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Mt 5, 32
Publié : sam. 18 déc. 2021, 19:46
par Ombiace
Bonsoir,
quelqu'un pourrait-il me dire si on peut comprendre Mt 5, 32 :
(..)Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère(..)
comme :
"Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, en fait la proie d'une pression sociale qui ne lui laisse que peu d'autres choix que l'adultère",
ou bien plutôt comme :
"Tout homme qui renvoie sa sa femme, sauf en cas d'union illégitime, en fait la proie d'une liberté par laquelle elle pourrait succomber à la tentation d'être adultère.
Pour info : La suite du verset est :
et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.
Re: Mt 5, 32
Publié : sam. 18 déc. 2021, 20:32
par Jean-Mic
Dans la société où vit Jésus, une femme ne peut vivre seule, sans homme. Une femme sans homme est condamnée soit à mourir de pauvreté (dans la Bible, les veuves sont l'exemple-type de la pauvreté), soit à se trouver un homme au plus vite (il y a donc bien adultère), soit à se prostituer (ce qui est un adultère surmultiplié).
Re: Mt 5, 32
Publié : dim. 19 déc. 2021, 3:24
par Ombiace
Jean-Mic a écrit : ↑sam. 18 déc. 2021, 20:32
Dans la société où vit Jésus, une femme ne peut vivre seule, sans homme. Une femme sans homme est condamnée soit à mourir de pauvreté (dans la Bible, les veuves sont l'exemple-type de la pauvreté), soit à se trouver un homme au plus vite (il y a donc bien adultère), soit à se prostituer (ce qui est un adultère surmultiplié).
Dans les deux cas, cette femme a donc le choix, entre :
>>soit mourir de pauvreté
>>soit se trouver un homme au plus vite
>>soit se prostituer
Le premier de ces choix en est cependant réellement un, contrairement à ce que l'on pourrait à priori penser, car c'est :
>>celui de la veuve que Jésus commentera pour elle avoir glissé de petites piécettes dans le tronc,
>>celui de la veuve de Sarepta, également salué par Jésus.
L'hypothèse est crédible selon laquelle ces veuves n'étaient pas en même temps des prostituées, autrement elles auraient eu, l'une, davantage à mettre dans le tronc, l'autre, davantage à offrir au prophète.
Je serais donc plus nuancé que vous à écrire :
Jean-Mic a écrit : ↑sam. 18 déc. 2021, 20:32
Dans la société où vit Jésus, une femme ne peut vivre seule, sans homme.
, ce qui a des conséquences sur ce qui peut se comprendre, aucune de mes deux versions ci-dessous ne me semblant en effet à exclure de l'esprit dans lequel Jésus prononça Mt 5, 32.
Ombiace a écrit : ↑sam. 18 déc. 2021, 19:46
"Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, en fait la proie d'une pression sociale qui ne lui laisse que peu d'autres choix que l'adultère",
ou bien plutôt comme :
"Tout homme qui renvoie sa sa femme, sauf en cas d'union illégitime, en fait la proie d'une liberté par laquelle elle pourrait succomber à la tentation d'être adultère
Merci de m'avoir apporté la matière à réflexion qui me manquait pour me déterminer.
Cela ferme un peu le débat, mais je demeure ouvert à reconsidérer ces idées, si vous, Jean Mic, ou quelqu'un d'autre a des objections à y apporter
Re: Mt 5, 32
Publié : dim. 19 déc. 2021, 16:36
par Jean-Mic
Je reprends votre première proposition, mais avec une nuance : la pression exercée sur la femme seule (jeune fille à marier, épouse répudiée, veuve) se trouve sous le coup d'une pression sociétale (de la société dans son ensemble) tant économique que religieuse.
Votre deuxième proposition est totalement inconcevable dans le contexte sociétal de l'époque et du lieu. Il n'y a pas de liberté dans cette situation : la femme n'est pas libre, elle est l'objet de ses parents, avant de devenir l'objet de son mari.
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 2:11
par Ombiace
Jean-Mic a écrit : ↑dim. 19 déc. 2021, 16:36
Votre deuxième proposition est totalement inconcevable dans le contexte sociétal de l'époque et du lieu. Il n'y a pas de liberté dans cette situation : la femme n'est pas libre, elle est l'objet de ses parents, avant de devenir l'objet de son mari.
Que devient-elle lorsqu'elle n'a plus ni parents, ni mari ?
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 12:49
par Jean-Mic
Elle meure de faim !
Quelques exemples pour l'illustrer, sur la cinquantaine (ou plus) d'évocations du statut et de la pauvreté des veuves dans la Bible.
- 1R 17,12 : La veuve [de Sarepta] répondit [au prophète Élie] : "Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons."
- Mc 12,41-44 et Lc 21, 1-4 : Jésus, au Temple, voit une veuve donner "deux petites pièces", et déclare "[qu']elle a donné plus qu'aucun de ceux qui ont mis dans le tronc car tous ont mis de leur superflu, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre.
- Ac 6,1 : Dans les premiers temps de l'Église, l'appel des sept diacres vient en réponse aux récriminations quant au traitement fait aux veuves : " En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien."
