Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

« Dieu leur donnera peut-être de se convertir et de connaître la vérité. » (2Tm 2.25)
Règles du forum
Forum de débats dialectiques entre personnes de bonne volonté autour de la religion chrétienne (catholicisme) et des objections formulées à son encontre

NB : L'attention des intervenants est particulièrement attirée sur la courtoisie et le respect ; les blasphèmes et provocations visant à blesser le sentiment religieux des lecteurs seront modérés ; les discussions inutilement polémiques seront verrouillées et leur initiateurs sanctionnés.
Avatar de l’utilisateur
Carhaix
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1784
Inscription : mer. 21 mars 2018, 1:33
Conviction : Catholique

Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par Carhaix » dim. 12 janv. 2020, 23:20

De plus en plus de voix appellent à libéraliser le mariage des prêtres comme solution au déclin des vocations. Mais cette solution n'est-elle pas dans une contradiction complète avec un autre phénomène qui traverse la société : le déclin de l'engagement amoureux/des mariages, l'explosion des séparations/divorces, l'augmentation du célibat, et les difficultés de plus en plus grandes qu'ont nombre de gens à trouver leur moitié, dont l'une des conséquences est la vogue des sites de rencontres.

Comment se fait-il que ceux qui estiment le mariage désuet, prônent la libéralisation des mœurs, l'instabilité des couples, les unions libres, le chacun chez soi, voire l'infidélité, voire carrément le célibat censé être en soi plus épanouissant que la vie de couple (comme le proclament sans cesse les courants féministes), ces mêmes gens conseillent le mariage des prêtres ? Quelle est la logique ? Si le célibat est présenté comme un bienfait dans la société par le courant libéral, celui-ci devrait normalement se satisfaire du célibat des prêtres, qui s'accorde finalement merveilleusement bien avec la situation d'un nombre croissant de personnes esseulées (qui d'ailleurs parsèment les assemblées de fidèles). A-t-on pensé ce que vont d'ailleurs ressentir les gens esseulés lorsque le prêtre sera moins disponible car occupé par sa propre vie de famille, ou son idylle amoureuse ? Imagine-t-on d'aller se confesser à un prêtre impatient de terminer parce que sa fiancée l'attend, et l'entendre ensuite ricaner avec elle de tout ce qu'il a entendu de drôle ?

Et si l'on imagine les conséquences logiques de cette libéralisation, imagine-t-on des prêtres faire la cour aux paroissiennes ? Draguer ? Se recevoir des râteaux ? S'inscrire, honteux et dépités, sur des sites de rencontres ? Y être reconnus par leurs paroissiens ? Être mis en cause pour harcèlement sexuel ? Divorcer ? Se faire plaquer ? Déprimer de ne pas trouver de femme, alors qu'un confrère pavanera parce qu'il en a trouvé une très belle ? Bref, être pris dans le tourbillon actuel peu reluisant de la vie de couple ? Sans compter l'aspect financier, car forcément, les enfants devront hériter des biens du couple, et donc le prêtre aura un héritage à transmettre

Est-ce que l'Église a vraiment besoin de ça ?

Bien sûr, lorsque les femmes seront ordonnées prêtresses à leur tour, la situation a des chances de devenir encore plus animée, je présume.

Altior
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 2059
Inscription : sam. 05 juil. 2008, 23:59
Conviction : catholique traditionaliste
Localisation : In Ecclesia Dei

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par Altior » lun. 13 janv. 2020, 1:14

Carhaix a écrit :
dim. 12 janv. 2020, 23:20
Quelle est la logique ?
La logique ? C'est la même logique de la franc-maçonnerie de toujours: affaiblir, voire dénaturer les institutions traditionnelles. L'Église. La Famille. La Monarchie. L'École.

