Soirée électorale au Québec

« Par moi les rois règnent, et les souverains décrètent la justice ! » (Pr 8.15)
Cinci
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Soirée électorale au Québec

Message non lu par Cinci »

Hier, tous les électeurs étaient conviés à élire le prochain gouvernement du Québec. Résultat des courses ? Le parti libéral du Québec.

Pour vous représenter un peu toute l'affection que j'éprouve envers ce parti politique de ''gouvernance naturelle'' au Canada, il vous suffirait de penser à tout l'adulation envers le parti marxiste-léniniste que l'on pourrait trouver chez le Gyrovague en guise d'exemple. Je blague ...

Mais

Le parti libéral du Québec, c'est le parti : anti-québec, pro-assimilassionniste, pro-anglicisation des francophones, favorable à la haute finance, allié à la corruption érigée en système, pro-économisme primaire, adorateur du nouveau «totalitarisme sans État» qui pousse ... et je rajoute ... malheureusement, mais c'est ça quand même ... le parti de l'establishment bourgeois et qui reçoit l'aval (parce que bourgeois «rassurant») d'une outrageante majorité des membres de l'Église catholique, des croyants qui préféreraient encore le niveau de vie collectif de la république d'Haïti plutôt que de risquer déplaire à des banquiers de New-York.

C'est juste pas possible. Pas possible ...

[...]

Les mêmes libéraux qui gouvernaient aussi la ville de Montréal pendant près de dix ans - qui auront laissé sciemment s'installer un système «mafieux» afin d'engraisser une poignée d'affairistes (dont plusieurs étrangers) avec la collaboration de plusieurs fonctionnaires achetés, véreux, et lorsque le tout était réalisé au détriment des citoyens bien entendu -, furent réélus en 2009 ... Oui, après que même tous les médias au Québec (une première dans l'histoire canadienne) n'auront fait que mettre en garde les citoyens contre la corruption de ce parti, nous déballant scandale après scandales ... Réélus !

Le maire libéral pourri-corrompu fut réélu en 2009 ! Pour parvenir enfin à «dégommer» le maire libéral pourri de l'hôtel de ville, il aura fallu non pas une élection régulière mais la mise sur pied d'une commission spéciale d'enquête anti-corruption (la commission Charbonneau), et ce, à l'instigation du parti québécois de Pauline Marois ... parti qui vient justement d'être défait ce 7 avril 2014.

Présentement, les citoyens du Québec viennent de réélire le parti libéral pour gérer la province de Québec, parti qui aura toujours refusé (Pour cause !) de mettre en place une commission d'enquête afin de faire la lumière sur la corruption. A quoi peut-on s'attendre ?

[...]

On se rappelle que la vague considérable de manifestations étudiantes du printemps 2012 avaient également pour but implicite de chasser du pouvoir le parti libéral du Québec, de nous expédier (à tout jamais; on l'aurait bien souhaité) ce parti dans le limbo du temps des patriarches.

Eh bien, l'allègement démocratique aura été de courte durée ... à peine une quinzaine de mois. Donc, un «purgatoire de quinze mois» pour un parti qui règne sur le système de la corruption depuis près de quinze ans.



Explication

Parmi les raisons qui favorisent «structurellement» le parti du ''clan des Calabrais'' (pro-assujettissement à l'argent, aux parrains qui sont «raisonnables»), on compte au Québec sur le fait de la fracture ethnique ou culturelle, et ensuite sur le fait de l'existence de tiers partis qui servent à diluer le vote des francophones au Québec.

Pour moi, tout cela représente un très très grand souci. Vous pouvez me croire. Souci ? Oui. Lequel ? Eh bien, l'installation systémique d'un perpétuel déni de démocratie au Québec.

J'entrevois à très court terme la totale impossibilité pour les Québécois (descendants de colons partis du port de La Rochelle) de se choisir un gouvernement travaillant dans l'intérêt réel de la majorité des citoyens. Un système de votation tourné en farce plutôt, en comédie italienne ... un peu à l'instar des élections aux États-Unis, qui ne changent rien à rien pour les noirs, dans un cercle vicieux qui fait que «sachant le prochain gouvernement national ne pas pouvoir s'occuper des intérêts des noirs, alors les noirs ne se déplacent pas non plus le jour du vote ... venant renforcir le fait que les partis n'ont pas à s'occuper des intérêts réels des noirs», etc.

De fait ...

Le parti libéral peut compter sur le vote captif des immigrants (majoritairement anglophones), des juifs (majoritairement anglophones), des anglais purement et simplement ... lesquels n'admettront jamais la moindre mesure de gouvernement pouvant être instauré au bénéfice de la majorité française (toute relative) au Québec. À l'ouverture de n'importe quelle campagne électorale, les libéraux bénéficient d'un appui inébranlable du tiers des électeurs au Québec. C'est tout un handicap. Ainsi, les dés sont un peu pipés.

Et alors le reste de l'électorat (une majorité locale qui est francophone) n'a plus qu'à se diviser et se disputer contre lui-même, les francos étant bien les seuls dans cette histoire à pouvoir se montrer volages ou «infidèles» au parti qui s'afficherait clairement en faveur de leur intérêt national.

