Bonjour Ombiace,
Après mûre réflexion et au vu du nombre de lectures sans réponse, le dimanche étant « hors carême » pour cause de résurrection, je vais vous répondre (je n’ose pas dire que « vous avez la chance que »… car cela pourra vous être tout autre chose dont je m’excuse par avance…)
Ombiace a écrit : ↑sam. 04 mars 2023, 11:23
Autre question, svp : Que pourraient bien répondre Jésus ou Etienne le martyr à mon questionnement précédent, selon vous ?
Mais mon cher, en tout cas concernant Jésus, c’est exactement la question que chacun devrait toujours se poser et à laquelle il doit répondre avant de la transmettre comme étant la sienne ! Et cela devrait même être fait dès auparavant : comment imaginer que nous puissions avoir et mettre en pratique et divulguer une réponse qui ne soit pas à nos yeux la sienne, sans déjà commettre un péché ?
Ombiace a écrit : ↑sam. 04 mars 2023, 11:23
Bonjour,
Si un coup malveillant vous est porté, pensez vous, svp, qu'il soit plus adulte (ou plus sain) de riposter, ou bien au contraire de se contenir, quitte à finir martyr ?
Un « coup malveillant » : donc qui n’est pas commis par inadvertance ni par privilège éducatif (il semble même que la loi en exclut désormais la possibilité, mais point la Bible), est toujours volontaire, n’est-ce pas ? Il y a donc « pleine connaissance et plein consentement », même si le commettant est saoul, en colère, drogué, etc. (autrement dit, même si du point de vue de Dieu il aura des circonstances atténuantes, en tant qu’homme et au nom de la fraternité, il aurait dû les prévoir et ne peut les invoquer à votre égard, ce qui serait s’en excuser), et il ne reste qu’à évaluer la gravité du coup selon son intensité et ce qu’il vise, la connaissance du mal qu’il va provoquer.
Nous allons exclure la réserve du privilège éducatif, et considérer qu’elle est habilement dénoncée comme susceptible d’être toujours hypocrite et malséante, précisément causée par une erreur antérieure d’éducation dont le récipiendaire ne saurait être tenu pour responsable et donc en mériter une telle correction : voulez-vous bien ?
Vous avez résolu d’entrée une question difficile : le coup a bien été porté et reçu dans votre question. Car nous aurions pu l’anticiper et l’éviter, et du coup ne pas savoir ce que nous allons en savoir…
Enfin presque, car s’il nous tuera ce sera trop tard pour en savoir quelque chose ! Mais vous avez par conséquent exclu ce cas, ce qui n’exclut pas pour autant que l’intention pouvait avoir été telle…
Vous supposez aussi que vous soyez encore en état de riposter, ce qui demande à être apprécié : est-ce parce que vous êtes particulièrement « résistant », qu’il a « raté son coup », ou (et cela n’est pas exclusif) en désespoir de cause et pour ne pas vous faire tuer – car vous allez jusqu’à l’hypothèse du martyr !
Bref, vous l’avez reçu et vous êtes donc en mesure de savoir sa « gravité ». Le problème, encore une fois, c’est que plus elle est, moins à priori vous serez en état de riposter. Donc, si vous êtes en état, c’est que ce n’est peut-être pas nécessaire, à moins qu’il ait échoué et envisage une récidive.
Quoique vous puissiez « être en état » mais néanmoins atteint, handicapé…
Le fond de votre question, à laquelle je voudrais ne pas répondre à votre place, ni avoir à envisager si après tout vous sauriez bien répondre, car vous ne voulez l’aborder que sous son angle moral qui n’est peut-être pas le meilleur même s’il ne faut pas l’exclure, le fond dis-je, serait le suivant : comment ramener l’échange, la conversation, au niveau verbal, un niveau qui ne soit pas celui équivalent des insultes et autres vanités, si l’autre s’y refuse ?
Et : est-il encore temps de l’essayer quand on en est à ce stade ?
L’un n’empêche pas l’autre, quoique à partir d’un certain moment, si : celui qui vous « couvre d’insultes » souvent ne vous frappera pas, et celui qui frappe devient parfois sourd.