Suivant cette logique avec une remarquable constance depuis des siècles, la franc-maçonnerie a agi plus d'une fois selon un plan en deux temps. Par exemple, pour détruire les Empires, dans un premier temps on a inventé les nationalismes. On oublie souvent que le nationalisme est une création de la gauche. On a, temporairement, même stimulé les Royaumes contre les Empires, de façon que des États qui n'avaient jamais eu de roi (comme la Roumanie) se sont trouvé avec un. Une fois les Empires anéanties, la deuxième étape a été d'anéantir les Royaumes. Le fils chéri de la franc-maçonnerie, le nationalisme, dû être démantelé. Les mêmes qui avaient créé les royaumes des Balkans ont chassé leurs rois pour les transformer en républiques.

Dans le cas dont on parle, on voit bien que ceux qui soutiennent l'ordination des mariés sont, pour la plupart, les mêmes que ceux qui soutiennent le divorce, la contraception, l'homosexualité. Une Église de prêtres mariés leur conviendrait très bien, car il en résultera une Église encore plus affaiblie, encore plus incapable de s'opposer au tendances du Monde et a son Prince, une Église plus facilement contrôlable. Puis, avec l'affaiblissements des familles, ces prêtres mariés avanceront d'encore un pas vers la ruine totale.

Selon le sermon d'aujourd'hui, structuré sur la question de la Sainte Famille, ils n'ont pas d'autre moyen d'arriver à la ruine des sociétés que s'ils obtiennent la ruine de la cellule de base de la société: la famille. Or, qui tient encore le cap (même en chancelant de plus en plus) ? C'est l'Église. L'École est depuis belle lurette contrôlée et les Monarchies, celles qui en restent (celles qui n'ont pas pris part à la Sainte Alliance) ont été transformées depuis longtemps en tribunes de photos pour Paris Match. Seule, l'Église continue à faire quelque bruit contre l'effort de la maçonnerie de progresser vers la dissolution des familles. Alors, la logique ? On doit commencer, dans un premier temps, par effondrer l'Église. Dans ce but, tous les moyens sont bons. L'infiltrer de l'intérieur. Subvertir tout ce qu'elle a de traditionnel. La ruiner financièrement. Bien faire sortir dans la presse toute les abjections humaines qu'on peut trouver ou inventer à son intérieur. La diviser. La positionner comme ringarde, absurde, hors-monde. Déstabiliser son ordre hiérarchique. Quoi encore ? Eh bien, faire de sorte que ses prêtres soient moins disponibles pour le travail dans la vigne de Dieu.

Q.E.D.

gerardh
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 5048
Inscription : ven. 26 déc. 2008, 20:02
Conviction : chrétien non catholique
Localisation : Le Chambon sur Lignon (France)

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par gerardh » lun. 13 janv. 2020, 12:36

______

Bonjour,

Je suis peu concerné par ce sujet. Aussi je peux donner mon sentiment.

Je rends hommage à l'abnégation des prêtres, astreints au célibat, et parmi eux ceux qui ne seraient pas spontanément volontaires pour cette ascèse. Notons que dans 1 Corinthiens 7 (je crois) l'apôtre Paul conseille aux chrétiens, s'ils peuvent le faire, de ne pas se marier : tous les chrétiens, hommes ou femmes, prêtres ou laïcs. Même le Christ a mentionné ceux qui accepteraient d'être eunuques pour le royaume des cieux. Heureux ceux qui peuvent y arriver sans fauter. Mais ils peuvent alors avoir recours à la confession …

Si j'ai bien compris, le célibat des prêtres n'a été institué, sans devenir cependant un dogme, que dans le cours de l'histoire de l'Eglise Catholique (6ème siècle ? Onzième siècle ?). On pourra noter les exceptions et dérogations à ce principe : les prêtres orthodoxes ou catholiques orientaux ; les anglicans y compris ceux ayant rejoint l'Eglise catholique ; et paraît-il, ce qui serait à vérifier, certains ecclésiastiques de l'Afrique Noire et de l'Amérique du Sud.

Chez les protestants "classiques", les "pasteurs" ne semblent pas pâtir dans leur ministère du fait d'être mariés. Et même ils peuvent former une sorte "d'équipe" avec leur conjointe, ce qui peut rendre des services. Souvenons-nous aussi d'Aquilas et Priscilla et du bien qu'ils ont fait autour d'eux.