En un mot, pour qu'un gouvernement «autre» que celui des libéraux soit élu au Québec, il y prend des circonstances vraiment «hors de l'ordinnaire» et qui fassent en sorte que pratiquement tous les francos ne pourraient vraiment plus souffir les libéraux, il faudrait bientôt que les libéraux assassinent du monde au grand jour, ou que le chef du parti commence à opérer lui-même un réseau de prostitution enfantine !

:-[
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Kerniou
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Re: Soirée électorale au Québec

Message non lu par Kerniou »

Merci pour ces infos, Cinci. Le sort de nos cousins québécois nous intéresse toujours. "Les maudits français" que nous sommes ne sont pas indifférents au devenir des francophones de la belle province...
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.
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Re: Soirée électorale au Québec

Message non lu par Cinci »

  • «Le parti libéral du Québec a repris les rênes du Québec hier. Le purgatoire n'aura duré que dix-huit mois. Je dis purgatoire parce que les libéraux avaient quitté le pouvoir dans un contexte d'allégations nombreuses qui avaient forcé la création de deux commissions d'enquêtes. Mais, au fond, le PLQ n'avait pas été éconduit hors du pouvoir dans la honte, ils n'avaient eu que quatre sièges de moins que le Parti québécois en 2012, malgré tout.

    Pour combien de temps les libéraux sont-ils maintenant au gouvernement ? Depuis quelques années, je me suis fait à l'idée qu'à partir du milieu des années 2020, le Parti libéral était destiné à s'installer au pouvoir pour une très longue période. Quand je dis longue, je parle de ne plus revoir d'autre parti au pouvoir de mon vivant. J'ai 43 ans.

    En observant les résultats de 2012 et ceux d'hier, je dois avouer que je m'interroge sincèrement à savoir si mon pronostic n'a pas été simplement devancé. Le Parti libéral ne pouvait pas être plus amoché dans son image qu'en 2012 et il a maintenant un plancher de 50 circonscriptions. Quelques mois plus tard, les voici remariés au Québécois.

    Des comtés acquis

    Je sais que le sujet du vote des communautés culturelles est délicat. Ce vote n'est pas complètement monolithique, mais laissons les chiffres parler froidement : le vote des non-francophones et des communautés culturelles s'exprime en faveur du Parti libéral dans des proportions renversantes. Compte tenu du vieillissement et de l'immigration, il s'ajoute grosso modo une circonscription libérale chaque année et demie au Québec.

    A chaque élection, de nouvelles circonscriptions tombent dans le camp libéral automatiquement. Quand je suis entré en politique, le comté d'Anjou pouvait changer de camp. Aujourd'hui, il n'y a plus d'enjeu, on le donne aux libéraux avant de commencer. De la même façon, d'ici quelques années, les six circonscriptions de Laval vont devoir être étiquettées libérales comme l'Ouest de Montréal. Quand on part avec 50 sièges sûrs, il est naturel de recruter de bons candidats et de profiter de cette longueur d'avance qui garantie presque la victoire.

    [...]

    La permanence du Parti libéral au pouvoir m'apparaît une donnée fondamentale du paysage politique à moyen terme. Pour reconfigurer le système et casser une telle tendance, il faudrait briser la mainmise des libéraux sur le vote non-francophone ... ce qui requiert la mise de côté de l'option souverainiste. Une chose impossible.»

    Source : Mario Dumont, Le journal de Montréal, mardi 8 avril 2014, p.40
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Il faut savoir que celui qui écrit ce petit article de circonstance, ici, n'est pas un ''nationaliste''* ni non plus un partisan du Parti québécois. Non, mais bien l'ancien dauphin préssenti pour succéder à l'ancien chef du Parti libéral du Québec, c'est à dire vers la fin des années 1980 ou début 1990. Il fut le «meilleur élève» de l'ancien chef libéral, Robert Bourrassa. Donc, il s'agit d'un jeune retraité de la politique active et qui produit maintenant ses chroniques dans un quotidien montréalais.

Je n'ai jamais été d'accord avec aucune des positions politiques de Mario Dumont. Plutôt, c'est la première fois de ma vie que je le vois produire un commentaire sensé (sourire). Je découvre ce commentaire après avoir expédié mon post plus haut.

___
* Le célèbre nationaliste et fameux orateur québécois Pierre Bourgault nous l'avait déjà taxé de «jeune vieillard», Mario Dumont; question de stigmatiser ces attitudes prudentes de ''comptable'' ou de ''gérant de banque'' que le premier percevait probablement.
Cinci
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Re: Soirée électorale au Québec

Message non lu par Cinci »

Dans Le Devoir d'aujourd'hui ...
  • «Au lendemain des élections, Gilles Vigneault se sent plus démoli qu'aux deux référendums

    [...] Je n'oublie pas que c'est pour parler de Vivre debout, le fort bel album en question, que je retrouve ce mardi après-midi Gilles Vigneault dans son village et dans l'ancien restaurant qui lui tient lieu de bureau [...] n'empêche qu'en s'asseyant devant nos deux cafés, on se regarde. On se fait des drôles d'airs. Nous sommes sans mots. Ça n'arrive pas à Vigneault, un silence de cette sorte. Un silence pas poétique. Silence que je romps. J'évoque la pluie. Vilaine, violente. Il sourit. «Ça nous parle, hein, cette pluie ? Difficile de ne pas l'entendre tomber aujourd'hui ...» [...] Autant crever le nuage. Quitte à écrire deux textes. Un pour réagir, un pour parler du disque. «On peut pas faire semblant, répète-t-il, comme à lui-même. Comment ça se vit, alors ? «Très mal. J'avais envie de tout annuler et de rester couché.» [...] «J'ai pas fermé l'oeil une seconde avant huit heures. Pas dormi de la nuit. Pas capable.» A ce point-là ? A ce point-là. «C'est pas que le résultat me surprenne énormément. Mais ça me déçoit terriblement.»

