Les avions F-35
Publié : ven. 18 mai 2012, 18:58
LES GUERRES DES ÉTATS-UNIS ET DE L'OTAN NOUS RUINENT
«La controverse autour de l'achat des chasseurs F-35 du géant états-unien de la défense Lockheed Martin prend de l'ampleur. Le Pentagone a commandé 2443 de ces avions «afin de fournir la majeure partie de la force tactique aérienne de la US Air Force, du Corps des Marines et de la Marine pour des décennies à venir.» Cette importante commande s'inscrit dans le cadre de la guerre aux frontières des États-Unis, visant surtout la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l'Iran.
Le coût total du programme atteindrait un montant effarant de 1,51 billion de dollars au cours du supposé cycle de vie du programme, soit 661 millions $ par avion. Plusieurs proches alliés des États-Unis, dont le Royaume-Uni, l'Australie, l'Italie, le Canada, les Pays-Bas, la Norvège, la Turquie, Israël et le Japon ont prévu acheter ces avions d'attaque F-35.
Les implications économiques et sociales de ce programme sont potentiellement dévastatrices. Outre le fait que les avions de chasse furtifs seront employés dans les futurs guerres des États-Unis et de l'OTAN, qui provoqueront inévitablement la mort de civils, leur acquisition aux frais des contribuables aura pour conséquence d'exacerber la crise fiscale en cours. A moins d'être uniquement financées par une augmentation de la dette (ce qui est fort improbable), ces dépenses pour les systèmes d'armes perfectionnées nécéssiteront l'adoption de mesures d'austérité concordantes pour une période allant jusqu'à trente ans, au détriment d'une génération entière. Le coût d'approvisionnement militaire se fait toujours aux dépends des programmes sociaux, des investissements publics dans les infrastructures et de la création d'emplois dans l'économie civile. En revanche, très peu d'emplois seront crées par les entrepreneurs du secteur de la défense. Le coût de la création d'un emploi dans l'industrie de l'armement aux États-Unis (2001) est évalué entre 25 et 66 millions de dollars. A l'heure actuelle, les États-Unis et les pays membres de l'OTAN appliquent des mesures bugétaires draconiennes dans le but de financer l'économie de guerre. Adoptées en plein coeur d'une dépression économique mondiale, elles contribuent également à mener à la faillite des économies nationales entières.
Au Canada, le gouvernement conservateur s'était engagé initialement à payer un totale de 9 milliards de dollars pour l'achat de 65 chasseurs F-35. C'était un camouflage politique.
Dans son rapport présenté à la Chambre des communes (2 avril), le vérificateur général Michael Ferguson a confirmé que le coût du programme «... pourrait atteindre 30 milliards sur une période de trente ans», à savoir 462 millions de dollars par avion.
Le buget fédéral (29 mars) contient des mesures d'austérité nécéssitant des licenciements massifs dans la fonction publique fédérale, des réductions draconiennes dans les dépenses, y compris dans les caisses de retraites, et une diminution des transferts aux provinces.
En revanche, on ne reconnaît pas la montée en flèche des dépenses résultant du programme d'achat des F-35, comme si cette question n'avait aucun rapport avec les structures de dépenses publiques. Des réductions modestes sont prévues au chapitre des dépenses militaires, mais elles ne tiennent pas compte du dépassement des coûts prévisibles relatifs à l'achat d'armement. La question cruciale est la suivante : comment ce projet d'achat de F-35 de plusieurs milliards de dollars affecte-t-il le budget fédéral de 2012, lequel repose en grande partie sur la réduction considérable des dépenses publiques par rapport aux dépenses militaires ?
Cette question est d'une importance cruciale pour le peuple canadien, mais également pour celui des États-Unis et ceux des huit autres pays partenaires du programme d'achat des F-35. L'État-Providence canadien s'écroule , les soins de santé sont sur le point d'être privatisés, l'enseignement primaire et secondaire est sous-financé et les universités sont dans un état de crise avec des droits de scolarité à la hausse. Pourtant, la question de l'économie de guerre n'a pas du tout été soulevée lors du débat sur le budget fédéral de 2012. Il faut comprendre que les mesures d'austérité sont implantées en partie dans le but de financer l'économie de guerre.
Les mouvements de protestation contre les mesures d'austérité économique doit s'intégrer au mouvment antiguerre. L'abolition de la guerre est une condition préalable à l'abandon du programme économique néolibéral. La guerre et la mondialisation sont intimement liées. Les mouvements de protestation contre les mesures d'austérité gouvernementales appliquées aux États-Unis, au Canada et au sein de l'Union européenne se doit d'aborder aussi la question des guerres menées par les États-Unis et l'OTAN.
