Dans un premier temps, il s'agit de bien comprendre la nature du rêve. Or si vous faites aujourd'hui un état de l'art de la question c'est le flou artistique le plus total, il est difficile de trouver dans ce fatras de théories une explication satisfaisante.
La plupart des neurologues, sacrifiant à l'esprit scientiste, continuent de chercher en vain une explication physiologique du même type que celle qui permet d'expliquer la respiration et la nutrition. Réductionnisme quand tu nous tiens...
Les psychanalystes à la sauce freudienne parlent de désirs refoulés dans l'inconscient et resurgissant sous forme de rêve. Le problème c'est que comme Freud admet l'ambivalence du désir sa théorie est infalsifiable: ainsi, et c'est un exemple tiré d'objections qui lui ont été faites, si une femme rêve qu'elle rend visite à sa belle-mère, cela pourrait vouloir dire qu'elle désire rendre visite à sa belle-mère ou au contraire qu'elle ne désire pas lui rendre visite...
Jung quant à lui voit dans le rêve une plongée dans le monde des archétypes, archétypes variant suivant les peuples et les races, ainsi distingue t-il une psyché aryenne et une psyché sémite.
Les primitifs considèrent les rêves comme des états de conscience propre à l'âme émancipée du corps et rentrant en communication avec le monde des esprits.
Aristote a écrit un traité des rêves, dont le mérite est de mettre en évidence le rôle de l'imagination, des fantasmes et des impressions persistantes, mais qui élude totalement la problématique de la construction du scénario, de la trame du rêve.
etc...
A noter que le pape Grégoire le Grand, Père de l'Eglise, évoque trois grands types de rêve: le rêve "normal", le rêve démoniaque et le rêve divin.
En guise de remarques préliminaires:
- Le rêve n'est pas une succession décousue d'images, comme peut l'être par exemple un clip vidéo complètement débile où en 5 minutes se succèdent des centaines de plans différents n'ayant strictement rien à voir l'un avec l'autre Cela exclut l'explication bêtement mécanique de décharges neuronales flashant aléatoirement.
- Le rêveur est, selon un mode qu'il reste à préciser, dans son rêve. Donc ce n'est pas l'analogue d'un film où le spectateur garde une distance vis-à-vis du film et n'influe pas sur le scénario. Voir le gag de « Tintin au Congo » lorsque les sauvages jettent leurs sagaies sur l’écran de cinéma ou encore la remarque d’un Céline désabusé qui avec son cynisme habituel parle de « se faire sauter le cinéma ».
- Le rêve n’est pas programmé. Ce n’est pas une pièce de théâtre écrite la veille qui serait jouée par le rêveur, même si certains éléments du rêves sont clairement tirés de souvenirs, mais après c’est de l’improvisation...
Ensuite je ne vois pas l’intérêt de faire appel à des notions comme l’inconscient, le clivage de la personnalité, etc... qui engendrent encore plus de questions qu’elles n’en résolvent.
Simplement il suffit de considérer ces trois modes de fonctionnement de l’imagination :
- l’imagination spontanée: c’est à dire par exemple la rêverie de l’écolier songeant aux prochaines vacances, il est passif, à moitié somnolant sur son pupitre et par la fenêtre il voit tomber les premières neiges alors passivement il voit les images se succéder par voie associative : bonhomme de neige, bataille de boules de neige, ski, feu de cheminée, sapin de Noël, réveillon, messe de minuit etc...
- l’imagination déclenchée et commandée par une situation donnée: comme par exemple cette imagination morbide qui travaille le soldat durant les secondes éternelles qui précèdent l’assaut, cette imagination qu’il aimerait bien faire taire, mais qui revient de façon obsessionnelle et qui reviendra tant qu’il aura sous les yeux les cadavres de ses camarades déjà tombés lors de la première vague. Par analogie avec la physique on pourrait dire que ce fonctionnement de l’imagination a un nombre de degrés de liberté très limité, alors que dans le premier cas l’évolution peut être chaotique (au sens peut mener n’importe où). Lorsque Proust mange de sa madeleine qui peut dire ce qui va lui traverser l’esprit ? Lorsqu’un publicitaire exhibe le corps d’une femme pour faire la promotion d’une voiture, il n’est pas bien difficile de se faire une idée de ce qui va traverser l’esprit des acheteurs potentiels...
- l’imagination mue par la volonté : c’est l’imagination du romancier qui donne vie à ses personnages : le romancier décide par exemple que son héros doit mourir à la fin du troisième tome, mais son éditeur y voyant là un manque à gagner le prie instamment de continuer à le faire vivre. Cette imagination là elle est orchestrée par la volonté, pas forcément par la raison...
Le rêve n’est réductible à aucun de ces 3 modes de fonctionnement de l’imagination, il les comprends tous les 3.
Je prends un exemple :
La première image du rêveur est une bibliothèque, on pourrait se demander si cette première image est aléatoire ou si elle correspond à quelque chose de particulier dans la journée ou même avant, si c’est quelque chose qui a été considéré avec la plus haute importance et qui a fortement impressionné l’esprit ou au contraire quelque chose qui a été négligé et mis en réserve...mais c’est un autre problème: celui du choix des conditions initiales.