    [...]

    «Les libéraux nous disent qu'ils vont s'occuper des ''vraies affaires''. Cela m'amène à me demander pourquoi l'éthique, la langue, la culture et l'identité ne semblent pas de vraies affaires pour eux. Eh bien, c'est que l'identité, la culture, la langue et l'éthique se rapportent à l'ÊTRE et que les ''vraies affaires'', dont ils font leurs discours et tout leur programme, ne se rapportent qu'à la notion d'AVOIR, c'est à dire le court terme. Et je serais très triste que les Québécois tombent encore une fois dans ce vieux piège rouillé par tous les mensonges éhontés de leur passé récent. La Mémoire reste un guide. Et l'oubli ... un danger».

    Source : Sylvain Cormier, Le Devoir, mercredi 9 avril 2014, cahier A-10
___

Note : le quotidien Le Devoir est ''le'' seul grand journal qui soit réellement indépendant au Québec. C'est aussi le seul qui se sera prononcé en faveur du Parti québécois avant le jour du scrutin. C'est ''le'' quotidien le plus sérieux au Québec, de grande qualité et aussi le quotidien que consulte les professeurs d'université en histoire, science politique, science sociale, philosophie, etc.
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Re: Soirée électorale au Québec

Message non lu par Cinci »

Bonjour Kerniou,

Merci pour le commentaire.

Vous savez, je ne m'attend jamais à beaucoup de réaction de la part des catholiques français quand il faut aborder la question du Québec. Je ne sais pas à quoi ça tient. Pour l'interprétation de mon côté, j'hésite la plupart du temps entre une sorte d'indifférence vaguement ennuyé ou la paresse tout simplement. Je suppose que c'est ce qui se passe sur le forum pour vos compatriotes. Je connais l'excuse habituelle, cette fausse humilité :«Oui mais c'est parce que je ne connais pas très bien la situation, et je ne voudrais pas dire d'âneries.» Ah non ! ce genre d'excuse ne prendra pas avec moi. L'excuse du perfectionniste, faux humble ... Non

J'ai déjà lu à quelque part qu'une forte majorité des Français se trouvait résolument allergique à tout ce qui dépassait de leur cadre habituel de pensée, façon de faire, norme, étiquette, la couleur de chaussette il fallait porter dans telle circonstance, etc.

Mais, enfin, des Français, bien sûr qu'il en reste quelques sympathiques dans le lot. Heureusement ! Tiens, il y a des bonnes chances d'ailleurs que je croise un de vos compatriotes pas plus tard que cet après-midi. Je pense à un frère franciscain issu de la Bretagne et avec qui j'aurai fait causette il y a quelques semaines. Et parce que je m'en vais justement à son lieu de résidence habituel à Montréal, question de demander conseil concernant la confession dans l'Église.

[...]

Je sais bien que ces élections ne vont intéresser personne en France ou en Europe. Mais, en ce qui me concerne, ce genre d'événement me parle «drôlement», me touche de très près et s'inscrit dans l'universel en même temps, affectant des tas de questions. Je pouvais difficilement éviter de les mentionner.

Merci d'avoir bien voulu manifester votre présence au moins. C'est gentil.

:)
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Jean-Mic
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Re: Soirée électorale au Québec

Message non lu par Jean-Mic »

Cinci a écrit :... j'hésite la plupart du temps entre une sorte d'indifférence vaguement ennuyé ou la paresse tout simplement. Je suppose que c'est ce qui se passe sur le forum pour vos compatriotes. Je connais l'excuse habituelle, cette fausse humilité :«Oui mais c'est parce que je ne connais pas très bien la situation, et je ne voudrais pas dire d'âneries.»
Bonjour,
Je crois qu'il y a un peu de tout ça dans le manque de réactions apparentes dans ce forum : indifférence, paresse, et cette fausse excuse "je ne connais pas ...etc.".

Pour ma part, je vous lis avec attention, et me réjouis d'en savoir un peu plus sur des sujets peu abordés par les média français. C'est exactement pour la même raison que j'aime RCF (les radios chrétiennes francophones, en l'occurrence surtout française et un peu belge). C'est le seul média (avec France-Musique quand même) qui donne de vraies informations internationales. C'est comme ça, largement grâce à vous, que j'ai (un peu) suivi les longs épisodes des grèves et manifestations étudiantes du Québec, alors qu'AUCUN média français, public ou privé, N'en a JAMAIS parlé !

Pourtant, je n'ai pas réagi à votre messages postés sur le sujet, pas plus (jusqu'à maintenant) à ceux concernant cette élection PASSEE SOUS SILENCE dans ces mêmes médias français. Je suppose que si on faisait un sondage en France sur ce qui se passe au Québec, la plupart des personnes sondées en seraient encore à "VIve le Québec libre !" de Charles de Gaulle en 1967 ...! Je suppose aussi que, si le sujet passait dans le journal de 13h, l'histoire se résumerait à "le Québec dit non à l'autonomie".

