Mépriser le monde pour être catholique ?
Publié : jeu. 27 août 2015, 18:10
Bonjour, veuillez me pardonner, étant nouveau sur ce forum, de commencer par écrire un pensum rébarbatif mais qui, tant bien que mal, résume un des points qui m’empêche d’être véritablement catholique.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je précise que le mot de « monde » écrit dans mon titre correspond plutôt à ce que Péguy nomme le temporel, l’indispensable temporel, l’escabeau pour accéder au spirituel.
Ceci dit, qu’est ce qu’un énième agnostique vient faire ici ? Je prierai déjà les lecteurs indulgents de bien vouloir croire à l’absence de ma part de toute velléité de provocation ou d’esbroufe : mon questionnement, quoi qu’il puisse sembler, condense l’impasse dans lequel je suis vis-à-vis de la religion chrétienne. Prolégomènes terminés, entrons dans le vif du sujet. Comme l’indique le titre et la précision faite ci-dessus, je vois et je constate avec tristesse une sorte d’incompatibilité radicale entre le temporel et le christianisme, et je me fonderai surtout sur ce qu’il est convenu d’appeler la crise des migrants pour étayer ma position. Que ça soit le pape, les évêques, le bas-clergé ou même le topic qui y est consacré sur ce forum, force est de constater qu’à peu près tous les Chrétiens admettent ni plus ni moins la dilution d’un peuple pluri-millénaire au nom de la charité évangélique. Tout au plus certains regrettent que parmi ce qu’il faut bien appeler une submersion migratoire (qui ne date pas d’aujourd’hui mais qui est un catalyseur), il se trouve de potentiels criminels/terroristes, mais le principe même d’un accueil illimité de toute une population allogène n’est pas remis, si celle-ci est pacifique, voire mieux, chrétienne.
Là où je veux en venir, c’est la tristesse qui me point quand j’entends les autorités ecclésiastiques cautionner ce que d’aucuns appellent un remplacement de population (et il faut bien être de mauvaise foi pour en nier sa réalité, que celui-ci soit volontaire ou non). Faisons un petit excursus dans notre histoire pour que je me fasse mieux comprendre, puisque c’est la matière que j’étudie, et regardons quelque peu cette figure méconnue qu’est Richelieu. Méconnue car celui-ci qu’on prend pour le parangon de la Raison d’Etat fut un chrétien sincère, quasi mystique et tourmenté par la conciliation entre son devoir de cardinal et celui de ministre (voir à ce sujet les biographiques, qui anéantissent les fantasmes d’un Richelieu machiavélien, de Françoise Hildesheimer ou d’Arnaud Teyssier). Il comprenait douloureusement que pour sauver les âmes de vingt millions de sujets, pour ne pas faire retomber le royaume dans le chaos des conflits religieux, il devait lui-même mettre ses mains dans la boue du temporel, endosser la responsabilité des nécessités régaliennes, de la froide justice, pour éviter aux Français de le faire. Concrètement, il risquait son salut pour ne pas que les Français eussent à risquer le leur. Comment Dieu juge-t-il cela ? Peu importe, voilà le sacrifice d’un homme qui comprend les implacables impératifs du gouvernement temporel. Hors, aujourd’hui les catholiques en majorité semblent oublier, mépriser le temporel, méconnaître cette réalité qu’est la nation, et l’indispensable propédeutique à la foi qu’est l’enracinement ; ils sont souvent bien aise de se donner des airs contemplatifs et spiritualistes à peu de frais et pour parodier Pascal, qui fait l’ange est souvent très bête. Et plus sérieusement pour citer Bonnard : « La vie politique détermine le destin des peuples. Ce qui fait qu’elle ne pourra jamais être négligée, c’est que le sort de tout ce qui la dépasse se décide en elle. » Méditer cette sentence permettrait je pense, d’éviter ce méli-mélo abstrait auquel on assiste aujourd’hui.
