Ne donnez à personne sur terre le nom de père (Mt 23, 9)
Publié : lun. 10 août 2020, 14:24
« notre mère la terre…nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe…
Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète » (Pape François, Laudato si, 1-2)
Le corps de tout être naturel est façonné dans le ventre d’une mère. Notre mère à tous c’est la nature, même si chacun, dans la nature, a sa propre mère.
Dans la nature, beaucoup d’êtres vivants ont aussi un père: ce n’est pas celui qui façonne le corps, mais celui qui apporte, au commencement, des éléments essentiels complémentaires à ceux de la mère pour que ce corps se forme.
Dans les Évangiles, Jésus de Nazareth vient lui-même nous montrer qui est le Père :
« Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux » (Mt 23, 9)
« Quand vous priez, dites : Père » (Lc 11, 2)
C'est déjà ce que disaient les prophètes :
« C’est toi notre Père » (Is 63, 16)
« N’avons-nous pas tous un seul Père ? » (Mal. 2, 10)
Dans la nature, nous avons tous des père et mère terrestres selon la chair, mais l'éclairage du Christ est autre : « c’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien » (Jn 6,63).
N’est-ce pas notre propre création qui est en cause ? C'est de l'Esprit-Saint que vient notre vie, notre "moi" vivant, et non de nos parents selon la chair.
Le livre de la Genèse nous explique que « le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7).
Plus tard dans l’histoire, l’Esprit-Saint couvre la sainte vierge Marie de son ombre et Dieu lui-même se fait homme en elle. C’est le Pape Benoît XVI qui a observé que cette incarnation est une « nouvelle création ». Par un être fini, une humble jeune fille, Dieu, qui est infini et éternel, devient Lui-même une créature nouvelle, homme parmi les hommes.
À chaque eucharistie, ce miracle se reproduit, comme l’indique une prière eucharistique : « en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur ». Un peu de pain et vin, un peu de matière physique, deviennent corps et sang du Christ par une action de l’Esprit Saint.
À l’heure de la création de l’humanité, à l’heure de l'incarnation du Christ comme à l’heure de chaque eucharistie, le Père partage sa propre vie à l’être nouveau issu de lui.
Par un souffle spirituel, c’est la vie même de Dieu qui nous fait vivre, unie à une nature distincte, comme la semence d’un père est unie à celle d’une mère.
L’union est indivisible, car qui pourrait séparer en l’enfant conçu ce qui vient en lui de ses père et mère ?
À la différence de toutes les autres créatures du monde naturel, l'humain créé à l'image de Dieu est « enfanté » par le Créateur qui nous partage son "sang", sa propre vie.
Ma vie, ma personne, mon « moi », ne vient pas principalement de la nature physique, mais d'un Père qui transmet et partage sa propre vie. Répétons-le et méditons-le : l’humain est un enfant de Dieu lui-même.
L’humain a ainsi un « moi » avec une double nature qui est spirituelle en ce que sa vie vient de Dieu et corporelle en ce qu’elle lui vient de la nature par ses père et mère naturels.
Mère nature et Père des Cieux : écoutons bien ce que nous enseigne le Christ : « vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux Cieux ».
Et il nous en a dit davantage.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme » (Mt 10, 28), ajoutant cette promesse : « celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).
En traversant ensuite la mort humaine qu’il a subie à cause d’une crucifixion sanglante, par une résurrection qui nous est attestée par des témoins, Jésus, le Christ, nous a montré que la mort naturelle n'a pas le dernier mot. Il y a un au-delà où la vie reçue du Père peut se poursuivre.
Dans cette lumière nouvelle, l'Évangile proclame, par la parole et la résurrection du Christ, que l'humain a une double nature corporelle et spirituelle qui lui permet de continuer à vivre même lorsque son corps meurt. Le Christ invite ainsi à franchir radicalement les limites d'un point de vue terrestre et à étendre notre regard sur les origines de l'humain au-delà de la seule réalité terrestre.