Alors, j'avoue, et je plaide coupable : si je ne réagis pas c'est pour une bonne/mauvaise (!?) raison. N'ayant que vous pour nous parler de ces sujets, nous n'avons qu'une version des faits. Cartésien jusqu'au bout, j'hésite donc à me lancer dans un débat dont je connaisse aussi peu le sujet.

Mais je vous lis avec attention. Pardonnez-moi, donc, de ne pas vous le dire et de ne pas vous remercier de nous ouvrir à d'autres sujets que notre nombril national. Mais, pour autant, excusez-moi de ne pas entrer dans le débat.

Encore merci
Fraternellement
Jean-Mic
Heureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes. Ils n'ont pas fini de s'amuser !
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Re: Soirée électorale au Québec

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D'accord ...
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Re: Soirée électorale au Québec

Message non lu par Cinci »

Christian Rioux,
à Paris

Il écrit :
[+] Texte masqué
A l'étranger, presque personne n'a parlé de cette élection. A chaque élection québécois, on avait pourtant l'habitude de voir dans la presse française de longs reportages, des portraits et des entrevues. Cette fois, à l'exception de quelques rares articles sur notre débat sur la laïcité, on s'est contenté du service minimum. Comme si les Français, à plus forte raison les Européens, avaient senti le besoin d'une certaine pudeur et abandonné l'espoir, pour l'instant du moins, d'y comprendre quelque chose.

S'il fallait choisir une image qui symbolise cette élection, ce serait celle de la page A8 de notre édition de lundi. On y voyait un grand arbre décharné en cette fin d'hiver derrière lequel s'étalaient les ruines de l'église Notre-Dame-de-Fatima à Mégantic. Les bulldozers étaient déjà à l'oeuvre. Partout ailleurs, on aurait conservé un mur, une croix et ce joli clocher simple et noble en pierre grise du pays. Après la guerre, les Munichois n'ont-ils pas reconstruit à l'identique toute leur ville pierre par pierre ? Ici, rien ne survivra. Pas une seule dalle. La pancarte annonce déjà :«Votre futur Métro Plus ici !» Les marchands du temple ont tout emporté.

Je reviens sur Mégantic, car cette ville symbolise mieux que tout le drame historique qui est le nôtre. Voilà une ville qui a souffert l'enfer par la faute du gouvernement fédéral qui a tout déréglementé et tout vendu au privé. Or, on y a pas vu l'ombre d'une révolte ou d'une colère. Pas même un poing levé. Seulement la sourde résignation, bien sûr dans la dignité, mais la résignation quand même. Certes, la mairesse de la ville a miraculeusement réussi à sauver le centre-ville que les marchands voulaient déménager à côté du centre commercial, mais pour le reste, on s'est dépêcher d'oublier. Un temple de la consommation remplacera la belle église.

Mégantic illustre bien cette époque dans laquelle nous n'avons pas choisi de faire de la politique. En 1837-1838, les Patriotes n'ont pas perdu la partie seulement par manque de soutien dans la population et à cause d'un clergé scélérat. Sans un appui minimum de la France et des États-Unis, les idées républicaines ne pouvaient pas l'emporter au Canada face à la première puissance économique et militaire du monde, l'empire britannique. Or, nous vivons encore au coeur de la bête, à cinq heures de route de New-York, capitale mondiale de la mondialisation. Une mondialisation qui a déclenché à la faveur des techniques nouvelles un vent d'individualisme sans précédent qui ébranle jusqu'aux vieux patriotismes européens. Ce n'est pas dans les publicités d'Apple et les clips de Youtube qu'on apprend les idéaux collectifs surtout quand, depuis vingt ans, on a livré sa jeunesse pieds et poings liés au marché.

Faut-il pour autant sombrer dans une nostalgie mortifère ? Les tempêtes passent, mais les peuples restent. N'avons-nous pas l'habitude des pires tempêtes de neige ? Ces jugements définitifs, on les a entendu en 1980 et 1995. Les voilà de retour. Pendant la campagne électorale, nos élites humoristico-médiatiques nous ont inondés de messages du genre «bonnets blancs, blancs bonnets» ou «tous pourris». Savaient-elles qu'elles reprenaient mot pour mot les slogans du Front national en France et sa célèbre «UMPS» ? Les mêmes nous annoncent aujourd'hui la fin de l'histoire. Suivront bientôt les actes de décès et les avis mortuaires. mais les peuples ont la vie plus dure que ces décrets péremptoires qui prétendent connaître en détail ce que l'histoire nous réserve.

[...]

