Oh là, Alexandre !
Vous ne me tiendrez pas rancune, je l’espère, de devoir contredire quasi chacune de vos affirmations, mais vous faites une bonne synthèse d’objections souvent entendues.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
Une lecture attentive du texte permet de relever un certain nombre d'anachronismes dont voici une sélection non exhaustive :
- Le récit est parsemé du nom de Dieu (le Seigneur) qui n'est pourtant pas connu avant l'Exode lors de la révélation à Moïse.
D’où sortez-vous cette étrange affirmation ?
Moïse vit vers la fin du premier millénaire avant Jésus-Christ. La conscience religieuse est bien plus ancienne. Il n’y a aucun motif de penser que Dieu ne soit pas connu dès les débuts de l’humanité. Sa révélation à Moïse («
Je suis celui qui suis ») n’écarte en rien ses manifestations antérieures et, notamment, celles racontées par la Genèse.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
- L'offrande des premier-nés du troupeau par Abel est un décret qui est instauré après la sortie d'Égypte.
La loi sur les sacrifices est certes prescrite après la sortie d’Égypte, mais pourquoi voulez-vous en déduire qu’une offrande d’un animal ne pouvait exister dès les débuts de l’humanité ?
Dès que des humains sont entrés en relation personnelle avec une divinité, ils ont exprimé à leur manière leur volonté de lui faire des offrandes ce qui se retrouve dans toutes les religions antiques bien avant l’époque des décrets de Moïse.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
- Noé est capable de reconnaître les animaux purs et impurs alors même que cette loi n'est pas connue avant le livre du Lévitique.
Avant le Lévitique, les humains étaient capables de discerner dans les végétaux et animaux ce qui leur était bénéfique et ce qui leur était nuisible.
Le livre du Lévitique n’a pas inventé cette distinction. L’humain qui a souffert à cause de la consommation de plantes, de fruits ou d’animaux a transmis ses connaissances à ses descendants qui ont fait une distinction du mangeable et du non mangeable dès les débuts de l’humanité. Le Lévitique n’a pas tout inventé.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
- De même, l'instruction de manger le sang comme principe de vie est reprise mot à mot du Lévitique.
Je suppose que vous voulez dire l’interdiction.
Dès les débuts de l’humanité, le sang qui circule a pu être considéré comme signe de la vie.
Ici encore, pourquoi s’en étonner ?
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31 Alexandre écrit :
Il ne fait donc guère de doute que le récit des origines a été composé (ou au moins retouché) tardivement puisque son contenu présuppose la connaissance de l'épisode de l'Exode et également la connaissance de lois mentionnées dans le livre du Lévitique.
Pour les motifs qui précèdent, aucune de vos observations ne permet de déduire que le récit de la Genèse supposerait la connaissance de l’exode ou des lois du Lévitique.
Le livre de la Genèse a nécessairement été composé après la fin des récits qu’il contient, mais ce fait ne permet pas, à lui seul, de dater chacun des récits contenus et rassemblés dans la Genèse.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
On peut donc supposer que le récit des origines est un assemblage de sources diverses.
Oui, en effet, mais on ne peut en tirer aucune autre conclusion que le fait que celui qui a rassemblé tous ces récits en un seul livre n’a pas inventé lui-même ce livre de la Genèse, ni chacun des récits qui le composent.
Le livre de la Genèse n’est pas l’invention d’un auteur mais une transmission de diverses traditions rassemblées dans un écrit unique.
La cohérence des repères dans le temps et dans la réalité géographique de tous les récits réunis par cet assemblage en augmente la fiabilité historique car les paraboles ou les légendes non historiques se caractérisent le plus souvent par l’absence de repères de temps et de lieu. Une parabole n’a pas besoin de préciser l’endroit géographique où le récit se passe, ni à quelle époque dans le cours des événements historiques ce récit se produit.
Le récit de la Genèse situe les divers endroits géographiques où les faits qu’elle relate se produisent et situe dans une durée chronologique ininterrompue chacun des événements qu’elle rapporte sans contradiction, mais, au contraire, en situant chacun des événements dans un ordre chronologique cohérent, même si elle utilise des approximations et des symboles autant que nécessaire par rapport aux connaissances historiques concrètes de l’auteur de chaque récit relaté par la Genèse.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
On peut relever par ailleurs plusieurs contradictions. Deux exemples :
- Il existe deux récits de la création qui ne concordent pas sur les étapes de la création.
