Le verrouillage récent du très long sujet sur l’apparition du Christ à l’heure de la mort, largement discuté par rapport aux théories controversées d’un internaute très actif (Arnaud Dumouch), ne doit pas faire obstacle à la poursuite d’échanges sur ce que sont la mort, la vie terrestre, le jugement particulier, le purgatoire ou le second avènement du Christ.
À cet égard, l’enseignement de l’Église doit être rappelé avec fermeté et, dans ce forum qui souhaite contribuer à l’intelligence de la foi catholique, il faut éviter de s’en écarter.
Il y a un jugement particulier décisif du destin éternel de chaque personne immédiatement après la fin de sa vie terrestre qui, parfois après une purification, sera confirmé et pleinement réalisé lors de la résurrection des corps et du Jugement dernier lors du second avènement du Christ. L’âme a, bien sûr, sa propre existence entre les deux pendant une période durant laquelle elle sera, au besoin, purifiée de tout ce qui pourrait l’entraver pour partager pleinement la béatitude éternelle.
Les NDE sont des phénomènes qui se produisent avant la mort qui met fin à la vie terrestre et ne peuvent donc pas nous éclairer sur ce qui est au-delà, mais ils peuvent nous éclairer, par contre, sur la réalité de ce que nous sommes : des êtres ayant une nature corporelle et spirituelle.
Dans son encyclique
Spe Salvi, écrit en parfaite harmonie avec le Catéchisme dont il fut le principal artisan et auquel il se réfère d’ailleurs en notes de bas de pages, le Pape Benoît XVI a éclairé de manière magnifique l’enseignement de l’Église sur le jugement particulier.
« L'image du Jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d'espérance » (n° 44)
« demandons-nous seulement de quoi il s'agit réellement. Avec la mort, le choix de vie fait par l'homme devient définitif – sa vie est devant le Juge.
le fait d'aller vers Dieu conduit seulement à l'accomplissement de ce qu'elles sont désormais. » (n° 45)
« le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l'acte décisif du Jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec Lui qui, en nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler…
Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation assurément douloureuse, comme « par le feu ». Cependant, c'est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d'être totalement nous-mêmes et par là totalement de Dieu...
Il est clair que la « durée » de cette brûlure qui transforme, nous ne pouvons la calculer avec les mesures chronométriques de ce monde. Le « moment » transformant de cette rencontre échappe au chronométrage terrestre – c'est le temps du cœur, le temps du « passage » à la communion avec Dieu dans le Corps du Christ. »
C’est ainsi que le Pape nous présente le jugement particulier de chaque âme à l’heure de la mort, à la jonction de sa vie terrestre et de l’au-delà, par cette affirmation pleine d’espérance que «
La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement ».
Libremax, le 2 février 2011 : a écrit :
Y a-t-il une rencontre, à la fin de notre vie sur terre, avec le Christ qui soit déterminante, et qui constitue en fait le jugement de l'âme ?
Il me semble qu’il y a rencontre et jugement.
Cette rencontre «
décisive » avec le Christ qui brûle et qui sauve ne peut se produire qu’avant le jugement dont elle est la base décisive car un jugement n’est jamais qu’un constat et une conclusion et, à cet égard, le jugement particulier après la mort de chacun semble donc un constat déterminé par la rencontre décisive de chaque âme avec le Christ.
Avant la mort qui met fin de la vie terrestre : la rencontre décisive. Immédiatement après la mort qui met fin à la vie terrestre : le jugement particulier. Entre les deux, il n’y a aucun temps, seulement l’instant T de la mort.
Le jugement particulier va constater ce que nous serons devenus au terme de notre vie terrestre, mais le Pape attire notre attention sur ce qui sera décisif dans ce jugement de notre vie terrestre : la rencontre avec le Christ.
Personne ne quitte sa vie terrestre sans cette rencontre décisive pour le jugement particulier de chaque personne.
Le Pape me semble expliciter ainsi ce que le Concile Vatican II a indiqué en affirmant que «
nous devons tenir que l’Esprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal » (
Gaudium et spes, 22, § 5).
Avant la fin de chaque vie terrestre d'un humain créé à l'image de Dieu,
tous (y compris les enfants à peine conçus ou nés ou ceux qui n’auront jamais pu entendre l’annonce de l’Évangile) auront eu cette possibilité.