En ce qu’il est spirituel parce qu’il est enfant de Dieu, l’être humain a un « moi » que la mort naturelle ne peut détruire, qui subsiste au-delà de la mort physique de sa nature corporelle.
Selon le Catéchisme, « chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu » et « elle n'est pas « produite » par les parents » (C.E.C., n° 366).
« Dotée d'une âme « spirituelle et immortelle » (GS 14), la personne humaine est « la seule créature sur la terre que Dieu a voulue pour elle-même » (GS 24 § 3). Dès sa conception, elle est destinée à la béatitude éternelle. » (C.E.C., n° 1703)
« L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté en sorte que le « moi » humain, bien que manquant pour un temps de ce complément qu'est son corps, subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot « âme », consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Note du 17 mai 1979 de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi)
La mort naturelle détruit tout ce que la nature nous transmet physiquement par les gènes de nos père et mère naturels, mais, attention, le « moi » peut franchir la mort physique et subsiste dans l’attente de la résurrection des corps.
C'est ce « moi » (ce « je » singulier) qui est créé immédiatement lors notre conception dans le secret de l’origine de nos vies et dont Jésus nous révèle le « Père ».
Nous « regardons » volontiers notre conception avec les lunettes du biologiste qui ne voit que les réalités physiques naturelles, les gamètes de nos père et mère au moment de leur rencontre et de leur fusion en un être physique nouveau.
Jésus connaît cette réalité physique lorsqu’il nous enseigne que nous n’avons qu’un seul père, mais c’est du « moi », du « je » dont il nous parle et le père de ce « moi » n’est pas celui qui a coopéré physiquement à notre conception, mais notre Père qui est aux Cieux.
Le Christ ne regarde pas la réalité physique précaire qui meurt mais notre vrai « moi », celui qui n’est pas voué à la mort parce qu’il est une réalité spirituelle enfantée par Dieu lui-même. C’est cet être que nous sommes chacun et qui subsiste au-delà de la mort que Jésus regarde.
De ce « moi », Dieu seul est le père car l’élément spirituel qui le constitue immortel vient directement de Dieu.
Nos père et mère terrestres n’en ont formé que l’élément physique mortel et précaire. Père et mère naturels font partie ensemble de « Notre Mère la Terre », comme le rappelle le Pape François par le titre de son dernier livre. Notre âme, notre « je », notre moi est créé, enfanté, directement par Dieu.
Ce fut vrai pour Adam et Ève, ce fut vrai pour l'humanité du Christ lors de son incarnation dans le sein de la Vierge et c’est encore vrai lors de chaque eucharistie. L’Esprit fait advenir un être vivant d’éléments corporels de « Notre Mère la terre ».
Mais, n'oublions pas cependant l’importance essentielle de nos corps enfantés par nos père et mère naturels. N’oublions jamais cette formule profonde rappelée par le Catéchisme : « L’âme est la forme du corps » (CEC, n° 365).
Notre âme créée par Dieu reçoit sa forme de la mère nature. Si, parce que Dieu est son Père, elle subsiste éternellement, c’est de la nature qu’elle reçoit toute sa singularité, différente pour chacun.
Dès notre premier instant, de manière indivisible, pour chacun, le « moi », l’âme personnelle immortelle, est, définitivement et parfaitement, un « moi » indivisible, fait de corps et d’esprit. Mais, notre origine et notre réalité ne se laissent pas découvrir dans le corps naturel qui vient de la mère nature par nos parents naturels.
