Le phénomème des humoristes au Québec
Publié : lun. 01 août 2016, 2:59
Je voudrais partager d'abord un petit texte de Falardeau sur le sujet. Ce n'est pas inintéressant. Je le tire du livre La liberté n'est pas une marque de yogourt,
"L'humour. Le Québec. Je ne vois vraiment pas ce qu'il peut y avoir de drôle et je n'ai pas précisément le goût de rire. Par les temps qui courent, je préfère rester caché sous mon lit ou, encore mieux, m'enfermer dans le garde-robe. C'est à pleurer. Après tout, c'est peut-être pour ça que le monde a le goût de rire. Peut-être justement parce que c'est à pleurer, Rire pour au moins survivre mentalement., Comme pendant la crise de 1929, quand on suivait les stars dans les lancements de films : champagne, limousine, fournitures ... Rêver, rêver coûte que coûte. Pour pouvoir durer une journée de plus. Pour ne pas se tirer une balle. Pour oublier.
Comment essayer de réfléchir sur le réel quand le seul réel qui me parvient est le réel préfabriqué par des journalistes morons? le réel tordu, aseptisé, rendu conforme et acceptable par la presse, la radio et la télévision. Des tartes qui interviewent des tartes, Des tartes de bon goût. Les pires.
Dans ma jeunesse, je pensais que les artistes étaient des gens intelligents. On peut se tromper. Ça arrive. Avant je croyais que les artistes étaient des prophètes. Les prophètes des temps modernes : ils annonçaient les idées à venir. Ils avaient une longueur d'avance sur le plan de la pensée collective. Je crois aujourd'hui que seuls quelques uns y parviennent. Les autres ne sont que le reflet, avec ou sans talent, de l'état mental de leur société. Des éponges qui absorbent toutes les modes. Dans leur désir d'être aimés et de faire carrière. Ils s'adaptent , se transforment, se changent, se déguisent pour essayer d'être au goût du jour. Cheveux longs ou courts, blancs ou noirs, graisseux ou frisés, verts ou rouges. Ils flairent la direction du vent. On peut donc saisir l'esprit d'une époque, d'une société, du moins en partie, au travers du travail des artistes.
Humour absurde. C'est ainsi que nos brillants critiques caractérisent l'humour de l'époque. Nos gérants d'estrades se sont inventé une étiquette : l'absurde. Moi, je veux bien, Mais on est loin de l'absurde qui a mené Camus à L'Homme révolté. Je crois plutôt que l'absurde est en dehors du texte de nos humoristes. L'absurde est à côté. Autour.
Dans la bouche de nos savants analystes, l'absurde n'est que de la poudre aux yeux. Une justification pseudo-intellectuelle pour masquer le vide de la pensée comique. Il faut faire rire à tout prix, mais surtout sans rien dire. De toute façon, personne veut rien entendre.
On devrait parler plutôt d'un comique du rien. Un comique du trou noir. De l'amnésie. Un comique qui tourne en rond pour refléter une pensée qui se mord la queue. Des imitateurs en train d'imiter des imitateurs en train d'imiter. Du comique Xerox. Du comique Guiness dans le cas du petit chien savant capable d'imiter 534 chanteurs de charme en 2 minutes 27 secondes. Et nos journalistes colonisés de mouiller leurs culottes de plaisir en regardant Johnny Carson. La prochaine étape sera sans doute l'imitation du livre de téléphone au complet.
La pensée collective telle que réfléchie par l'humour serait-elle une pensée vide? L'absurde, à mon avis, est à l'extérieur du discours comique actuel. Il serait plutôt à chercher dans la récupération de l'humour par les marchands de petit pois, de capotes ou de cheddar canadien en tranches. Un humour engagé ... par les annonceurs. Nous vivons l'époque des comiques engagés comme on disait "un homme engagé". Des comiques à gages. Des mercenaires du rire. Chaque agence de publicité fini par s'en payer un pour vendre sa cochonnerie. Il suffit d'y mettre le prix. Et je ne juge personne, Je constate avec tristesse, Point.
Conscience, honnêteté, responsabilité, vérité, respect de soi, justice, liberté. Non. La seule liberté de l'époque, c'est la liberté vendue par les compagnies d'assurance à 55 ans. L'époque est à la piasse. Tout s'achète. Tout se vend. Même les comiques. Surtout les meilleurs. Chacun a son prix. Il est là, l'absurde.
Elle est peut-être là notre pensée collective? L'absurde n'est pas dans l'humour, il est dans notre tête. Le gars de Saint-Henri lave toujours le char du boss, mais maintenant c'est au service de General Motors. L'époque est à la fête. On fête quoi au juste?
