Bonjour AdoramusTe,
Par un tel message, vous me forcez à sortir de mon paisible statut de lecteur qui me convenait si bien! Je vois en effet votre message comme une provocation (bien sûr au sens littéral du terme, provocare, de pro et vocare, appeler à, engager)!
Remarquons que l'étude que vous nous suggérez de lire (et que vous avez d'ailleurs déjà mentionnée sur le forum) est écrite par un Jésuite, en 1964 ; pas la période optimale, ni l'auteur optimal, pour aborder les questions liturgiques. Notons enfin que l'auteur ne fait pas mystère de son attachement à la concélébration (e.g. dernière page) ce qui peut laisser planer un doute sur son objectivité et donc la qualité de cette étude. Les recherches de Théodore ne font qu'inciter encore davantage à plus de prudence.
Cela posé, que penser de la concélébration? Notons que dans le missel de 1962, la concélébration n'est autorisée que dans un seul cas, la messe d'ordination, et nulle part ailleurs. Une telle prudence devrait nous inciter à réfléchir à ce très grand changement qui s'est pratiqué dans le missel de 1969 (un de plus!) où les portes de la concélébration ont été ouvertes.
Il y a un point que je n'ai pas vu ; il serait intéressant de savoir comment se passaient les sacrifices chez les Juifs. On le sait, la messe a des racines juives, et il aurait été intéressant de savoir si le prêtre sacrifiant le faisait seul (éventuellement entouré de subalternes avec un rôle mineur, comme le diacre, le sous-diacre, le cérémoniaire, etc. entourant le prêtre), ou s'ils étaient plusieurs, avec le même rôle liturgique et la même importance. J'avoue, je n'ai pas fait de recherches poussées sur la question, mais ce serait intéressant.
A défaut des rites juifs, on peut remonter aux temps antiques de l'Eglise ; à ce sujet, un des arguments du Père Thion avancé en dernière page est, lui, d'une ineptie affligeante "Elle permettra, croyons-nous, une pratique de l'Eucharistie plus pleinement conforme à l'intention du Seigneur" ; sauf que le Seigneur, quand il a célébré la Cène, l'a célébrée seule, et quand il a béni le pain devant les disciples d'Emmaüs, l'a fait seul et pas avec eux. Quant à tabler sur les intentions du Seigneur, sauf à avoir une révélation privée, je ne vois pas très bien comment on pourrait en préjuger ; l'Eglise s'est passée pendant de longs siècles de cette forme de célébration (où, objectivement, elle avait l'air plus dynamique que maintenant), va-t-on nous faire croire que le Seigneur aurait abandonné son Eglise pendant des siècles en la laissant plongée dans l'obscurité? Soyons sérieux!
Je ne veux pas rentrer dans les débats sur les honoraires de messe qui en l'occurrence me paraissent complètement secondaires ; par contre je tiens à réagir à
Et de ce point de vue-là, je ne vois pas ce que ça change que 10 offrandes soient portées à l'autel dans la même messe, offerte par 10 prêtres participant à cette messe, plutôt que lors de 10 messes "privées". Au contraire on pourrait penser qu'une messe concélébrée demande au prêtre de "sacrifier" un peu plus de son temps que pour une messe privée qui, même récitée avec soin, est plutôt rapide.
Totalement et absolument en désaccord. Et c'est sur ce point là qu'en l'occurrence je ne vois absolument pas ce que la concélébration apporte.
Déjà, réglons l'argument du temps, qui me paraît peu pertinent : est-ce qu'une messe célébrée par un prêtre en une demi-heure a moins de valeur qu'une messe célébrée en une heure? La réponse est : bien sûr que non. Pourquoi? Parce que ce qui fait la messe, c'est la transsubstantiation du pain en Corps de notre Seigneur et du vin en Sang. Dans ces deux messes, et quelle qu'en soit la durée, il y a transsubstantiation.
Ensuite, à une messe versus 10, je dis que bien entendu il y a 10 fois plus de grâces dans 10 messes célébrées par un seul prêtre que dans une messe concélébrée, puisque ce qui fait la valeur de la messe, c'est la transsubstantiation, et qu'il y ait un prêtre ou 500, il y a toujours un unique sacrifice. Alors vous me dites que la grâce découlant de la messe est infinie et qu'on ne devrait pas s'amuser à la multiplier ; objection : s'il est vrai que les grâces découlant de la messe sont infinies, cela n'empêche pas les prêtres d'en célébrer quotidiennement (même si ce n'est certes pas une obligation, c'est le cas le plus fréquent), et je pense que vous n'approuveriez pas le prêtre qui vous dirait "j'ai célébré une messe le lendemain de mon ordination, j'ai terminé, je n'en célèbre plus".
Du coup, je pense que l'insistance sur la concélébration relève d'une conception fausse de la messe, aux relents protestants. Dans la messe, le prêtre agit in persona Christi ; bien sûr, sa présence est indispensable, personne ne peut consacrer à par lui ; mais ce n'est pas lui qui agit, c'est le prêtre qui agit à travers lui. Ainsi, quand bien même ce serait un prêtre en état de péché mortel, incroyant, renégat, athée, ayant abjuré, s'il fait ce que fait l'Eglise avec l'intention de consacrer, alors il y a transsubstantiation parfaite, et l'Hostie est autant corps du Christ que si c'étaient Jésus, Saint-Pierre ou le Curé d'Ars qui célèbrent.
Or, j'ai l'impression qu'il y a un danger dans la concélébration, avec des messes dans des salles immenses concélébrées par des dizaines ou des centaines de prêtres (le cardinal Sarah d'ailleurs a invité récemment à une réflexion sur le sujet), c'est que l'on considère que plus de prêtres signifie plus d'efficacité que un seul, en d'autres termes que ce sont les célébrants qui font le travail, alors qu'en fait c'est le Christ.
Deuxième point, on nous explique que cela permet de marquer la dimension communautaire ou je ne sais quoi ; erreur totale, qui vient des Protestants, qui ont transformé la sainte messe, où le sacrifice du Seigneur se réactualisait et se répétait, en vague repas commémoratif. L'insistance sur la dimension communautaire, au moment de la transsubstantiation, me paraît être liée à cette idée de repas chère aux protestants. Au lieu de faire attention à ce qui se passe, à savoir la transformation admirable du pain et du vin en Corps et Sang de Notre Seigneur, on préfère se dire que l'on est ensemble autour de l'autel, réunis, et on fait plus attention à notre voisin pour être synchronisé avec lui que ce qui se passe. La dimension communautaire peut très bien être marquée dans la récitation d'un rosaire une fois par semaine à l'église, ou la récitation des Vêpres, ou même un déjeuner paroissial après la messe. Mais au moment le plus fondamental de la messe, la dimension communautaire doit complètement s'effacer, parce qu'il y a plus important.
Dernier point ; ceux qui plaident pour la concélébration devraient au moins faire une fois un tour dans ces abbayes bénédictines traditionnelles où, dans la pénombre, chaque matin, vers 6h, démarrent à tous les petits autels plein de messes, murmurées par le prêtre, assisté d'un moine ; chaque fois que je vois cela, je suis transporté. C'est vraiment magnifique.