Dans mon milieu chrétien, qui pourrait être qualifié de "protestants ++", il n'y a pas de pasteurs, chaque frère (et sœur dans ses limites) étant responsable des services à rendre, et d'exercer les dons que l'Esprit lui a donnés. C'est donc un privilège mais aussi une responsabilité, supposant une réelle consécration. Il ne me semble pas que cela nuise à la marche chrétienne de nos assemblées.

___

Avatar de l’utilisateur
nicolas-p
Barbarus
Barbarus

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par nicolas-p » lun. 13 janv. 2020, 13:08

merci altior.

tout est dit.

le but est de détruire la famille (sœur Lucie a Fatima a dit que le dernier combat du démon concernerait la famille) et de détruire la prêtrise (prêtres qui sont les seuls ayant reçu le pouvoir du christ par les apôtres de célébrer le saint sacrifice de la messe)

la tentative est la, nous voyons à demi mot s'accomplir sous nos yeux de nombreuses choses annoncées (Fatima, la Salette, Akita, Sainte Brigitte de Suède, Sainte Catherine Elmerich...)

ils n'y arriveront pas, même s' il ne reste ou ne restera que peu de catholiques dans les années à venir.

tout cela augure du triomphe à venir du Cœur Immaculé de Marie. cela se rapproche donc malgré ces tempêtes, ces tentatives de destruction de l'intérieur et de l'extérieur de l'église, la Vierge Marie triomphera.

il faut subir cette "passion" de l'Eglise qui comme judas à trahi le christ, sera trahie (l'est déja?) par les siens (certains prélats) c'est le plus douloureux d’être poignardé par les siens...

Le Pape Emérite Benoit VI et le Cardinal Sarah viennent d'écrire un livre qu'il va falloir lire quand il sera disponible..."des profondeurs de nos cœurs"

Avatar de l’utilisateur
Suliko
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 3072
Inscription : ven. 07 janv. 2011, 22:02

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par Suliko » lun. 13 janv. 2020, 16:07

Je rends hommage à l'abnégation des prêtres, astreints au célibat, et parmi eux ceux qui ne seraient pas spontanément volontaires pour cette ascèse.
S'ils ne veulent pas du célibat, personne ne les oblige à devenir prêtres...
(6ème siècle ? Onzième siècle ?)
Bien plus tôt que cela, mais on en a déjà parlé, n'est-ce pas ?
Dans mon milieu chrétien, qui pourrait être qualifié de "protestants ++", il n'y a pas de pasteurs, chaque frère (et sœur dans ses limites) étant responsable des services à rendre, et d'exercer les dons que l'Esprit lui a donnés. C'est donc un privilège mais aussi une responsabilité, supposant une réelle consécration. Il ne me semble pas que cela nuise à la marche chrétienne de nos assemblées.
Cela ne nuit pas à la marche chrétienne de vos assemblées, parce que vous n'avez pas de liturgie... De plus, chez les protestants, on considère qu'il existe uniquement un sacerdoce universel de tous les chrétiens et le concept même de prêtrise n'y a rien à voir avec celui enseigné par l'Eglise catholique (et toutes les autres églises, en fait). On ne peut donc vraiment pas comparer nos situations ni en retirer quoi que ce soit de véritablement utile dans un contexte catholique.
Petite question pour vous taquiner : et si une femme sent que l'Esprit l'incite à enseigner la religion à ses frères et sœurs ? Parce que j'imagine bien que l'Esprit ne peut être un prétexte pour faire n'importe quoi. Il faut donc bien au final une autorité normative pour diriger la communauté. J'imagine que la seule autorité est la Bible. Pourtant, dans les premiers temps du christianisme, il n'y avait pas de Bible complète à disposition des communautés nouvelles.
C'est pourquoi elle seule, prédestinée avant les générations et annoncée par les prophètes, la Mère du Créateur de tout l'univers, non seulement n'a participé en rien à la tache originelle, mais elle est toujours demeurée pure comme le ciel et toute belle. (extrait du règlement pour le monastère de Biélokrinitsa (1841)

gerardh
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 5048
Inscription : ven. 26 déc. 2008, 20:02
Conviction : chrétien non catholique
Localisation : Le Chambon sur Lignon (France)