En quoi ne concorderaient-ils pas ?
Vous avez certes deux récits différents, mais ils n’ont pas exactement le même objet, mais reflètent deux traditions dont l’une relate d’abord la création dans son ensemble jusque, et y compris, la création de l’humain dans la nature créée, et dont l’autre relate de manière plus détaillée la création et les débuts de l’humanité.
Il n’y a, entre ces deux récits, aucune contradiction, mais seulement une complémentarité.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
- Le chapitre 10 nous décrit la dispersion de la descendance de Noé dans les nations avec, pour chaque clan, sa propre langue. Or, le chapitre suivant, dès le premier verset, indique au contraire qu'il n'y avait qu'une seule langue sur la terre.
La contradiction que vous observez ne se base que sur une interprétation incertaine.
Vous faites allusion au récit de la tour de Babel, mais celui-ci ne prétend pas qu’il n’y avait qu’un seul langage «
parlé » sur la terre, mais seulement que tous utilisaient la même langue.
Il n’y a pas de contradiction si, conformément à la réalité historique, vous considérez qu’il s’agit ici du langage «
écrit ».
A l’époque en cause, soit la fin du troisième millénaire avant Jésus-Christ, tous utilisaient la même langue écrite : le sumérien dont l’écriture cunéiforme était pratiquée par tous dans toutes les langues parlées. Lors de la chute de la dernière dynastie sumérienne (en 2004 avant Jésus-Christ), le sumérien a soudainement cessé d’être utilisé par les populations (la cause de cette disparition est encore ignorée aujourd’hui) et n’a continué a être écrit que pour les textes sacrés.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :Ma question est la suivante : La prise en compte de sa rédaction tardive et les contradictions pose nécessairement une interrogation quant à son historicité. Or, une partie importante de la théologie et de la foi catholique découle du récit des origines. Certains voient dès le récit de la chute (chapitre 3) le point de référence pour justifier la venue de Jésus pour rétablir l'unité originelle.
Rien, dans ce qui précède, ne permet d’affirmer que la rédaction de la Genèse fut tardive.
Ce qui est tardif par rapport aux faits en cause, c’est l’assemblage en un livre unique de multiples récits mais aucune de vos observations ne permet de répondre (dans un sens ou l’autre) à la question de l’historicité.
Par contre, vous avez raison d’observer que «
une partie importante de la théologie et de la foi catholique découle du récit des origines » et que «
Certains voient dès le récit de la chute (chapitre 3) le point de référence pour justifier la venue de Jésus pour rétablir l'unité originelle ». C’est bien exact.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
Est-il pertinent de s'appuyer sur un récit avant tout allégorique pour justifier la venue de Jésus ?
Rien dans vos observations qui précèdent ne permet d’affirmer que le livre de la Genèse serait seulement allégorique mais non historique.
Il est bien sûr allégorique et symbolique autant que nécessaire, mais il est aussi historique autant que nécessaire.
Le récit dans le jardin d’Eden est clairement imagé et allégorique. Faut-il s’en étonner dès lors qu’il nous parle d’événements spirituels, ce qui n’exclut pas le fait que ce sont des humains bien réels qui les vivent, ni le fait qu’ils vivent ces événements dans la réalité historique à un moment et à un endroit.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
Ne devrait-on pas plutôt lier sa venue à l'histoire d'Israël et à son échec à devenir une nation sainte devant Dieu ? Jésus… évoque clairement la loi de Moïse et les prophètes pour justifier sa venue.
Certes, mais la finalité que vous relevez n’exclut en rien les autres enseignements et les autres finalités de la Genèse. Les prophéties ont souvent plusieurs réalisations dans le cours de l’histoire et une interprétation valable n’exclut pas la possibilité d’autres interprétations tout aussi valables dès lors qu’il n’y a pas de contradiction.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
Jésus… ne mentionne en aucun cas le récit au jardin d'Eden ni celui des origines (à l'exception d'une simple mention à Noé).
Ce n’est pas exact. Jésus se réfère aux évènements des origines lorsqu’il parle du mariage (Mt 19, 4-6).
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
Deuxième point : l'état dégradé du monde n'est-il pas le résultat de la nature pécheresse de l'Homme plutôt que la conséquence du péché originel ?
Beaucoup de gnoses ont affirmé cela.
La Genèse comme la foi constante de l’Église affirment le contraire.
L’humain a été créé bon. Il n’a pas été créé avec une nature pécheresse.