Et la deuxième pierre d’achoppement dans mon rapport au christianisme réside dans une chose intimement liée à la première. Je ne me considère pas comme nationaliste, je suis encore moins racialiste, ni pourfendeur d’aucune race, mais je suis trop attaché- je n’y peux rien- à la civilisation qui est celle de mes ancêtres et celle que j’ai appris à aimer à travers l’histoire. Et je ne peux pas me résoudre à la liquider ou à la vendre pour un plat de lentilles sur les injonctions d’un clergé qui croit retrouver ainsi une popularité qu’il se désole encore d’avoir perdue. La question migratoire est une question qu’on ne veut pas poser et qu’on préfère résoudre par des invocations talismanesque à la charité ; on évite soigneusement de voir que ce ne sont ni les plus pauvres, ni les plus défavorisés qui investissent l’Europe, avec une arrogance à couper le souffle d’ailleurs; qu’ayant bien compris que les Européens sont anesthésiés par le processus de culpabilisation qu’on leur inflige, ils peuvent en toute bonne conscience venir s’installer, sans même se donner la peine de l’hypocrisie de la discrétion et de la gratitude. Je conçois qu’il est plus simple, intellectuellement parlant, de considérer chaque clandestin comme une Sainte Famille pour éviter d’avoir à penser, surtout quand cela permet de ne pas contrarier les médias. Et voilà là où je bute lorsque je me demande si je puis être chrétien. Incontestablement, j’ai une faiblesse affective pour les vaincus, la beauté éphémère au sens où l’entendait Simone Weil (la philosophe, pas l’avorteuse) ; hors, aujourd’hui, l’Occident, en état de servitude morale et mentale, est ce petit chien qui n’a pas même le droit aux miettes du maître. Il est d’ailleurs étonnant de voir les catholiques, a priori défiants des valeurs uniquement matérielles, considérer l’Europe comme un continent dominateur par le seul fait qu’il est encore riche : c’est ne pas voir sa situation d’esclavage idéologique, d’abandon moral et d’oppression intellectuel. Je ne disserterais pas sur le mépris que suscite notre civilisation et notre responsabilité dans celui-ci, simplement j’ai l’impression que la fin de l’Europe, la nécessité de remplacer ses satanés impies qui l’habitent par une fraîche clientèle évangélisable est une option partagée par l’Eglise. Le pape François ne parle du Vieux continent qu’avec dédain, et même les cardinaux réputés conservateurs (Burke, Sarah…) tournent leur regard vers l’Afrique ou l’Asie pour envisager le futur de l’Eglise catholique. Politiques et religieux se retrouvent donc dans leur morgue à l’égard d’un continent considéré comme fini. Et bien voilà, l’honneur et une certaine fierté, peut-être mal placée, m’empêchent d’accepter de me donner au Destin, de me jeter avec joie sur l’autel de la raison historique qui entend égorger ma civilisation. Et c’est là que je trouve l’écueil concernant mon entrée dans l’Eglise. Le Credo que j’admets comme une évidence, de même que les dogmes catholiques, ne m’empêcheront jamais de renier mon père et ma mère : je ne peux cracher sur le sol qui a d’ailleurs tant fait pour l’Eglise et je suis stupéfait de l’attitude de celle-ci à l’égard de la glèbe qui l’a fait prospérer. Bernanos parlait de la « magnifique infidélité de l’Eglise à l’égard de tout ce qui n’est pas elle » ; certes, je le conçois ; mais je ne peux accepter d’être complice de parricide au nom de l’Esprit Saint.
Tout ceci pour en venir à trois questions :
1- Est-ce que la position actuelle du pape et du clergé est la seule valable en orthodoxie catholique ? J’entends la nécessité de s’aplatir devant le fabuleux schibolek du vocable « réfugié » ? Il semble que oui au vu des textes évangéliques eux-mêmes, mais je ne suis pas assez porté sur la théologie pour le déterminer. J’attends donc votre réponse.
2- Au vu de mes questionnements, est-ce qu’il ne vaut pas mieux qu’un arrogant de mon genre abandonne l’espoir de concilier fidélité et christianisme ?
3- S’il y a des voix catholiques qui diffèrent de la position pontificale et épiscopale, qui considèrent la situation évoquée d’une manière différente, celles-ci ont-elles une autorité quelconque ?