Première phase , la phase de rêverie, phase d’évocation passive, ou imagination spontanée : tout un tas d’image associées de près ou de loin à l’image de la bibliothèque vont se succéder dans l’esprit du rêveur jusqu'à ce qu’il arrive à l’image de son pire ennemi de jeunesse : en effet dans sa jeunesse estudiantine le rêveur était le leader d’un syndicat étudiant nationaliste, et son rival était un gauchiste de la pire espèce, n’ayant rien pour lui, mais ayant quand même réussi à lui souffler sa fiancée, entre parenthèses il serait bon qu’un jour les milieux nationalistes comprennent que la reconquête de la France passe par celle des femmes et du mariage, parce que de ce côté là ce n’est guère brillant et en la matière ils n’ont pas vraiment de programme, de réponses et de comportements adaptés, il y en a encore beaucoup trop qui comptent sur le bal musette, le hasard, les états de service, les galons ou les relations de famille, en vain...fermons la parenthèse. Or il se trouve que par hasard les deux rivaux s’étaient retrouvés nez à nez à la bibliothèque universitaire. Voilà comment le rêveur par associations d’images en vient à l’image de son pire ennemi de jeunesse.
Deuxième phase, la phase active, l’imagination mue par la volonté : le rêveur veut la peau de son rival et comme c’est un passionné d’histoire médiévale il va imaginer, tel un romancier, un décor de duel avec lice, armures et destriers et il va y camper ses personnages : lui et son rival.
Troisième phase, la phase obsessionnelle, l’imagination commandée par la situation du duel : le rêveur en entrant en lice pour affronter son ennemi, « réalise » qu’il risque de se rompre le cou et de ne plus se relever ou que la lance de son adversaire peut traverser son heaume, lui transpercer l’œil et la cervelle et le laisser agonisant plusieurs jours comme cela arriva à Henri II. Et là cela devient le cauchemar récurrent et subi jusqu’au réveil.
Il y a cependant une difficulté à résoudre. En effet si l’on comprend aisément que dans la phase d’évocation passive et la phase obsessionnelle du rêve le rêveur prenne pour argent comptant les images qui défilent sous ses yeux, n’ayant plus aucun élément de comparaison à disposition, à savoir les objets de la réalité actuelle connus par le truchement des sens, on comprend beaucoup moins bien comment il peut prendre pour argent comptant quelque chose qu’il a volontairement imaginé ainsi que ce qui s’ensuit.
La réponse est simple : il a oublié que c’est lui qui a volontairement imaginé un décor de duel médiéval pour pouvoir régler son compte à son ennemi dans les règles de l’art. A l’état de veille cela ne se produit pas, ou alors cela relève de la pathologie, c’est une amnésie, ce serait le cas d’un romancier qui ayant pondu une histoire perdrait la mémoire et ne se souviendrait plus qu’il est l’auteur de cette histoire.
Il faut donc se poser la question : à quelles conditions nous souvenons-nous suffisamment longtemps d’un acte volontaire ? Eh bien à condition qu’il dépasse un certain seuil en intensité et en durée. Or justement les multiples contrariétés apportées par la réalité stimule la volonté, la fait se répéter et augmenter en intensité au point que nous en gardons un souvenir, cela vaut pour la bonne volonté comme pour la mauvaise volonté. Mais si, comme c’est le cas dans le rêve, une volonté d’une très faible intensité et d’une très faible durée suffit pour obtenir l’objet voulu, alors l’acte de volition ne se gravera pas dans la mémoire. C’est le côté absurde du rêve, le rêveur se retrouve captif de quelque chose qu’il a voulu, mais qu’il a aussitôt oublié avoir voulu. C’est un peu comme en politique lorsqu’un Giscard écrit dans le Figaro un article tonitruant « Immigration ou invasion ? » alors que c’est lui et sa famille politique qui dans les années 70 ont été les grands architectes de la solution abortive et de l’implantation de populations de substitution, mais là je ne crois pas que ce soit un oubli...
Donc finalement pour expliquer les rêves « normaux » nul besoin d’avoir recours à des notions abracadabrantes.
Là où cela devient plus délicat c’est pour expliquer les rêves préternaturels. Personnellement, m’interrogeant un jour sur la doctrine des anges gardiens, je m’étais dit que le meilleur moyen pour en avoir le cœur net était encore d’entrer en communication avec le mien, et j’avais adressé une prière à Dieu en ce sens, eh bien j’ai fait une sorte de rêve éveillé, complètement atypique et plutôt inquiétant, où je percevais la réalité environnante habituelle sauf qu’il y avait en plus la présence de quelque chose, pas un être personnel apparemment, mais plutôt comme un champ de force invisible rayonnant de toute part, m’affectant sans que je sache comment. Comme il n’y a pas eu de communication et que l’expérience était plutôt inquiétante, j’y ai plutôt vu là le résultat de la vaine curiosité... Ceci dit, ainsi que l’explique Saint Thomas les anges ne sont pas des êtres localisés mais peuvent exercer leur puissance en tout point de l’espace.
Dans votre cas c’est peut-être le fait d’invoquer Saint Michel qui a mis le feu au poudre, c’est quand même le Chef de la Milice Céleste, à ce titre l’ennemi juré des démons. D’ailleurs à ce sujet :
Il est opportun de signaler que la formule d’exorcisme du pape Léon XIII fut rédigée par lui-même. Après une vision des esprits infernaux qui se rassemblaient autour de la ville éternelle, il rédigea une première prière à Saint Michel, qu’il ordonna de réciter après chaque messe. Peu après, il a écrit, également de sa propre main, un exorcisme spécial et recommanda aux évêques et aux prêtres de le réciter fréquemment dans les diocèses et les paroisses."
Et je suppose que votre désespoir vient du fait que votre prière d’invocation semble être restée lettre morte. Il faut aussi savoir que plus l’âme tend vers la sainteté plus les attaques du démons redoublent de violence, à la limite l’âme d’un dépravé ne craint plus rien de ce côté là puisqu’elle n’est plus à conquérir. En témoigne la vie des Saints, comme Padre Pio :
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