Bonjour,
Ravenseal a écrit : ↑lun. 01 mai 2023, 16:08Je suis en union libre depuis 16 ans avec 3 enfants nés de ce couple, je suis catholique et j'ai ressenti depuis peu, avec des avertissements du Seigneur, qu'il était temps de régler une fois pour toutes cette affaire. Le péché de fornication est grave et coupe de la grâce divine j'en ai bien conscience et c'est pourquoi ma compagne et moi avons eu une discussion et nous avons le projet de nous marier devant Dieu (alléluia).
Sachant que j'ai émis le souhait de tout régulariser au regard de Notre Seigneur, ai-je récupéré la grâce ? Je suis très en peine d'avoir blessé mon âme, mais je ne ressentais pas le besoin du mariage avec le parcours de vie de mon couple ce n'était pas possible.
L'Eglise enseigne (si ma mémoire ne me fait pas défaut, c'est l'un des enseignements du Concile de Trente) qu'il est impossible d'avoir une certitude parfaite quant à la question de savoir si l'on est en état de grâce ou pas. Dieu seul le sait.
Naturellement, il est possible d'en avoir une certaine idée puisque, sur le principe, pour être en état de grâce, il suffit d'être baptisé et de ne pas avoir commis de péché mortel depuis lors ou, à défaut, depuis la dernière célébration du sacrement de la Réconciliation. On sait, en effet, qu'il existe des péchés qui mènent à la mort (cf. 1 Jn 5, 16), lesquels sont, selon l'enseignement de l'Eglise, ceux qui ont pour objet une matière grave et sont commis en pleine conscience et de propos délibéré.
La hiérarchie ecclésiastique, à laquelle a été confié le pouvoir de remettre les péchés, a décidé que les péchés véniels pouvaient être remis en quelque sorte (je force un peu le trait) en traitant directement avec Dieu, mais que les péchés mortels impliquaient nécessairement, eu égard à leur gravité, un acte positif de sa part, en l'occurrence ce qui est avec le temps devenu le sacrement de réconciliation tel que nous le connaissons.
Au regard de ces éléments et de ce que vous indiquez de votre situation, il ne me semble pas téméraire de considérer qu'un péché mortel pourrait ne pas être caractérisé au départ compte-tenu de l'exigence de pleine conscience et de propos délibéré. Depuis la prise de conscience dont vous faites état, compte-tenu de la durée de la vie commune et de votre souhait commun de
'régulariser' la situation, il ne me semble pas téméraire non plus de considérer que le péché pourrait ne pas être devenu mortel pour les mêmes raisons, différemment pondérées sans doute.
N'oublions pas en effet, pour sortir un peu de cette casuistique aussi utile que rébarbative, que le terme hébreu que nous traduisons par péché,
"chatta'ah" a un sens premier qui est, comme toujours dans cette langue, très concret : il signifie
"manquer la cible". La cible, c'est Dieu et, grâces lui soient rendues, c'est une cible immense, de telle sorte que les péchés véniels ne font que nous écarter plus ou moins du centre de la cible. Le péché mortel, c'est celui qui nous fait complètement rater la cible parce que, pour ainsi dire, nous faisons demi-tour.
Où l'on voit par conséquent que dans une même matière grave, il en va différemment de celui/celle qui fornique à tout va dans la seule recherche d'un égoïste plaisir vénérien et de celui/celle qui s'engage dans une relation voulue sur la durée, fonde une famille et qui, rattrapé par Notre Seigneur, ne s'en détourne pas avec dédain. Le premier a peu de chances d'atteindre la cible, fut-ce en sa bordure (restant sauve l'action de la Providence divine qui s'y connaît comme personne pour briser les nuques raides), il n'apparait en revanche pas téméraire de penser que le second reste dans la bonne direction, même s'il ne pointe pas encore au centre de la cible, et que Notre Seigneur ne lui dénie pas tout secours pour y rester.
N'assimilons donc pas trop vite, comme nous avons tendance à le faire, le péché et l'infraction pénale, qui aboutit à une compréhension très statique des choses, là où elle doit rester dynamique. Il faut garder le but à l'esprit, comme le dit fort bien Jean-Mic, sans que cela ne conduise pour autant à oublier qu'un péché reste un péché.
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