À cet égard, le Pape nous invite à ne pas enfermer la puissance de Dieu dans les limites quelconques d’un «
chronométrage terrestre ». Certains l’ont expliqué en disant que l’arbre tombe du côté où il penche. Pour certains, le choix décisif pourra être la révélation du Christ dans les ultimes instants de leur vie terrestre.
Est-ce possible ?
C’est ici que se trouve, me semble-t-il, la difficulté qui va éloigner certains du Catéchisme et les convaincre qu’il faudrait, après la mort biologique, un «
temps » dans l’au-delà durant lequel ils auraient une possibilité de rencontrer le Christ et d’être sauvés sans avoir pu l’être durant leur vie terrestre biologique. Une espèce de seconde chance dans un surplus de vie après la mort biologique.
Arnaud Dumouch, le 3 février 2011 : a écrit : Si, tout en gardant la position thomiste (la mort est la séparation de l'âme et du corps), vous posez entre l'arrêt du coeur et cette séparation un moment de lucidité parfaite où l'âme soit se convertit à la charité, soit transforme son état de péché mortel en péché contre l'Esprit saint, je n'ai aucune difficulté à rester thomiste et je retire mon objection. Mais avouez que c'est difficile d'admettre cela alors que le cerveau est en arrêt total (EEG plat).
Il me semble qu’il y a pourtant clairement une réponse positive dans
Spe Salvi et dans le reste de l’enseignement de l’Église qui permettent d’admettre une «
lucidité parfaite » même lorsque «
le cerveau est en arrêt total (EEG plat) ».
La lucidité spirituelle de l’âme ne dépend pas de l'état des capacités de notre cerveau. Un bébé ou un vieillard sénile peut disposer de toute sa lucidité spirituelle alors même que sa pensée cérébrale est dans un état d’incapacité profonde de raisonner.
L’âme d’un enfant ou d’un vieillard sénile est bien présente, vivante et lucide, quel que soit l’état de son cerveau.
Il y a ici un point essentiel de notre nature corporelle et spirituelle. Notre âme existe pleinement dès notre conception alors même que notre adn singulier est à peine formé et que nos premières cellules réduisent notre corps à de l’extrêmement petit dans lequel notre cerveau n’est encore qu’une potentialité.
De même, notre âme reste pleinement présente lorsque notre corps se retrouve avec un cerveau gravement dégradé par une maladie d’Alzheimer ou pour autre cause.
Donc, oui, notre être, notre âme, est pleinement présent avec toute sa lucidité spirituelle même lorsque le cerveau n’est pas encore développé ou dégradé.
Et donc, le seul arrêt du cœur ou de l’activité cérébrale observable ne suffisent pas, ni en médecine, ni sur le plan spirituel, pour déterminer la mort effective, la fin de la vie terrestre.
Et donc, oui aussi, la vie spirituelle peut encore être parfaite et intense dans les derniers instants qui précèdent la mort effective, quel que soit la faiblesse ou la dégradation du corps mourant.
De cela, les NDE peuvent témoigner. Mais, ces expériences dans un état proche de la mort ne disent rien de la mort elle-même qu’elles précèdent. Rien ne permet de confondre sans nuance un électroencéphalogramme plat (parfois suivi d’une reprise de l’activité) avec la mort elle-même qui est physiquement définitive. Un EEG plat n’est que la constatation de l’absence d’activité observable par la machine qui observe. On sait que, même totale, elle n’est pas nécessairement définitive. Cet examen ne peut à lui seul constater la mort définitive.
Une révélation ou apparition du Christ à l’heure de la mort peut être perçue avec une parfaite lucidité dans ces états extrêmes et le choix de l’âme peut se déterminer à cet instant, juste avant ou au moment du passage dans l’au-delà. Quel que soit l’état physique et fonctionnel du cerveau.
Quand survient la mort définitive ? On peut en discuter, mais pas longtemps. Quelques minutes, quelques heures, voire quelques jours, mais pas quelques semaines ou davantage.
Il est tout-à-fait possible qu’elle ne survienne qu’au terme d’un peu de temps après l’arrêt du cœur durant lequel une rencontre spirituelle décisive peut se produire.