Les avions de chasse furtif F-35 ne sont pas des armes pacifiques. Ce sont des armes de destruction massive qui serviront dans de longues guerres que prévoit le Pentagone contre la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord.
[...]
Les étudiants universitaires du Québec sont mobilisées dans une lutte contre la hausse des droits de scolarité imposée par le gouvernement Charest. Pourtant, au Québec, la question des dépenses militaires et de ses conséquences sur les programmes sociaux n'a pas été soulevée de manière explicite, même si on sait que l'achat de systèmes d'armes perfectionnées se fera inévitablement aux dépens des transferts du fédéral au provincial, lesquels contribuent au financement de la santé et de l'éducation.
Selon le gouvernement, la contribution des étudiants qui représente 12,7% des revenus globaux des universités en 2008-2009, sera portée progressivement à 16,9% en 2016-2017. Comme il y a 285 000 étudiants inscrits dans les universités du Québec - dont environ 180 000 à temps plein - le total maximal estimé des droits de scolarité au Québec est de l'ordre de 606 millions de dollars [1]. C'est inférieur au coût associé à un seul F-35, selon les évaluations du Pentagone. Le coût total du programme d'achat des F-35 permettrait d'assurer la gratuité de l'éducation post-secondaire, sur une base annuelle, au Québec, pendant des décennies.
Les dépenses militaires au niveau fédéral ont une incidence directe sur le financement d'un projet de société au Québec. Le gouvernement Charest est complice. Il accepte le gel des transferts pour les programmes sociaux. Il ne remet pas en question les énormes sommes allouées par le gouvernement fédéral au financement d'une guerre meurtrière sans frontière, au profit des fabriquants d'armes états-uniens et leurs partenaires canadiens.»
Source : Michel Chossudovsky, L'Autre journal, mai 2012, numéro 309, p.5
________
[1] C'est à dire que le revenu total estimé provenant des droits d'études payés par les étudiants et pour les universités, en calculant la hausse, sur une période de cinq ans : il équivaut à ce montant de 606 millions de dollars pour toutes les universités du Québec. Les universités vont recevoir 606 millions de dollars des étudiants, alors que le gouvernement fédéral (tous les citoyens, donc des étudiants aussi) va (iront collectivement) dépenser à peu près le même montant pour un seul avion. Note de moi-même.
«La controverse autour de l'achat des chasseurs F-35 du géant états-unien de la défense Lockheed Martin prend de l'ampleur. Le Pentagone a commandé 2443 de ces avions «afin de fournir la majeure partie de la force tactique aérienne de la US Air Force, du Corps des Marines et de la Marine pour des décennies à venir.» Cette importante commande s'inscrit dans le cadre de la guerre aux frontières des États-Unis, visant surtout la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l'Iran.
Le coût total du programme atteindrait un montant effarant de 1,51 billion de dollars au cours du supposé cycle de vie du programme, soit 661 millions $ par avion. Plusieurs proches alliés des États-Unis, dont le Royaume-Uni, l'Australie, l'Italie, le Canada, les Pays-Bas, la Norvège, la Turquie, Israël et le Japon ont prévu acheter ces avions d'attaque F-35.
Les implications économiques et sociales de ce programme sont potentiellement dévastatrices. Outre le fait que les avions de chasse furtifs seront employés dans les futurs guerres des États-Unis et de l'OTAN, qui provoqueront inévitablement la mort de civils, leur acquisition aux frais des contribuables aura pour conséquence d'exacerber la crise fiscale en cours. A moins d'être uniquement financées par une augmentation de la dette (ce qui est fort improbable), ces dépenses pour les systèmes d'armes perfectionnées nécéssiteront l'adoption de mesures d'austérité concordantes pour une période allant jusqu'à trente ans, au détriment d'une génération entière. Le coût d'approvisionnement militaire se fait toujours aux dépends des programmes sociaux, des investissements publics dans les infrastructures et de la création d'emplois dans l'économie civile. En revanche, très peu d'emplois seront crées par les entrepreneurs du secteur de la défense. Le coût de la création d'un emploi dans l'industrie de l'armement aux États-Unis (2001) est évalué entre 25 et 66 millions de dollars. A l'heure actuelle, les États-Unis et les pays membres de l'OTAN appliquent des mesures bugétaires draconiennes dans le but de financer l'économie de guerre. Adoptées en plein coeur d'une dépression économique mondiale, elles contribuent également à mener à la faillite des économies nationales entières.