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par gerardh » lun. 13 janv. 2020, 17:20

__

Hello Suliko,
S'ils ne veulent pas du célibat, personne ne les oblige à devenir prêtres...
Bien sur, mais ne me dites pas que cette perspective est accueillie de bon cœur par nombre de candidats, et qu’elle n’entraîne aucun exercice ou aucune réflexion de leur part.
(6ème siècle ? Onzième siècle ?) ; Bien plus tôt que cela, mais on en a déjà parlé, n'est-ce pas ?
Rafraîchissez-moi la mémoire, SVP.
Cela ne nuit pas à la marche chrétienne de vos assemblées, parce que vous n'avez pas de liturgie...


En effet nous n’avons pas de liturgie, car nous pensons que ce n’est pas une pratique scripturaire, et qu’il convient d’agir « en esprit et en vérité » (Jean 4)
De plus, chez les protestants, on considère qu'il existe uniquement un sacerdoce universel de tous les chrétiens. On ne peut donc vraiment pas comparer nos situations ni en retirer quoi que ce soit de véritablement utile dans un contexte catholique.
Je pensais que le sacerdoce universel était enseigné par certains docteurs catholiques. (St Augustin ?)

Les situations en effet ne sont pas totalement comparables. Mais de là à écrire « qu’on ne pas en retirer quoi que ce soit de véritablement utile », cela va loin …
Et si une femme sent que l'Esprit l'incite à enseigner la religion à ses frères et sœurs ?
La Bible est claire : « je ne permets pas à la femme d’enseigner ; ni d’user d’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence » (1 Timothée 2, 12). Le Saint Esprit n’induira jamais une sœur à enseigner dans l’assemblée. Cependant elle est libre de le faire à ses enfants ou dans l’intimité, ou à « l’école du Dimanche » (# catéchisme).
Il faut donc bien au final une autorité normative pour diriger la communauté. J'imagine que la seule autorité est la Bible.
Oui, et aussi le Saint Esprit.
Pourtant, dans les premiers temps du christianisme, il n'y avait pas de Bible complète à disposition des communautés nouvelles.
Il y avait l’Ancien Testament. Les chrétiens de « Bérée reçurent la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les écritures [pour voir] si les choses étaient ainsi ». Il y avait aussi le ministère et l’autorité apostoliques, avec l’assistance des prophètes.

___

Avatar de l’utilisateur
Carhaix
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1784
Inscription : mer. 21 mars 2018, 1:33
Conviction : Catholique

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par Carhaix » lun. 13 janv. 2020, 18:38

Altior a écrit :
lun. 13 janv. 2020, 1:14
Carhaix a écrit :
dim. 12 janv. 2020, 23:20
Quelle est la logique ?
La logique ? C'est la même logique de la franc-maçonnerie de toujours: affaiblir, voire dénaturer les institutions traditionnelles. L'Église. La Famille. La Monarchie. L'École.

Suivant cette logique avec une remarquable constance depuis des siècles, la franc-maçonnerie a agi plus d'une fois selon un plan en deux temps. Par exemple, pour détruire les Empires, dans un premier temps on a inventé les nationalismes. On oublie souvent que le nationalisme est une création de la gauche. On a, temporairement, même stimulé les Royaumes contre les Empires, de façon que des États qui n'avaient jamais eu de roi (comme la Roumanie) se sont trouvé avec un. Une fois les Empires anéanties, la deuxième étape a été d'anéantir les Royaumes. Le fils chéri de la franc-maçonnerie, le nationalisme, dû être démantelé. Les mêmes qui avaient créé les royaumes des Balkans ont chassé leurs rois pour les transformer en républiques.

