Un croyant-Dieu dira : l'extraordinaire complexité de la Création ne laisse que peu de place au hasard, la science le prouve tous les jours. Que la vie soit alors que tout concoure à ce qu'elle ne soit pas, c'est une quasi preuve de Dieu.
Un athée dira : Ça n'est pas du tout une preuve. Comme le disait Bergson :
Le possible n'est que le réel avec, en plus, un acte de l'esprit qui en rejette l'image dans le passé une fois qu'il s'est produit. Autrement dit, rien ne fait passer une chose du possible à l'être, c'est une illusion que se forme l'esprit quand elle est au contact du présent. Il y a une radicale nouveauté du présent, et en ce sens rien en permet d'inférer de la contemplation du présent un acte créateur conscient ayant fait passer le possible au statut de réel. Nous nous extasions devant ce qui est en nous demandant qu'il est merveilleux que cela soit, mais en réalité nous ne pouvons pas savoir et ne saurons jamais tout ce qui n'a jamais été et aurait pu être. Car le possible n'est que le présent rejeté dans le passé.
L'argument "athée" fondamental, celui qui nie toute légitimité à la réflexion métaphysique, n'est certainement pas partagé par beaucoup d'athées auto-proclamés. En fait, nous pouvons dire qu'il doit y avoir à peu près autant, sinon plus, de "mauvais athées" que de "mauvais cathos"
Mais cet argument est sérieux et fondamental.
La réflexion de Bergson sur le possible et le réel est puissante et séduisante mais elle butte sur l'existence bien réelle de permanences (de "lois") dans le monde, aussi bien physiques qu'anthropologiques. Il y a quelque chose de "forcé" dans cette contemplation bergsonienne de la radicale nouveauté du présent. Car nous le savons tous, même si nous ne pouvons prédire l'avenir, même si le futur n'est jamais réductible aux possibles que nous imaginons, même s'il est plus facile de dire "on l'avait bien dit", que "voilà ce qui sera", il reste qu'il y a des choses bien permanentes et que toute "prédiction" de l'avenir n'est pas absolument vaine (voir l'extraordinaire "Meilleur des mondes" d'Huxley, entre autre).
Mais l'argument fait tout de même mouche et abime sérieusement l'extase devant l'Être : oui, nous nous extasions devant ce qui est, surtout depuis que nous savons à quel point cela aurait pu ne pas être. Mais en déduire que c'est une preuve qu'une intelligence est à l'oeuvre, n'est-ce pas aller un peu vite en besogne ? Je veux dire : si cela n'avait pas été, la question ne sera pas posée car nous ne serions pas là, et c'est tout.
C'est juste.
Mais il reste une chose contre lequel l'argument bergsonien ne peut rien : l'être, instinctivement, est en quête de la cause de l'être. On peut penser que cela relève de l'anthropocentrisme, on peut penser que cela relève d'une illusion des schèmes de notre esprit, il reste que cela est : l'homme ne se satisfait pas du hasard. Le langage courant le prouve (même celui de la vulgarisation scientifique sur ces questions).
Le christianisme dispose d'une anthropologie complète permettant d'expliquer cela et de le relier au désir de justice, à la quête de l'amour, également propre à l'humanité entière.
Les tenanciers du hasards et de l'illusion anthropocentrique n'ont qu'un seul mot : c'est ainsi, il y a le hasard, et l'homme ne peut le comprendre naturellement. Point.
Alors personnellement, je constate deux choses :
1) Nous touchons dans les deux cas les limites de la raison humaine.
Dans les deux cas, un acte de foi, l'un en un Dieu Créateur qui répond au désir de Vérité, de Justice et d'Amour, et l'autre dans le Hasard, qui ne répond à rien, sinon qu'il laisse "sauf" la science de toute inclusion du discours métaphysique en son sein.
2) Seule la foi en un Dieu créateur répond à des aspirations universelles et atemporelles de fait, l'autre ne parle que d'illusions.
Une méthode très raisonnable :
À choisir entre deux propositions rationnellement égale, estimons préférable celle qui permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure.
L'option du Dieu Créateur répond objectivement à des questions essentielles de l'humanité, l'option du Hasard n'explique rien sur ces points sinon que ce sont des illusions.
Nous pouvons rationnellement et objectivement estimer comme supérieure l'option "Créationniste" (pour utiliser un gros mots pour nos contemporains).
Je ne suis pas dupe, cela ne suffit pas à passer de l'athéisme à la foi. Je le sais d'expérience. Cependant, il s'agit là pour moi d'une certitude forte : la Vérité doit rendre compte de l'homme dans sa totalité.