Identité et Catholicisme
Publié : jeu. 13 août 2015, 23:26
Bonjour à tous,
Je voudrais parler aujourd’hui d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur, en soulevant quelques questions sans chercher à produire un discours structuré. Il s'agit simplement de mettre en lumières quelques points dérangeants liés au problème très actuel de l'identité catholique. Je crois, en effet, qu’il y a là un risque terrible pour le catholicisme de demain, celui que nous appelons de nos vœux, celui qui produira des saints et enflammera les cœurs d’Amour pour toutes choses.
On parle beaucoup de nos jours d’un renouveau conservateur dans l’Eglise. Il semble même que la chose prenne la forme d’un conflit presque générationnel : d’un côté, les « vieux » progressistes ne jurant que par « l’esprit du Concile », soixante-huitards de fait ou d’esprit, de l’autre les « jeunes » conservateurs aspirant à un retour à une liturgie plus belle, à une intransigeance doctrinale plus forte, à une politisation (à droite) de la morale chrétienne. Le « phénomène Manif pour Tous » a servi, sinon de catalyseur, au moins de mise en lumière de cette nouvelle génération qui se recrute souvent dans les milieux aisés.
Je ne fais que présenter une humble opinion sur le sujet, naturellement influencé par mon approche de la foi. Je suis moi-même un jeune catholique, très attaché à l’orthodoxie doctrinale, à la forme traditionnelle de la liturgie (car la liturgie de Paul VI peut, je le crois, être traditionnelle), et absolument opposé à toute tentative de constituer un catholicisme « à la carte », et ce pour des raisons autant purement spirituelles qu’intellectuelles. Je suis donc un « conservateur » au sein du catholicisme français, même si cette étiquette plus subie que revendiquée ne me plaît qu’à moitié.
Bref, lorsque je vois ces jeunes prêtres qui reprennent la soutane, l’encensoir et osent parfois (suprême horreur !) célébrer la Sainte Messe « ad orientem », qui reparlent des dogmes (ces abominations qui entravent l’homme !), de l’évangélisation (prosélytisme !), je suis très content.
Cependant, il y a quelque chose qui me dérange dans cette nouvelle génération qui a fait de la défense des chrétiens d’orient et du combat contre le « mariage » pour tous ses chevaux de bataille. Il a un mois ou deux, je suis tombé sur une « affiche » très sommaire, une simple feuille de papier coincé dans la grille extérieure d’un square à Paris. On y avait écrit à l’aide d’un gros feutre noir une énorme erreur : « Fier d’être Chrétien ! ».
Alors certes, notre société n’est pas très commode avec les chrétiens. On nous méprise plus ou moins ouvertement. Certains nous accusent d’être des irrationnels antisciences parce que théistes, d’autres de fascistes parce qu’anti-avortement, d’autre de pauvres naïfs parce que défenseurs des pauvres et des immigrés. Nul besoin de dresser la liste des vexations quotidiennes que subit l’Eglise de France (l’Eglise en France, plutôt). Il y a des tas de sites (je pense entre autre au fameux « observatoire de la christianophobie », entre autre) qui se font une joie d’énumérer les listes sans fin de vandalisme contre nos sanctuaires, de laïcismes contre notre liberté de penser, de critiques déraisonnables et vindicatives de la Vérité. Le plus dur étant sans doute un phénomène beaucoup plus latent, celui du mépris mêlé d’incompréhension de beaucoup de français qui croient connaître le christianisme parce qu’ils ont vaguement été éduqués dedans mais n’entrevoient qu’à peine la profondeur du message évangélique et n’envisage pas ses fondements rationnels.
Mais c’est une dynamique terrible que de s’enfermer dans la contemplation de ces offenses (du reste fort supportables au regard de la situation de bien des chrétiens et autres hommes de bonne volonté du monde), de compter les affronts et de se rappeler à quel point on est supérieur à ce monde corrompu du fait de notre christianisme. Il est facile de se penser en dernier défenseur de la Vérité, d’éprouver l’orgueil d’être chrétien et le dédain des autres. J’en parle avec d’autant plus de facilité que cette tentation est fortement ancrée en moi. Il est si facile, dans les milieux étudiants où la débauche et l’erreur règnent en maîtres, de se draper dans son orgueil intellectuel chrétien. « Moi, je me pose les vraies questions » « Moi, je contemple l’Amour » « Moi, je ne me complais pas dans une existence vaine emplie de futilités ». Cela dit, je vis ma foi en solitaire, ayant peu de frères chrétiens à qui parler. Mais il n’est pas difficile de discerner à quel point il est facile d’éprouver un réconfort « clanique » à mépriser les autres ensembles, lorsque dans l’espace si accueillant de l’entre-soi on s’érige en derniers défenseurs de la Lumière.