Dans un chapitre magnifique de son livre « Bible et famille » (éd. Mame, 2015), le chanoine Olivier Bonnewijn observe, dans une lumineuse lecture du Psaume 138/139, que « l’origine renvoie à une réalité bien plus vaste et plus fondamentale. Elle désigne le principe dynamique de chaque personne, à l’œuvre dans son lointain passé comme en son présent ouvert sur l’avenir » et que « l’âme humaine est librement créée par Dieu dans le même mouvement que le corps, dans une relation substantielle avec celui-ci. Le corps et l’âme sont posés dans l’existence grâce à un acte créateur unique qui se diffracte en une pluralité d’actes créateurs »
« Créer, pour Dieu, c’est instaurer avec l’embryon humain un lien à la racine de son être, bien avant que son cœur ne se mette à battre autour du vingt-et-unième jour. C’est le faire exister comme sujet de relation avant que sa conscience n’apparaisse, avant que son entourage ne s’aperçoive de sa présence. »
« Être homme ou femme, c’est être constitué, en son noyau personnel, par ce lien avec Celui qui est et qui fait être. »
Dans le psaume 138/139, « À la différence d’autres textes bibliques, la participation du père [naturel] est passée sous silence. Celle de la mère [naturelle] est très passive et réduite à sa plus simple expression : offrir une sorte d’atelier au tisserand divin » et « La maternité est aussi brièvement évoquée avec les « profondeurs de la terre » (v. 15, qui renvoie à Jb 1,21et à Si 40,1). »
En nous montrant notre Père des Cieux, le Christ nous montre qui nous sommes et éclaire notre création, la création d’Adam et Ève autant que sa propre incarnation.
Un adam modelé par le divin maître + un souffle spirituel divin de l’Esprit Saint = un être nouveau.
Dans l’Antiquité, Abraham et ses ancêtres pouvaient comprendre mieux que nous ce que signifiait être une image « de » Dieu. Le divin Créateur a façonné, depuis les débuts du monde, de la matière corporelle naturelle de « Notre mère nature », comme un écrivain sumérien façonnait une motte d’argile rouge en retirant de la poussière avec son calame pour y tracer une parole et créer ainsi une réalité nouvelle : une tablette marquée par une parole immatérielle.
Argile rouge (le corps) + parole insufflée (l’esprit) = un message (moi, une âme immortelle). L’argile est indispensable pour que le message existe et demeure en dehors de la pensée de l’écrivain (Dieu, le Père), mais, une fois écrit, ce message est une réalité nouvelle distincte de son auteur. La parole écrite a cette particularité de pouvoir demeurer même si l’argile est détruite (la mort du corps) et de pouvoir être réécrite à l’identique dans un autre support (la résurrection du corps).
Selon le chanoine Bonnewijn, commentant le psaume 138/139, « le lecteur est appelé à se laisser guider jusque dans le surgissement même de sa personne ; à se laisser mener à la source jaillissante de son « je » ; à se recueillir dans le mystère de son origine. Il est convié, en compagnie du psalmiste et de tous ceux qui méditent cette hymne au cours des siècles, à plonger dans « le plus intime de son intimité ». S’il accepte de s’engager dans cette aventure, il rejoint peu à peu le principe de son être et devient, en quelque sorte, contemporain de l’embryon qu’il fut. S’il consent à cette expérience inouïe, il entre en contact avec la « relation secrète » qui l’a constitué à l’aube de son existence et qui le constitue, aujourd’hui encore, à chaque instant ».
« En deçà de l’existence ou de la non-existence de liens familiaux, en deçà de leur qualité ou de leur « toxicité », ce poème inspiré révèle comment le Créateur entretient avec chacun une relation parfaitement limpide et belle, innocente et unique, absolue et indéfectible ; une relation respectueuse et gratuite, débordante de bénédictions et de promesses. N’apparaissant pas au premier regard, cette relation est présente au creux du mystère de tout humain, que celui-ci connaisse ou non sa lignée généalogique, qu’il évolue à l’intérieur d’un cadre familial ou qu’il en soit privé, qu’il vive au sein d’une famille unie ou divisée, qu’il bénéficie de rapports familiaux positifs ou négatifs, qu’il soit croyant ou non. »
Oui, Dieu est bien le Père de chacun de nous.
Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète » (Pape François, Laudato si, 1-2)
Le corps de tout être naturel est façonné dans le ventre d’une mère. Notre mère à tous c’est la nature, même si chacun, dans la nature, a sa propre mère.
Dans la nature, beaucoup d’êtres vivants ont aussi un père: ce n’est pas celui qui façonne le corps, mais celui qui apporte, au commencement, des éléments essentiels complémentaires à ceux de la mère pour que ce corps se forme.
Dans les Évangiles, Jésus de Nazareth vient lui-même nous montrer qui est le Père :
« Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux » (Mt 23, 9)
« Quand vous priez, dites : Père » (Lc 11, 2)
C'est déjà ce que disaient les prophètes :
« C’est toi notre Père » (Is 63, 16)
« N’avons-nous pas tous un seul Père ? » (Mal. 2, 10)
Dans la nature, nous avons tous des père et mère terrestres selon la chair, mais l'éclairage du Christ est autre : « c’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien » (Jn 6,63).
N’est-ce pas notre propre création qui est en cause ? C'est de l'Esprit-Saint que vient notre vie, notre "moi" vivant, et non de nos parents selon la chair.
Le livre de la Genèse nous explique que « le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7).
Plus tard dans l’histoire, l’Esprit-Saint couvre la sainte vierge Marie de son ombre et Dieu lui-même se fait homme en elle. C’est le Pape Benoît XVI qui a observé que cette incarnation est une « nouvelle création ». Par un être fini, une humble jeune fille, Dieu, qui est infini et éternel, devient Lui-même une créature nouvelle, homme parmi les hommes.
À chaque eucharistie, ce miracle se reproduit, comme l’indique une prière eucharistique : « en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur ». Un peu de pain et vin, un peu de matière physique, deviennent corps et sang du Christ par une action de l’Esprit Saint.
À l’heure de la création de l’humanité, à l’heure de l'incarnation du Christ comme à l’heure de chaque eucharistie, le Père partage sa propre vie à l’être nouveau issu de lui.
Par un souffle spirituel, c’est la vie même de Dieu qui nous fait vivre, unie à une nature distincte, comme la semence d’un père est unie à celle d’une mère.
L’union est indivisible, car qui pourrait séparer en l’enfant conçu ce qui vient en lui de ses père et mère ?
À la différence de toutes les autres créatures du monde naturel, l'humain créé à l'image de Dieu est « enfanté » par le Créateur qui nous partage son "sang", sa propre vie.
Ma vie, ma personne, mon « moi », ne vient pas principalement de la nature physique, mais d'un Père qui transmet et partage sa propre vie. Répétons-le et méditons-le : l’humain est un enfant de Dieu lui-même.
L’humain a ainsi un « moi » avec une double nature qui est spirituelle en ce que sa vie vient de Dieu et corporelle en ce qu’elle lui vient de la nature par ses père et mère naturels.
Mère nature et Père des Cieux : écoutons bien ce que nous enseigne le Christ : « vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux Cieux ».
Et il nous en a dit davantage.
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme » (Mt 10, 28), ajoutant cette promesse : « celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).
En traversant ensuite la mort humaine qu’il a subie à cause d’une crucifixion sanglante, par une résurrection qui nous est attestée par des témoins, Jésus, le Christ, nous a montré que la mort naturelle n'a pas le dernier mot. Il y a un au-delà où la vie reçue du Père peut se poursuivre.
Dans cette lumière nouvelle, l'Évangile proclame, par la parole et la résurrection du Christ, que l'humain a une double nature corporelle et spirituelle qui lui permet de continuer à vivre même lorsque son corps meurt. Le Christ invite ainsi à franchir radicalement les limites d'un point de vue terrestre et à étendre notre regard sur les origines de l'humain au-delà de la seule réalité terrestre.
