Trinité :
Je pensais à ces paroles de notre Seigneur sur la croix! A ce moment précis, Jésus en tant qu'homme, n'aurait-il pas eu un doute sur sa mission et l'assistance de Dieu le père?
C'est la thèse des poètes et des écrivains maudits peut-être (?)
Un Jésus déboussolé, qui ne croit plus en rien, qui pense s'être abusé lui-même, qui s'imagine un moment qu'il n'y a plus de Dieu dans le ciel ou bien qui serait réellement maudit par le Père.
Je ne crois en rien de tout cela.
La situation
Il n'y a pas deux personnes chez Jésus. Il est le Fils éternel du Père. Il est Dieu. Avec Jésus : on parle d'une personne qui a même pensée que le Père, même volonté, même agir. Il n'y a pas de discorde entre le Père et le Fils.
Dieu ne peut pas douter de Dieu, ni Dieu désespérer de Dieu, ni Dieu penser qu'il ferait fausse route, etc.
Il faut chercher ailleurs que dans le doute la réaction de Jésus que des évangiles relatent.
Mon commentaire :
Pour ma part, je pense que c'est tout simplement Jésus qui doit vivre humainement la "folie d'amour du Père pour ses créatures". Jésus y consentira bien sûr. Le Fils est venu dans le monde pour vivre humainement ce consentement à la volonté du Père. C'est la folie de la Croix.
Jésus sait que c'est le seul moyen par lequel parvenir à
sauver les hommes. Le terme
sauver veut dire ici
diviniser l'homme. Dieu accepte de s'anéantir lui-même afin de pouvoir partager totalement notre vie, afin de pouvoir se projeter en nous. C'est le propre de l'amour. C'est une souffrance en même temps pour Jésus. Parce que cette folie de la Croix, qui est seul moyen pour faire vivre les hommes en Dieu pour l'éternité, de la vie même de Dieu, représente simultanément la cause instrumentale de la damnation de plusieurs. La Croix c'est le jugement du monde. C'est ce qui perd les anges, ce qui assure la perdition des hommes scandalisés. La chose est paradoxale.
Le combat spirituel de Jésus c'est le fait de ne rien ignorer de sa propre identité, de se savoir étranger au péché, d'avoir vu sa propre beauté, sa gloire (transfiguration, etc.), et accepter de tout perdre, comme prix de son entrée dans la folie de l'amour du Père pour ses créatures et qui confine à un anéantissement. Encore une fois. c'est la folie de la Croix.
Explication :
Jésus réussit là où Satan à échoué. Car Satan a refusé de participer à l'oeuvre du Père (ou d'entrer dans la folie de l'amour divin, en refusant de s'abaisser), et là où Adam aura pu céder ensuite, tentant de s'emparer lui-même du fruit défendu pour éviter de mourir. Or Jésus dans le jardin de Gethsémani refuse justement de s'emparer du fruit défendu, demeure obéissant à la volonté du Père ... qui veut dire d'accepter littéralement de s'anéantir pour le seul amour du Père.
En terme d'expérience humaine, Jésus "veut ce que le Père veut" mais peut être à la fois repoussé, dans son cas, par la perspective vertigineuse que la chose entraîne soit le jugement définitif des uns. la souffrance des martyrs au long des siècles. A vouloir ce que le Père veut, il n'empêche pas que Jésus doit faire face à un sentiment de désolation. Et c'est une solitude en son genre puisqu'il est seul à pouvoir répondre ainsi au Père. Il est seul à devoir se maintenir dans cette obéissance qui coûte.
Et le psaume dans tout ça?
Le psaume 22 est une prière, une supplique, l'autre versant de la louange.
Le juste qui souffre face à l'apparent triomphe du mal demande à Dieu de lui répondre favorablement. L'amour consiste non pas seulement à donner mais aussi à
demander. C'est comme l'amante qui demande pour la 1000e fois à son amant : "Est-ce que tu m'aime?" On pourrait croire que l'amante doute, à redemander et reposer la même question. Non, c'est pour la joie d'obtenir à nouveau confirmation du lien étroit qui unit l'un et l'autre. Celui qui demande s'anéantit, a l'humilité de se faire rien, afin de se recevoir de l'autre.
C'est Job qui aurait facilement des raisons de se croire abandonné par Dieu, à cause des souffrances subies et le triomphe apparent des moqueurs. Sauf que Job ne peut se résoudre à penser réellement que Dieu aurait pu l'abandonner. "Je sais que mon défenseur est vivant", etc. La femme de Job est peut-être convaincue que Dieu l'a abandonné ("Maudit Dieu, et meurs!"), pas Job!
On comprend la Bible par la Bible, comme l'Ancien Testament par le Nouveau, le psaume 22, la Passion du Christ par les Écritures également.