Alors lorsque j’ai vu cette fameuse affiche de fortune, elle m’a blessée. Blessé en tant que catholique romain orthodoxe. On ne peut pas être « fier d’être chrétien », certainement pas dans le sens dans lequel la personne qui l’avait écrit l’avait probablement pensé. Et quand bien même elle ne l’aurait pas pensé dans le sens le sens « identitaire » du terme, il me semble que cet exemple est représentatif du phénomène que je suis entrain d’évoquer ; une telle formule n’a rien d’anodin. On ne peut être, on ne devrait être « qu’humble d’être chrétien », car la foi est une grâce reçue, et non mérité, malgré la coopération de l’homme à l’œuvre divine. On ne peut qu’être « humble d’être chrétien », parce qu’on ne sait la part des déterminismes socio-culturels dans notre foi, et si celle-ci est un acte d’Amour ou une simple adhérence à un concept. On ne peut qu’être « humble d’être chrétien » parce que l’incroyant est plus à plaindre qu’autre chose.
J’ai peur, frères et sœurs en Jésus-Christ, de voir dans le renouveau d’un christianisme orthodoxe une simple manifestation identitaire. En cette époque troublée, beaucoup se cherchent une place, une morale, une identité. Contemplation de l’Amour divin, ou contemplation d’un passé plus sûr ? Retour au Logos créateur ou retour à la religion-pratique traditionnelle de la France en quête d’une « identité » perdue ? Ou même d’une identité renouvelée ?
J’ai toujours été assez fasciné par le phénomène « traditionnaliste ». Je crois que nous tenons dans ces communautés socialement, politiquement, culturellement ultra-homogènes un reflet du "pire" que peu réserver la voie identitaire à l’Eglise de France. Certes, je ne prétends saisir l’ensemble de ces communautés d’un même regard globalisant et réducteur. J’ai rencontré – sur ce forum même – des traditionnalistes humbles et bien plus profonds dans leur spiritualité que moi. J’ai beaucoup d’éloges à faire aux communautés Ecclesia Dei et à l’esprit qui les anime. Cependant, et malgré les points communs que je partage avec les tradis, je suis extrêmement sceptique face à leur vision à mon goût très « communautariste » que beaucoup d'entre eux semblent avoir de la religion et de leur attachement un peu trop étroit à une certaine pensée maurassienne. Surtout, je refuse la pensée de « l’orthodoxie suffisante », qui donne une importance surdimensionnée à la Vérité par rapport à l’Amour, exact inverse de la non moins déplaisante pensée libérale du « deeds, not creeds » (les oeuvres, pas les credos), chère à certains tenants du christianisme social.
Est-ce la France conservatrice qui renaît, entraînant vaguement une Eglise meurtrie dans ses bagages, ou une puissant et profond renouvellement interne et indépendant de notre Sainte Mère ?
Je crois, vous l’aurez compris, qu’il est capital que l’Eglise se garde de cette voie identitaire. D’une part parce que cela efface la radicalité du Saint Message au profit d’un simple espace de confort altruiste. D’autre part parce qu’elle identifie l’Eglise à d’autres forces humaines, conservatrices et nationalistes entre autre. Or L’Eglise, c’est le tout-autre, c’est le Corps du Christ. Son indépendance « idéologique » est fondamentale, d’autant qu’elle n’est pas idéologie. Elle est Vérité.
Que pensez-vous donc de cette adresse quelque peu décousue ? Y a-t-il un lien entre le renouveau conservateur de l’Eglise et la droitisation (pas nécessairement au sens concret, politique) de la société ? Est-ce une bonne chose ? Que pensez-vous de l'idée d'une « identité catholique » ? Partagez-vous mes craintes d’une corruption de la Sainte Religion prise comme idéologie et morale sans spiritualité profonde ? Est-ce que tout cela est fruit de mon imagination torturée prompte à juger, ou pensez-vous qu’il y a là un problème ?
