Merci Monseigneur Gaidon !
Publié : sam. 27 oct. 2007, 23:32
Pro Liturgia a écrit :Comme c'est réconfortant de trouver un évêque qui, au soir de sa vie, fait une analyse claire et courageuse de la situation actuelle de l'Eglise en France! Comme c'est réconfortant de constater que cette analyse rejoint celle que nous faisons nous aussi à Pro Liturgia [et tous ceux qui osent parler des abus dans les diocèses francophones, ndr] et dont on cherche à nous faire croire qu'elle ne correspond pas à la réalité!
Cet évêque de France, c'est Mgr Maurice Gaidon, un homme rempli de sensibilité et de clairvoyance, qui a aimé passionnément l'Eglise catholique parce qu'elle l'a mené à Dieu puis au sacerdoce. Tout au long des 170 pages qui se lisent d'un trait, Mgr Gaidon nous invite à partager sa joie d'avoir répondu à l'appel de Dieu, mais nous livre aussi ses tourments et ses souffrances d'avoir eu à exercer son ministère dans une Eglise de France dont certains clercs - il faut maintenant le dire - ont tout fait pour vider les séminaires et les églises, pour saboter la catéchèse et la liturgie, et pour favoriser des courants de pensée généralement anti-romains.
Dans son ouvrage, Mgr Gaidon commence par évoquer brièvement son enfance dans une famille qui n'était pas spécialement portée vers la foi catholique; il évoque son enfance dans le Jura, ses années de collégien et de lycéen à Pontarlier pendant la seconde Guerre Mondiale, puis son retour à Dijon, sa ville natale. Il y a aussi son contact avec le scoutisme et son service militaire à Berlin, et enfin son entrée au grand séminaire de Dijon. Car c'est décidé, le jeune Maurice Gaidon sera prêtre.
Au séminaire, "la vie se déroule sans à-coups, au rythme du temps liturgique et des ordinations" (p.59). "Ces années 1950-1955 de l'immédiate après-guerre ne sont guère agitées par les discussions théologiques et pastorales comme elles le seront ultérieurement..." (p.60) "A cette époque, Pie XII est dans tout son éclat et son prestige n'est guère discuté (...) Critiquer le pape ne nous guère à l'esprit: nos professeurs nous donnent l'exemple d'une soumission aimante à l'Eglise et à son magistère." (p.62). Maurice Gaidon sera ordonné le 29 juin 1956 en la cathédrale Sainte-Bénigne de Dijon.
En septembre de cette même année, l'Abbé Gaidon rejoint la maison Saint-Jean, à Lyon, qui accueille les prêtres étudiants. Parallèlement, le jeune prêtre est nommé aumônier de lycée et doit assurer la messe quotidienne dans une maison de religieuses.
Mais déjà, remarque le prêtre, le politique fait irruption dans l'univers clérical: c'est le temps de la Guerre d'Algérie puis du soulèvement hongrois contre le marxisme.
C'est pendant qu'il exerce son ministère à Flavigny-sur-Ozerain, où il a été nommé, que l'Abbé Gaidon apprend le décès de Pie XII et l'élection de Jean XXIII. Peu de temps après, le jeune prêtre est nommé à la paroisse du Sacré-Coeur de Dijon, avant d'être désigné par son Evêque pour assurer des cours au Grand Séminaire.
Maurice Gaidon avait quitté ce Séminaire en 1955; il le retrouvait en 1962; "Un court espace dans le temps mais un dépaysement total: sept années avaient profondément modifié une institution qui entrait dans une dérive dont nul ne soupçonnait encore l'intensité." (p.80)
"Le concile est dans l'air - écrit Mgr Gaidon - (..) Tout fonctionne selon les règles et les horaires que j'ai connus, mais le coeur n'y est pas! Les aînés (...) opposent une fin de non-recevoir aux prescriptions de leur supérieur et entrent en rébellion. Une rébellion intérieure faite de propos acides et de contestations discrètement exprimées mais déjà lourdes de menaces pour qui sait les entendre. Mais l'évêque est lointain; le Supérieur fume sa pipe et s'enveloppe de fumée; les professeurs cultivent une surdité rassurante." (p.82) L'obéissance n'est plus de mise; l'humilité non plus. Des drames humains qui seraient plutôt du ressort de la psychologie sont traités inefficacement au niveau spirituel...