En ce qu’il est spirituel parce qu’il est enfant de Dieu, l’être humain a un « moi » que la mort naturelle ne peut détruire, qui subsiste au-delà de la mort physique de sa nature corporelle.
Selon le Catéchisme, « chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu » et « elle n'est pas « produite » par les parents » (C.E.C., n° 366).
« Dotée d'une âme « spirituelle et immortelle » (GS 14), la personne humaine est « la seule créature sur la terre que Dieu a voulue pour elle-même » (GS 24 § 3). Dès sa conception, elle est destinée à la béatitude éternelle. » (C.E.C., n° 1703)
« L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté en sorte que le « moi » humain, bien que manquant pour un temps de ce complément qu'est son corps, subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot « âme », consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Note du 17 mai 1979 de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi)
La mort naturelle détruit tout ce que la nature nous transmet physiquement par les gènes de nos père et mère naturels, mais, attention, le « moi » peut franchir la mort physique et subsiste dans l’attente de la résurrection des corps.
C'est ce « moi » (ce « je » singulier) qui est créé immédiatement lors notre conception dans le secret de l’origine de nos vies et dont Jésus nous révèle le « Père ».
Nous « regardons » volontiers notre conception avec les lunettes du biologiste qui ne voit que les réalités physiques naturelles, les gamètes de nos père et mère au moment de leur rencontre et de leur fusion en un être physique nouveau.
Jésus connaît cette réalité physique lorsqu’il nous enseigne que nous n’avons qu’un seul père, mais c’est du « moi », du « je » dont il nous parle et le père de ce « moi » n’est pas celui qui a coopéré physiquement à notre conception, mais notre Père qui est aux Cieux.
Le Christ ne regarde pas la réalité physique précaire qui meurt mais notre vrai « moi », celui qui n’est pas voué à la mort parce qu’il est une réalité spirituelle enfantée par Dieu lui-même. C’est cet être que nous sommes chacun et qui subsiste au-delà de la mort que Jésus regarde.
De ce « moi », Dieu seul est le père car l’élément spirituel qui le constitue immortel vient directement de Dieu.
Nos père et mère terrestres n’en ont formé que l’élément physique mortel et précaire. Père et mère naturels font partie ensemble de « Notre Mère la Terre », comme le rappelle le Pape François par le titre de son dernier livre. Notre âme, notre « je », notre moi est créé, enfanté, directement par Dieu.
Ce fut vrai pour Adam et Ève, ce fut vrai pour l'humanité du Christ lors de son incarnation dans le sein de la Vierge et c’est encore vrai lors de chaque eucharistie. L’Esprit fait advenir un être vivant d’éléments corporels de « Notre Mère la terre ».
Mais, n'oublions pas cependant l’importance essentielle de nos corps enfantés par nos père et mère naturels. N’oublions jamais cette formule profonde rappelée par le Catéchisme : « L’âme est la forme du corps » (CEC, n° 365).
Notre âme créée par Dieu reçoit sa forme de la mère nature. Si, parce que Dieu est son Père, elle subsiste éternellement, c’est de la nature qu’elle reçoit toute sa singularité, différente pour chacun.
Dès notre premier instant, de manière indivisible, pour chacun, le « moi », l’âme personnelle immortelle, est, définitivement et parfaitement, un « moi » indivisible, fait de corps et d’esprit. Mais, notre origine et notre réalité ne se laissent pas découvrir dans le corps naturel qui vient de la mère nature par nos parents naturels.
