L'échelle de Jacob
Publié : mer. 06 mai 2015, 18:32
Bonjour,
Ce sont des réflexions de Gustave Thibon. Elles me paraissent si profondes, il serait dommage de ne pas en faire profiter les passants qui circulent dans le coin.
Voir :
«La souffrance a ceci de vrai et de profond qu'elle nous fait nécessairement ou monter ou descendre; elle ne connaît pas de statu quo ni de ligne horizontale, elle mène au ciel ou en enfer. Celui qui marche dans la douleur ne marche jamais en pays plat.»
«De ce que le plaisir ne m'a point aimé, de là est née ma liberté. - Nous savons trop bien quelles sont les conditions de la plupart des ascensions humaines. On monte quand on n'a plus d'issue par en bas. Pour que l'homme veuille la joie la plus haute, il faut que la joie la plus basse ne veuille plus de lui.»
«Un homme est grand dans la mesure où, placé entre l'illusion et la douleur, il choisit la douleur.»
«J'affirme contre les nihilistes contemporains la valeur essentielle de l'expérience du désespoir. Mais tandis que pour eux le désespoir est une fin, il est pour nous un passage, une épreuve. Le sommet de la sainteté pour un chrétien réside dans le refus du désespoir. Pour refuser le désespoir, il faut d'abord l'éprouver, le pâtir à fond, mais il faut en même temps le dépasser par un acte d'amour aveugle, inconditionnel (il n'est donc pas valeur suprême : in manus tuas commendo spiritus meum). Alors que les nihilistes prêchent le désespoir pur et simple, nous prêchons avec saint Paul l'espérance contre l'espoir. On ne possède Dieu, dans sa pureté surnaturelle, qu'à travers le désespoir pâti et surmonté. Plus précisément, ce que nous enseignons, ce n'est pas le désespoir, mais l'espérance sans consolations ni complicités naturelles qui, au-delà de toutes les apparences hostiles, s'appuie uniquement sur la miséricorde ineffable de Celui qui «ne donne pas comme le monde donne». C'est au fond l'enseignement de saint Jean de la Croix : pour n'espérer qu'en Dieu seul, il faut avoir désespéré de tout ce qui n'est pas Dieu.»
«Tous les êtres qui s'agitent ... Que cherchent-ils? Ils ont soif d'avorter de quelque chose. Ils n'ont pas la force de laisser mûrir dans leurs entrailles leur douleur, leur solitude ou leur Dieu. Ils cherchent des moyens rapides et proches de se débarrasser de ces choses : qui les bras d'une femme, qui une vie facile, qui les vains jeux de la gloire ou du pouvoir. Ils ne veulent pas enfanter dans la douleur. Mais où est leur gain? Ils avortent aussi dans la douleur - et dans une douleur stérile et sans issue. Car l'avortement n'est jamais une délivrance, et le fruit vert arraché se survit dans les entrailles par une plaie qu'on arrache pas.»
«Plus l'expérience affective du divin se tarit en moi, plus la foi au Dieu chrétien s'ancre, irréfutable, absolue, immortelle dans ma pensée. Jadis, au coeur des ivresses religieuses, cette pensée me traversait parfois comme une flèche : c'est trop doux pour être vrai! Et maintenant, dans la transcendance désertique de ma foi, je songe : c'est trop vrai pour être doux!»
«Il n'est peut-être ici-bas - sauf chez les saints - qu'une douleur parfaitement innocente, parfaitement vraie, et c'est la douleur physique. Que reste-t-il des douleurs de l'âme, si l'on en retranche les tourments de l'orgueil, de l'envie et du rêve, le vain regret du passé et la vaine angoisse du lendemain?»
Source : Gustave. Thibon, L'échelle de Jacob, 188 p.
Ce sont des réflexions de Gustave Thibon. Elles me paraissent si profondes, il serait dommage de ne pas en faire profiter les passants qui circulent dans le coin.
Voir :
«La souffrance a ceci de vrai et de profond qu'elle nous fait nécessairement ou monter ou descendre; elle ne connaît pas de statu quo ni de ligne horizontale, elle mène au ciel ou en enfer. Celui qui marche dans la douleur ne marche jamais en pays plat.»
«De ce que le plaisir ne m'a point aimé, de là est née ma liberté. - Nous savons trop bien quelles sont les conditions de la plupart des ascensions humaines. On monte quand on n'a plus d'issue par en bas. Pour que l'homme veuille la joie la plus haute, il faut que la joie la plus basse ne veuille plus de lui.»
«Un homme est grand dans la mesure où, placé entre l'illusion et la douleur, il choisit la douleur.»
«J'affirme contre les nihilistes contemporains la valeur essentielle de l'expérience du désespoir. Mais tandis que pour eux le désespoir est une fin, il est pour nous un passage, une épreuve. Le sommet de la sainteté pour un chrétien réside dans le refus du désespoir. Pour refuser le désespoir, il faut d'abord l'éprouver, le pâtir à fond, mais il faut en même temps le dépasser par un acte d'amour aveugle, inconditionnel (il n'est donc pas valeur suprême : in manus tuas commendo spiritus meum). Alors que les nihilistes prêchent le désespoir pur et simple, nous prêchons avec saint Paul l'espérance contre l'espoir. On ne possède Dieu, dans sa pureté surnaturelle, qu'à travers le désespoir pâti et surmonté. Plus précisément, ce que nous enseignons, ce n'est pas le désespoir, mais l'espérance sans consolations ni complicités naturelles qui, au-delà de toutes les apparences hostiles, s'appuie uniquement sur la miséricorde ineffable de Celui qui «ne donne pas comme le monde donne». C'est au fond l'enseignement de saint Jean de la Croix : pour n'espérer qu'en Dieu seul, il faut avoir désespéré de tout ce qui n'est pas Dieu.»
«Tous les êtres qui s'agitent ... Que cherchent-ils? Ils ont soif d'avorter de quelque chose. Ils n'ont pas la force de laisser mûrir dans leurs entrailles leur douleur, leur solitude ou leur Dieu. Ils cherchent des moyens rapides et proches de se débarrasser de ces choses : qui les bras d'une femme, qui une vie facile, qui les vains jeux de la gloire ou du pouvoir. Ils ne veulent pas enfanter dans la douleur. Mais où est leur gain? Ils avortent aussi dans la douleur - et dans une douleur stérile et sans issue. Car l'avortement n'est jamais une délivrance, et le fruit vert arraché se survit dans les entrailles par une plaie qu'on arrache pas.»
«Plus l'expérience affective du divin se tarit en moi, plus la foi au Dieu chrétien s'ancre, irréfutable, absolue, immortelle dans ma pensée. Jadis, au coeur des ivresses religieuses, cette pensée me traversait parfois comme une flèche : c'est trop doux pour être vrai! Et maintenant, dans la transcendance désertique de ma foi, je songe : c'est trop vrai pour être doux!»
«Il n'est peut-être ici-bas - sauf chez les saints - qu'une douleur parfaitement innocente, parfaitement vraie, et c'est la douleur physique. Que reste-t-il des douleurs de l'âme, si l'on en retranche les tourments de l'orgueil, de l'envie et du rêve, le vain regret du passé et la vaine angoisse du lendemain?»
Source : Gustave. Thibon, L'échelle de Jacob, 188 p.