"Comme par le passé, de jeunes séminaristes prendront la soutane le 21 novembre... ce sera la dernière fois. Chaque dimanche (...) la communauté assurera le chant des offices et psalmodiera la liturgie latine... mais le latin passe de plus en plus mal, surtout depuis que Jean XXIII a réimposé l'enseignement dans cette langue par une lettre apostolique signée solennellement à Saint-Pierre de Rome." (p.83).
Et voici le Concile: sa mise en route donne libre cours à tout ce qui permet de s'écarter de l'enseignement de l'Eglise et des chemins habituels. Les débats romains sont alors commentés par des journalistes qui deviendront très rapidement les maîtres à penser du clergé et des fidèles... (p.84). "Les premières réformes liées au concile prennent corps. L'une d'elles prend une importance symbolique de premier plan: les évêques de France autorisent l'abandon de la soutane et prônent le passage au clergyman. Un signe mais quel signe! A-t-on perçu alors que cette décision donnait le branle au processus engagé de la "sécularisation", processus qui devait par la suite s'accélérer? Cette mesure fut accueillie dans l'allégresse... le clergyman eut peu de succès tant il semblait inadapté. Cravate et costume civil n'attendaient qu'une brèche pour s'engouffrer dans la citadelle... en attendant le blue-jean et le polo des années 1968 et suivantes. Voici qu'entrent en action les premières mesures concernant la liturgie: la langue vernaculaire est désormais autorisée et le latin conseillé (...) La condamnation se fait sans états d'âme et les psaumes de la prière communautaire se chantent sur des traductions provisoires et rapidement composées." (pp. 84-85)
Les séminaires diocésains suivent le mouvement... ou parfois même le précèdent. En 1966, l'Abbé Gaidon est nommé Supérieur du Grand Séminaire de Dijon. En 1968, "tout prend feu en quelques heures": les facultés se transforment en forums politiques et "les maîtres du soupçon occupent le terrain et leurs ouvrages font la une des titres à la mode. Marx, Freud et Nietzsche: trinité devant laquelle chacun s'incline avec la dévotion des néophytes. (...) Le clergé dijonnais s'engouffre dans la brèche et prend feu à son tour. (...) Notre évêque suit avec intérêt les débats en cours et avoue sa préférence pour ceux qui lui apparaissent comme des missionnaires aux vues prophétiques. Il laisse entendre qu'il se situe volontiers du côté des manifestants et qu'il ne lui aurait pas déplu de monter sur les barricades... " (pp. 91-92). Combien des clercs, à se moment, partageaient les vues de l'évêque de Dijon? Mgr Gaidon ne le dit pas, mais l'on sait qu'ils furent très nombreux.
A ce moment, l'Abbé Gaidon "constate la fragilité du clergé prêt à épouser des causes généreuses mais minées de l'intérieur par des courants issus de l'athéisme, voire du nihilisme." (p. 92). "Dijon est touché par l'onde de choc et une minorité agissante se met en place sous la gouverne d'un vicaire zélé et habile comme un militant chevronné. Il s'agit d'un de mes anciens compagnons de route (...) sorti frais émoulu de la faculté de Lyon où pontifient alors quelques apprentis sorciers, dominicains et jésuites en mal de publicité! Il a appris - à l'école des sciences humaine et de la dynamique de groupe - comment conduire une assemblée selon l'art de la manipulation. Il saura entraîner à sa suite certains prêtres chez lesquels j'avais perçu, des années auparavant, une souffrance qui trouvait, dorénavant, un exutoire dans les meetings, colloques et rassemblements qui se succédaient." (p. 94).