Dans un chapitre magnifique de son livre « Bible et famille » (éd. Mame, 2015), le chanoine Olivier Bonnewijn observe, dans une lumineuse lecture du Psaume 138/139, que « l’origine renvoie à une réalité bien plus vaste et plus fondamentale. Elle désigne le principe dynamique de chaque personne, à l’œuvre dans son lointain passé comme en son présent ouvert sur l’avenir » et que « l’âme humaine est librement créée par Dieu dans le même mouvement que le corps, dans une relation substantielle avec celui-ci. Le corps et l’âme sont posés dans l’existence grâce à un acte créateur unique qui se diffracte en une pluralité d’actes créateurs »
« Créer, pour Dieu, c’est instaurer avec l’embryon humain un lien à la racine de son être, bien avant que son cœur ne se mette à battre autour du vingt-et-unième jour. C’est le faire exister comme sujet de relation avant que sa conscience n’apparaisse, avant que son entourage ne s’aperçoive de sa présence. »
« Être homme ou femme, c’est être constitué, en son noyau personnel, par ce lien avec Celui qui est et qui fait être. »
Dans le psaume 138/139, « À la différence d’autres textes bibliques, la participation du père [naturel] est passée sous silence. Celle de la mère [naturelle] est très passive et réduite à sa plus simple expression : offrir une sorte d’atelier au tisserand divin » et « La maternité est aussi brièvement évoquée avec les « profondeurs de la terre » (v. 15, qui renvoie à Jb 1,21et à Si 40,1). »
En nous montrant notre Père des Cieux, le Christ nous montre qui nous sommes et éclaire notre création, la création d’Adam et Ève autant que sa propre incarnation.
Un adam modelé par le divin maître + un souffle spirituel divin de l’Esprit Saint = un être nouveau.
Dans l’Antiquité, Abraham et ses ancêtres pouvaient comprendre mieux que nous ce que signifiait être une image « de » Dieu. Le divin Créateur a façonné, depuis les débuts du monde, de la matière corporelle naturelle de « Notre mère nature », comme un écrivain sumérien façonnait une motte d’argile rouge en retirant de la poussière avec son calame pour y tracer une parole et créer ainsi une réalité nouvelle : une tablette marquée par une parole immatérielle.
Argile rouge (le corps) + parole insufflée (l’esprit) = un message (moi, une âme immortelle). L’argile est indispensable pour que le message existe et demeure en dehors de la pensée de l’écrivain (Dieu, le Père), mais, une fois écrit, ce message est une réalité nouvelle distincte de son auteur. La parole écrite a cette particularité de pouvoir demeurer même si l’argile est détruite (la mort du corps) et de pouvoir être réécrite à l’identique dans un autre support (la résurrection du corps).
Selon le chanoine Bonnewijn, commentant le psaume 138/139, « le lecteur est appelé à se laisser guider jusque dans le surgissement même de sa personne ; à se laisser mener à la source jaillissante de son « je » ; à se recueillir dans le mystère de son origine. Il est convié, en compagnie du psalmiste et de tous ceux qui méditent cette hymne au cours des siècles, à plonger dans « le plus intime de son intimité ». S’il accepte de s’engager dans cette aventure, il rejoint peu à peu le principe de son être et devient, en quelque sorte, contemporain de l’embryon qu’il fut. S’il consent à cette expérience inouïe, il entre en contact avec la « relation secrète » qui l’a constitué à l’aube de son existence et qui le constitue, aujourd’hui encore, à chaque instant ».
« En deçà de l’existence ou de la non-existence de liens familiaux, en deçà de leur qualité ou de leur « toxicité », ce poème inspiré révèle comment le Créateur entretient avec chacun une relation parfaitement limpide et belle, innocente et unique, absolue et indéfectible ; une relation respectueuse et gratuite, débordante de bénédictions et de promesses. N’apparaissant pas au premier regard, cette relation est présente au creux du mystère de tout humain, que celui-ci connaisse ou non sa lignée généalogique, qu’il évolue à l’intérieur d’un cadre familial ou qu’il en soit privé, qu’il vive au sein d’une famille unie ou divisée, qu’il bénéficie de rapports familiaux positifs ou négatifs, qu’il soit croyant ou non. »
Oui, Dieu est bien le Père de chacun de nous.