Merci de ne pas vous formaliser par quelques aspects offensifs de mon texte ; je pense que le débat n’a de sens et de valeur que si les enjeux sont clairement évoqués.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je précise que le mot de « monde » écrit dans mon titre correspond plutôt à ce que Péguy nomme le temporel, l’indispensable temporel, l’escabeau pour accéder au spirituel.
Ceci dit, qu’est ce qu’un énième agnostique vient faire ici ? Je prierai déjà les lecteurs indulgents de bien vouloir croire à l’absence de ma part de toute velléité de provocation ou d’esbroufe : mon questionnement, quoi qu’il puisse sembler, condense l’impasse dans lequel je suis vis-à-vis de la religion chrétienne. Prolégomènes terminés, entrons dans le vif du sujet. Comme l’indique le titre et la précision faite ci-dessus, je vois et je constate avec tristesse une sorte d’incompatibilité radicale entre le temporel et le christianisme, et je me fonderai surtout sur ce qu’il est convenu d’appeler la crise des migrants pour étayer ma position. Que ça soit le pape, les évêques, le bas-clergé ou même le topic qui y est consacré sur ce forum, force est de constater qu’à peu près tous les Chrétiens admettent ni plus ni moins la dilution d’un peuple pluri-millénaire au nom de la charité évangélique. Tout au plus certains regrettent que parmi ce qu’il faut bien appeler une submersion migratoire (qui ne date pas d’aujourd’hui mais qui est un catalyseur), il se trouve de potentiels criminels/terroristes, mais le principe même d’un accueil illimité de toute une population allogène n’est pas remis, si celle-ci est pacifique, voire mieux, chrétienne.
Là où je veux en venir, c’est la tristesse qui me point quand j’entends les autorités ecclésiastiques cautionner ce que d’aucuns appellent un remplacement de population (et il faut bien être de mauvaise foi pour en nier sa réalité, que celui-ci soit volontaire ou non). Faisons un petit excursus dans notre histoire pour que je me fasse mieux comprendre, puisque c’est la matière que j’étudie, et regardons quelque peu cette figure méconnue qu’est Richelieu. Méconnue car celui-ci qu’on prend pour le parangon de la Raison d’Etat fut un chrétien sincère, quasi mystique et tourmenté par la conciliation entre son devoir de cardinal et celui de ministre (voir à ce sujet les biographiques, qui anéantissent les fantasmes d’un Richelieu machiavélien, de Françoise Hildesheimer ou d’Arnaud Teyssier). Il comprenait douloureusement que pour sauver les âmes de vingt millions de sujets, pour ne pas faire retomber le royaume dans le chaos des conflits religieux, il devait lui-même mettre ses mains dans la boue du temporel, endosser la responsabilité des nécessités régaliennes, de la froide justice, pour éviter aux Français de le faire. Concrètement, il risquait son salut pour ne pas que les Français eussent à risquer le leur. Comment Dieu juge-t-il cela ? Peu importe, voilà le sacrifice d’un homme qui comprend les implacables impératifs du gouvernement temporel. Hors, aujourd’hui les catholiques en majorité semblent oublier, mépriser le temporel, méconnaître cette réalité qu’est la nation, et l’indispensable propédeutique à la foi qu’est l’enracinement ; ils sont souvent bien aise de se donner des airs contemplatifs et spiritualistes à peu de frais et pour parodier Pascal, qui fait l’ange est souvent très bête. Et plus sérieusement pour citer Bonnard : « La vie politique détermine le destin des peuples. Ce qui fait qu’elle ne pourra jamais être négligée, c’est que le sort de tout ce qui la dépasse se décide en elle. » Méditer cette sentence permettrait je pense, d’éviter ce méli-mélo abstrait auquel on assiste aujourd’hui.
