J'ai lu ce passage de l'évangile de St Marc chapitre 6, versets 1 à 4 qui me trouble, où il parle des frères et soeurs de Jésus ?
Bonjour,
Vous seriez encore plus troublé probablement,
Trinité, si vous aviez lu les pages que John P. Meier consacre à la question. John P. Meier, exégète, que la critique encense,
qui est prêtre catholique ...
Je vous livre sa conclusion :
«Il va de soi que tous ces arguments, même ajoutés les uns aux autres, ne sauraient aboutir à une absolue certitude, sur une question pour laquelle les témoignages sont si peu nombreux. Néanmoins, en faisant abstraction de la foi et de l'enseignement ultérieur de l'Église, si on demande à l'historien ou à l'exégète de formuler un jugement sur les textes néotestamentaires et patristiques examinés, considérés uniquement comme des sources historiques, l'opinion la plus probable est que les frères et les soeurs de Jésus étaient de vrais frères et soeurs.
Ce jugement se fonde, tout d'abord, sur le critère d'attestation multiple : Paul, Marc, Jean, Flavius Josèphe et peut-être Luc en Ac 1,14 parlent tous, et indépendamment les uns des autres, du ou des frères de Jésus (ou du Seigneur). Dans la plupart des passages, les frères (et parfois les soeurs) sont associés directement à Marie, mère de Jésus, par des expressions du type «sa mère et ses frères» (ou «la mère et les frères de lui»).
A ce fait premier, des attestations multiples dans les sources, il faut ajouter la signification naturelle de frères dans tous ces passages, telle qu'elle ressort de l'usage habituel du terme chez Josèphe et dans le Nouveau Testament. Dans la langue grecque qu'il emploie, Josèphe distingue le terme frère de celui de cousin, en particulier quand il réécrit une histoire biblique en remplaçant le mot frère de l'hébreu par le terme plus exact de cousin. Il est donc particulièrement significatif que Josèphe, écrivain juif indépendant du Ier siècle, ne se pose aucun problème pour appeler Jacques de Jérusalem le «frère de Jésus».
Dans le Nouveau Testament, on ne trouve pas un seul cas clairement établi où le terme frère signifie cousin ou même frère par alliance, alors qu'il y a abondance de cas où il signifie frère au sens physique (frère à part entière ou demi-frère). C'est le sens naturel de adelphos chez Paul, Marc et Jean; Matthieu et Luc ont apparemment suivi et prolongé ce sens. L'emploi du terme par Paul est particulièrement important car, à la différence de Flavius Josèphe ou des évangélistes, Paul ne se contente pas de commenter des événements passés qui lui ont été transmis par des récits provenant de sources orales ou écrites; il parle des frères du Seigneur comme des gens qu'il a connus et rencontrés, des gens qui sont vivants au moment où il écrit. De toute évidence, l'usage qu'il fait du mot frère n'est pas déterminé par une tradition évangélique, vénérée et vieille de plusieurs décennies dont il hésiterait à changer la formulation établie. Et Paul, ou un disciple proche de lui, montre que la tradition paulinienne connaissait parfaitement bien le terme à employer pour désigner un cousin (anepsios en Col 4,10). C'est pourquoi, d'un point de vue purement philologique et historique, l'opinion la plus probable est que les frères et soeurs de Jésus étaient vraiment ses frères et soeurs. Cette interprétation des textes du Nouveau Testament a été maintenue au moins par quelques écrivains ecclésiastiques jusqu'au IVe siècle.
Source : J. P. Meier, Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire, tome 1, p.202
Un scrupule, un souci d'intégrité (?) si vous voulez, la vérité à quelque part : le fait est qu'il existe des exégètes catholiques (comme Meier, tiens) capables d'aller conclure comme ils le font, eux. Je n'ai pas transcris le chapitre entier Le fait demeure : les arguments d'un Meier paraissent drôlement convaincants. Ceci dit, je n'ai pas lu ce qu'un Raymond Brown aurait pu dire de son côté. Abonderait-il dans le même sens que Meier? l'un est-il contredit par l'autre? Brown ou un autre? Je ne sais pas.
Olivier C ferait remarquer que la dispute philologique ne serait pas si concluante. Non, c'est plutôt l'information à l'effet que Marie eût été vierge perpétuelle au sens physique du terme (supposons, ici, comme un élément de connaissance dont l'Église dispose en premier lieu) qui amène l'autorité dans l'Église à discriminer comme elle le fait. Oui,
mais ça ... Il faudra faire appel à la foi à l'Église catholique pour abonder dans ce sens. Il faudrait faire appel à la foi à l'encontre des apparences scripturaires réellement. C'est pour cela que Meier dit «
si on fait abstraction de la foi ...»
Bref
Je peux comprendre comment un protestant critique, ou notre gérardh, pourrait avoir envie de secouer les "colonnes du temple", ruer dans les brancards, devenir rouge et frustrer au possible. Oui, quand on peut lire également des auteurs comme Meier, entre autres. Enfin, peut-être qu'un Meier aura tort aussi au final (sans présumer une quelconque mauvaise foi de son côté; disons que rien ne me le ferait penser pour l'instant).
Les apparences peuvent très bien jouer
contre l'élément amené par l'Église catholique. Ce n'est pas toujours le cas, mais
parfois.