Enfin, on pourrait que, sur la croix, Jésus prend soin d'éviter à sa mère la situation peu enviable de veuve : il la confie donc à Jean. (Bien évidemment, ce passage a bien d'autres significations que cette seule considération matérielle, mais celles-ci ne doivent pas occulter la réalité sociale du statut des veuves en Israël.)
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 13:40
par Ombiace
Bonjour Jean Mic,
Je me permets de ne pas vous suivre sur ce terrain
N auriez pas vous plaidé qu aucune de ces 2 veuves de la Bible n avait le choix ?
Et pourtant, l une comme l autre a agi de sorte qu elles ont montré que ce choix leur était accessible..
Il me semble que la foi est justement ce qui met les choses improbables à la portée de l'homme
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 14:13
par Pathos
Bonjour Ombiace,
Dans la réponse du Christ il y a surtout cet avertissement : celui qui renvoie son conjoint sans réél motif, répondra du double adultère.
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 16:34
par Jean-Mic
Exact Pathos ! Mais il faut lire le texte dans son intégralité. Il est bâti comme un crescendo. Partant de l'adultère, il passe au parjure, puis à la vengeance, puis au manque de charité, pour culminer à la haine de l'ennemi, et enfin au refus du pardon. A chacun de ces péchés, il oppose la vertu qui lui est contraire : être fidèle dans un mariage indissoluble, s'abstenir de jurer et tenir parole, ne pas entretenir la rancune et la vengeance, donner et partager charitablement, et, de plus en plus dur, aimer ses ennemis, et pardonner !
Et la conclusion (j'ai parlé dans un autre fil de fine pointe) est d'une exigence absolue (comme je l'ai écris plus haut, il faut lire le texte jusqu'au bout) : "il faut être parfait comme [notre] père du ciel" (v.58).
@ Ombiace. Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. De quel choix parlez-vous ? Dans leur dénuement sans issue, leur seule liberté était de faire durer un peu plus le temps qui leur reste, de retarder un peu l'échéance mortelle de leur pauvreté. Une poignée de farine, deux petites pièces, de quoi tenir un jour de plus !?
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 19:12
par Ombiace
Pathos a écrit : ↑lun. 20 déc. 2021, 14:13
Bonjour Ombiace,
Dans la réponse du Christ il y a surtout cet avertissement : celui qui renvoie son conjoint sans réél motif, répondra du double adultère.
Merci de votre intervention, Pathos.
En fait ce que vous écrivez est ce que j'espère pouvoir comprendre.
Il m'a été dit que dans ce passage des écritures, Jésus se contentait de commenter une réalité. Comme quoi, mécaniquement, la situation de femme répudiée débouche sur de l'adultère, au même titre qu'ouvrir une fenêtre en vis à vis d'une autre favorise le courant d'air dans la pièce.
La personne qui me disait cela ne concluait donc pas comme vous, à la responsabilité du "répudieur", dans notre société d'aujourd'hui, où pour elle, il fallait actualiser le discours de Jésus, en tenant compte de la situation actuelle de la femme, bien moins précaire qu'au temps de Jésus, et par conséquent, à l'adapter à cette nouvelle donne.
En effet, selon cette personne, si Mt 5,32 n'est qu'un commentaire de Jésus, il serait aujourd'hui moins valide qu'en son temps..
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 19:32
par Ombiace
Jean-Mic a écrit : ↑lun. 20 déc. 2021, 16:34
@ Ombiace. Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. De quel choix parlez-vous ?
Excusez moi, Jean Mic, c'est à mon tour de ne pas saisir ce que vous ne comprenez pas.
Les deux veuves se dépouillent de ce qui leur reste pour subsister, même si c'est fort peu..
C'est là un choix qui va dans le sens opposé à celui du riche qui amasse le blé dans son grenier.
Elles ne peuvent pas se permettre de liquider ces dernières "richesses" : la poignée de farine, les deux petites piécettes..
Comme vous dites, elles n'ont pas le choix, elles devraient économiser ces dernières "richesses".
Mais elles ont beau
ne pas pouvoir se permettre ce choix, elles
choisissent quand même de ne pas garder ces "richesses" pour elles..
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 20:20
par Pathos
Ombiace,
La parole du Christ est toujours intemporelle !
Ce passage est loin d'être un commentaire.
On ne parle pas de veuf (qui ont le "droit" de se remarier bien qu'ils serait plus saint de rester seul), mais d'époux qui se séparent sans motif valable et offensent Dieu.
Re: Mt 5, 32
Publié : lun. 20 déc. 2021, 23:31
par Ombiace
Merci Pathos, j'espère que vous avez raison. Sinon, c'est vrai que résister à la tentation du divorce provoque une souffrance vraiment inutile..
Re: Mt 5, 32
Publié : mar. 21 déc. 2021, 10:01
par Pathos
Je ne comprends pas votre dernière phrase.
Re: Mt 5, 32
Publié : mar. 21 déc. 2021, 11:22
par Ombiace
Merci de me le dire, Pathos..
Il peut parfois être tentant de divorcer.
Si votre interprétation du verset est correcte, cela engage cependant la responsabilité de celui qui est à l origine du divorce.
Si en revanche votre interprétation est erronée, faire l effort de ne pas divorcer ne sert à rien, cela représente des renoncements stériles d un point de vue chrétien..