Il a seulement été créé libre pour pouvoir ressembler à Dieu, pour pouvoir aimer et pour pouvoir partager la vie de Dieu qui est amour de toute éternité.
L’humain a tout reçu pour pouvoir aimer. Sa vie reçue de Dieu est amour.
Mais, comme il n’y a pas d’amour sans liberté, l’humain a pu choisir de ne pas demeurer dans la communion de vie et d’amour de son Créateur.
En communion avec Dieu, l’humain aurait pu développer toute la créature. En choisissant une connaissance séparée de son Créateur, il a blessé sa propre vie, celle qu’il a ensuite transmis à sa descendance.
Le monde entier est, depuis lors, privé de l’harmonie que l’humain aurait pu y mettre pour le développer en communion avec le Créateur. Le monde est, depuis lors, dans les douleurs d’un enfantement interrompu qui dure encore.
Le monde n’est pas dégradé en lui-même, mais seulement privé de celui qui devait le développer et le faire vivre dans l’harmonie.
Le monde et l’humain n’ont pas cessé d’être des créatures bonnes, mais, sans l’humain en communion avec Dieu, la création toute entière, y compris les humains, sont soumis à la souffrance et à la mort.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
la désobéissance humaine envers Dieu est inscrite dans nos gènes puisque Adam et Ève, à peine créés, choisissent de désobéir.
Oui, c’est exact.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
Les chapitres 6 et 8 décrivent également la méchanceté innée de l'homme : "toutes les pensées de son cœur se tournent vers le mal à longueur de journée", " le cœur de l'homme est enclin au mal des jeunesse". Le récit ne suggère pas que la méchanceté est la conséquence du péché originel mais démontre au contraire que l'homme est naturellement mauvais. La méchanceté semble indissociable de la condition humaine.
Vous allez trop vite.
Aucune méchanceté ne peut être constatée avant le récit du péché originel.
Certes, rien, dans le récit, n'affirme que «
la méchanceté est la conséquence du péché originel ».
Les seules conséquences immédiates indiquées explicitement, ce sont la soumission à la mort et des souffrances à subir pour s’alimenter et transmettre la vie.
La «
méchanceté » (faire du mal à un autre) apparaît cependant immédiatement lorsque Adam accuse Ève d’être la cause de sa propre faute.
Mais, ce n’est pas l’essentiel du récit. La méchanceté humaine n’est qu’un désordre parmi d’autres. La Genèse raconte qu’elle se développe après la sortie du jardin d’Eden, mais l’essentiel dans le récit n’est pas là mais dans le fait qu’Adam et Ève s’emparent d’une connaissance séparée de Dieu. Ils choisissent de décider par eux-mêmes de ce qui est bon ou mauvais.
L’homme n’est pas naturellement mauvais parce qu’il veut choisir librement et décide de se séparer de la source de vie, mais il se prive de cette vie sans laquelle la création toute entière autant que lui-même se coupe de ce qui est essentiel à son harmonie.
Sa méchanceté n’est pas innée, mais n’est qu’un désordre parmi d’autres.
Alexandre. a écrit : ↑sam. 22 déc. 2018, 0:31
Alexandre écrit :
Quel passage de l'Ancien Testament ou des Évangiles permettrait d'infirmer ma vision (inutile de me citer Paul puisque lui aussi interprète) ?
Pourquoi éviter St Paul dont les écrits sont autant parole de Dieu que les autres écritures saintes ?
Pourquoi le critiquer parce qu’il «
interprète » comme nous devons tous le faire ?
Toute compréhension d’un texte écrit avec des mots humains est toujours interprétation.
Les mots sont toujours susceptibles de nombreuses compréhensions parfois contradictoires et rien ne permet à chacun de croire que sa propre compréhension est «
la » vérité du texte qu’il lit. Celui qui croit cela risque de ne plus lire dans les écritures que ses propres pensées ou ce qui convient à ses propres pensées.
Toutes les écritures saintes doivent non seulement se lire et se comprendre dans leur ensemble, mais aussi dans le contexte historique et personnel de chacun des auteurs des livres particuliers qui la composent, et dans la communion de l’Église qui est le corps du Christ aujourd’hui.
Ce n’est donc pas un passage particulier de l’Ancien Testament ou des Évangiles qui pourra vous convaincre, mais, comme chacun de nous, vous pouvez vous tourner vers le Christ et l'aimer de tout votre coeur.