Ami a écrit :Non effectivement les événements ne vous demandent pas votre avis pour que les choses se produisent telles qu'elles se produisent...
Les choses se produisent, c'est indéniable.
La manière dont on les interprète pour leur donner sens, ça, on peut en discuter.
Il fut un temps où on voyait le jour se lever, puis la nuit tomber, et on en déduisait que le Soleil tournait autour de la Terre. Depuis, on a compris que c'était une illusion, même si on constate toujours les mêmes phénomènes de jour et de nuit.
Il y a des gens dont l'âme et le corps ne peuvent être en conformité, et c'est comme ça.
Eh non, ce n'est pas "comme ça". Pour écrire une telle phrase, vous supposez l'existence de quelque chose appelée "âme",
distincte de quelque chose appelée "corps", qui généralement sont supposés être en conformité, mais parfois ne le sont pas. Comme je le montrerai plus bas, vous supposez même qu'en fait, la personne est une âme, et que certaines ont le malheur de voir leur âme placée dans un corps "non conforme".
Je pense que cette façon de concevoir l'être humain est une illusion.
Cela ne nie pas la souffrance liée au fait de ressentir son "genre" comme différent de son "sexe". Mais je n'assimile pas le corps au sexe, ni le genre à l'âme.
Je sais aussi, parce que c'est très présent dans les témoignages de ces personnes, que nombre d'entre elles se décrivent comme "enfermées dans un corps qui ne correspond pas à qui elles sont". Je ne nie pas ce ressenti qu'ont ces personnes : il est bien réel. Mais je pense que les inciter à rester dans cette perception erronée de la nature humaine les enferme dans leur souffrance, au lieu de les en libérer. Parce que quoi qu'on fasse à leur corps, tant qu'elles continuent à se sentir enfermée dans un corps qui n'est pas le leur, ça n'ira jamais : il y aura toujours cette plaie béante en elle, cette idée que leur corps n'est pas elles.
Je suis ravis de voir qu'à présent vous revenez sur vos propos
Je ne suis revenu sur aucun de mes propos.
pour affirmer quelque chose qui s'approche du fait que finalement changer le regard des gens plutôt que de contraindre les personnes à des opérations de conformation systématique ne soit pas une si mauvaise chose. Mais malheureusement parfois ce n'est pas suffisant.
Je n'ai jamais dit que ce serait toujours suffisant.
Au contraire, j'ai écrit que je ne pense pas qu'il y ait de solution valable en tout cas, et que c'est pour chaque personne, dans son cas particulier, qu'il faudra l'aider à élaborer une solution.
Mais je suis convaincu qu'une partie du problème est d'ordre social, et qu'une évolution du regard social contribuerait probablement à une diminution des souffrances (diminution, pas disparition).
Vous n'avez alors que le choix de changer votre apparence pour que votre genre devienne explicite par votre corps, chose que les gens "dans le bon sens" comme vous dites ont la chance d'avoir de façon innée.
1/ Je n'ai jamais écrit "les gens dans le bon sens". J'ignore qui vous êtes en train de lire, mais ce n'est pas moi. Merci de ne pas me prêter de propos que je n'ai jamais tenus.
2/ Vous n'avez pas d'autre choix que de changer l'apparence ? Pourquoi ce parti pris ? Que je sache, ce corps n'est pas malade. Il n'y a donc aucune raison de privilégier la médecine somatique sur la médecine psychologique.
Heureusement que dans la réalité, les équipes qui accompagnent ces personnes travaillent sur les 2 simultanément...
Voilà comment je perçois votre parti pris : la "vérité" de la personne, c'est l'âme (en l'occurrence, sa psychée, que vous assimilez rapidement à l'âme). Le corps n'est qu'une enveloppe matérielle destinée à contenir l'âme. Par conséquent, il faut modeler le corps pour le faire correspondre à l'âme.