Mais, il est certain que la mort est survenue et le passage dans l’au-delà terminé lorsque la vie biologique a totalement cessé. À ce moment, la vie terrestre d’une âme a pris fin.
Arnaud Dumouch, le 3 février 2011 : a écrit :
C'est là justement que les NDE ont eu pour moi un effet PHILOSOPHIQUE révélateur (comme je le disais plus haut, elles sont secondes en théologie). En effet, on constate que les mourants (ceux qui approchent la mort par NDE) témoignent tous d'une expérience commune : ils voient, ils entendent, ils se souviennent des images apprises, ils éprouvent des SENTIMENTS. Bref, ils gardent entièrement leur vie SENSIBLE. Et pourtant ils voient de leurs yeux leur corps biologique qui est là, couché par terre, en train de mourir.
Les NDE peuvent être un témoignage d’une lucidité spirituelle parfaite dans des conditions cérébrales extrêmement dégradées, voire en état de mort clinique sans activité observable (EEG plat).
Mais, attention, ce n’est pas avec leurs yeux biologiques qu’ils se voient, mais ils restent pleinement présents avec leur unique nature corporelle et spirituelle. La compréhension de la vie sensible, bien réelle, qui est présente dans ces circonstances, nous reste largement inconnue tant scientifiquement que spirituellement.
À la charnière de la vie, il me semble, quoi qu’il en soit, qu’il faut éviter de vouloir expliquer cette sensibilité en cherchant à distinguer la sensibilité corporelle de la sensibilité spirituelle par une division dualiste du corps et de l’esprit.
Séparée par la mort de son corps terrestre, l’âme spirituelle n’en perd rien de ce qui est en elle au terme de sa vie terrestre à l'extrémité de laquelle le Christ peut se révéler dans une parfaite lucidité spirituelle à toute âme dans toute la mesure nécessaire pour qu'elle puisse l'accueillir réellement.
Arnaud Dumouch, le 3 février 2011 : a écrit :Saint Augustin, qui avait été mis au courant de deux de ces expériences de retour à la vie (NDE), s'était lui-même interrogé sur la nature de l'âme qui sort du corps biologique et il écrit par deux fois dans ses recherches :
« L’âme se sépare du corps, emportant tout avec elle : la sensibilité, l’imagination, la raison, l’intellection, l’intelligence, l’appétit concupiscible et l’appétit irascible. »
Saint Augustin, De l’esprit et de l’âme, Chap. 15.
S. Augustin dit encore : « Nous croyons que seul l’homme possède une âme subsistante qui, séparée du corps, continue à vivre et garde vivants ses sens et son intelligence. »
Commentaire du livre de Qohelet, Chap. 16.
Mais ces remarques de saint Augustin n'auront pas de suite en scolastique ou l'approche d'Aristote s'imposera. Saint Thomas d'Aquin pense à sa suite que les âmes séparées perdent (avec le cerveau) toute faculté sensible et ne gardent que leurs deux facultés spirituelles (intelligence et volonté).
Il me semble qu’il ne s’agit pas ici d’une opposition mais de deux points de vue différents et qu’il faut éviter d’opposer des regards de St Augustin sur la réalité spirituelle de l’âme à des regards de St Thomas d’Aquin sur la réalité corporelle du cerveau terrestre.
Dans l’unique nature humaine, l’intelligence et la volonté sont tout autant corporelles (cérébrales) que spirituelles.
La sensibilité spirituelle ne disparaît pas au moment où la mort du cerveau physique arrête toute sensibilité terrestre.
Arnaud Dumouch, le 3 février 2011 : a écrit :Il semblerait qu'il faille changer de perspective et se poser la question suivante : il se pourrait que les âmes séparées du corps soient plutôt comparables à des "fantômes" qu'à des "purs esprits" et emportent avec elles une sorte de corps sensible qu'il nous est impossible de voir. Voilà pourquoi j'ose dire qu'elles VOIENT DE LEURS SENS Jésus qui vient dans sa gloire, dans ce passage de la mort. Elles voient son corps glorieux qui révèle à leur esprit, de la manière la plus connaturelle possible à un esprit humain, son âme, son Evangile, sa passion et le propre péché de ces mourants.
Voilà une excellente réflexion qui me semble juste.