Et la deuxième pierre d’achoppement dans mon rapport au christianisme réside dans une chose intimement liée à la première. Je ne me considère pas comme nationaliste, je suis encore moins racialiste, ni pourfendeur d’aucune race, mais je suis trop attaché- je n’y peux rien- à la civilisation qui est celle de mes ancêtres et celle que j’ai appris à aimer à travers l’histoire. Et je ne peux pas me résoudre à la liquider ou à la vendre pour un plat de lentilles sur les injonctions d’un clergé qui croit retrouver ainsi une popularité qu’il se désole encore d’avoir perdue. La question migratoire est une question qu’on ne veut pas poser et qu’on préfère résoudre par des invocations talismanesque à la charité ; on évite soigneusement de voir que ce ne sont ni les plus pauvres, ni les plus défavorisés qui investissent l’Europe, avec une arrogance à couper le souffle d’ailleurs; qu’ayant bien compris que les Européens sont anesthésiés par le processus de culpabilisation qu’on leur inflige, ils peuvent en toute bonne conscience venir s’installer, sans même se donner la peine de l’hypocrisie de la discrétion et de la gratitude. Je conçois qu’il est plus simple, intellectuellement parlant, de considérer chaque clandestin comme une Sainte Famille pour éviter d’avoir à penser, surtout quand cela permet de ne pas contrarier les médias. Et voilà là où je bute lorsque je me demande si je puis être chrétien. Incontestablement, j’ai une faiblesse affective pour les vaincus, la beauté éphémère au sens où l’entendait Simone Weil (la philosophe, pas l’avorteuse) ; hors, aujourd’hui, l’Occident, en état de servitude morale et mentale, est ce petit chien qui n’a pas même le droit aux miettes du maître. Il est d’ailleurs étonnant de voir les catholiques, a priori défiants des valeurs uniquement matérielles, considérer l’Europe comme un continent dominateur par le seul fait qu’il est encore riche : c’est ne pas voir sa situation d’esclavage idéologique, d’abandon moral et d’oppression intellectuel. Je ne disserterais pas sur le mépris que suscite notre civilisation et notre responsabilité dans celui-ci, simplement j’ai l’impression que la fin de l’Europe, la nécessité de remplacer ses satanés impies qui l’habitent par une fraîche clientèle évangélisable est une option partagée par l’Eglise. Le pape François ne parle du Vieux continent qu’avec dédain, et même les cardinaux réputés conservateurs (Burke, Sarah…) tournent leur regard vers l’Afrique ou l’Asie pour envisager le futur de l’Eglise catholique. Politiques et religieux se retrouvent donc dans leur morgue à l’égard d’un continent considéré comme fini. Et bien voilà, l’honneur et une certaine fierté, peut-être mal placée, m’empêchent d’accepter de me donner au Destin, de me jeter avec joie sur l’autel de la raison historique qui entend égorger ma civilisation. Et c’est là que je trouve l’écueil concernant mon entrée dans l’Eglise. Le Credo que j’admets comme une évidence, de même que les dogmes catholiques, ne m’empêcheront jamais de renier mon père et ma mère : je ne peux cracher sur le sol qui a d’ailleurs tant fait pour l’Eglise et je suis stupéfait de l’attitude de celle-ci à l’égard de la glèbe qui l’a fait prospérer. Bernanos parlait de la « magnifique infidélité de l’Eglise à l’égard de tout ce qui n’est pas elle » ; certes, je le conçois ; mais je ne peux accepter d’être complice de parricide au nom de l’Esprit Saint.
Tout ceci pour en venir à trois questions :
1- Est-ce que la position actuelle du pape et du clergé est la seule valable en orthodoxie catholique ? J’entends la nécessité de s’aplatir devant le fabuleux schibolek du vocable « réfugié » ? Il semble que oui au vu des textes évangéliques eux-mêmes, mais je ne suis pas assez porté sur la théologie pour le déterminer. J’attends donc votre réponse.
2- Au vu de mes questionnements, est-ce qu’il ne vaut pas mieux qu’un arrogant de mon genre abandonne l’espoir de concilier fidélité et christianisme ?
3- S’il y a des voix catholiques qui diffèrent de la position pontificale et épiscopale, qui considèrent la situation évoquée d’une manière différente, celles-ci ont-elles une autorité quelconque ?
Merci de ne pas vous formaliser par quelques aspects offensifs de mon texte ; je pense que le débat n’a de sens et de valeur que si les enjeux sont clairement évoqués.