Dans le cas dont on parle, on voit bien que ceux qui soutiennent l'ordination des mariés sont, pour la plupart, les mêmes que ceux qui soutiennent le divorce, la contraception, l'homosexualité. Une Église de prêtres mariés leur conviendrait très bien, car il en résultera une Église encore plus affaiblie, encore plus incapable de s'opposer au tendances du Monde et a son Prince, une Église plus facilement contrôlable. Puis, avec l'affaiblissements des familles, ces prêtres mariés avanceront d'encore un pas vers la ruine totale.

Selon le sermon d'aujourd'hui, structuré sur la question de la Sainte Famille, ils n'ont pas d'autre moyen d'arriver à la ruine des sociétés que s'ils obtiennent la ruine de la cellule de base de la société: la famille. Or, qui tient encore le cap (même en chancelant de plus en plus) ? C'est l'Église. L'École est depuis belle lurette contrôlée et les Monarchies, celles qui en restent (celles qui n'ont pas pris part à la Sainte Alliance) ont été transformées depuis longtemps en tribunes de photos pour Paris Match. Seule, l'Église continue à faire quelque bruit contre l'effort de la maçonnerie de progresser vers la dissolution des familles. Alors, la logique ? On doit commencer, dans un premier temps, par effondrer l'Église. Dans ce but, tous les moyens sont bons. L'infiltrer de l'intérieur. Subvertir tout ce qu'elle a de traditionnel. La ruiner financièrement. Bien faire sortir dans la presse toute les abjections humaines qu'on peut trouver ou inventer à son intérieur. La diviser. La positionner comme ringarde, absurde, hors-monde. Déstabiliser son ordre hiérarchique. Quoi encore ? Eh bien, faire de sorte que ses prêtres soient moins disponibles pour le travail dans la vigne de Dieu.

Q.E.D.
Je serais un peu plus nuancé à propos du nationalisme. Si on appelle "nationalisme" la conscience de former une même communauté linguistique et politique (essentiellement), alors on peut en trouver les premiers signes à l'époque mérovingienne, lorsque finissent par s'affronter, dans une lutte sans merci, l'Austrasie (dont l'identité germanique commence à s'affirmer) et la Neustrie, lutte qui, après l'intermède carolingien, aboutit au très symbolique Serment de Strasbourg deux siècles plus tard, puis à la double naissance, au siècle suivant, de l'Empire germanique et du royaume capétien. Et cette dualité n'a jamais réellement cessé jusqu'à aujourd'hui.

Cette conscience nationale, plus longue à se mettre en place du côté "roman", franchit un nouveau cap dans la lutte contre l'Angleterre durant trois siècles. Au cours de cette lutte, le Royaume de France s'affirme tout autant comme "nation", même si le terme ne revêt pas encore sa signification moderne. C'est très clair à partir de Charles VII, et le sera de plus en plus par la suite. Sous Louis XIV, l'identité du Royaume s'affirme de nouveau face à l'Espagne et à l'Italie, sur le plan politique, religieux et culturel (c'est le siècle où l'influence italienne est rejetée avec une haine féroce, alors que le trône et la cour revendiquent un lien privilégié avec l'Italie).

Et tout cela a préparé en partie le terreau révolutionnaire.

Alors, à partir de la Révolution, le nationalisme est-il "de gauche" ? Même là, je ne suis pas d'accord. Sauf à considérer que la "droite" se limiterait au seul camp "légitimiste", ou "absolutiste". Mais cette vision serait très réductrice, car ce que l'on appelle droite et gauche n'est qu'un découpage de l'Assemblée, même si les Montagnards occupaient la "Montagne", soit les gradins les plus élevés. Dès la première assemblée issue des États généraux, on voit se distinguer une "droite" incarnée par les Feuillants, emmenés par La Fayette. Et cette droite est tout autant "nationaliste" que les Jacobins, comme le sera le régime de Louis-Philippe qu'elle préfigure, et que l'on ne peut pas qualifier "de gauche".

