L'Eglise antique se caractérisait par une hiérarchie à plusieurs niveaux de l'épiscopat, établie par des canons. Ce qui donnait une hiérarchie complexe mais organique.
Je crois - j'avais lu quelque chose à ce sujet - que c'est vers le IXe Siècle que le rôle des hiérarchies intermédiaires a été combattu en Occident, peut-être par des évêques qui se réclamaient directement de l'autorité papale pour mieux se débarasser des autorités intermédiaires au-dessus d'eux. Je dois dire que mon "quelque chose", c'est assez maigre comme source, et que j'aimerais bien trouver une étude historique détaillée sur la question, mais je n'en ai jamais trouvé...
Par la suite - et la réforme grégorienne au XIe Siècle a sans doute beaucoup renforcé cet état de fait - on s'est retrouvé progressivement avec, non plus une hiérarchie organique, mais une hiérarchie à 2 ou mettons 3 niveaux: le Pape, la Curie qui l'entoure et les évêques locaux dont le rôle était plus que réduit, d'autant que le Pape intervenait souvent dans les affaires diocésaines à force d'indults ou de dérogations accordées à un individu, d'obligation de passer par Rome pour telle ou telle questions, etc...
Le problème de cet état de fait, c'est que les évêques ont reçu l'Esprit Saint pour gouverner leur troupeau, ce qui n'est pas le cas des fonctionnaires de Curie. On se retrouve de ce fait avec une situation où un fonctionnaire de Curie - non ordonné au gouvernement du troupeau - a dans les faits bien plus de pouvoir que l'évêque qui l'est, lui. Et si le fonctionnaire de Curie reçoive son autorité par délégation du Pape, ce n'est pas pour autant l'autorité
personnelle du Pape qui s'exerce (le Pape ne peut pas tout contrôler, et on voit bien aujourd'hui que la Curie est devenue un panier de crabes ingouvernable).
L'autorité organique de l'Eglise s'y dissout, le caractère personnel de l'autorité épiscopale et pontificale aussi, étant remplacée par une organisation centralisée de type impérial.
Le Concile Vatican II a voulu remédier à cet état de fait en rappelant l'autorité sacrée de l'évêque, en promouvant la synodalité. Dans les faits, s'il y a bien quelque chose qui n'a pas changé dans le sillage de ce Concile, c'est bien cette centralisation romaine. La Curie est plus hypertrophiée que jamais, les comités divers et variés, l'autorité personnelle de l'évêque est dissoute dans la machinerie des conférences épiscopales, et on peut se croire aussi indépendant qu'on veut, on n'affronte jamais victorieusement l'autorité centrale.
Je ne suis pas sûr que toute cette situation soit saine.
AdoramusTe a écrit :Mais d'une manière générale, on remarque que tout ce qui s'approche de l'autocéphalie est nuisible à l'unité et à la soumission due au Pontife Romain.
Le gallicanisme en est une illustration dans l'histoire du catholicisme en France.
L'unité qui s'affirme aux dépens de la diversité est-elle une unité réelle?
La "soumission" au Pontife Romain telle qu'on la conçoit depuis quelque siècle appartient-elle aux fondements de l'Eglise ou bien au modèle impérial (que la réforme grégorienne a revendiqué pour le Pape contre l'Empereur)?
Enfin, franchement, quels sont les torts du gallicanisme?
Je dois dire que depuis Paul VI, je constate que la doctrine de l'absolutisme papal s'est disqualifiée d'elle-même, et je suis étonné que tant de traditionalistes s'y accrochent aussi désespérément. Les ultramontains du XIXe Siècle voyaient dans le Pape le rempart ultime et absolu contre les idées nouvelles. On voit bien que ce n'est pas le cas (et un examen des années d'avant Vatican II devrait déjà le laisser entrevoir). Au contraire, les réformes de l'après-Vatican II n'auraient pas eu leur caractère révolutionnaire si elles n'avaient pas été constamment approuvées et soutenues d'en haut. On a parlé dans un autre fil de l'instruction Memoriale Domini sur la communion dans la main, expliquant que l'abus de la communion dans la main (lancé par une minorité) était dangereux, mauvais et tout, et que les évêques l'avaient rejeté. Et qui justement, autorise (par indult, mais on voit bien ce que c'est devenu) ce qu'elle vient de décrire comme nocif, allez comprendre... Résultat: l'autorité des évêques est bafouée par l'autorité centrale, la minorité obtient gain de cause et l'abus devient la norme.
Je vois mal comment de telles choses auraient pu se produire dans une Eglise orthodoxe, par exemple. Au pire, l'abus serait resté limité à un diocèse ou une région.
In Xto,
archi.