Rappelons pour les lecteurs une définition très claire par le pape Adrien Ier de la prédestination au sens "catholique", bref de la prédestination :
« Dieu a préparé de toute éternité dans son immutabilité les œuvres de justice et de miséricorde. Il a donc préparé les mérites de ceux qui doivent être justifiés. Mais pour les méchants, il n'a pas préparé les œuvres mauvaises ni les volontés mauvaises, mais il leur a préparé de justes châtiments. Voilà en quoi consiste la prédestination éternelle des œuvres futures de Dieu. »
Le concile de Valence est sur le point qui nous intéresse plus précis :
« Nous croyons fermement en la prédestination des élus à la vie, et à la prédestination des impies à la mort. Dans l'élection de ceux qui doivent être sauvés, la miséricorde de Dieu précède le mérite des bonnes œuvres. Dans la condamnation de ceux qui périront, la culpabilité des mauvaises actions précède le juste jugement de Dieu. Par la prédestination, Dieu a déterminé uniquement ce qu'il ferait par sa miséricorde gratuite ou selon son juste jugement. Dans les méchants, Dieu n'a fait que prévoir leur malice en tant que procédant d'eux seuls. Il n'a pas prédestiné leur malice, parce qu'elle ne vient pas de lui. Mais la peine qui suit la faute, en tant que Dieu qui connaît tout à l'avance, il l'a prévue et prédestinée. Mais que quelques-uns aient été prédestinés au mal par la volonté divine de façon telle qu'il n'était pas en leur pouvoir de ne pas être mauvais, non seulement nous ne le croyons pas, mais s'il s'en trouve qui croient une telle énormité nous les rejetons et les anathématisons. »
Ainsi il y a bien une prédestination à l'Enfer dans le catholicisme, puisque Dieu est omniscient, Il sait tout ! En revanche, Dieu n'est pas responsable de la malice des actions qui ont menés tel homme en Enfer.
Je vais donc tenter un résumé, sans doute simpliste, de la question entre catholicisme, jansénisme et protestantisme. Si je me trompe, intervenez !
Catholicisme :
Dieu, omniscient, sait qui va aller en Enfer, qui va aller au Paradis :
prédestination à l'Enfer, prédestination au Paradis.
Dieu prépare les mérites de ceux qui doivent être justifiés, mais ne prépare pas les mauvaises actions de ceux qui ne le seront pas. Ce qui se traduit par :
Élection de ceux qui doivent être sauvés :
la miséricorde de Dieu précède le mérite des bonnes œuvres
Condamnation de ceux qui périront :
la culpabilité des mauvaises actions précède le juste jugement de Dieu
Et enfin, l'amour de Dieu est proposé à tous les hommes, libres à eux d'aller vers le Bien ou de s'en éloigner et de faire le mal.
Protestantisme :
Situation historique : la doctrine de la prédestination d'un Calvin nait contre la pratique du commerce des indulgences. Une indulgence est une rémission de la peine encourue à la suite d'un acte peccamineux. Cette rémission peut être reçue à la suite de la réalisation d'un acte de piété, en proportion avec la faute commise. Or, à l'époque de Calvin existait des membres du clergé qui vendaient les indulgences contre monnaie. La réaction de Calvin fut radicale, plutôt que condamner ces messieurs, il décida de revoir la théorie de la prédestination afin que cette vente ne soit plus possible.
En gros, c'est comme si un jour quelqu'un profitait du dogme de la Résurrection pour mal agir, et que cela conduisait un homme plein de bonne volonté, outré par ce monsieur, à rejeter le dogme de la Résurrection pour qu'un tel profit ne soit plus possible.
Doctrine : La différence de fond avec le dogme catholique c'est que la question des œuvres ne se pose plus du tout. Le salut vient : « par sa seule bonté et miséricorde en JCNS, sans considération de leurs oeuvres». Dieu décide qui sera élu, qui ne le sera pas. Point final.
Un mauvais ne sera jamais élu car Dieu sait tout. Mais quelqu'un qui agit bien sans avoir reçu la grâce du salut ne sera pas sauvé.
Le catholicisme propose un salut par la foi et par les œuvres. Si la miséricorde divine précède le mérite des bonnes œuvres, elle le précède, elle ne l'annule pas. Calvin, pour contrer ceux qui, au sein même du catholicisme, inversent à leur compte la doctrine en faisant passer les œuvres avant la miséricorde, décident de supprimer le rôle des œuvres dans le salut. Seule la foi sauve.
Dans ce contexte, il est clair que cette grâce dite "efficace" n'est pas donnée à tous. La liberté de l'homme ne joue donc plus aucun rôle dans le cadre de son salut. Ici la grâce de Dieu est intimement liée au salut.
Ainsi Calvin dénature la doctrine de la prédestination pour contrer un dérive de cette doctrine. La doctrine de la prédestination selon Calvin étant également sujette à ce type de dérive (puisque nous sommes prédestinés, amusons-nous et ne nous occupons pas de notre salut), nous voyons bien que ce type de réaction, si nous pouvons humainement le comprendre, n'est pas rationnellement soutenable.
Jansénisme :
Le jansénisme est une radicalisation de la doctrine augustinienne de la prédestination.
Chez Augustin nous avons l'idée d'une grâce efficace donnée par Dieu qui conduit irrésistiblement celui qui la reçoit à vouloir et faire, autant que faire se peut, le bien. Mais la liberté est sauve car grâce et salut ne sont pas intimement liée.
Si selon Augustin l'homme n'est pas capable de faire par lui-même, en dehors de toute grâce provenant de Dieu, le bien, cette grâce, cependant, contrairement à Calvin, le salut n'est pas cette grâce.
Chez Augustin les œuvres comptes, mais les œuvres proviennent en réalité de Dieu. Elles sont la marque de la grâce, et non pas ce qui doit acheter le salut. Or, puisque pour Calvin salut et grâce efficace vont de pair, il ne peut plus dire que les bonnes actions sont œuvres de Dieu, car ce serait justifier les dérives des indulgences.
Dans les faits, la doctrine augustinienne de la grâce est intégralement "catholique". Mais sa formulation est source de nombreuses radicalisations.
Ainsi la doctrine janséniste de la grâce, en radicalisant Augustin, finit par se rapprocher de Calvin. En effet, la distinction entre grâce efficace et salut disparait également.
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Au sujet de la question du salut, il est clair que le jansénisme se rapprochait de Calvin et était en cela dans l'erreur.