Dieu vous garde tous en son étreinte d'Amour,
Héraclius -
Je voudrais parler aujourd’hui d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur, en soulevant quelques questions sans chercher à produire un discours structuré. Il s'agit simplement de mettre en lumières quelques points dérangeants liés au problème très actuel de l'identité catholique. Je crois, en effet, qu’il y a là un risque terrible pour le catholicisme de demain, celui que nous appelons de nos vœux, celui qui produira des saints et enflammera les cœurs d’Amour pour toutes choses.
On parle beaucoup de nos jours d’un renouveau conservateur dans l’Eglise. Il semble même que la chose prenne la forme d’un conflit presque générationnel : d’un côté, les « vieux » progressistes ne jurant que par « l’esprit du Concile », soixante-huitards de fait ou d’esprit, de l’autre les « jeunes » conservateurs aspirant à un retour à une liturgie plus belle, à une intransigeance doctrinale plus forte, à une politisation (à droite) de la morale chrétienne. Le « phénomène Manif pour Tous » a servi, sinon de catalyseur, au moins de mise en lumière de cette nouvelle génération qui se recrute souvent dans les milieux aisés.
Je ne fais que présenter une humble opinion sur le sujet, naturellement influencé par mon approche de la foi. Je suis moi-même un jeune catholique, très attaché à l’orthodoxie doctrinale, à la forme traditionnelle de la liturgie (car la liturgie de Paul VI peut, je le crois, être traditionnelle), et absolument opposé à toute tentative de constituer un catholicisme « à la carte », et ce pour des raisons autant purement spirituelles qu’intellectuelles. Je suis donc un « conservateur » au sein du catholicisme français, même si cette étiquette plus subie que revendiquée ne me plaît qu’à moitié.
Bref, lorsque je vois ces jeunes prêtres qui reprennent la soutane, l’encensoir et osent parfois (suprême horreur !) célébrer la Sainte Messe « ad orientem », qui reparlent des dogmes (ces abominations qui entravent l’homme !), de l’évangélisation (prosélytisme !), je suis très content.
Cependant, il y a quelque chose qui me dérange dans cette nouvelle génération qui a fait de la défense des chrétiens d’orient et du combat contre le « mariage » pour tous ses chevaux de bataille. Il a un mois ou deux, je suis tombé sur une « affiche » très sommaire, une simple feuille de papier coincé dans la grille extérieure d’un square à Paris. On y avait écrit à l’aide d’un gros feutre noir une énorme erreur : « Fier d’être Chrétien ! ».
Alors certes, notre société n’est pas très commode avec les chrétiens. On nous méprise plus ou moins ouvertement. Certains nous accusent d’être des irrationnels antisciences parce que théistes, d’autres de fascistes parce qu’anti-avortement, d’autre de pauvres naïfs parce que défenseurs des pauvres et des immigrés. Nul besoin de dresser la liste des vexations quotidiennes que subit l’Eglise de France (l’Eglise en France, plutôt). Il y a des tas de sites (je pense entre autre au fameux « observatoire de la christianophobie », entre autre) qui se font une joie d’énumérer les listes sans fin de vandalisme contre nos sanctuaires, de laïcismes contre notre liberté de penser, de critiques déraisonnables et vindicatives de la Vérité. Le plus dur étant sans doute un phénomène beaucoup plus latent, celui du mépris mêlé d’incompréhension de beaucoup de français qui croient connaître le christianisme parce qu’ils ont vaguement été éduqués dedans mais n’entrevoient qu’à peine la profondeur du message évangélique et n’envisage pas ses fondements rationnels.
Mais c’est une dynamique terrible que de s’enfermer dans la contemplation de ces offenses (du reste fort supportables au regard de la situation de bien des chrétiens et autres hommes de bonne volonté du monde), de compter les affronts et de se rappeler à quel point on est supérieur à ce monde corrompu du fait de notre christianisme. Il est facile de se penser en dernier défenseur de la Vérité, d’éprouver l’orgueil d’être chrétien et le dédain des autres. J’en parle avec d’autant plus de facilité que cette tentation est fortement ancrée en moi. Il est si facile, dans les milieux étudiants où la débauche et l’erreur règnent en maîtres, de se draper dans son orgueil intellectuel chrétien. « Moi, je me pose les vraies questions » « Moi, je contemple l’Amour » « Moi, je ne me complais pas dans une existence vaine emplie de futilités ». Cela dit, je vis ma foi en solitaire, ayant peu de frères chrétiens à qui parler. Mais il n’est pas difficile de discerner à quel point il est facile d’éprouver un réconfort « clanique » à mépriser les autres ensembles, lorsque dans l’espace si accueillant de l’entre-soi on s’érige en derniers défenseurs de la Lumière.