Ce que décrit ici Mgr Gaidon correspond à ce qui s'est déroulé dans l'ensemble des diocèses de France - les preuves existent - sous le regard impavide des évêques qui vont jusqu'à penser (l'évêque de Dijon est alors de ceux-là) que "les prêtres contestataires sont les plus missionnaires du clergé" (p. 97). Au Séminaire de Dijon arrive un nouveau professeur totalement dans l'air du temps. "Celui-ci - écrit Mgr Gaidon - arrivera le dernier jour des vacances, barbu et chevelu à l'extrême (...) Ce lecteur de Charlie Hebdo qui arpente les couloirs en bermuda bariolé est censé enseigner la théologie morale. (...) Bien entendu, il regroupera autour de sa personne les garçons fragiles et immatures jusqu'au moment où il quittera la maison avant de quitter, par la suite, le sacerdoce." (p. 99)
En 1973, l'Abbé Gaidon est nommé évêque. Le sacre épiscopal a lieu à Dijon: "tout se déroule suivant le rituel mais sur un fond musical qui est loin de me convenir (...) ce jour-là j'apprends qu'il n'est guère permis à un évêque d'échapper aux modes des officines liturgiques qui font la loi et les prophètes en nos sanctuaires." (p. 105)
Ne se résignant pas à accepter l'inacceptable dans l'Eglise du Seigneur, Mgr Gaidon s'épuise à la tâche et tombe malade à la fin de l'année 1973, alors qu'il a la charge du diocèse de Besançon. Période de longue souffrance qui dure jusqu'en 1975, lorsque Mgr Le Bourgeois, alors évêque d'Autun, propose à Mgr Gaidon de devenir le Supérieur des Chapelains du sanctuaire de Paray-le-Monial. Mgr Gaidon demeurera là douze ans, retrouvant la santé et la joie d'exercer son ministère sacerdotal dans la dévotion au Sacré-Coeur, au contact du Renouveau Charismatique, et dans le service auprès des fidèles les plus humbles.
En 1987, Mgr Gaidon est nommé évêque de Cahors où se trouve le sanctuaire de Notre-Dame de Rocamadour. Là, il prend conscience qu'une nouvelle génération de prêtres est en train de lever: "Ils sont nés après Vatican II, certains même après 1968 et partagent difficilement les allergies de ceux qui les précèdent. (...) Ils ont volontiers des liens avec ceux de leurs frères qui célèbrent en latin. (...) Ils se branchent volontiers sur le réseau du Vatican, heureux de prêter l'oreille aux propos du Saint-Père sans se fermer pourtant aux conseils de leur évêque. Ils accordent à l'univers liturgique une attention privilégiée et donnent à la vie spirituelle (...) une place importante dans leurs choix pastoraux. Ils ne craignent pas d'affirmer visiblement leur identité en portant le col romain et même, à l'occasion, le clergyman et la soutane... " (p. 138)
En 2004, Mgr Gaidon quitte Cahors pour prendre sa retraite en son Dijon natal. Ses réflexions se poursuivent avec deux paragraphes sur la "sainteté" et sur la "beauté", puis avec des considérations sur l'état actuel de l'Eglise en France et sur la position de l'épiscopat.
Après avoir refermé le livre de l'ancien Evêque de Cahors, on comprend mieux la position actuelle de nos évêques qui, on le constate avec amertume, ne répondent que très rarement et souvent de façon timide aux grandes questions qui leur sont posées et qui sont pourtant directement de leur ressort.
On comprend mieux pourquoi certains de nos prêtres sont devenus incapables d'accéder aux demandes légitimes des fidèles: ils ont fréquenté les séminaires diocésains à une époque où la formation en vue du sacerdoce se limitait à foncer la tête la première dans "les idéologies dominantes des années 1960-1970" conduisant à "entretenir avec Rome des rapports de défiance en un temps où la communion avec le siège de Pierre s'impose face aux vagues qui, de toutes parts, assaillent le navire-Eglise." (pp. 153-154).
Le livre de Mgr Gaidon est a lire absolument: Un évêque français entre crise et renouveau de l'Eglise, Editions de l'Emmanuel, BP 49 - 71601 Paray-le-Monial cedex (15 euros + frais de port)