crois, les exceptions. Pour tous les autres produits, la logique capitaliste requiert la production de masse. Et comme aucun producteur ne peut produire suffisamment vite pour saturer le marché avant l’apparition de la concurrence (et s’il le faisait, la concurrence sortirait un produit de deuxième génération), la tendance est à la baisse des prix. Hourra!
on peut aussi se demander si dans tout ce marché des gagdets technologiques : ordinateurs, téléphones sans fil, appareils photo numériques, magnétoscopes, DVD, écrans plats, etc. leur succès commercial serait aussi important s'ils ne commençaient pas par être justement "le plus cher" au moment où ils sont mis pour la première fois sur le marché, hors de portée des consommateurs moyens et réservés d'abord aux plus riches,
Il peut être amusant d’être le premier à se pavaner dans une automobile, mais n’est-on pas un peu ridicule s’il n’y a pas de routes ? Et il n’y aura de routes dans un marché libre que si le nombre de voitures – un très grand nombre, en fait - le justifie.
De même, pour tous les gadgets. Les premiers qui ont acheté un fax, un téléphone portable, un modem, ne l’ont fait qu’avec l’assurance que sous peu ils pourraient converser avec toutes leurs connaissances. Magnétoscopes, DVD, écrans plats...., n’ont d’intérêt que pour l’étendue de ce qui sera projeté, et donc les acheteurs doivent compter qu’ils seront très nombreux pour inciter les producteurs de films et d’émissions.
tenter de me vendre un ipod comme une "solution", c'est supposer que j'ai un problème que telle entreprise est capable de résoudre pour moi, moyennant finances
Je n’ai pas d’ipod (ni de télévision, ni d’appareil photo numérique, ni de voiture, ni de magnétoscope, et mon seul écran plat est celui de l’ordinateur portable avec lequel j’écris ces lignes). Je n’ai pas besoin de la ‘solution’. Mais qui serais-je pour affirmer que d’autres ne connaissent pas le problème ?
Je n’ai pas le pb de passer 1h dans le métro chaque jour, mais celui qui l’a est peut-être bien content d’écouter de la musique. Parce que je me passe de baladeur, je devrais l’en priver ? Les gens qui ne sortaient jamais de leur village avant 1820, avaient-ils besoin du train ? Une des grandes lois de l’économie (celle de Say) est que l’offre crée sa demande. Des enfants qui n’auraient jamais envoyé une carte postale à leurs parents leur adressent des courriels quotidiens. Je ne vois pas ce qui vous gêne dans ces phénomènes.
Et je me demande si consommer ce n'est pas toujours aussi consommer au-dessus de ses moyens avec comme horizon la consommation de ceux qui achètent le plus cher : rolls-royces, avions, diamants, villa à Monaco, etc... et comme environnement quotidien le crédit à la consommation et le surendettement.
C’est vrai pour certains, et loin de l’être pour tous. Je vous ferai deux réponses, l’une désabusée, l’autre enthousiaste.
La désabusée est de remarquer que
toutes les alternatives économiques connues n'ont pas évité les famines ; je préfère encore le risque du surendettement….
Mon enthousiasme, je l’éprouve devant l’ingéniosité, la beauté, l’audace, l’effronterie de tous ces produits que vous citez. N’êtes-vous pas émerveillé ? Je vais vous faire une confidence. Pour moi, une des expériences les plus exaltantes, qui me réjouissent en qualité d’être humain, est de flâner dans un supermarché. Imaginez-vous la merveilleuse coopération d’hommes et de femmes qui a produit, emballé, transporté, financé, présenté cette abondance, cette variété, des fruits de la terre ?
Qu’elle était sordide, l’épicerie de mon enfance !
Confiance.
Christian