Il arrive souvent que les oiseaux de malheur, les yeux rivés sur les dépouilles d'hier, soient en retard d'un temps. Avez-vous remarqué que la mondialisation n'est plus tout à fait aussi joyeuse et triomphante qu'elle l'a déjà été ? Aux prochaines élections européennes, les partis antimondialisation risquent d'arriver en tête dans nombre de pays. A Paris, on ne compte plus le nombre de livres qui annoncent le retour des nations dans l'arène politique. Après les délires mondialistes et l'individualisme mégalomane, les peuples sentiraient-ils le besoin de retrouver quelques valeurs communes ? Comme la nostalgie d'un vieux clocher qu'il faudra bien reconstruire un jour.»
Source : Le Devoir, le vendredi 11 avril 2014, A3
Cinci
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Re: Soirée électorale au Québec

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L'article ici est assez intéressant :
[+] Texte masqué
L’élection du 7 avril ne fut pas une défaite passagère dans la longue marche du souverainisme québécois. Une défaite que l’on pourrait associer à quelques maladresses stratégiques. Ce fut la confirmation de l’impossibilité du souverainisme. Le souverainisme n’est pas mort, mais il s’affirme impossible. Telle serait l’analyse que porterait George Grant (1918-1988), ce philosophe politique canadien auteur de Lament for a Nation (1965).


George Grant était un penseur politique conservateur qui voyait dans l’individualisme et la technologie modernes un puissant moteur conduisant vers « l’État universel homogène ». Il avait cru un moment que l’expérience historique canadienne, s’appuyant sur la double tradition, britannique d’une société d’ordre et canadienne-française catholique, pourrait atténuer le procès de délitation moderne de la nation.


L’Amérique états-unienne était pour Grant le prototype de cet État universel homogénéisant. Au risque de tomber dans l’insignifiance, le Canada se devait de ne pas répondre aux sirènes du continentalisme. Or, la défaite du gouvernement Diefenbaker et l’élection des libéraux en 1963 confirmaient l’impossibilité de cette voie.


L’élection de John Diefenbaker (1957) avait été pour plusieurs, pensait Grant, l’ultime tentative de définir au nord des États-Unis une nation différente du continentalisme américain. Sa tentative de bloquer l’intégration canadienne à l’espace militaire américain (la crise des missiles) causa sa défaite.


Cette défaite n’était pas due à quelques maladresses conjoncturelles, elle était due à l’impossibilité du projet canadien. « L’impossibilité du conservatisme, à notre époque, signifie l’impossibilité du Canada. »


Grant n’était pas totalement opposé à l’émergence du souverainisme québécois, qu’il voyait naître au milieu des années 1960. Il percevait dans le nationalisme économique d’un René Lévesque quelque chose de plus réaliste pour maintenir le Canada français que le libéralisme des libéraux fédéraux.


Certes, il aurait préféré que ce nationalisme se combine avec celui du Canada anglais dans un projet de binationalité. Mais cela était dorénavant impossible, le Canada anglais avait définitivement rompu tout lien avec sa tradition politique.


Le maintien d’une intention nationale était nécessairement lié, croyait-il, à un interventionnisme étatique. C’était un red tory.


C’est d’ailleurs un tel lien entre la vieille intention nationale canadienne-française et l’édification de l’État québécois qui marqua le succès du souverainisme québécois. Une tradition s’encastrait avec la montée de l’État-providence.


Le souverainisme fut, au tournant des années 1970, une grande coalition sous hégémonie sociale-démocrate, rassemblant une vaste majorité des élites de la société civile franco-québécoise. On croyait avoir conjuré le sort, la construction d’une tradition nationale était encore chose possible dans la haute modernité.



Le déclin du Parti québécois


Le premier référendum fut un premier avis. Le peuple ne suivait pas. Le deuxième fut encore plus troublant malgré un Oui à 49,5 %. C’est qu’il avait fallu, pour atteindre ce score, édulcorer l’enjeu et s’adjoindre des personnages (Lucien Bouchard, Mario Dumont) soupçonnés de molles passions à l’égard de la souveraineté.


Le Parti québécois, porteur de la souveraineté, se mit dès lors à décliner. Le charisme d’un Lucien Bouchard n’y fit rien, sa victoire, en 1998, à 43 % — moins que les libéraux —, annonçait l’impossibilité de la souveraineté. Le Parti québécois ne revint jamais à ce score. En 2012, face à un Parti libéral de fin de régime, embourbé dans une crise sociale, soupçonné de corruption, il ne réalisa que 31 %. Lundi dernier, il chutait à 25 %.


On peut énumérer plusieurs causes à l’impossibilité du souverainisme. Le désir d’un État souverain chez les Québécois arrivait trop tard. Déjà, en 1980, au moment du premier référendum, l’État-providence entrait en crise et l’atmosphère n’était plus à l’édification de nouvelles structures étatiques. Les années 1980 furent en Occident des années d’hyper-individualisation (déliaison) qui éloignaient les citoyens des solidarités fortes, préférant, comme l’a rappelé Daniel Jacques, des « humanités passagères » (Boréal, 1991). Cela fut particulièrement vrai sur la question de l’immigration et de la communauté anglophone québécoise. La culture de convergence qui aurait été nécessaire à l’adhésion de ces groupes au projet souverainiste ne pouvait plus être imposée, comme elle le fut historiquement dans les vieux États-nations.


Au sein de la nouvelle hégémonie pluraliste, la construction d’une culture nationale devint suspecte. Respectueux des valeurs contemporaines, le projet souverainiste ne réussit jamais à traverser les frontières de la nation franco-québécoise.


