Bonsoir Christophe,
L'industrie du disque et les "majors" me semblent mener un "combat d'arrière garde", perdu d'avance, contre le piratage (téléchargement illégal d'œuvres musicales et vidéos sur Internet). Au lieu d'espérer leur salut de nouvelles contraintes législatives et d'une improbable "prise de conscience populaire", il me semble que l'industrie culturelle devrait préparer sa mutation... par exemple en misant davantage sur les concerts, la diffusion radiophonique, le contenu des boitiers, etc. En tous les cas, la tendance actuelle qui consiste à pénaliser le consommateur honnête qui achète consciencieusement ses disques, films et logiciels en l'empêchant de faire une copie privée, ou de l'installer plusieurs fois sur son réseau local me semble contribuer au développement du piratage que l'endiguer...
Le sujet mérite bien sûr une réflexion poussée. Pour schématiser ma position actuelle, et elle n’est pas figée dans le marbre, je rappellerai que la propriété intellectuelle se décompose en deux facteurs :
-- l’information du consommateur
-- les royalties réclamées par les producteurs
Si je publie sur ce forum et sous mon nom un article écrit par un autre auteur, je suis coupable d’un faux, je mens aux lecteurs. Les conséquences d’une tromperie sur l’authenticité d’une œuvre peuvent être aussi néfastes que la mauvaise information dans l’étiquetage d’un médicament ; je pense, entre autres, au
Protocole des Sages de Sion. On doit la vérité à autrui.
En revanche, doit-on à l’auteur, non seulement une reconnaissance de paternité, mais aussi une rémunération pour la diffusion de son œuvre ? Tous les arguments dans ce sens sont spécieux.
Ils confondent un bien matériel, qui peut faire l’objet d’un échange, et un bien immatériel, qui ne peut faire que l’objet d’un partage.
Je peux échanger, par exemple contre 10 euros, la partition de la chanson que je viens de composer. La partition n’est plus chez moi, les 10 euros sont dans ma poche, et l’acheteur est délesté de son argent, mais devient l’heureux possesseur d’un cahier de musique tout rempli de mes notes. Il y a eu un vrai
échange.
En revanche,
l’information contenue dans ce cahier est toujours dans ma tête. Je peux jouer et chanter la chanson, et dans quelques instants, l’acheteur de la partition l’aura apprise aussi bien que moi. Il y a eu
partage de cette information, certainement pas échange. Si l’acheteur veut avoir l’exclusivité de chanter ma musique (et pas seulement posséder la partition), il peut me l’acheter, pourquoi pas, en me versant 100 euros. J’accepte l’argent, et donc je suis lié par ma promesse de ne plus jamais chanter cet air.
Mais supposons que mon acheteur étourdi oublie le précieux cahier sur un banc public. Un quidam fort honnête le retrouve, le rend à son propriétaire. Seulement, ayant déchiffré la partition pendant qu’il l’avait entre les mains, il se met à la chanter, il passe un concours à la radio et obtient un contrat mirobolant de Sony. Toujours honnête, il spécifie bien que je suis l’auteur du tube. Il ne trompe personne. Mais pourquoi me paierait-il ? pourquoi paierait-il l’acheteur de la partition ?
Ce chanteur et moi n’avons aucun contrat. Il n’a lui-même aucune obligation envers le propriétaire de la partition, à qui il a rendu son bien. Il ne vole rien à personne. J’ai toujours l’air de musique dans la tête, l’acheteur de la partition aussi, nous n’avons fait que partager avec un tiers la connaissance d’un air de musique dont je suis l’auteur.
Et ceux qui écoutent la musique enregistrée par ce tiers, pourquoi devrait-il s’abstenir de la jouer en public à leur tour, afin de ne pas gêner le commerce de Sony ?
Voilà reformulé un problème qui se pose depuis trois siècles.
Une réponse.comme Franck l'a mentionné, a été de créer des droits artificiels : les droits d’auteur et les brevets, donnant lieu au paiement de royalties —
des droits tellement factices qu’on ne sait pas ce qu’ils recouvrent (de nouvelles espèces végétales et animales ? le « 1-click » d’Amazon ?) et qu’on ne s’accorde pas sur leur durée de vie (15 ans, 25 ans, 75 ans ?) L’arbitraire est la règle. Or
le meilleur critère de l’illégitimité d’une législation est l’incapacité de la justifier par d’autre argument que celui du plus fort. C’est la loi parce que moi, l’Etat, je dis que c’est la loi.
Un argument souvent appelé à la rescousse fait fi du Droit et se contente de l’utilitarisme le plus vulgaire. Si vous voulez des nouvelles créations, il faut rémunérer les créateurs, donc leur reconnaître des droits d’auteurs. Voilà l’idée. Tout le monde est un peu mercenaire, les auteurs et les scientifiques souvent plus que les autres, car ils attachent narcissiquement une immense importance à leur création, mais c’est peut-être leur faire injure que de croire que seul le fric les motive. La réputation, la reconnaissance des pairs, la gloire, sont aussi des motivations. Et elles peuvent se monnayer par des spectacles, des promotions dans les centres de recherche et d’enseignement, des prix, tels le Nobel, des commandes d’articles et de livres...
Cordialement
Christian