La troisième vague "nationaliste" commence avec les Républicains modérés, au début de la Troisième République. Je sais que ce groupe se nommait à ses débuts "Gauche républicaine", et que la mode actuelle est d'en faire un parti de gauche, mais c'est faux. S'il a porté ce nom, c'est uniquement que la droite de l'Assemblée était alors occupée par les monarchistes. Au fur et à mesure que les monarchistes ont disparu du paysage, cette "Gauche républicaine" est tout simplement devenue la "droite". C'est-à-dire, la droite actuelle. Et c'est ce courant qui se déchira à l'époque de l'affaire Dreyfus. C'est aussi à cette époque que se forment les premiers fondements de l'extrême droite moderne, à partir d'un curieux mélange entre anciens bonapartistes, socialistes et droite nationaliste, sous la conduite du général Boulanger.

Voilà. Je tenais à repréciser les choses.

[Étant données les comparaisons - somme toute normales - avec le mariage des pasteurs dans d'autres religions, le sujet a été déplacé dans Apologétique.]

Cinci
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 10533
Inscription : lun. 06 juil. 2009, 21:35
Conviction : catholique perplexe

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par Cinci » lun. 13 janv. 2020, 20:26

Carhaix :

De plus en plus de voix appellent à libéraliser le mariage des prêtres comme solution au déclin des vocations.
Ce n'est qu'un prétexte.

Le déclin des vocations a bien plus à voir avec la perte de la foi et la disparition du prestige dans lequel la société pouvait tenir le prêtre, sa fonction.

Encore une fois, en Afrique noire, le statut prestigieux du prêtre y est préservé globalement; et il ne s'y trouve là-bas aucun problème de déficit de vocations. Parce que le religieux, le surnaturel reste une affaire qui est prise au sérieux chez les Africains. Et les prêtres catholiques y sont également des gens très éduqués. Ça, c'est une autre qualité qui est fort recherchée dans des pays qui compteront des taux d'analphabétisme assez importants.

Chez nous, quand tout le monde sera diplômé, le savoir des prêtres y compte pour des prunes. Chez nous, le métier de prêtre n'y sera perçu que sous l'angle le plus ingrat qui se puisse imaginer : pas d'enrichissement personnel $$$, une disponibilité de tous les instants, la déconsidération, le persiflage, la moquerie perpétuelle, la perspective d'être toujours confronté à des paroissiens mous, post-modernes, des églises vides, ajoutez-y une ambiance hédoniste très poussée, un bombardement pornographique de tous les instants en ouvrant le journal, apercevant juste la première page des revues du kiosque à journaux, en ouvrant la télé cinq minutes ... ne pas être appuyé par le gouvernement, avoir les professionnels de l'éducation nationale contre soi, la télé d'État contre soi, devoir se fendre en quatre pour courir cinq paroisses dans un rayon de soixante kilomètres au lieu de compter cinq prêtres dans une seule paroisse, etc.



Mais cette solution [bris du célibat] n'est-elle pas dans une contradiction complète avec un autre phénomène qui traverse la société : le déclin de l'engagement amoureux/des mariages, l'explosion des séparations/divorces, l'augmentation du célibat, et les difficultés de plus en plus grandes qu'ont nombre de gens à trouver leur moitié, dont l'une des conséquences est la vogue des sites de rencontres.
Cette solution [le bris] se comprend logiquement comme participant juste d'une dynamique de nivellement vers le bas, la facilité, avec l'idée de conformer le prêtre en totalité aux idées de notre monde occidental. C'est vouloir rendre trivial le métier de prêtre, banaliser la chose, en faire un job comme celui d'employé de la SNCF, et dans l'arrière-pensée d'en ouvrir la carrière à tout le monde : aux femmes, aux homosexuels déclarés et fiers de l'être, à ceux qui tiennent absolument à l'idée d'avoir un conjoint, etc. "Pas de discrimination svp !"

C'est juste la pression de conformisme anglo-protestant du monde des affaires, de l'argent-roi, du tout à l'économie et ses valeurs qui fait sentir sa présence. Nos politiciens suiveux ("politiciens" au sens large, militants de groupuscules, associations) s'alignent et s'organisent pour faire débouler sur la table comme si ce devait être un enjeux sérieux de discussion, un élément plus ou moins prioritaire de novelleté qu'il serait bien normal que l'Église adoptât et que tout le monde réclamerait. L'opinion publique ...