Au cours de ces mêmes années, les grandes divisions partisanes gauche-droite, souverainisme-fédéralisme, s’estompèrent pour laisser place à une exigence de représentation de la pluralité, voire au refus d’être représenté. Le paysage politique québécois s’enrichit de nouveaux partis politiques, rendant plus complexe et moins lisible l’offre politique.


L’exigence plurielle de la représentation rend dorénavant impossible l’idée d’une grande politique (comme le furent à l’époque précédente la social-démocratie et le souverainisme). La revendication d’une représentation proportionnelle que les nouvelles forces progressistes mettent en avant accentuerait encore davantage ce processus.


Dans la société plurielle, chacun veut être représenté tout en conservant sa particularité, ce qui interdit justement aux coalitions d’être porteuses d’une grande politique.


Devant ces forces puissantes, deux stratégies furent déployées pour contrer l’épuisement du souverainisme. La première, à la suite de la défaite référendaire de 1995, fut l’ouverture tous azimuts à la pluralité. Le nationalisme civique d’André Boisclair se voulait inclusif, écologiste, féministe, pacifiste, solidaire. L’échec fut patent, le parti se trouva, à l’élection de 2007, en troisième position avec 28 % des suffrages. On lui reprochera d’avoir scié la branche sur laquelle le parti était assis.


La deuxième tentative fut le retour du « nous » de Pauline Marois. Il s’agissait de ramener la question identitaire au coeur du débat de façon à raffermir les bases du souverainisme. Une fois élu, le gouvernement Marois proposa, dans ce sens, un resserrement de la loi 101, un retour au cours d’histoire nationale et la charte de la laïcité ou des valeurs québécoises.


En février, au moment de déclencher les élections, la plupart des analystes et des souverainistes étaient convaincus que la stratégie identitaire avait fonctionné. Le Parti québécois semblait renaître de ses cendres, un gouvernement majoritaire était à portée de main.


La charte des valeurs, élément phare du renouveau identitaire, recevait un appui majoritaire de la population. On promit une consultation sur l’avenir du Québec qui remettrait sur ses rails le souverainisme.


L’effervescence était forte dans le camp souverainiste. La mise en scène préparée par Yves Desgagnés, lors du lancement de la campagne à Drummondville, avait toutes les allures du retour du souverainisme comme grande politique.


L’arrivée de Pierre Karl Péladeau monta encore d’un cran l’excitation. Les vieux chefs souverainistes s’unirent alors dans un geste solennel pour protéger sa candidature contre les attaques gauchistes. Les chroniqueurs prosouverainistes jubilaient. Tout redevenait possible.


Mais il fallut vite déchanter. La réaction populaire à l’affirmation de Péladeau selon laquelle il voulait « faire du Québec un pays » confirma l’impossibilité du souverainisme. La population était devenue allergique aux affirmations ostentatoires dans l’espace politique.


Car même les souverainistes vivent dorénavant leur croyance, un peu à la manière des catholiques modernes, comme une foi qui n’implique aucune pratique publique particulière. Les sondages indiquèrent rapidement que le gain identitaire de la méthode Marois s’effondrait comme un vulgaire château de cartes.


On vit alors une chose étrange : le parti indépendantiste se défendre de vouloir organiser un référendum et Québec solidaire, qui s’était constitué à gauche justement pour sortir de l’obsession référendaire, dire qu’il en promettait un.



L’axe national



C’est bien la question référendaire, ou plutôt le refus du souverainisme, qui explique les résultats de l’élection de lundi dernier. Le chef du Parti libéral ne présente pas un charisme particulier et son parti devait normalement continuer à purger son purgatoire, dû notamment à la crise de la collusion.


L’axe gauche-droite qui tente difficilement depuis quelques élections de se substituer à l’axe souverainiste-fédéraliste ne s’est pas imposé. Les caquistes ont eu moins de votes que lors de la précédente élection, et Québec solidaire a très faiblement augmenté les siens. Si l’offre électorale s’est diversifiée au Québec, l’électorat continue à voter sur l’axe national, et cela, pour confirmer l’impossibilité du souverainisme.


On ne peut pas dire que c’est parce qu’on n’a pas assez parlé de souveraineté. Lorsque la radio grinche, monter le son ne règle pas le problème. C’est ce qui fut fait, et le grinchement devint simplement plus audible.


À travers la stratégie identitaire, le souverainisme était revenu à l’avant-plan. La précampagne électorale était une précampagne référendaire. Il ne faut pas se demander pourquoi Philippe Couillard a fait peur aux électeurs avec un référendum appréhendé, mais pourquoi la population l’a cru. L’élection a porté sur cet enjeu et les résultats furent catastrophiques pour le parti souverainiste.


Grant dirait de l’élection du 7 avril, comme il l’avait dit de la défaite de Diefenbaker, qu’elle fut la dernière grande tentative du souverainisme.



Au-delà de la lamentation comme politique



George Grant rappelait que sa lamentation ne contenait « aucune proposition pratique ». « Se lamenter, disait-il, c’est crier sa douleur, à la mort d’un objet aimé. » Et le souverainisme fut assurément pour le Québec un grand cycle historique.


Il a rassemblé au cours des 50 dernières années le rêve politique des forces vives du Québec francophone. L’impossibilité du souverainisme est due à l’impossibilité d’une grande politique dans l’époque contemporaine.