Alors lorsque j’ai vu cette fameuse affiche de fortune, elle m’a blessée. Blessé en tant que catholique romain orthodoxe. On ne peut pas être « fier d’être chrétien », certainement pas dans le sens dans lequel la personne qui l’avait écrit l’avait probablement pensé. Et quand bien même elle ne l’aurait pas pensé dans le sens le sens « identitaire » du terme, il me semble que cet exemple est représentatif du phénomène que je suis entrain d’évoquer ; une telle formule n’a rien d’anodin. On ne peut être, on ne devrait être « qu’humble d’être chrétien », car la foi est une grâce reçue, et non mérité, malgré la coopération de l’homme à l’œuvre divine. On ne peut qu’être « humble d’être chrétien », parce qu’on ne sait la part des déterminismes socio-culturels dans notre foi, et si celle-ci est un acte d’Amour ou une simple adhérence à un concept. On ne peut qu’être « humble d’être chrétien » parce que l’incroyant est plus à plaindre qu’autre chose.
J’ai peur, frères et sœurs en Jésus-Christ, de voir dans le renouveau d’un christianisme orthodoxe une simple manifestation identitaire. En cette époque troublée, beaucoup se cherchent une place, une morale, une identité. Contemplation de l’Amour divin, ou contemplation d’un passé plus sûr ? Retour au Logos créateur ou retour à la religion-pratique traditionnelle de la France en quête d’une « identité » perdue ? Ou même d’une identité renouvelée ?
J’ai toujours été assez fasciné par le phénomène « traditionnaliste ». Je crois que nous tenons dans ces communautés socialement, politiquement, culturellement ultra-homogènes un reflet du "pire" que peu réserver la voie identitaire à l’Eglise de France. Certes, je ne prétends saisir l’ensemble de ces communautés d’un même regard globalisant et réducteur. J’ai rencontré – sur ce forum même – des traditionnalistes humbles et bien plus profonds dans leur spiritualité que moi. J’ai beaucoup d’éloges à faire aux communautés Ecclesia Dei et à l’esprit qui les anime. Cependant, et malgré les points communs que je partage avec les tradis, je suis extrêmement sceptique face à leur vision à mon goût très « communautariste » que beaucoup d'entre eux semblent avoir de la religion et de leur attachement un peu trop étroit à une certaine pensée maurassienne. Surtout, je refuse la pensée de « l’orthodoxie suffisante », qui donne une importance surdimensionnée à la Vérité par rapport à l’Amour, exact inverse de la non moins déplaisante pensée libérale du « deeds, not creeds » (les oeuvres, pas les credos), chère à certains tenants du christianisme social.
Est-ce la France conservatrice qui renaît, entraînant vaguement une Eglise meurtrie dans ses bagages, ou une puissant et profond renouvellement interne et indépendant de notre Sainte Mère ?
Je crois, vous l’aurez compris, qu’il est capital que l’Eglise se garde de cette voie identitaire. D’une part parce que cela efface la radicalité du Saint Message au profit d’un simple espace de confort altruiste. D’autre part parce qu’elle identifie l’Eglise à d’autres forces humaines, conservatrices et nationalistes entre autre. Or L’Eglise, c’est le tout-autre, c’est le Corps du Christ. Son indépendance « idéologique » est fondamentale, d’autant qu’elle n’est pas idéologie. Elle est Vérité.
Que pensez-vous donc de cette adresse quelque peu décousue ? Y a-t-il un lien entre le renouveau conservateur de l’Eglise et la droitisation (pas nécessairement au sens concret, politique) de la société ? Est-ce une bonne chose ? Que pensez-vous de l'idée d'une « identité catholique » ? Partagez-vous mes craintes d’une corruption de la Sainte Religion prise comme idéologie et morale sans spiritualité profonde ? Est-ce que tout cela est fruit de mon imagination torturée prompte à juger, ou pensez-vous qu’il y a là un problème ?
Dieu vous garde tous en son étreinte d'Amour,
Héraclius -