Ce qui se trahit dans votre choix de vocabulaire : vous parlez de "se sentir" homme ou femme (de l'ordre de la perception de soi-même, donc de la psychée), mais "d'avoir" un corps, comme un bien que l'on possède.
Hors on n'
a pas un corps, on n'
a pas une âme. On
est un corps, on
est une âme. On est simultanément et indissociablement un corps et une âme. La guérison intérieure ne peut commencer que si l'on cherche à unifier son corps et son âme. Pas si on s'obstine à vouloir les séparer : on ne fait qu'entretenir la plaie béante qu'on a en soi.
C'est vraiment là quelque chose d'important quand on est chrétien : si on avait un corps, au lieu d'être un corps, alors il n'y aurait pas besoin de la résurrection des corps. Il suffirait d'être doté d'un nouveau corps, en remplacement. Un peu comme on peut installer le même logiciel sur un nouvel ordinateur, plus récent, plus puissant. C'est d'ailleurs ce que beaucoup espèrent, en réalité : recevoir un nouveau corps, parce que celui qu'ils sont actuellement ne leur plait pas beaucoup...
Et considérer l'âme indépendamment du corps et réciproquement, donc les séparer, c'est exactement ce que vous faites, et visiblement vous ne vous en rendez même pas compte
Oui effectivement, puisqu'il existe une différence entre âme et corps, sinon il n'y aurait pas deux mots différents pour parler d'une même chose, votre corps ce n'est pas votre âme et inversement... Vous essayez de me faire dire n'importe quoi en plus

Ce n'est pas parce qu'on a 2 mots qu'ils désignent deux réalités dissociées. On peut très bien avoir deux mots qui parlent d'une seule chose, vue de points de vue différents.
Un électron est à la fois une onde et une particule. Une onde et une particule, ce sont deux mots différents, et apparemment ce sont deux choses bien différentes. Et pourtant, un électron, c'est les deux. Vous ne pouvez pas manipuler la particule sans que ça n'ait de conséquences sur son aspect ondulatoire. Et vice-versa, vous ne pouvez pas manipuler l'onde sans conséquences sur la particule. L'électron est les deux à la fois, non pas l'un et l'autre, en addition, mais simultanément, de manière indissociable, si ce n'est sous l'illusion des apparences.
Il en est un peu de même pour l'homme, qui est à la fois corps et âme, indissociablement. Vous ne pouvez pas agir sur l'un sans effet sur l'autre.
Silica a écrit :Peut-être faut-il changer de vocabulaire : qu'entend-on par "âme" ? Pour moi c'est un mot qui désigne un concept religieux et dont l'existence même, justement, induit une séparation stricte d'avec le corps. Lorsqu'on parle de psyche, on est moins catégorique.
"Âme" est un concept que nous avons hérité de la philosophie grecque (Platon et Aristote notamment, qui en avaient chacun une conception différente), ce n'est pas initialement un concept religieux.
Le christianisme l'a repris, car il s'est beaucoup appuyé sur la philosophie pour comprendre sa foi. Mais ce n'est pas un concept biblique. L'Ancien Testament ne parle pas de corps et d'âme. St Paul introduit une notion de corps, mais dans un sens très, très différent de ce dont nous discutons actuellement.
C'est comme séparer la forme et le fond en littérature ou en arts plastiques : c'est possible dans le langage, conceptuellement, mais en fait à s'y attarder c'est impossible car forme et fond sont liés inextricablement, l'une n'existe pas sans l'autre, et ne s'explique l'une sans l'autre.
Exactement. C'est un très bon exemple. Bien meilleur que mon électron.
Dans le cas de la transidentité, on ne parle pas de la psyche dans son ensemble mais juste de la partie d'identification à un genre... Il n'y a pas là une rupture absolue.
Et vous qui connaissez un peu la question (du moins c'était mon impression dans nos discussions précédentes), vous savez bien que dans ces cas, on aborde la personne dans sa globalité, et pas juste en se préoccupant de cette partie de la psyche.