C’est le souverainisme, toutefois, qui s’affirme impossible, les Québécois n’ont pas, comme le disait Grant pour le Canada anglais, abdiqué leur identité nationale. La question de la charte, peu importe ce qu’on en pense, confirme l’appétit de ces derniers pour les enjeux touchant leur identité nationale.


L’idée de faire société en français est une vieille intention qui a pris au cours de l’histoire des routes différentes. La question nationale, la question du Québec, reste et restera une question importante, l’avenir de la nation française d’Amérique sera toujours problématique.


À la différence de ce que Grant laisse entendre, nos contemporains ne désespèrent pas de toute politique dans l’impossibilité d’une grande politique.


C’est pourquoi, en attendant un nouveau cycle, il faudra s’accrocher à des espérances plus sobres, j’oserai dire plus molles, plus en affinité avec la culture politique de notre époque. Prendre un nouveau chemin, autonomiste, qui ne renvoie plus à l’article 1 du parti souverainiste.


Il y a un au-delà de la lamentation. C’est ce à quoi nous convie cette élection ; l’impossibilité du souverainisme ne doit pas devenir l’impossibilité de la nation.
http://www.ledevoir.com/societe/le-devo ... une-nation


Deux passages à retenir, selon moi :
  • Si l’offre électorale s’est diversifiée au Québec, l’électorat continue à voter sur l’axe national, et cela, pour confirmer l’impossibilité du souverainisme.
Et
  • Il a rassemblé au cours des 50 dernières années le rêve politique des forces vives du Québec francophone. L’impossibilité du souverainisme est due à l’impossibilité d’une grande politique dans l’époque contemporaine.
Et surtout :
  • Mais il fallut vite déchanter. La réaction populaire à l’affirmation de Péladeau selon laquelle il voulait « faire du Québec un pays » confirma l’impossibilité du souverainisme. La population était devenue allergique aux affirmations ostentatoires dans l’espace politique.


Ce dernier passage de l'article du Devoir (cf.La réaction populaire à l'affirmation) est à mettre en parallèle avec ce que dit Roger Payette dans le Bulletin d'histoire politique :

Voir :

«... les mots ont leur impact, il faut le reconnaître, ils ont une signification et la langue exprime une réalité. Pas nécéssairement le réel, mais une réalité.

Par exemple, Marc Chevrier fera remarquer qu'au Québec «ces mots [indépendance et république] font peur, les Québécois étant habitués au langage modéré, sinon flou, par crainte atavique du conflit et du radicalisme ...».

Comment se redéfinir et revendiquer si des mots recouvrant des réalités émancipatrices sont tabous ? On se retient de saisir le réel en s'enfermant dans une réalité qui nous rend incapable d'agir sur lui. Maurice Séguin était très conscient de ce danger qui réprime l'agir en dissimulant le réel : «... refuser de voir clair, écrivait-il dans Les normes, c'est d'abord par ignorance des facteurs, des pressions qui limitent et paralysent, se mettre dans l'impossibilité de comprendre d'une manière réaliste la situation actuelle.»

Un discours indépendantiste ou républicain ou les deux à la fois - tout pouvoir, tout succès, toute richesse émanent du peuple - éclaire d'une trop violente lumière l'étendue de la soumission politique québécoise et son incapacité à entreprendre par elle-même ce que les autres semblent avoir tant de facilité à faire, c'est à dire agir sur le réel. Refoulement douloureux, souffrant, d'une nécéssité intérieure - il y a une souffrance canadienne-française [...] Nous souffrons de la souffrance diffuse et rampante des vaincus et des expropriés du monde [...] que nous étouffons par nos réparties subliminaires artistiques et humoristiques, et dans un délire sémantique : celui qui dit crée le scandale qui n'existerait pas s'il ne le révélait pas. Ici, au Québec, le «pur et dur», l'«extrémiste», le «révolutionnaire» ce n'est pas celui qui tue pour une idéologie à laquelle il est aliéné, mais celui qui décrit un fait tel qu'il le voit. [...] Devant la tromperie érigée en système, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire, a écrit Orwell.

Si «ceux qui disent ce qui est» sont des extrémistes, que sont ceux qui ne veulent ni voir, ni entendre, ni écouter ce qui est ?

[...]

Ils sont manoeuvrés par d'autres, non par leur dynamisme propre, ne s'appartiennent pas et ne voient pas ou ne comprennent pas que là est l'origine de leur vulnérabilité : leur culture inachevée n'inclut qu'une faible influence,qu'une faible prise sur le monde, qu'une maigre emprise sur le réel. C'est à dire que cette culture ne contenant que peu de politique, ne fournit que peu de possibilités d'agir collectif, n'autorise que l'agir individuel et son libre-arbitre - une démarche qui se limite à agir dans ce qui est, qui n'a pas de liberté de créer autre chose en inventant de l'inédit, collectivement. La collectivité est ici enfermée dans une introspection stérile et dans l'inhibition de l'action.