Source : Pierre Falardeau, La liberté n'est pas une marque de yogout, Montréal, Stanké, 2000, 240 p.
"L'humour. Le Québec. Je ne vois vraiment pas ce qu'il peut y avoir de drôle et je n'ai pas précisément le goût de rire. Par les temps qui courent, je préfère rester caché sous mon lit ou, encore mieux, m'enfermer dans le garde-robe. C'est à pleurer. Après tout, c'est peut-être pour ça que le monde a le goût de rire. Peut-être justement parce que c'est à pleurer, Rire pour au moins survivre mentalement., Comme pendant la crise de 1929, quand on suivait les stars dans les lancements de films : champagne, limousine, fournitures ... Rêver, rêver coûte que coûte. Pour pouvoir durer une journée de plus. Pour ne pas se tirer une balle. Pour oublier.
Comment essayer de réfléchir sur le réel quand le seul réel qui me parvient est le réel préfabriqué par des journalistes morons? le réel tordu, aseptisé, rendu conforme et acceptable par la presse, la radio et la télévision. Des tartes qui interviewent des tartes, Des tartes de bon goût. Les pires.
Dans ma jeunesse, je pensais que les artistes étaient des gens intelligents. On peut se tromper. Ça arrive. Avant je croyais que les artistes étaient des prophètes. Les prophètes des temps modernes : ils annonçaient les idées à venir. Ils avaient une longueur d'avance sur le plan de la pensée collective. Je crois aujourd'hui que seuls quelques uns y parviennent. Les autres ne sont que le reflet, avec ou sans talent, de l'état mental de leur société. Des éponges qui absorbent toutes les modes. Dans leur désir d'être aimés et de faire carrière. Ils s'adaptent , se transforment, se changent, se déguisent pour essayer d'être au goût du jour. Cheveux longs ou courts, blancs ou noirs, graisseux ou frisés, verts ou rouges. Ils flairent la direction du vent. On peut donc saisir l'esprit d'une époque, d'une société, du moins en partie, au travers du travail des artistes.
Humour absurde. C'est ainsi que nos brillants critiques caractérisent l'humour de l'époque. Nos gérants d'estrades se sont inventé une étiquette : l'absurde. Moi, je veux bien, Mais on est loin de l'absurde qui a mené Camus à L'Homme révolté. Je crois plutôt que l'absurde est en dehors du texte de nos humoristes. L'absurde est à côté. Autour.
Dans la bouche de nos savants analystes, l'absurde n'est que de la poudre aux yeux. Une justification pseudo-intellectuelle pour masquer le vide de la pensée comique. Il faut faire rire à tout prix, mais surtout sans rien dire. De toute façon, personne veut rien entendre.
On devrait parler plutôt d'un comique du rien. Un comique du trou noir. De l'amnésie. Un comique qui tourne en rond pour refléter une pensée qui se mord la queue. Des imitateurs en train d'imiter des imitateurs en train d'imiter. Du comique Xerox. Du comique Guiness dans le cas du petit chien savant capable d'imiter 534 chanteurs de charme en 2 minutes 27 secondes. Et nos journalistes colonisés de mouiller leurs culottes de plaisir en regardant Johnny Carson. La prochaine étape sera sans doute l'imitation du livre de téléphone au complet.
La pensée collective telle que réfléchie par l'humour serait-elle une pensée vide? L'absurde, à mon avis, est à l'extérieur du discours comique actuel. Il serait plutôt à chercher dans la récupération de l'humour par les marchands de petit pois, de capotes ou de cheddar canadien en tranches. Un humour engagé ... par les annonceurs. Nous vivons l'époque des comiques engagés comme on disait "un homme engagé". Des comiques à gages. Des mercenaires du rire. Chaque agence de publicité fini par s'en payer un pour vendre sa cochonnerie. Il suffit d'y mettre le prix. Et je ne juge personne, Je constate avec tristesse, Point.
Conscience, honnêteté, responsabilité, vérité, respect de soi, justice, liberté. Non. La seule liberté de l'époque, c'est la liberté vendue par les compagnies d'assurance à 55 ans. L'époque est à la piasse. Tout s'achète. Tout se vend. Même les comiques. Surtout les meilleurs. Chacun a son prix. Il est là, l'absurde.
Elle est peut-être là notre pensée collective? L'absurde n'est pas dans l'humour, il est dans notre tête. Le gars de Saint-Henri lave toujours le char du boss, mais maintenant c'est au service de General Motors. L'époque est à la fête. On fête quoi au juste?
Source : Pierre Falardeau, La liberté n'est pas une marque de yogout, Montréal, Stanké, 2000, 240 p.