Au Canada, le gouvernement conservateur s'était engagé initialement à payer un totale de 9 milliards de dollars pour l'achat de 65 chasseurs F-35. C'était un camouflage politique.
Dans son rapport présenté à la Chambre des communes (2 avril), le vérificateur général Michael Ferguson a confirmé que le coût du programme «... pourrait atteindre 30 milliards sur une période de trente ans», à savoir 462 millions de dollars par avion.
Le buget fédéral (29 mars) contient des mesures d'austérité nécéssitant des licenciements massifs dans la fonction publique fédérale, des réductions draconiennes dans les dépenses, y compris dans les caisses de retraites, et une diminution des transferts aux provinces.
En revanche, on ne reconnaît pas la montée en flèche des dépenses résultant du programme d'achat des F-35, comme si cette question n'avait aucun rapport avec les structures de dépenses publiques. Des réductions modestes sont prévues au chapitre des dépenses militaires, mais elles ne tiennent pas compte du dépassement des coûts prévisibles relatifs à l'achat d'armement. La question cruciale est la suivante : comment ce projet d'achat de F-35 de plusieurs milliards de dollars affecte-t-il le budget fédéral de 2012, lequel repose en grande partie sur la réduction considérable des dépenses publiques par rapport aux dépenses militaires ?
Cette question est d'une importance cruciale pour le peuple canadien, mais également pour celui des États-Unis et ceux des huit autres pays partenaires du programme d'achat des F-35. L'État-Providence canadien s'écroule , les soins de santé sont sur le point d'être privatisés, l'enseignement primaire et secondaire est sous-financé et les universités sont dans un état de crise avec des droits de scolarité à la hausse. Pourtant, la question de l'économie de guerre n'a pas du tout été soulevée lors du débat sur le budget fédéral de 2012. Il faut comprendre que les mesures d'austérité sont implantées en partie dans le but de financer l'économie de guerre.
Les mouvements de protestation contre les mesures d'austérité économique doit s'intégrer au mouvment antiguerre. L'abolition de la guerre est une condition préalable à l'abandon du programme économique néolibéral. La guerre et la mondialisation sont intimement liées. Les mouvements de protestation contre les mesures d'austérité gouvernementales appliquées aux États-Unis, au Canada et au sein de l'Union européenne se doit d'aborder aussi la question des guerres menées par les États-Unis et l'OTAN.
Les avions de chasse furtif F-35 ne sont pas des armes pacifiques. Ce sont des armes de destruction massive qui serviront dans de longues guerres que prévoit le Pentagone contre la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord.
[...]
Les étudiants universitaires du Québec sont mobilisées dans une lutte contre la hausse des droits de scolarité imposée par le gouvernement Charest. Pourtant, au Québec, la question des dépenses militaires et de ses conséquences sur les programmes sociaux n'a pas été soulevée de manière explicite, même si on sait que l'achat de systèmes d'armes perfectionnées se fera inévitablement aux dépens des transferts du fédéral au provincial, lesquels contribuent au financement de la santé et de l'éducation.
Selon le gouvernement, la contribution des étudiants qui représente 12,7% des revenus globaux des universités en 2008-2009, sera portée progressivement à 16,9% en 2016-2017. Comme il y a 285 000 étudiants inscrits dans les universités du Québec - dont environ 180 000 à temps plein - le total maximal estimé des droits de scolarité au Québec est de l'ordre de 606 millions de dollars [1]. C'est inférieur au coût associé à un seul F-35, selon les évaluations du Pentagone. Le coût total du programme d'achat des F-35 permettrait d'assurer la gratuité de l'éducation post-secondaire, sur une base annuelle, au Québec, pendant des décennies.
Les dépenses militaires au niveau fédéral ont une incidence directe sur le financement d'un projet de société au Québec. Le gouvernement Charest est complice. Il accepte le gel des transferts pour les programmes sociaux. Il ne remet pas en question les énormes sommes allouées par le gouvernement fédéral au financement d'une guerre meurtrière sans frontière, au profit des fabriquants d'armes états-uniens et leurs partenaires canadiens.»
Source : Michel Chossudovsky, L'Autre journal, mai 2012, numéro 309, p.5
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[1] C'est à dire que le revenu total estimé provenant des droits d'études payés par les étudiants et pour les universités, en calculant la hausse, sur une période de cinq ans : il équivaut à ce montant de 606 millions de dollars pour toutes les universités du Québec. Les universités vont recevoir 606 millions de dollars des étudiants, alors que le gouvernement fédéral (tous les citoyens, donc des étudiants aussi) va (iront collectivement) dépenser à peu près le même montant pour un seul avion. Note de moi-même.