C'est une idée protestante, une idée "bien raisonnable" digne de pasteurs anglicans dans le fond. Qu'il n'est pas besoin de chercher midi à quatorze heure. Une solution bonne pour des gens "corrects-réguliers" (de bons bourgeois), comme aurait pu dire Oscar Wilde.

___

P.S. : Le romancier William Peter Blatty (j'aime trop cet exemple; à rebrousse-poil de l'ère du temps) était issu d'un milieu de libanais croyants et aura été éduqué chez les jésuites et était pénétré personnellement d'un réel respect pour la fonction du prêtre. Cela transparaissait dans son roman et duquel un fameux le film aura été produit en 1973. La thématique était (est encore en réalité) celle du prêtre qui fait le sacrifice de sa vie pour combattre le mal. "Nous n'avons pas à combattre contre la chair et le sang, mais contre les esprits invisibles qui ... " C'est la fonction première du prêtre, non pas celle de préposé à des cérémonies diverses. Le Saint sacrifice de la messe participe de ce combat; étant lui-même une perpétuelle intercession en faveur de tous ceux qui sont au prise avec le mal, qui luttent, qui doivent être libérés. Le prêtre est un moine-soldat ... le curé d'Ars, le padre Pio ...

Ce qui est bien de notre temps, c'est l'infidélité. "Je me marie si ça me plaît, je me démarie ensuite pour la même raison ... je veux que tout soit interchangeable à volonté ... il importe à rien d'être prêtre/prêtresse, prêtre pour se marier à qui l'on veut, prêtre divorcé, en rupture ... peu importe, peu importe ... A quoi bon s'embarrasser de vieilles lunes ? Tout peut être mis à plat, réformable, modifiable, faut être de son temps, sortons de l'obscurantisme ...

Avatar de l’utilisateur
Socrate d'Aquin
Rector provinciæ
Rector provinciæ
Messages : 587
Inscription : mar. 27 déc. 2016, 21:00
Conviction : Catholique romain, "philosophe"
Localisation : Paris
Contact :

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par Socrate d'Aquin » mar. 14 janv. 2020, 17:47

Autoriser l'ordination d'hommes mariés à la prêtrise ne pose, de soi, aucun problème doctrinal. Cela dit, à moins d'être aveugle, ça ne résoudra pas le problème des vocations.
L'immense majorité de ceux qui promeuvent cela le font en vue d'autres objectifs ; ils ont un agenda idéologique précis.

Cela dit, je ne vois pas le rapport avec la monarchie, soulevée par certains dans ce débat.
Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος. Οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν θεόν. Πάντα δι’ αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ χωρὶς αὐτοῦ ἐγένετο οὐδὲ ἓν ὃ γέγονεν. Ἐν αὐτῷ ζωὴ ἦν, καὶ ἡ ζωὴ ἦν τὸ φῶς τῶν ἀνθρώπων, καὶ τὸ φῶς ἐν τῇ σκοτίᾳ φαίνει, καὶ ἡ σκοτία αὐτὸ οὐ κατέλαβεν.

cmoi
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1751
Inscription : jeu. 28 févr. 2019, 12:07

Re: Paradoxe entre l'éventuel mariage des prêtres et le déclin du mariage

Message non lu par cmoi » mer. 15 janv. 2020, 10:58

Socrate d'Aquin a écrit :
mar. 14 janv. 2020, 17:47
Autoriser l'ordination d'hommes mariés à la prêtrise ne pose, de soi, aucun problème doctrinal. Cela dit, à moins d'être aveugle, ça ne résoudra pas le problème des vocations.
entièrement d'accord.

Cher Gérardh, j'ai trouvé votre dernière intervention très intéressante.
Elle m'amène à vous poser une question : croyez-vous en la présence réelle et si oui, ou non d'ailleurs, comment voyez-vous la question de la nécessité de la succession apostolique pour officier ?

Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 28 invités