Croyez-vous vraiment que lorsqu’on se bat, on « ne se contient pas » ? Regardez les combats de professionnels ou d’amateurs, et vous verrez que c’est tout le contraire. Même quand on ne l’est pas, invoquer le « non-contrôle » pour justifier les dégâts causés, c’est mesquin et faux, le signe d’un… « non contrôle » mais d’un autre ordre, qui oui est moral.
Votre réponse reposera sur plusieurs points : est-il toujours à vos yeux « déshonorable » de frapper quelqu’un ? Certains pensent que dans certains cas, c’est le contraire. Faut-il y ajouter la notion de « sainteté » et cela y change-t-il vraiment quelque chose et toujours dans le même sens ? L’honneur a-t-il à voir avec la sainteté ou s’y engloutit-il totalement pour disparaître ?
Vous dites « si cela se passe comme prévu » mais votre hypothèse de départ est que précisément ce ne sera pas le cas, à moins que vous ne dominiez la situation et pour cela que vous vous battiez (même sans donner de coup, ce peut être pour « contrôler » l’autre, cas que votre « riposte » semble exclure) ou puissiez fuir.
Vous semblez vouloir vous « en sortir » par les obligations de l’agresseur, mais cette issue-là est interdite, condamnée, verrouillée : vous n’êtes pas dans un procès, mais dans la vie, là où sévissent bien des injustices et où votre responsabilité assumera tous les rôles.
Vous ne pouvez vous contenter de « prendre sur vous », il vous faut prendre une décision pour prendre l’événement pour ce qu’il est en tenant compte de vos capacités. Fuir est-il possible et efficace ? Contrôler l‘autre n’est-il pas plus difficile que de riposter, et sera-t-il aussi efficace ? Ce qui compte est-il seulement d’essayer pour avoir l’attitude juste, ou de réussir ?
Savez-vous bien apprécier le risque et la menace ? Avec l’effet de surenchère possible ? Quelles conséquences êtes-vous prêt à assumer et accepter ?
La réponse ne peut être qu’individuelle et différente selon chaque circonstance. Or la question de base et finale, que vous nous présentez comme étant de pure morale : faut-il se laisser faire (il n’y a qu’une certaine compréhension des évangiles qui y incite) ou se défendre, quel est le mieux, il appartient à chacun d’y répondre en conscience, ce qui suppose aussi d‘y avoir réfléchi par avance et c’est un devoir, ce qui vous aura pu conduire à acquérir certaines habiletés qui changeront la réponse face à telle circonstance, mais ce qu’il en reste (les séquelles physiques, psychologiques, morales, autres ) saurez-vous l’assumer au regard de votre choix immédiat et comment ?
Nous ne sommes pas toujours obligés d’user de nos droits, mais il arrive que ne pas le faire devienne en soi injuste. Entre le martyr et le suicide, la frontière est parfois poreuse…
Simone Weil (la philosophe) écrivait qu’on ne doit se permettre de tuer que si l’on est soi-même prêt à mourir pour la cause en question. Je pense que cela donne un bon critère, et de courage à avoir qui n’est pas que physique, quel que soit le niveau du baromètre et même quand il ne s’agit pas de tuer. Un bon début pour ensuite réfléchir sans en renier l’idée.
Mourir en martyr est constructif, mais vivre pour se sanctifier et acquérir encore du mérite parce qu'on se sait encore imparfait, ou que d'autres ont besoin de nous, aussi !
"Mourir en martyr" (notez les guillemets) peut être lâche. Et saurez-vous supporter comme il convient, saintement sans rechigner et en l'offrant, de porter à vie des séquelles ou un handicap pour ne pas vous être défendu ? Vous me direz que le coup a déjà été reçu, mais n'y en aura-t-il qu'un et ne vaut-il pas mieux l'anticiper (même le premier) et l'éviter ? Or Eviter un coup est plus difficile que de le bloquer et même de le rendre...
Bref, quelle que soit votre réponse, il conviendrait d'apprendre à vous défendre. Nous avons tous assez de "loisirs" pour cela.