L'art québécois n'a de cesse de nous révéler cette caractéristique de la collectivité québécoise, sans parvenir jamais à la réconciliation de son dire et de son faire. Les exemples sont légions : fin des années 1930, Menaud, personnage central du roman Menaud, maître draveur de Félix Antoine Savard, qui tourne en rond enfermé dans son discours partiel et stérile, et à la fin délirant, parce que ne conduisant pas à l'apprentissage d'un «savoir agir collectif dans et sur le réel» pour pouvoir changer la condition des siens; fin des années 1950, début des années 1960, l'oeuvre du dramaturge Marcel Dubé, qui pourrait être vu comme la tragédie de l'échec, même pour Florence, ce personnage qui malgré ses répliques dénonciatrices se laisse séduire par son patron, vulgaire trousseur de jupons, et qui s'exilera à New-York, car elle aussi ne s'attaquera pas à l'obstacle réel de son malheur pour le surmonter. Florence, comme toute la société dépeinte par Dubé, s'acharne à poursuivre une chimère composée d'un dire individuel de révolte, mais sans un faire collectif qui aurait pu ouvrir une réelle évasion; début des années 1990 dans Léolo, film de Jean-Claude Lauzon, où le grand frère de Léolo, Fernand, montagne de muscles, est incapable de vaincre la détermination morale d'un adversaire anglophone, pourtant plus petit et plus faible physiquement, parce que prisonnier d'un comportement superficiel puisque non soutenu par un discours libérateur; enfin, au milieu des années 2000, la télésérie de Jean-François Rivard et François Létourneau, Les Invincibles, dans laquelle quatre amis conviennent dans un pacte - un dire en apparence déterminé mais en réalité futile - de rompre avec leurs conjointes respectives dans le but de retrouver leur liberté d'adolescents parce qu'ils ne veulent pas s'engager, leur point de vue de la liberté s'appuyant sur un conception [...] étriquée, laquelle consistait à refuser de grandir afin de ne se consacrer qu'au plaisir immédiat et immature, ne contracter aucun engagement, donc, afin de n'être responsable de rien, une liberté improductive puisque conçue sans ouverture à dessein de ne rien faire, pour n'être responsable d'aucun engagement devant aucune morale.

Pourquoi cette désunion au Québec du dire et du faire

Une élite s'est emparée du dire collectif québécois pour le déconnecter du faire, ceci à son seul avantage. [...] Cette élite a comme tiré le rideau de la fenêtre de la liberté collective, populaire, de faire autrement. Elle a crée comme un moule politique inamovible et dont le discours qui le maintient en place n'est pas la formation de citoyens, mais plutôt d'esclaves au sens qu'accordaient à cette idée les anciens, c'est à dire d'instruments animés [...] Un discours qui parvient à convaincre la population au moyen de quelque machination rhétorique, s'assure bien mieux de l'obéissance du peuple que tout autorité fondée sur l'usage des armes. Ce dire vise à cacher que tout pouvoir, tout succès, toute richesse viennent du peuple en diffusant partout, par exemple, l'idée que c'est l'entrepreneur qui crée la richesse et donne du travail, alors que c'est le peuple qui par sa consommation engendre la nécéssaire production de biens et de services et non l'entrepreneur qui ne fait que s'emparer de la nécéssaire production pour satisfaire les besoins en la privatisant; en colportant urbi et orbi un individualisme toujours plus pénétrant, une conception de la société même qui prétend que l'on est citoyen et qu'on ne peut s'épanouir comme personne qu'en luttant contre la cité, contre la collectivité pour s'en distancer le plus possible, une parade flagrante pour occulter l'évidence de notre nécéssaire solidarité pour vivre et agir.

L'effet le plus corrupteur de cette pratique du dire par l'élite de la collectivité québécoise [...] un discours individualiste inscrit dans des chartes affirmant que chacun se situe dans la sphère d'appréhension qui est la sienne, en tenant pour acquis que tous ces espaces de compréhension offrent une vue comparable sur le réel ... ce qui fonde que chacun s'estime en droit d'aborder la vérité sans le soutien d'aucune autorité, puisque tout autorité n'est formée que de l'opinion d'un semblable à lui-même.

Le sens de la communauté est perdu. Par ce discours individualiste, le sens de la communauté est caché à la compréhension des citoyens. Déguisement du réel humain.

Pourtant, les hommes savent qu'il s'agit d'une dangereuse manoeuvre, parce qu'elle a toujours été cet instrument usé du pouvoir et de l'enrichissement du petit nombre contre la collectivité et la nécéssaire solidarité des hommes. [...] Dans la lutte que mène le peuple québécois pour son émancipation, fédéralistes et souverainistes sont aussi condamnables, les uns comme les autres, pour leur silence sur cette notion politique qui veut que tout succès, pouvoir, richesse, émane du peuple. Par leur silence, tous ont implicitement admis qu'il n'y a de loi fondamentale que canadienne. Autrement dit, la légitimité de l'agir collectif n'émane pas du peuple québécois, de son dire et de son faire, mais réside en un lieu supérieur et inaccessible au peuple et que seul l'élite peut aménager et «constitutionnaliser». Déficience abberante de la pédagogie souverainiste qui scie, par son silence, la branche à laquelle elle essaie d'accrocher son pouvoir. Ce peuple a peut-être peur en ce moment d'entendre qu'il est le maître du jeu politique, mais ne pas le lui dire n'arrangera pas les choses. [...]»

Source : Roger Payette (historien), «Le dire et le faire, généralement solidaires, sont, au Québec, dissociés» dans Bulletin d'histoire politique, volume 22, numéro 1, automne 2013
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